I. ROYAUME DE SARDAIGNE
Les provinces continentales de ce royaume sont la Savoie j le comté de Nice, le Piémont , le duché de Montferrat et Y État de Gênes ; dans la mer Méditerranée, Y île de Sardaigne.
La Savoie formoit jadis le département du Mont-Blanc ; elle contient environ 10,000 hectares de vignes , sur le territoire de trois cent une communes, qui produisent , récolte moyenne, 200,000 hectolitres de vin , dont la presque totalité est consommée dans le pays; cependant l'arrondissement de Chambéry , qui est le plus riche en vignes , fait quelques envois à Genève et dans les contrées voisines.
Les différentes espèces de plants sont cultivées pêle-mêle dans presque tous les vignobles , et les vignerons prennent rarement la peine de les distinguer. Plusieurs vallées , sur-tout dans les environs de Chambéry , sont peuplées de ceps hautains qu’on nomme ici hutins 9 et qui produisent, comme ailleurs , beaucoup de vin vert et de basse qualité. On fait très-peu d'eau-de-vie.
VINS ROUGES
Première classe .
Les plus estimés, et qui sont très-bons comme vins d’ordinaire, se récoltent dans les environs de Mont -
mêlian , de Saint- Alban > où sont les fameux coteaux du Mont-Termino et de Saint- Je an-dela-Porte j arrondissement de Chambéry. On en fait de deux espèces , dont la qualité et la couleur dépendent du temps qu’on les laisse fermenter dans la cuve. Les uns , dits clairets , qui n’y restent que deux ou trois jours, ont une couleur peu foncée, sont légers , fins , délicats et fort agréables ; les autres , qu’on ne tire qu’après huit ou dix jours de fermentation , sont plus foncés , plus fermes et doivent être attendus plus long-temps avant de les boire; mais ils portent mieux l’eau et se conservent davantage.
Les principaux vignobles de l’arrondissement de Saint- Jean-de-Maurienne, sont ceux ùcBonne-Nonvelle y d’ Aiton , de Saint- Jean , de Saint- Julien y de Saint- M artin- de-la-P orte et sur-tout Prinscens et Kchaillon , dont les vins passent pour ressemblera ceux de quatrième classe de la Haute- Bourgogne. Ceux de la vallée de l’Isère jusqu’à Conflans , jouissent aussi de quelque réputation.
Deuxième classe .
Les vins de la Chanta gne , des bords du Bhône et de la vallée de la Rochette sont assez bons ; mais ceux que l’on récolte dans les communes qui longent la montagne de Grenier > entre Chambéry et l’Isère, sont de la plus basse qualité. On les appelle vins des abîmes , du nom des Abîmes de MyanSj où l’on cultive beaucoup de vignes , dont les produits sont consommés par le peuple de Chambéry.
L’arrondissement d’Annecy contient aussi des vignobles assez étendus ; il y en a de fort beaux et de bien entretenus sur les bords du lac de ce nom ; leurs vins sont de bonne qualité; les plus estimés sont ceux que l’on fait à j Designy , canton de Ru* milly. s
La Tdrantaise , comprise dans l’arrondissement deMoutiers, a quelques vignobles qui, ne fournissant pas aux besoins du pays , sont suppléés par les vins de la vallée de l’Isère.
VINS BLANCS ET DE LIQUEUR
Le plus estimé se récolte sur le coteau ditd’^/tesse y situé sur la rive gauche du Rhône, dans l’arrondissement de Chambéry ; il provient d’un plant qui a été apporté de l’ile de Chypre par un prince de la maison de Savoie. Ce vin n’a pas toute la douceur et les qualités de ceux que le même cépage produit dans l’ile de Chypre; mais il est fin , délicat , spiritueux et pourvu d’un joli bouquet. Lorsqu’il provient d’une année dont la température a été favorable à la vigne , et qu’on l’a gardé quelque temps , il peut occuper un rang distingué parmi les vins de liqueur.
Après ce vin de première qualité, on cite ceux du coteau du MareteL et de plusieurs crus de la commune de Saint-Innocent > à trois lieues un quart de Chambéry.
A Lasseraz , près de la même ville , on cultive quelques ceps hautains, du plant dit de Malvoisie ; il produit des vins blancs délicats et qui moussent
' W jpi
comme le Champagne, lorsqu’ils sont mis en bouteilles au mois de mars.
Le principal commerce des vins se fait à Chambéry 5 ce que l’on envoie à Genève et dans les montagnes des environs se transporte à dos de mulet , seule voie praticable dans ce pays. On fait aussi quelques expéditions par le lac du Bourget et par le Rhône , qui communiquent ensemble au moyen du canal de Savières. Les chargemens ont lieu sur le canal dans ses deux ports, l’un appelé le port Puer, près d’Aix , l’autre, le Bourget.
Les tonneaux en usage pour la vente des vins se nomment pièces , et contiennent environ 228 litres.
Le comté de Nice , lorsqu’il étoit réuni à la France , formait, avec la principauté de Monaco et une partie de la Provence, le département des Alpes-Maritimes. Ces pays contiennent i3,4oo hectares de vignes, sur le territoire de cent deux communes, produisant, récolte moyenne, 68,7 5o hectolitres de vins de bonne qualité, qui ne suffisent pas à la consommation des liabitans.
Les principaux vignobles sont situés dans l’arrondissement de JPuget-Thènières , et le seul vin qui jouisse de quelque réputation est celui que l’on recueille sur le territoire de Bellet ; il est rouge, léger, délicat et agréable, et peut figurer parmi les bons vins d’ordinaire de première qualité. Il ne s’en fait aucune exportation.
Les vins se vendent au quintal, poids de table, qui équivaut à 92 livres trois quarts, poids de France.
Le Piémont et le Monferhat, situés au sud
du Valais, formoient les cinq départemens de la Stura, du Pô , de Marengo , de la Sésia et de la Doire.
Environ 160,000 hectares de vignes, cultivées sur le territoire de huit cent soixante-dix communes, produisent, récolte moyenne , 1,400,000 hectolitres de vin , dont la majeure partie est consommée par les habitans. Ces vins ne supportant pas le transport à de grandes distances, et se conservant difficilement plus d’un an, le peu d’exportation que l’on en fait n’a lieu que pour les contrées voisines* Lorsque les récoltes sont très-abondantes, on fabrique quelques eaux-de-vie; mais, dans les années ordinaires, on ne distille que les vins gâtés t les marcs de raisin sont ordinairement employés à faire des demi- vins ou piquettes , boisson ordinaire des vignerons.
La plupart des vins du Piémont sont, en meme temps, âpres et doux, d’une couleur très-foncée
Iet sujets à tourner à l’aigre aux mois d’août et de septembre, après la vendange; ce qu’on attribue aux procédés défectueux employés pour leur fabrication* Dans quelques cantons où des propriétaires intelligens mettent plus de soin à la préparation de leurs vins , on en trouve de fort agréables et qui se conservent assez bien. Les meilleurs, tant rouges que blancs, se récoltent dans l’arrondissement d’ Asti , département de Marengo, et dans les vignobles de Chaumont , près de Suze , département du Pô : on cite aussi comme bons, quoique peu spiritueux, ceux des environs d ' Albe y département de
la Stura; cependant aucun d’eux ne peut être comparé aux vins d’entremets de France.
VINS DE LIQUEUR
Dans plusieurs vignobles du département de Ma* rengo , on recueille des raisins qui fournissent d’excellens vins de liqueur, tels que ceux des plants nommés passereta , malvasia et nebiolo , dans l’arrondissement d’Asti , et ceux dits barbara et bonarde , dans celui de Casai. 11 n’y a pas de cotes consacrées spécialement à la culture de ces plants; ils sont confondus avec les autres espèces et dans toutes sortes de terrains ; ce n’est qu’à la récolte qu’on en sépare les fruits , pour fabriquer les vins qui portent ces différens noms.
Les vignobles de Canelli , à quatre lieues sudest d’Asti , donnent des vins muscats et de Malvoisie estimés pour leur bon goût , leur délicatesse , et surtout pour leur partum; cependant on en exporte peu, parce que les longs voyages altèrent leur qualité.
Chambave, à quatre lieues à l’est d’Aoste , récolte sur son territoire des vins muscats qui ne le cèdent pas aux précédens pour leur goût agréable , et qui ont sur eux l’avantage de mieux supporter le transport.
Le ducbé de Montferrat , qui faisoit partie dyi département de Marengo , produit de fort bons vins, parmi lesquels les blancs sont sur-tout estimés. Le commerce s’en fait à Casai, à quinze lieues nordest de Turin.
Les mesures en usage à Turin sont le rubo , qui
contient 8 litres y , la brenta qui est de six rubos , et le carro de io brentas.
U état de 'Gènes s’étend le long de la Méditerranée, entre le comté de Nice, le Piémont et les duchés de Parme et de Modène. Lors de sa réunion à la France, il fut divisé en trois départemens, savoir : Montenotte , Gênes, et les Apennins.
Environ 72,000 hectares de vignes , sur le territoire de six cent quatre-vingt-quinze communes , produisent, récolte moyenne, 854, 000 hectolitres de vin, dont à-peu près 65o,ooo sont consommés par les habitans* le^surplus est livré au commerce et s’exporte dans différens cantons de l’Italie voisins de ce pays.
Les vignobles les plus considérables occupent le département de Gênes, qui en contient seul 56, 000 hectares. On récolte dans presque tous les cantons de bons vins d’ordinaire et des vins muscats agréables, mais qui ne se conservent pas long-temps et supportent difficilement le transport. Les meilleurs se font dans les arrondissemens de Tortose, de Novi et de Voghera; ceux de l’arrondissement de Gênes sont en général de basse qualité et s’altèrent promptement $ il y a très-peu de vignes dans celui de Bobbio.
Les vins les plus estimés du département de Montenotte proviennent de Ronagremalda , arrondissement d’Acqui; de Ho as cio , CLavezana et Cas telleno , arrondissement de Ceva \ et d’ AlblsoLe et Qulgliano , arrondissement de Savone.
Parmi les vignobles du département des Apen-
nins, on n’en cite aucun dont les vins méritent d’être distingués.
Les mesures en usage sont le barillo qui contient 74 litres 7 et m ezzarola qui est de deux ba-
rillo s.
U île de Sardaigne , placée au milieu de la mer Méditerranée, au sud de l’ile de Corse, entre les 39e. et 4 Ie- degrés de latitude boréale, est si fertile en toutes sortes de productions naturelles, dans les parties cultivées , qu’on trouve rarement ailleurs des fruits aussi bons et en aussi grande quantité. La vigne y fournit quelquefois des récoltes tellement abondantes , qu’on laisse le raisin sur le cep, faute de cuves et de tonneaux pour les contenir.
Les principaux vignobles , situés sur le territoire de B osa ^ d Algide r, de Sassari et de Y Ogliastra , donnent beaucoup de vins d’ordinaire, la plupart d’une couleur rouge un peu foncée et grossiers, et des vins de liqueur qui ressemblent à ceux qu’on fait en Espagne, Parmi ces derniers on vante surtout le nasco , dont la couleur est ambrée; il est tout à-la-fois généreux et suave, a un parfum délicieux et laisse un arrière-goût très-agréable. On met au second rang le vin rouge dit giro , qui a beaucoup de douceur et de parfum, mais moins de spiritueux que le précédent ; il conserve toujours son goût de fruit, et participe des qualités du linto d’Alicante. Après ces vins de première qualité , viennent ceux dits de Malvoisie que l’on fait à Sorso y à Bosa et à Alghier j ils ont la douceur, le parfum et l’agrément des vins de cette
espèce. Ceux dits de Caunonao , de Monaca et de Gaî'naccia y jouissent aussi d’une réputation méritée, et s’exportent en Hollande, enDanemarck, en Suède et en Russie.
Ces vins s’expédient dans des dames-jeannes qui contiennent de 20 à 3o litres , tandis que les vins d’ordinaire se mettent dans des tonneaux de diverses capacités. Les chargemens ont lieu dans les différens ports del’ile, sur-tout à Cagliari , ville capitale, située sur la côte méridionale.
La Sardaigne fournit aussi beaucoup de raisins secs dont on fait quelques expéditions à l’étranger ; ils se préparent principalement dans les vignobles de Bosa, de Sassari , de Sorso et de Sennori.
La mesure en usage pour la vente des vins, se nomme quartier , dont cent payent 10 sous de droit a la sortie de l’île.