V. PROVINCES CONTINENTALES DE LA TURQUIE
d’asie.
Cette portion de l’Empire Ottoman est bornée au nard par la mer Noire et la Tar tarie russe , à l’est
par la Perse, au sud par l’Arabie et la partie de la Méditerranée nommée mer du Levant, et à l’ouest par l’Archipel et la mer de Marmara , qui la séparent de l’Europe. On la divise en trois grandes régions , qui sont : i°. l’Asie mineure ou Anatolie 5 20. la Syrie ou Jouristan , avec la Palestine ; 3°. les provinces au-delà de l’Euphrate, savoir : l’Arménie, Je Diarbckir ou Mésopotamie, et l’Irac-Arabi.
Z/ Asie mineure ou Anatolie est située sous les 37e., 38e. et 39e. degrés de latitude boréale, entre la mer Noire, l’Archipel, la mer du Levant et l’Euphrate. Ce pays étoit autrefois très-peuplé; son sol est fertile par-tout où on le cultive ; mais le Turc, livré à sa paresse, n’a pas plus soin de la terre que de lui-même, et entrevoit à peine des terrains à exploiter au-delà des jardins et des lieux qui entourent les villes les plus florissantes. Il y a des vignobles qui pourroient devenir de la plus haute importance soiis un autre gouvernement.
Isnic , à trente lieues sud-est de Constantinople , a beaucoup de vignes, que ses habitans , la plupart Israélites , cultivent avec soin , et dont ils tirent des vins de fort bonne qualité.
Scala-Nova y dans le fond d’un golfe près des ruines d’Ephèse ; Thestié , bâtie sur les ruines de Cyssus , à sept lieues sud de Scio , et Smyrne y dans le Sandgiacat de Soglalis , ont des vignobles qui fournissent une grande quantité de raisins secs qu’on exporte à Constantinople , en Egypte et dans plusieurs autres contrées.
hampsaque } près de l’embouchure septentrionale
du détroit des Dardanelles , 4loit renommée pour la bonté de ses vins. Cette ville , jadis considérable , n’est plus qu’un mauvais village ; on voit encore quelques vignes sur les coteaux voisins , mais leur produit est insignifiant.
JMaïta et les Dardanelles envoient encore un peu de vin à la capitale , et en vendent aux navires qui viennent mouiller dans leurs ports et aux environs.
La Troade offre peu de vignes, quoique les coteaux et les collines soient très-propres à cette culture; on n’est pas dans l’usage d’y faire du vin. Les raisins sont employés à la préparation du rai-» sine , nommé petmés en turc , dont les Orientaux font une grande consommation pendant toute l’année ; ils s’en servent en remplacement de sucre et de miel dans la plupart de leurs friandises , et en font , avec le sésame réduit en pâte , une sorte de ziougat qu’on ne dédaigneroit pas en Europe. On en vend beaucoup à Constantinople , aux Dardanelles et dans la plupart des villes de la Turquie. Le procédé consiste à mêler ces deux substances dans des chaudières exposées à un feu modéré , et à remuer sans interruption , avec 'une grande spatule de bois , jusqu’à ce que le mélange soit assez épaissi. On le verse ensuite sur de grandes plaques de marbre ou de cuivre, et on obtient par le refroidissement des espèces de gâteaux d’un pouce et demi d’épaisseur.
Kutaieh , Brousse , Mondania et Eski-Shehr , dans le gouvernement de Kutaieh, sont environnés de vignobles qui produisent beaucoup de rai-
«ins que Ton fait séchçr , et d’excellens vins blancs dont le principal commerce se fait à Mondania , d’où ils s’expédient par le port de cette ville.
Trébizonde y capitale du gouvernement de ce nom , avec un port sur la mer Noire. Les principaux articles d’exportation sont le vin et les raisins secs , dont la majeure partie passe en Russie.
Rizé y dans la Caramanie , lait aussi le commerce de vins , de raisins secs , et d’une confiture nommée nardenck , qui est une espèce de raisiné.
La Syrie ou Souristan s’étend du mont Taurus à l’Arabie , et de la Méditerranée à l’Euphrate \ la vigne j prospère par-tout où elle est cultivée ; elle donne des vins rouges et blancs qui ont quelque analogie avec ceux du Bordelais , et des raisins secs fort estimés. Cette contrée est divisée en cinq pa challcks ou gouvernemens ; savoir: Alep, Tripoli, Acre, Damas et la Palestine, dont le siège a été tantôt à Gaza et tantôt à Jérusalem.
Dans le pachalick d 'Alep la vigne est cultivée sur les montagnes ; on en rencontre aussi beaucoup dans les jardins , où elle se môle avec les orangers , les figuiers et les pistachiers.
Radikieh , dans le pachalick de Tripoli et à environ vingt-cinq lieues de cette ville. C’est dans le canton nommé le Kesroân et sur le mont Liban que l’on récolte les meilleurs vins de la .Syrie. L’usage est de faire bouillir le moût pour augmenter sa consistance ; cependant le plus estimé, que l’on nomme vin d'or j n’est pas bouilli $ mais il faut qu’il soit
très-vieux pour avoir atteint son plus haut degré de qualité.
Le pachalick ü Acre , répondant à-peu-près à l’ancienne Phénicie , est au sud du précédent. Le pays des Druses , qui en fait partie, abonde en vins. Seyde , autrefois Sidon, exporte des raisins secs , qui se vendent sous le nom de raisins de Damas.
Le pachalick de Damas comprend presque toute la partie orientale de la Syrie et une grande portion de celle méridionale. Les plaines de Hauran et des bords de l’Oronte sont les plus fertiles ; les oliviers , les mûriers et la vigne garnissent les montagnes et les collines.
Damas , capitale de la Syrie , située sur le territoire le plus fertile de cette contrée , fournit au commerce une grande quantité de raisins secs d’excellente qualité; on en fait soit avec les grappes soit égrappés; ils ont une belle couleur dorée, un très-bon goût et presque pas de pépins. On les expédie dans des burtes ou boîtes pesant 10 à 100 livres poids de table , ou de 8 à 80 livres poids de marc. Ils se conservent deux saisons, et se vendent à un prix plus élevé que les nôtres. Il vient aussi de Damas une espèce particulière de raisins secs dont le grain est petit et sans pépins, la couleur dorée et le goût plus exquis. Ces derniers sont rares, et ne s’expédient qu’en très-petite quantité; on n’en trouve jamais dans le commerce.
La Palestine étoit autrefois renommée pour ses bons vins; on y voit encore quelques vignobles; mais ils sont mal entretenus , et leurs produits n’en-
trent pas dans le commerce. Les environs de Jérusalem fournissent cependant de fort jolis vins blancs.
L’exportation des raisins secs de la Syrie se fait tant par nier que par les caravanes , qui en portent beaucoup en Égypte.
Parmi les provinces situées au-delà de l’Euphrate , la Mésopotamie a seule quelques vignobles intéressans. Ceux des environs de Bajazet , dernière ville turque du côté de la Perse , sont très-étendus et produisent une grande abondance de bons vins. Ceux que l’on récolte dans le gouvernement d\£Vzerum , à peu de distance des sources de l’Euphrate , passent pour être de mauvaise qualité.
Les vins de couleur verte que l’on fait à Cotnar , en Moldavie, et ceux dits de la Commanderie , dans l’ile de Chypre, sont au nombre des vins de liqueur de prémière classe.
Les muscats de l’île de Chypre ; les vins de liqueur de Piatra , en Valachie ; ceux de Malvasia, en Morée j le nectar, de l’île de Scio ; la malvoisie, de la Canée et du mont Ida, dans i’ile de Candie 5 le muscat rouge de Ténédos; le vino-santo deSantorin , et le vin-d’or qu’on récolte dans le canton de Kesroan, en Syrie, me paroissent devoir prendre place parmi ceux de la seconde classe.
Le vin-de-loi que font les Juifs' de Réthymo, dans l’île de Candie 5 le muscat de Samos , et les autres du même genre que fournissent les vignobles de Gravosa , dans le Ragusan 5 ceux des îles de Sainte-
Maure , de Céphalonie , de Rhodes et de quelques crus des îles que j’ai citées plus haut , sont au nombre des vins de troisième classe. Tous les autres ne peuvent être rangés que dans les quatrième et cinquième.
1 Parmi le petit nombre de vins non liquoreux que l’on récolte dans ces contrées , on distingue les rouges de Gérigo et de Ténédos , dans l’Archipel, et les vins blancs de Jérusalem , en Palestine , comme devant figurer parmi ceux de quatrième classe.