‹ Topographie de tous les vignobles connus ... suivie d'une classification générale des vinsChapitre 40 sur 116 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Guienne et Gascogne.

C’étoit autrefois le plus grand gouvernement général militaire de la France. L’étendue de pays qu’il embrassoit est placée sous les Ifî* . , 44e» et 4^e« degrés de latitude, et peut avoir quatre-vingt-dix lieues dans sa plus grande longueur, sur quatre-vingts de largeur ; il est borné , au nord , par la Saintonge l’Angoumois , le Limosin et l’Auvergne; au midi f par les Pyrénées , le Béarn et la Navarre ; au levant, par le Languedoc, et au couchant, par l’Océan..

La Guienne se divise en haute et basse ; la première comprend le Quercy , le Rouergue , l’Armagnac , le pays de Comminges et le comté de Bigorre. La basse Guienne est formée de la Guienne proprement dite , du Périgord , de l’Agenois , du Condomois , du Basadois , des Landes, de la Gascogne proprement dite, du pays de Labour et du Bordelais. Ces provinces réunies composent aujourd’hui les départemens de la Gironde , de la Dordogne , des Landes, de Lot-et-Garonne, du Gers, du Lot et de l’Aveyron.

Si la France peut s’enorgueillir d’être le pays Ie plus favorisé de la nature pour l’abondance et la variété de ses vins, elle doit une partie de sa réputation à ceux du Bordelais , qui sont connus et estimée dans les deux Mondes , et ont le grand avantage de pouvoir supporter les plus longs voyages par mer sans s’altérer.

Les provinces qui font l7objet de ce chapitre, renferment une immense quantité d’excellens vignobles. Leur étendue est évaluée à 373,000 hectares , qui produisent, chaque année, 4*902, 5oo hectolitres de vins rouges et blancs , dont je vais faire connoître les diverses qualités. Sur cette quantité, 1,978,000 hectolitres sont consommés par les habitans; le surplus est livré au commerce d’exportation ou converti en eau-de-vie. On voit, d’après ce calcul, de quelle importance est, pour ce pays, la culture de la vigne, et quels bénéfices il doit en retirer, sur-tout en temps de paix.

J. I. Département de /# Gironde, formé du Bordelais et d’une partie de la Gascogne y et divisé en six arronâissemens : Bordeaux , Bazas > Blaye , Lesparre y Libourne et La Béole .

Aucun département du royaume ne contient une aussi vaste étendue de vignobles , et ne produit une aussi grande abondance de bons vins. La vigne occupe près de 100,000 hectares de terrain sur le territoire de cinq cent cinquante communes , et fournit, récolte moyenne, 2,000,000 d’hectolitres de vins , dont 3 à 4 cent mille suffisent à la consommation des habitans; la même quantité ou environ est convertie en eau-de-vie , le surplus est livré au commerce , et s’exporte dans presque toutes les parties du globe , sous le nom de vin de Bordeaux.

Les plants le plus généralement cultivés, sont, en rouge : le muscat noir et gris , le malaga noir et gris y la grande et la petite vidure y le

earmenet , la carmenère , le malbek , le gros et le petit verdot 9 la pétouille , Xalicante ou teinturier , le mancin , le balouzai , le tarnex > le doutas et le chasselas . Ces deux derniers sont rares dans le département.

En blanc y le muscat blanc , le muscat d'Alexandrie, le malaxa, le sauvistnon . le semilion . le malvoisie , la blanquette , X auba , le corinthe y la folle blanche ou enrageât , Xœil de perdrix ou perdrigon , la muscadelle et la chalosse .

Parmi les variétés rouges , Xalicante ou teinturier donne des vins d’une couleur foncée, âpres, durs , et qui ont un goût de terroir désagréable : ils ne sont bons qu’à donner de la couleur aux vins, de basse qualité qui en manquent.

Le malbek ou noir de Pressac , fait des vins précoces , d’une couleur foncée , foibles en esprit , et sujets à tourner à l’aigre, lorsqu’on ne les tient pas dans des caves ou celliers très-frais 3 bien soignés, ils acquièrent de la délicatesse en vieillissant.

Le carmenet et la carmenère font des vins peu colorés , fins , légers, d’un goût agréable et pleins de bouquet.

Le gros et le petit verdot produisent des vins d’une belle couleur, fermes, pourvus de beaucoup de bouquet , et qui se gardent fort long- temps.

La pétouilie donne des vins communs sans force et sans couleur.

Parmi les variétés blanches, le muscat fournit des vins de même qualité que ceux du midi de la France.

Le sauvignon fait des vins secs , chauds , vio* ïens et d^une couleur ambrée ; ils acquièrent rarement de la finesse lorsqu’ils sont conservés sans mélange.

Le malvoisie donne des vins d’une couleur nette ; ils sont fins , très-moelleux, et se conservent long-temps.

La muscadelle ( moscatella ), produit des vins doux , moelleux , d’une saveur agréable ; mais ils ne se gardent pas long-temps , et sont sujets à prendre une teinte jaune.

La blanquette fait des vins clairs , moelleux , d’un goût agréable , et qui se gardent long- temps.

La folle blanche ou enrageât donne des vins verts, durs, assez spiritueux, mais prompts à s’altérer; ils ne sont bons qu’à être mélangés avec les vins rouges trop colorés, ou à faire des eaux-de-vie.

Le carmenel , la carmenère , le malbek et le verdot peuplent seuls les vignobles du Médoc, qui fournissent les vins rouges de première qualité. Le tarnex y le mancin et la pétouille sont ajoutés aux précédens cépages dans les cantons qui ne produisent que des vins de seconde qualité.

Les vins rouges des cantons dits les Graves , sont produits parle carmenet , le verdot , le tarnex , le Jîialbek et le balouzat . Ils ont une couleur plus foncée , plus de fermeté et moins de bouquet que ceux du Médoc ; mais ils sont plus fins, plus délicats et plus spiritueux.

C’est avec le gros et le petit verdot , le malbeky Je mancin et les deux vidures que se font les vins

de Mont-Ferrand, de Queyries et des autres crus dits des Talus.

Les bons vins de Saint-Emilion et de la côte de Fronsac , sont produits par les cépages dits les vidures et le malbek.

Les vignobles de Bourg sont principalement peuplés par le mancin , les deux vidures , le malbek et la here ou tête noire . Ceux dits de première côte et ceux de Saint-Macaire , sont peuplés de vingttrois à vingt-sept variétés différentes, parmi lesquelles on en rencontre plusieurs que j’ai déjà citées.

Les vins blancs de Barsac , de Preignac et de Sauterne, sont produits par le mélange des plants dits sauvignon y semilion blanc , auba et quelques autres; ils sont corsés et généreux. Les mêmes cépages auxquels il faut ajouter ceux dits la chalosse et Y œil de perdrix > occupent les vignobles de Langon.

A Sainte-Croix , à Loupiac, à Baurech, à Cambes et autres vignobles de la côte dite de Langoiran , les vins blancs sont le produit du mélange des plants dits le sauvignon , la muscade lie , la chalosse , le blanc doux et la folle blanche .

Les excellens vins blancs de Grave sont faits avec le sauvignon , le blanc doux , le semilion , le cruchinet , la verdelette et la chalosse; ceux de Pontac sont le produit de la blanquette , du sauvignon y du semilion y du rousselcî , de la malvoisie et de quelques plants de folle blanche .

La Hollande et les ports de la mer Baltique sont

les pays où Ton exporte en plus grande quantité les vins d’ordinaire nommés vins de cargaison . Le& achats de vins nouveaux se font depuis le mois d’octobre jusqu’à la lin de novembre, pour les spéculations et les expéditions pour la Hollande et les ports de France 5 mais ceux destinés pour les ports de la Baltique ne sont achetés qu’à X arrière-saison 9 qui commence en avril. Les négocians étant dans l’usage de ne les acheter que sur lie , les propriétaires qui ont manqué le moment des premières ventes, retardent autant qu ils peuvent le tirage au fin (i) de leurs vins, pour ne pas perdre une nouvelle occasion de les vendre. On en envoie aussi dans les différens ports de France, et sur-tout dans ceux de la Bretagne. Paris tire des quantités assez considérables de vins communs, lorsque la récolte a été mauvaise dans l’Orléanais, la Touraine et autres vignobles qui, plus voisins de la capitale , fournissent ordinairement à son approvisionnement ; mais en général on ne les expédie qu’après le soutirage.

Les vins que les négocians de Bordeaux font vieillir dans leurs chais (2) , sont expédiés au plus tard dans la sixième année ; savoir : ceux de qualité ordinaire , pour l’Amérique et pour l’intérieur de la France; et ceux de première qualité , pour l’Inde, la Russie et l’Angleterre. On en expédie beaucoup

(1) Tirage au fin; on nomme ainsi l’opération de soutirer les vins de dessus leur lie, lorsque celle-ci est précipitée.

(3) Celliers ou magasins.

en bouteilles, par caisses de 3o, 5o et 75bouteilles ( i ).

Peu de vignobles offrent dans la qualité et le prix de leurs produits une différence aussi grande que celle qui existe entre les vins de première qualité du Bordelais et les vins communs du même pays. Ceux des quatre premiers crus se vendent ordinairement de 2 à 3?ooo francs le tonneau (2) pendant la première année de leur récolte , et montent ensuite à 5 ou 6,000 francs , et quelquefois beaucoup plus haut, lorsqu’ils proviennent d’une année dont la température a été favorable à la vigne.

Les vins communs, au contraire, ne se vendent souvent que 100 à 120 francs le tonneau, la première année , et s’élèvent rarement à plus de 2 ou 3oo francs. C’est donc à tort que l’on croit obtenir à Paris les vins des premiers crus de Bordeaux à 3 et 4 francs la bouteille , puisque dans le vignoble même on ne les acheteroit souvent pas à 6 francs. Aussi , tout ce qui se vend à Paris sous le nom de vins fins de Bordeaux, n’est pris que dans les vignobles de troisième , et même de quatrième classe ; on en expédie rarement, de ceux de la seconde, et presque jamais de la première.

Les vins du Bordelais sont trop connus pour qu’un

(1) Toutes les caisses ou paniers de vins destinés pour l’Angleterre , doivent contenir au moins soixante-douze bouteilles; autrement ils seroient saisis à la douane.

(2) Le tonneau se compose de quatre barriques , ou pièces, qui contiennent chacune trente veltes ou deux cent vingthuit litres.

étage puisse ajouter à leur réputation. Ils ont des rivaux qui leur sont préférés par quelques personnes, sur-tout en France ; mais ils triomphent en général dans les pays étrangers , et produisent par leur exportation des sommes considérables. Un vin de Bordeaux de première qualité et parvenu à son degré de maturité , doit être pourvu d’une belle couleur, de beaucoup de finesse, d’un bouquet trèssuave et d’une sève qui embaume la bouche. Il doit avoir de la force sans être fumeux , et du corps sans être âcre ; il doit ranimer l’estomac en respectant la tête , et en laissant i’haleine pure et la bouche fraîche. Ces vins conservés purs sont susceptibles d’être bus à haute dose sans incommoder. Le transport par mer , écueil ordinaire de plusièurs des meilleurs vins de France , n’altère pas la qualité des vins fins du Bordelais, et contribue à améliorer ceux qui, dans le principe, sont grossiers et lourds ; il n’est pas sans exemple que des vins de la seconde et même de la troisième classe , chargés sur des navires et ramenés en France après un voyage de long cours, aient acquis des qualités que l’on ne rencontre ordinairement que dans ceux de la première.

Je dis que les vins de Bordeaux, conservés purs y peuvent être bus à haute dose sans incommoder, parce qu’ils n’ont pas un degré de chaleur et de spirituéux capable de produire une ivresse prompte, et qu’ils sont d’une facile digestion; mais comme dans plusieurs pays, et sur- tout en Angleterre , on consomme beaucoup de vins de Porto

qui , toujours chargés d'une certaine quantité d’eau-de-vie , ont un degré de force et de chaleur que les vins naturels de Bordeaux n’acquièrent que lorsque la température de l’année a été favorable à la vigne , les négocians qui font le commerce de ces contrées, ont cherché à donner à leurs vins les qualités qui plaisent aux consommateurs. C*est pour atteindre ce but que des maisons anglaises établies à Bordeaux achètent , aussitôt après la récolte , une grande partie des vins de tous les grands crus , pour les préparer et leur faire subir ce que l’on appelle dans le pays le travail à t anglaise . Ce travail consiste à remettre une partie des vins en fermentation pendant l’été qui suit la récolte , ce qui s’opère en mêlant dans chaque barrique , treize à dix-huit pots (i) de vin d’Espagne, des crus d 'Alicante ou de Bènicarlo , un pot de vin blanc muet (2) et une bouteille d’esprit de vin. Le vin n’est tiré de ce travail qu’au mois de décembre suivant ; on le conserve ensuite dans les chais , comme les autres vins , pour l’expédier au bout de quelques années. Le résultat de cette opération est de donner des vins spiritueux et très-forts ; ils ont un bon goût , une sève très-aromatique ; mais iis sont capiteux et ne conviennent pas également à

(1) Le pot équivaut à deux litres onze centilitres.

(2) Vin dont on a arrêté ou suspendu la fermentation, par le moyen de la vapeur sulfureuse dont on l’a frappé. J’ai indiqué la manière de faire cette opération dans le Manuel du Sommelier,

tous les estomacs, comme les vins naturels. Au surplus , ils sont toujours vendus comme vins travaillés, et leur prix est plus élevé que celui des vins qu’on a conservés purs , à cause des frais et déchets qu’occasionnent les soins particuliers qu’on leur donne pendant plusieurs mois.

Tous les vins rouges du Bordelais ont une légère âpreté qui les caractérise : elle n’est pas désagréable pour les personnes qui boivent fréquemment de ces vins; mais à la première dégustation, elle déplaît assez généralement à celles qui sont habituées à boire les vins délicats de Bourgogne. Quelques œnologues pensent que cette âpreté est due à la longue fermentation des vins dans la cuve, et à l’excès de tannin (i) dont ils sont pourvus. Il n’est pas besoin d’observer que plus les vins sont vieux, moins elle se fait sentir.

A Bordeaux , l’âge des vins se compte par feuille. On dit un vin de deux ou de quatr e feuilles, au lieu de dire de deux ou de quatre ans , comptant pour une année chaque nouveau pampre dont la vigne s’est revêtue depuis que le vin est récolté.

Le temps que l’on doit laisser le vin en tonneaux varie , comme dans tous les vignobles , suivant les cépages qui les produisent, la qualité du terrain et la température de l’année ; mais en général ceux de

(1) Cette substance contenue dans l’écorce de chêne, et qui sert à tanner les cuirs , existe en plus ou moins grande quantité dans tous les vins , et ceux qui n’en contiennent pas 11e sont pas susceptibles d’être clarifiés par le moyen du

collage .

ce département ne parviennent à leur maturité qu’au bout de cinq à six ans, et quelquefois plus tard. Ce n’est qu’alors que leurs qualités se développent et que les vins fins se distinguent par leur finesse, leur sève et leur bouquet : en goûtant les vins des premiers crus, lorsqu’ils sont jeunes, tout autre qu’un fin gourmet du pays les confondroit avec certains vins de la troisième classe.

Les vins du Bordelais se divisent en vins de Médoc , vins de Graves , vins des Palus, vins des côtes , vins de terre forte et vins d’entredeux-mers.

Les vignobles du Médoc occupent un terrain d’environ vingt lieues de long sur une de large. Ils sont situés sur la rive gauche de la Garonne et de la Gironde , depuis les environs de Bordeaux jusqu’à la mer. Le Médoc se divise en haut et bas. Le haut Médoc s’étend depuis Margaux jusqu’à Saint-Surinde Cadourne et Saint-Estephe ; il fournit les vins les plus estimés. Le bas Médoc commence près de Saint-Surin-de-Cadourne , à deux lieues trois quarts de Lesparre , et s’étend jusqu’à la mer. Les vins de cette partie du Médoc sont bien inférieurs à ceux du haut ; il y a cependant quelques crus distingués par l’excellence de leurs produits.

Les Graves; on nomme ainsi les terrains graveleux qui s’étendent depuis Bordeaux jusqu’à environ trois lieues au sud de cette ville ; on y récolte des vins rouges et blancs , dont plusieurs jouissent d’une réputation méritée.

Les "Palus sont des alluvions (i) formées parles rivières de Garonne et de Dordogne ; on y récolte des vins qui ont en général une couleur très-foncée , beaucoup de corps, et qui sont durs et même grossiers pendant les premières années 5 mais en vieillissant, et sur-tout en voyageant par mer, il en est qui acquièrent une excellente sève et une partie des qualités que Ton estime dans les crus plus renommés. Ces vins sont ordinairement appelés vins de cargaison , parce qu’on les choisit de préférence pour les expéditions lointaines. Les meilleurs sont souvent employés à donner du corps aux vins de Médoc, quand ils en manquent.

Les Côtes sont les collines qui bordent la Garonne et la Gironde, depuis Langon jusqu’à Blaye. Les vins qu’elles produisent ont une belle couleur et beaucoup de corps.

Les vignobles dits de terres fortes sont ceux du Médoc, où il ne se trouve pas de gravier. Les vins qu’ils produisent ont moins de légèreté , de sève et de bouquet , et ressemblent aux vins des Palus,

On nomme pays d’ entre -deux -mers celui compris entre la Garonne et la Dordogne : il est borné par les palus qui forment les bords de ces rivières et par les coteaux qui bordent les palus. Les vignobles dits & entre- deux-mers ne produisent que des vins de basse qualité.

(1) Ce sont des atterrissemens qui se forment à l’un des bords d’une rivière, lorsqu’elle prend son cours d’un autre

côté.

VINS ROUGES

Première classe .

Les quatre crus qui composent cette classe jouissent d’une égale réputation, et les vins qu’ils produisent se vendent le même prix ; ils ont une supériorité tellement marquée sur ceux des autres vignobles du même territoire , que les meilleurs de ceux-ci sont toujours de 20 à 2 5 pour cent au-dessous $ ces crus sont les clos de Lafitte , de Latour > de Châte au- Mar gaux et de Haut-Brion ; les trois premiers situés dans la partie du Bordelais nommée le haut Médoc > et le quatrième dans celle dite des Graves.

Le clos Lafitte y sur le territoire de Pauillac , à quatre lieues sud-est de Lesparre , fournit des vins légers , très-fins , très-soyeux, pleins de sève (1) et de bouquet.

Le clos Latour 9 situé entre Pauillac et Saint- Lambert, produit des vins qui ont plus de corps et d’étoffe que les précédens; ils» ont de même beaucoup de sève et un bouquet très-prononcé \ mais ils sont moins fins et moins soyeux.

Le clos du Château- Margaux , sur le territoire de Margaux, canton de Castelnau-de-Médoc , à cinq lieues un quart de Bordeaux , donne des vins

(1) La sève particulière des vins des premiers crus du Médoc a quelque chose de l’odeur que répand en brûlant la meilleure cire à cacheter, et leur bouquet participe de l’odeur de la violette.

qui se distinguent par beaucoup de légèreté et de finesse ; ils ont un joli bouquet et sont très-soyeux , mais leur sève est un peu moins aromatique que celle des vins de Lafitte .

Le Haut-Brion dépend de la paroisse de Pessac , dans les Graves , à une lieue un tiers de Bordeaux. Les vins de ce cru ont plus d'étoffe , de corps et de spiritueux que les précédens, une sève plus riche en arôme, mais moins de bouquet : l'âpreté qui caractérise tous les vins de Bordeaux est plus prononcée dans ceux-ci , et ils ont besoin d'être conservés six à sept ans en tonneaux avant de parvenir à leur maturité , tandis que ceux des trois premiers crus sont potables au bout de cinq ans.

Deuxième classe.

Le clos j Rozan, dépendant de la paroisse de Margaux , donne des vins de l'espèce et qui parti cipent de toutes les qualités du Château-Margaux , quoiqu'ils soient moins parfaits.

Les vins du clos de Gorce , sur le même territoire , ressemblent à ceux du clos Latour, et se vendent un huitième de moins.

Les clos Léoville et Larose , situés dans la paroisse de Saint- Julien de Régnac, canton de Pauillac, à cinq lieues de Lesparre , fournissent des vins qui ont beaucoup de sève et de bouquet ; iis diffèrent peu du précédent.

Le clos Mouton, territoire de Pauillac , n’est séparé de celui de Lafitte que par un sentier. Les vins qu’il produit sont légers ^ fins et soyeux $ ils ont de

îa sève et du bouquet, et ressemblent à celui de Lafitte, auquel ils sont néanmoins inférieurs.

Le clos P ichon- Longueville , situé dans la même paroisse , donne des vins très -légers , spiritueux et fins , mais moins riches en sève.

Calon y cru du territoire de Saint-Estephe, fait des vins corsés , pourvus de sève et de bouquet.

Troisième classe .

Les vins qui peuvent figurer dans cette classe, se récol tent dans les paroisses de Pauillac, de Margaux , de Saint-Estephe y de Saint-Julien y et de Castelnau-de-Médoc'y ils ont tous le caractère des vins des premiers crus de ces cantons , et participent plus ou moins de leurs qualités. Les vins de Pauillac sont en général riches en sève ; ceux de Margaux sont plus légers ; ceux de Saint-Estephe ont un bouquet de violette très-prononcé et qui se fait sentir même dans les vins communs; ceux de Saint-Julien ont de la sève et du bouquet ; ceux de Castelnau-de- Médoc participent des qualités des précédens, mais leur sont inférieurs.

Talance y à trois quarts de lieue de Bordeaux , dans les Graves, donne des vins corsés, pleins de sève et très - solides ; ils tiennent dés qualités de ceux de Haut-Brion , mais ils sont moins fins : on estime sur -tout ceux de la partie dite le Haut - Talance .

Pessac y aussi dans les Graves, à une lieue un tiers sud-ouest de Bordeaux , fait des vins de Tespèce

et de la qualité de ceux de Talance ; on estime surtout ceux des deux crus dits du Tape-Clément .

Mérignac , dans le même canton, a quelques vignes qui donnent des vins semblables aux précédens , quoique la majorité de ses produits ne puisse figurer que dans la quatrième classe.

La cote de Canon , sur la rive droite de la Dordogne, en face du passage de Saint-Pardons, dans la commune de Fronsac, fournit des vins qui ont beaucoup de légèreté , de finesse et de spiritueux ; iis sont plus précoces et n’ont pas l’âpreté qui caractérise les vins du Médoc. Ils vont de pair et se vendent le même prix que ceux de Saint-Estephe.

Quatrième classe .

Plusieurs crus des vignobles cités dans les trois premières classes produisent aussi des vins qui ne doivent figurer que dans celle-ci, et que l’on qualifie dans le pays de vins des quatrièmes crus du haut Médoc; ils n’ont ni la finesse, ni la sève, ni le bouquet des vins d’entremets , et ne peuvent être considérés que comme vins d’ordinaire de première qualité , quoique dans beaucoup de pays , où l’on met rarement un prix élevé aux vins de Bordeaux, et particulièrement à Paris, ils figurent à l’entremets sous les noms de crus plus distingués.

Labarde et Cussac > canton de Castelnau-de- Médoc ; Blanquefort et Macau , à deux et quatre lieues de Bordeaux ; Saint-Surin- de- Cadourne , à deux lieues trois quarts de Lesparre , et quelques autres vignobles du haut Médoc, donnent des

vins de bonne qualité , et qui gagnent beaucoup à être gardés.

Saint-Emilion , à une lieue deux tiers de Libourne, fournit au commerce des vins qui ont uns belle couleur , du corps et une sève qui leur est particulière ; ils égalent par la qualité et le prix les vins des quatrièmes crus du haut Médoc , dont j’ai parlé au commencement de cette classe. Les meilleurs sont ceux que Ton récolte dans les vignes situées près de la ville.

Les vins du bas Médoc ne doivent , pour la plupart , figurer que parmi ceux de cinquième classe ; cependant quelques crus privilégiés méritent de trouver place dans celle-ci : on distingue entre autres celui nommé Laujac y dans la paroisse de Bégadan , à une lieue et demie de Lesparre , dont les vins ressemblent un peu à ceux de Pauillac.

Queyries > JMontferrant et Bassens , canton de Carbon-Blanc, sont les vignobles les plus estimés parmi ceux dits des Palus. Les vins qu’ils produisent ont une couleur foncée et beaucoup de corps ; ils acquièrent en vieillissant , ou par les voyages , une sève fort agréable; ceux de Queyries sont surtout recherchés et se vendent le même prix que les vins des troisièmes crus de Médoc; tandis que ceux de Montferrant et de Bassens ne se payent que comme les quatrièmes crus. Les vins de ces premières qualités des Palus et des cotes sont souvent employés à donner de l’étoffe aux vins de Médoc > quand ils en sont privés.

Cinquième classe .

On comprend dans cette classe tous les crus inférieurs des vignobles que j’ai déjà cités, et les cantons qui ne produisent que des vins d’ordinaire de seconde qualité et au-dessous. Leur nombre et les nuances qui distinguent leurs divers produits pourroient fournir la matière d’une sous-division en plusieurs classes, dont la première réuniroit les vins d’ordinaire de seconde qualité, et les autres ceux de troisième qualité et les vins communs.

Les vignobles d 'Ambês , Lassouys , Bouliâc , Bac alan, Gilet , Saint- Gervais , Asque , Latresne , Quinsac , Saint - Loubez , Và alenton y Macau , Boutiran , Izon, Cadaujac et Baurech, situés sur les terrains nommés les Palus , fournissent des vins corsés et fermes qui supportent très-bien le transport par mer ; on les désigne généralement sous le nom de vins de cargaison , parce qu’il s’en expédie beaucoup pour les pays étrangers et les colonies. Ces vins , bien choisis et provenant d’une année dont la température a été favorable à la vigne, acquièrent de la qualité en vieillissant ou en voyageant par mer, et font alors de bons vins d’ordinaire de seconde qualité.

Parmi les vins des côtes on cite ceux des vignobles d e Letourne , de Langoiran , de Bourg zi quelques autres, comme ayant une belle couleur et étant susceptibles d’acquérir en vieillissant de la légèreté , de la sève et un goût agréable.

Saint- Mac aire , à trois lieues et demie de la

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