S. V. ILE D’ E L B E
Cette île, située dans la Méditerranée, sous le 42e. degré 49 minutes de latitude nord et le 27e. degré de longitude, n’est séparée de la Toscane que par un canal de trois lieues de large. Porto-Ferrajo , sa ville capitale, est aussi son port le plus fréquenté.
Environ 5, 400 arpens de vignes rendent, récolte moyenne $ 85, 000 hectolitres de vin : comme cette quantité excède les besoins des habitans , on en exporte une partie. Il y a peu de vin rouge, mais il est fort bon ; le blanc , au contraire , est abondant et inférieur en qualité : il pourroit être meilleur si la fabrication en étoit plus soignée. L’usage du pressoir est étranger à ce pays; lorsque le vin est retiré de la cuve , on y verse de l’eau pour faire des demi-vins ou piquettes d’un goût assez agréable, et qui sont la boisson ordinaire des vignerons.
Porto-Longone , sur la côte orientale de file, etst entouré de vignobles très-étendus et produisant
des vins estimés, parmi lesquels on distingue ceux du petit ermitage dit de Monte-Serrato .
Les environs de Rio produisent des vins muscats très-doux et ayant un parfum agréable.
L’île d’Elbe fournit deux espèces de vin d’extraordinaire , le vermut et Yalealico. Le premier se prépare avec le meilleur vin blanc dans lequel on fait infuser de l’absinthe et d’autres herbes aromatiques; il a du corps, de l’amertume et un parfum agréable. Ce vin , que l’on peut mettre au rang des liqueurs artificielles , ne se boit ordinairement en France qu’au milieu du repas ; l’auteur de l’Almanach des Gourmands le cite comme partageant l’honneur du coup du milieu , avec le rum de la Jamaïque , le vin d’ absinthe et le madère sec ; il ajoute que l’effet du coup du milieu est presque magique ; qu’après l’avoir bu chaque convive se sent dans les mêmes dispositions qu’en se mettant à table, et qu’il est prêt à faire honneur à un second dîner. Dans le nord de l’Europe , et sur-tout en Suède et en Russie , le vermut , le rum , l’absinthe et même l’eau-de-vie se boivent avant le repas et au moment de se mettre à table. Le vin aleatico s’exprime d’un excellent raisin muscat rouge , très-fleuri , à grain de grosseur moyenne , légèrement ovale , pointu par les bouts et très-espacé dans la grappe ; sa feuille , d’un vert noirâtre , est profondément découpée et presque palmée. Chaque propriétaire suit pour la manipulation de ce vin de liqueur , un procédé dont il garde le secret, et qui consiste à faire évaporer la partie aqueuse du raisin avant d’en ex-
primer le jus, à le laisser fermenter plus ou moin9 long-temps, et à y ajouler quelques spiritueux tels que le rum. Cette liqueur, très-estimée dans le pays , a un fort bon goût , de la chaleur et un parfum agréable ; on la compare aux vins de Monte - s Catinie t de Monte-Pulcino , lorsqu’ils ont perdu leur odeur enivrante. J’ai dit plus haut qu’on fait en Toscane et dans l’Etat Romain des vins qui portent le même nom et proviennent du même raisin ; mais on emploie des procédés différens.