‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 108 sur 302 · COUVENT, ÉGLISE ET ÉCOLES · texte numérisé non relu

COUVENT, ÉGLISE ET ÉCOLES

Le monastère parisien des Frères prêcheurs est diversement qualifié par les historiens : on le nomme tout à la fois couvent, collège et écoles de Saint-Thomas; c était, en réalité, un établissement mixte où les Dominicains pratiquaient la vie religieuse, selon la règle de leur fondateur, tout en se préparant à la prédication, à la controverse, et en se livrant à l'enseignement.

L’arrivée à Paris des premiers religieux de cet ordre date de 1217, ou 1218. On les logea provisoirement dans la Cité, en une maison voisine de Notre-Dame; mais, dès 1 année suivante, ils trouvèrent un bienfaiteur qui leur assura une installation définitive. Ce bienfaiteur est appelé Jean Barastre, et Jean de Saint-Alban, ou Jean de Saint-Quentin, en Vermandois, où il y avait un doyenné. Théologien, "mirer et se rattachant ainsi a I Université, il leur donna une vieille maison à usage d hôtellerie gratuite, sise en haut de te la grant rué, magnas viens r , et connue sous le nom de "hospice de Sainct Jacques r. C est là que descendaient, comme à Saint-Julien-le-Pauvre , les pèlerins allant à Saint-Jacques de Compostelle et autres lieux de dévotion; d'où le vocable qu’on lui donnait, et qui finit par s’étendre à la rue entière, divisée, autrefois, en plusieurs sections diversement désignées.

La situation de ce petit hôpital est clairement indiquée dans l’acte de donation; il y est dit : «Notre lieu, qui est à Paris, devant Saint Étienne, à main droite,

<9 Registres capitulaires de Notre-Dame , Archives nationales, LL 1 58 , f" 359 v”.

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, entre les deux portes voisines, à la sortie de la ville, loco nostro, qui est Parisitis, coram Sanclo Stefano, ad manum dextram, inter duas portas proximas in exila civitatis. -n

Sur la date précise de leur installation dans celte demeure hospitalière, il y a quelques divergences chez les historiens (1018-1221). Mais les Dominicains en prirent possession avec l’agrément de l'Université, à laquelle Jean de Saint-Quentin les avait sans doute recommandés. Celle-ci leur lit remise de tous ses droits passés et présents sur le lieu donné : quidquid jurium habemus, vel habuimns, in loco Sancli Jacobi, qui est coram ecclesie Sancli Stephani, in exila civitalis; texte qui confirme le précédent et précise encore une fois l’emplacement, objet de la donation.

Ce premier asile devint bientôt insuffisant : un frère prêcheur, envoyé par saint Dominique, étant mort à Paris, ses confrères 11e purent l’enterrer chez eux et durent s'adresser, pour l’inhumation, au prieuré de Notre-Dame-des-Champs, ou des Vignes, en dehors de l’enceinte; autre hospitalité qui leur fut accordée. C’est alors qu’ils songèrent à bâtir une chapelle, tant pour eux que pour leurs bienfaiteurs, dont le nombre augmentait, et qui se réservaient le droit de sépulture dans le nouveau monastère. Cette chapelle, ils obtinrent du pape Honoré 111 l’autorisation de la construire, malgré l’opposition du clergé de Saint-Benoît et grâce à l'intervention du chapitre de Notre-Dame, suzerain spirituel de cetle église.

Il se produit alors, à partir de ce moment et pendant près de trois siècles, un mouvement d’accroissement qui, de proche en proche et de donation en donation, finit par étendre fort loin, en deçà et au delà du mur de Philippe Auguste, le pourpris, si modeste d'abord, que les Dominicains devaient à la libéralité de Jean de Saint-Quentin. Ils gardèrent toutefois, ou l’on garda pour eux, le souvenir du petit hospice de Saint-Jacques, car ils furent appelés communément Jacobins, dénomination qui fut appliquée plus tard à d’autres maisons de leur ordre, bien qu’elles ne fussent pas situées dans la rue Saint-Jacques.

Ces religieux avaient eu d’abord les faveurs de l’Université, qui les leur retira ensuite, et les leur rendit alternativement; — faveurs intermittentes, qui se rattachent aux annales universitaires et non point à l’histoire topographique du Vieux Paris. — Mais ils surent se concilier la haute protection de saint Louis, qui eut un instant la pensée de prendre l'habit monastique chez eux, comme l’avait fait Jean de Saint-Quentin, leur premier bienfaiteur, et de devancer ainsi de trois siècles l’exemple donné par Charles-Quint, au monastère de Yuste.

Félibien, analysant les pièces originales où sont consignés ces divers actes de libéralité, s’exprime en ces termes : rt Saint-Louis, après leur avoir fait bâtir un dortoir et des écoles, fit achever leur nouvelle église, accrut leur enclos d’un

RÉGION CENTRALE DE L'UNIVERSITÉ, hôpital voisin, et y ajouta deux maisons de la rue d’Arondelle qu’il avoit échangées avec Robert Sorbonne . . . Toutes ces maisons furent amorties par Philippe III , en 1281 (‘h n

C’est ici que se placerait, selon la chronologie adoptée par Félibien , la donation du vieux château de Hautefeuille, ancienne villa gallo-romaine dont nous avons parlé dans le volume précédent; mais le fait semble appartenir à la légende plutôt qu’à l’histoire.

En cette même année (1281), le fds de saint Louis confirma l’acte d’amortissement « des droits seigneuriaux que la Marchandise avoit à prendre sur plusieurs maisons et places estant en la censive et seigneurie de la Ville 11. Cet acte, signé par Guillaume Bourdon, prévôt, Jehan Augier, Jehan Barbette, Jehan Arrode et Jehan Bigues, échevins, porte que cia Marchandise a vendu et amorti au couvent de J ordres des Frères prescheurs de Paris, pour onze vingtz livres pariais, quantques elle avoit et eust onques, du droit de seigneurie, de franchise, de propriété, de saisine, de cens, de tonds de terre et de crois de cens , et de tous autres maniérés que. . . de terre puest avoir manantise en six lieux cy dessouz dénommez; cest assavoir auz mesons qui furent auz moines de Saincl Denys, qui font le coing de la rue qui est entre iuy et les moines de Cluny, d’une part, et, d’aultre part, font le coing de la ruë qui est entre luy et le refretlouer aux Freres prescheurs, et d’aultre part, joignant à la voulte Sainct-Quentin; et le jardin de ces mesons mouvant de nous ».

L’acte d’amortissement continue en ces termes : cLe second lieu est la voulte Saint-Quentin et toutes ses appartenances. Le tiers lieu et le quart sont les quatre mesons qui lurent jadis dame Aveline de Biauvais, et euvrent sur la rue, si comme en va de Sainct Estienne des Grez à la porte Gibert, et, d’aultre part, joingnant la voulte Sainct-Quentin, et, d’aultre part, joingnant à une place vuide, qui lust jadis la comtesse de Sainct Gilles. J.e quint lieu est ladicte place vuide, qui, d une part, joint ès devants desdictes mesons, et, d’aultre part, dure jusques à la grant ruë qui va de la porte Sainct Jacques jusques à Petit Pont; et ceste place faict le coing de laultre part de la porte auz Frères prescheurs. Le sixiesme lieu est la place feu Arnoul le Masson, qui est sur la grant rue de la porte Sainct Jacques à Petit Pont, et, par dessuz, joinct à la meson Jehan Poussin, et, par en dessoubz, joinct à la meson feu Pierre Despoigny, et des appartenances par derrière joingnant à la voulte Sainct Quentin; lesquelles mesons et places mouvoient de nostre censive et de nostre seigneurie, et y preignions et avions tous les ans, c’est assavoir, sur les mesons qui furent aux moines de Sainct Denys, douze souz six deniers de fonds de terre, et sur la voulte Sainct-Quentin et sus les appartenances,

1 Histoire de la hile de Paris, t. I, p. 260 et suiv. el Archives nationales, S 4237.

sept solz six deniers de fonds de terre; et sus les quatre mesons dame Aveline de Biauvais, neuf solz quatre deniers de fonds de terre; et sus les deux places vuides, sepl solz deux deniers de fonds de terre, avec soixante solz douze deniers de crois de cens; et sus les lieux des susdiclz, nous avons autant de justice, de seigneurie, de vente, de saisine et de coustumes, corne sur aultre notre terre à Paris. . . O. „

Cet acte est dit fait «du gré et voulenté nostre souverain seigneur Philippe n, qui le confirma, sauf les réserves accoutumées, et salvo lamen in ahis jure nostro, et pire vi omnibus quolibet alienon.

Voilà donc les Dominicains de Paris en possession régulière d’un pourpris déjà fort agrandi , mais qui ne leur suffisait point encore, parce qu’il touchait à diverses propriétés publiques ou privées, et qu’il ne leur semblait pas assez nettement délimité à l'orient el à l’occident. Ainsi que le prouvent plusieurs pièces de leur chartrier conservé aux Archives nationales (S i 2 3 7 ) et mentionnant de nombreuses donations!2', ils parvinrent à se faire donner, en 1 299, par Jean Arrode, qualifié de trpannetier du Royr, la porte d’Enfer ttavec toutes ses appartenances et appendancess, c’est-à-dire la porte et les diverses constructions qui y étaient accolées; donation qui fut confirmée, en 1017, par Philippe le Long, en i33a, par Philippe de Valois, et qui comprenait, disent les lettres de confirmation, « turres alias et aisiamenla omnia ad dictam portam perùnenlia, prout se extendunl a domo fratrum predicatorum usque ad predictam portam inclusive n.

Si étrange que nous paraisse celle donation, elle lut, à peu de distance, suivie d'une autre libéralité du même genre : c’est le don fait en i3oà, par «M‘ Pierre du Tilieul , prestre anglois, en pure et perpétuelle aumosne, de la porte des murs le Roy, assise lez Saincl Estienne des Grecs et ung jardin attenant à ladicte porte (3)d. Les deux portes, avec les constructions accolées à leurs lianes, étaient donc propriétés privées, puisque des particuliers en disposaient, avec 1 agrément du Roy.

On comprend que de telles libéralités, auxquelles il faut ajouter le don de la maison et seigneurie, c’est-à-dire de la propriété de Jean de Meung, le célèbre auteur du Roman de la Rose, maison voisine de la porte Saint-Jacques M, aient incité les Jacobins à s’étendre encore. Quinze ans environ après le don de Jean Arrode, ils avaient obtenu du roi Louis X, dit Félibien, crune place proche la porte appelée depuis porte de Saint Michel, avec deux tours et lieux circonvoisins!5'».

I; Carlulaire ou Livre rouge île V Hôtel de Ville , fol. 102 v°, imprimé in extenso, par Félibien, dans les Preuves, I, cm.

(î) Voir, Appendices, un extrait de ce chartrier.

(3) Archives nationales, S 4 287.

v Ibid.

t5j Histoire de la Ville de Pans, t. I, p. 261, et Archives nationales, S 4287.

Mais la guerre de Cent ans était proche, et il fallut revenir sur ces imprudentes donations qui nuisaient à la défense de la ville. Toutefois les Jacobins réussirent à se faire indemniser pour l’emprise que nécessita le creusement des fossés en dehors de l’enceinte de Philippe Auguste, après le désastre de Poitiers, creusement que Félibien qualifie de ir nouvelle clôture», et qui eut pour effet trde leur ôter leur cimetière, avec une partie de leur cloître, dortoir et réfectoire». La compensation qu'ils demandèrent ne leur fut octroyée que sept ans plus tard, après la mort du roi Jean, mais elle fut des plus amples : et Le roy Charles V. ajoute l’historien de Paris, pour les dédommager de leur perte, leur donna, par acte du 5 novembre 1 365 , l’hôtel de Bourg-Moyen, qu’il acheta des abbés et religieux de Bourg-Moyen, de Blois; à quoi il ajouta les douze deniers de cens, avec une redevance de soixante sous, que la maison de Ville prenait tous les ans sur cet hôtel et quelle donna au roy, pour en disposer à sa volonté h). » C’est sur l’emplacement de cet hôtel tt vieil et caduc» que fut construite, l’année suivante, aux frais de la reine Jeanne de Bourbon, l’infirmerie du couvent qui subsista jusqu’en îfifii.

L’octroi de l’hôtel de Bourg-Moyen — dont on trouvera la notice à l’article de la rue de la Harpe (cote oriental) — prolongeait le pourpris des Jacobins jusqu aux abords de la porte d’Enfer; mais une ruelle mal famée — celle de Coupe- Gorge — le séparait du mur de ville, et les religieux désiraient l’y incorporer. Ils aspiraient également a la possession de 1 ancien Parloir aux Bourgeois faisant saillie extérieure sur la muraille de Philippe Auguste , et inoccupé depuis le transfert de la 1 îevote marchande dans la Maison aux Piliers. De la tour du Parloir, il leur était, en effet, lacile de communiquer avec leur domaine extérieur, où ont été ouvertes depuis les rues Saint-Hyacinthe, Saint-Dominique et Saint-Tliomas-d’Enfei, ainsi que le faisaient, d ailleurs, les Cordeliers autorisés également à percer la muraille pour mettre en communication le dedans et le dehors de leur enclos. Par une sorte de tolérance royale et municipale, les Jacobins jouissaient, depuis quelque temps, de ces lieux aussi ctvieilz et caducs» que l’hôtel de Bourg-Moyen; mais ils voulurent régulariser la situation et s’adressèrent, pour cela, au roi Louis XII, que les guerres du Milanais avaient alors conduit en Italie. Ce monarque désirant, dit Sauvai, crque les Freres Prescheurs fussent plus enclins à prier Dieu pour la bonne prospérité et santé du Roy, lequel est de présent (i 509) hors de son royaume, pour le recouvrement de ses pays et terres de Milan, usurpés par les Vénitiens», leur accorda des subsides en argent, tant et pour leur aider à vivre et avoir leurs nécessités» que ttpour subvenir aux réparations de leur église qu’ils font, de présent reédifier W». C’était ajouter encore aux libéralités par lesquelles il leur avait, en i5oo, accordé le sol de la ruelle Coupe-

1,1 Histoire de la Ville de Paris, t. I, p. 2G2. — l’> Antiquités de Paris, t. III, p. 548.

Gorge, pour être englobé dans leur enclos, et confirmé la jouissance de l’ancien Parloir aux Bourgeois.

Les détails de cette grosse affaire sont exposés plus au long dans la notice spéciale que nous avons consacrée à cet édifice et qui complète celle-ci. On peut, en effet, les réunir, à raison des nombreux points de contact qu’elles présentent, bien que le Parloir aux Bourgeois appartienne plutôt, topographiquement, à l’enceinte et aux fossés; mais il nous a paru plus logique de les rattacher à la rue Saint-Jacques.

Les magistrats municipaux de cette époque se montrèrent moins accommodants que leurs devanciers; ils refusèrent d’enregistrer l’acte royal qui donnait aux religieux l’ancienne maison de la Marchandise; mais ceux-ci continuèrent à en jouir; ils y maintinrent leur dortoir, ainsi que leur réfectoire; puis, lors du comblement des fossés et de la démolition du mur d’enceinte, ils en joignirent le sol aux terrains formant la bordure septentrionale de la rue Saint-Hyacinthe. Trois pièces conservées aux Archives nationales contiennent la preuve écrite de ces diverses extensions!". Ces agrandissements ne leur suffirent point : désireux de compléter l’immense îlot que formait leur couvent de la porte d'Enfer à celle de Saint-Jacques, ils acquirent, vers i685 , le terrain occupé par cette dernière porte et y élevèrent des constructions, selon l’alignement à eux accordé «par MM. les Trésoriers de France, pour baslir sur une place où estoit cy-devant 1 ancienne porte Sainct Jacques qu’ils ont depuis peu acquise des s™ Prévost, des Marchans et Eschevins de cette ville M».

La notice concernant le Parloir aux Bourgeois contient de plus amples détails sur ces diverses transformations. Les articles relatifs à la ruelle Coupe-Gorge et au passage des Jacobins servent également à compléter l’histoire topographique du couvent. Le lecteur devra donc s’y reporter.

édifices de cet établissement monastique étaient l’église,

Les trois plus importants

('l Voici les titres et le sommaire des pièces dont il s'agit :

i cr Donation par Louis XIII, aux Jacobins, de la place des fossés vis-à-vis de leur comenl (1 633). Par lettres patentes du i3 may i633.

9° tri5 décem. i t'i h 3 . Brevet du roi Louis XIV où il est dit que Sa Majesté,. . . en confirmation du brevet du feu Roy son père, qu’au cas que la clôture du faubourg Saint-Jacques se fasse, il accorda auxdits Religieux les fossés étant vis-à-vis de leur couvent, et en outre, en amplifiant la grâce du Boy son père, a encore fait don, au cas de ladite clôture, du rempart dudit fossé et de la démo¬

lition des murailles de la Ville en l'étendue dudit couvent, pour servir à son accroissement, à la charge toutefois, que les allignements seront donnés par les trésoriers généraux de France.»

Voici en quoi ces constructions consistaient (Archives nationales, S âa 39) :

„Du 29 aoust iG85. Devis des ouvrages de massonnerie, etc., pour la construction de cinq corps de logis doubles en la place cy-devant occupée par partie de la porte Saint-Jacques et par les vieux logis qui tombent en ruine. Marché moyennant y5,ooo livres.»

<s) Archives nationales, S. 0289.

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le cloître et les ttcoles Saint-Thomas. Adolphe Berty a consacré au bâtiment des écoles un important article qui a paru, en 1 8 5 6 , dans une publication périodique O, et que nous sommes heureux de reproduire ici :

On ne peut plus savoir aujourd’hui en quel lieu du couvent des Jacobins e'Iaient primitivement leurs e'coles, et encore moins quelles en e'taient les dispositions. Pour le monument, dont les restes subsistent encore, cl que nous avons vu abattre en i84g, lors du prolongement de la rue de Cluny, il tenait, vers la rue de la Harpe, aux infirmeries du couvent, qui n’ont point été' abattues jusqu’à ce jour (elles servent actuellement d’asile communal); vers la rue Saint- Jacques, à une place vide qui le séparait du réfectoire; par derrière au jardin, et par devant à cette ancienne rue que nous appelons maintenant rue des Grès, et qui, dans le siècle passé, fermée à ses deux extrémités, avait nom le passage îles Jacobins.

Le bâtiment dont les planches XXXVIII et XXXIX reproduisent le plan, les façades, les coupes et les principaux détails, se composait d’un édifice rectangulaire de 28 m. 85 de longueur sur 1Z1 m. 80 de largeur hors d’œuvre, dont la partie la plus voisine des infirmeries était formée de trois chambres superposées. Le reste constituait une vaste salle de 1 9 m. 80 de longueur dans œuvre, divisée en cinq travées et éclairée par onze grandes fenêtres en plein cintre, dont deux sur le petit côté faisant face au réfectoire, cinq sur le jardin et quatre seulement sur la rue, parce que, de ce dernier côté, la travée centrale était aveugle, une chaire à laquelle on parvenait par quelques marches ayant été disposée dans son épaisseur. Extérieurement, les travées étaient séparées par des pilastres ioniques supportant un entablement complet, et élevés sur des piédestaux dont la base venait afileurer la partie inférieure d’un soubassement mouluré, percé de soupiraux. Intérieurement, elles étaient séparées par des espèces de pilastres ou dosserels très saillants soutenant les solives du plafond, et qui reposaient sur des piédestaux fort élégants. (Voir pl. XXXVIII.) Ceux-ci, au lieu de porter de fond, étaient eux-mêmes en encorbellement sur des consoles d’un galbe gracieux, mais qui ne comportaient pas suffisamment l’idée de solidité. Huit autres piédestaux semblables, situés aux angles et sur les petites faces de la salle, n’avaient d’autre usage que de servir de point d’appui à des statues dont les débris 011L été trouvés au moment de la démolition.

Les écoles Saint-Thomas avaient leur porte sur le petit côté voisin du réfectoire; elles étaient élevées sur une longue cave en berceau , et surmontées d’un comble fort élevé (1 0 mètres depuis l’égout jusqu’au faîtage), dans la partie inférieure duquel était établi un étage en galetas.

L’ensemble de la construction ne manquait ni d’originalité, ni d’élégance, mais on remarquait dans l’intérieur un agencement singulier, qui était vraisemblablement le résultat de modifications au projet primitif. Il y a aussi apparence que les dosserels avaient été d’abord destinés à recevoir la retombée des grands arcs doubleaux en plein cintre.

Il est certain, au surplus, que l’édifice ne fut point bâti tout d’un jet ; mais ce que les auteurs en disent est assez contradictoire. Suivant Jacques Du Breul, les écoles auraient été commencées par frère Jean Binet, qui fut abbé de Saint-Jean d’Amiens et mourut en .55o, et c’est pour cela qu’on y voyait ses armoiries. H est très évident que dans le monument démoli naguère, il ny avait rien qui pût être attribué à la première moitié du xvi* siècle, et Binet n’a dû que jeter les fondements ou donner des fonds pour de futurs travaux. Suivant Jaillot, les écoles auraient été réédifiées en 1 5 Ci 3 , au moyen des aumônes provenant d’un jubilé que le pape Pie IV accorda dans ce but aux Jacobins ; nous ne voyons pas davantage dans le bâtiment

(l) Revue d’architecture, dirigée par César Daly, p. 3ai et suiv.

de la rue des Grès une construction contemporaine de Charles IX, et nous pensons que ce bâtiment, tel qu'il était au moment où nous l’avons relevé, n’accusait point par son style une époque antérieure au règne de Henri IV. Du Breul dit, en effet, que les écoles restèrent inachevées jusqu’en 1609 c qu'il fut fait marché par les religieux ... au charpentier : de la somme de dix-sept cents écus pour toute la charpenterie, et au couvreur, de la somme de douze cent livres tournois pour toute la couverture en l’année suivante 1610-. ( Antiquités de Paris , p. 521.) Les sommes furent parfaites avec le secours de l’évêque de Paris, qui permit aux Jacobins do faire des quêtes, à cette fin, dans les diverses paroisses de Paris. La chaire fut donnée par l’abbé de Joigny, fils du financier Zamet, dont les armes étaient peintes sur la verrière anciennement placée au-dessus. Plusieurs autres verrières portaient de même l’écusson de ceux qui en avaient fait les frais.

Les premières disputes auxquelles on se livra dans les écoles Saint-Thomas eurent lieu a l'occasion d'un chapitre général de l’ordre, qui fut tenu dans le monastère, vers la Pentecôte de l'année 1611. Le monument devait être entièrement achevé alors et, conséquemment, il a à peine duré deux siècles et demi. Dans les derniers temps, il servait d’école communale et, lorsqu’il fut démoli, 011 parla de le rebâtir ailleurs; mais, ainsi qu’il arrive ordinairement, le projet n’a pas été suivi d’exécution, et il y a vraiment lieu de le regretter.

Le cloître primitif dut être peu important; 011 l’agrandit sans doute au fur et a mesure que le personnel du couvent ^accroissait et que l’enclos prenait de 1 extension. La reconstruction en fut jugée nécessaire au xvtc siècle.; il fallait, en elïel . unifier des corps de logis plus ou moins bien joints les uns aux autres et en assurer la solidité. Ce fut un bourgeois de Paris, nommé Nicolas Hennequin, qui se chargea de ce soin; en l’an 1 556, il fit élever de nouveaux bâtiments conventuels r-en pierres de tailler; ce qui indique que les anciens avaient été construits en matériaux moins résistants. Les travaux avaient été autorisés, en t553, par lettres patentes de Henri II, où il est dit tique les FF. Prescheurs lut ayant lait, remonstrer que pour la décadence et ruine éminente du cloître et du dortoir de leur couvent, ils ont commencé de faire de neuf lesdits cloître et dortoir. . . , de manière que l'un des côtés dudit cloître, qui est le long de l’église, est déjà fait, et pour l'autre côté qui reste à faire, qui est proche et joignant la muraille, aurait besoin d’avancer et approcher près et joignant ladite muraille pour rendre quarré ledit cloître et le faire à l’alignement de l’autre côté qui est déjà fait, lequel autrement serait auguste et trop étroit, vu le grand nombre de religieux et écoliers, qui sont ordinairement au nombre de quatre ou cinq cens, ce qu'ils feraient volontiers parfaire, mais ils doutent être empêchés au moyen de la clôture des faubourgs de ladite Ville . . . , consent et accorde permission et congé auxdits Religieux de parachever leur cloître à l’alignement. . ., et pour ce faire approcher la muraille. . . pour rendre ledit cloître quarré et plus spacieux Ou.

L’église, ou chapelle des Jacobins, qu’on avait réédifiée.; ou plutôt réparée au commencement du xvic siècle, ne paraît pas avoir eo la solidité du cloître et des

•’> Archives nationales, S h~2 37.

écoles : tr Quelque temps avant la Révolution, dit l’annotateur de Lebeuf, elle tombait de vétusté; les religieux avaient été obligés de l’abandonner et de célébrer le service divin dans les écoles Saint Thomas. r Ces écoles, en effet, avec leur nef, leur chaire, leurs vitraux, offraient, à l’intérieur, l’aspect d’une église.

Evacué en J 790, le couvent des Jacobins devait être le siège d’un hospice; mais on se borna à y installer des ateliers pour femmes. Ce qui restait des écoles et du cloître servit successivement d’école, de prison et de caserne. La vieille église que Germain Brice déclarait, en 1762, longue, étroite, et remarquable seulement par sa grandeur W, demeura vide jusqu’à la Restauration, époque où elle fut rendue momentanément au culte. Mais, 11’étant point comprise dans les circonscriptions paroissiales de Paris, elle fut de nouveau désaffectée, aménagée intérieurement et distribuée en étages; ce qui acheva de lui enlever tout caractère. Abattue, en 18/ig, comme une vulgaire bâtisse, elle avait conservé, à

\ue du portail des Jacobins. — Réduction d’une planche extraite des Antiquités nationales de MiJlin.

son chevet, sur la rue Saint-Jacques, des ogives appliquées, des rosaces et divers motifs de sculpture.

Envahi par de grandes constructions modernes, l’ancien enclos des Jacobins

Description delà Ville de Paris, I. III. p. 87.

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, est absolument méconnaissable, et rien n’y rappelle aujourd’hui le passé de ce grand établissement monastique.

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