CHAPITRE PREMIER
Espagne et Isles Baléares .
L’Espagne est bornée au nord par le golfe de Biscaye et les Pyrénées qui la séparent de la France; au midi , par le détroit de Gibraltar; à l’orient, par la mer Méditerranée, et à l’occident, par le Portugal et l’Océan Atlantique. Elle est divisée en quatorze provinces , dont plusieurs prennent le titre de royaumes; je les parcourrai du nord au midi, dans l’ordre suivant : la Galice, les Asturies., la Biscaye, la Navarre , l’Aragon , la Catalogne , le royaume de Léon, la Vieille-Castille , la Nouvelle-Castille , Valence , l’Estramadure , l’Andalousie , la Murcie , la Grenade , et enfin les îles Baléares , c’est-à-dire , Majorque, Minorque et Ivica. Quant aux possessions espagnoles situées dans les autres parties du globe , et où la vigne est également cultivée , elles seront comprises dans les chapitres consacrés à chacune de ces contrées.
Toutes les provinces de ce royaume contiennent des vignobles plus ou moins étendus, et l’on yfaitune quantité considérable de vins de différentes espèces, qui sont la base d’un grand commerce. Les vins de liqueur, très-recherchés dans tous les pays, diffèrent des nôtres non seulement par la qualité des plants qui les produisent etla chaleur du climat qu’ils éprouvent , mais plus encore par la manière dont on les prépare. Les raisins qui les fournissent sont très-sucrés et donnent un moût d’autant plus doux qu’ils parviennent
presque toujours à leur parfaite maturité; ce moût est encore concentré par l’ébullition, et acquiert une consistance de sirop; on le met ensuite dans les tonneaux, où il fermente assez pour prendre le degré de spiritueux nécessaire ; mais ayant été dépouillé par le feu d’une forte portion de son flegme, la fermentation cesse avant l’entière dissolution des parties sucrées. Ces vins restent doux, et sont même pâteux pendant les premières années ; ce n’est qu’en vieillissant qu ils acquièrent de la finesse, de l’agrément et du parfum : il est dangereux d’en user avec excès ; mais bus avec modération , et seulement pour remédier à quelques indispositions de l’estomac , ce sont d’excellens toniques Plusieurs cantons produisent des vins moelleux justement estimés , soit comme vins fins, soit comme vins d’ordinaire. Les vins communs sont presque tous colorés , lourds , grossiers et trèsspiritueux : on en convertit beaucoup en eau-devie, dont le commerce se fait principalement dans les ports de la Catalogne et du royaume de Valence ; elles s’expédient pour la France , l’Italie , l’Amérique, la Hollande, l’Angleterre, la Russie et les autres pays du Nord. Leur qualité est , en général , inférieure à celle des bonnes eaux-de-vie de France , dont l’Espagne tire une certaine quantité tous les ans.
Les vignobles de ce royaume fournissent aussi au commerce des raisins secs de très-bonne qualité; on les préfère à ceux de la Calabre, et même aux raisins de Provence : ils participent de la douceur des premiers et du goût agréable des seconds ; mais ils
sont préparés avec négligence , souvent mêlés de petits grains , et arrivent assez mal conditionnés clans des cabas ou sacs de jonc. On expédie aussi, particulièrement de Malaga, des raisins frais qui parviennent bien conservés , même avec leur fleur, dans les pays du Nord. Cueillis avant leur entière maturité, ils sont emballés, la tête en bas, avec du son bien sec , dans des pots de terre ou de grès ; le couvercle est soigneusement luté avec du plâtre, ce qui les garantit de l’humidité et du contact de l’air.
Le nombre des variétés de vignes cultivées en Espagne est très-considérable. D. Simon-Ro x as- Clemeîite , dans un ouvrage dont M. Caumels vient de donner une traduction (1), en compte plus de cinq cents : il en décrit cent vingt espèces qu’il a reconnues dans les royaumes d’Andalousie et de Grenade. Je ne citerai ici que celles qui paroissent être généralement cultivées , et qui sont les meilleures , soit pour la préparation des vins , soit pour celle des eaux-de-vie et des raisins secs.
RAISINS ROUGES
La tintilla . Cette variété très -estimée occupe la plus grande partie des vignes de Rota , et donne le fameux vin nommé tintilla de Rota: ailleurs, on l’emploie pour colorer d’autres moûts dont on veut faire du vin rouge. A Malaga , on la nomme
(1) Essai sur les variétés de la Vigne qui végètent en Andalousie.
tinto ; ses raisins entrent pour un sixième dans les vins rouges de ce vignoble. On cultive aussi ce plant à Trebugena , à Chipiona , à Arcos , à Espéra , à San-Lucar , à Xérès , à Paxarète et dans plusieurs autres cantons.
Le tempranillo . Les grains de ce raisin sont trèsnoirs $ il est des plus estimés àLogrono et à Peralta, tant pour sa saveur que pour les bons vins rouges qu’il produit.
U albïllo- castillan y de couleur rouge-grisâtre, est très-précoce ; la saveur et le poids de son moût démontrent qu’il est précieux pour faire des vins.
Le mollar noir occupe à Xérès un tiers des vignes qui sont plantées dans les sables $ on en voit aussi beaucoup dans les vignobles d’ Arcos ^ d’Espera et de Paxarète : il est très-rechercbé pour la table.
Le peruno noir y assez répandu dans les différons vignobles , est de bonne qualité.
Le tinto et le morastel sont très-noirs ; comme on cultive en général plus de raisins blancs que de rouges , ces variétés sont employées , dans la plupart des vignobles , à colorer les vins blancs.