‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 109 sur 302 · CONTIGU AUX MURS DE VILLE · texte numérisé non relu

CONTIGU AUX MURS DE VILLE

Le Parloir aux Bourgeois, situé en dehors de la région de l’Université et touchant extérieurement à l’enceinte de Philippe Auguste, entre les portes d Euler et Saint-Jacques, appartient topographiquement à cette enceinte; mais on ne saurait le détacher de l’enclos des Jacobins auquel il a été réuni et avec lequel il se confond depuis le transfert du gouvernement municipal dans la Maison aux Piliers. Ce parloir, ou lieu d'assemblée des bourgeois de Paris, locutorium burgensium, disent les textes latins, ira souvent, d’après Félibien, changé de place et de nom avant d’être établi au lieu où on le voit présentement (1755)11.

tt D’abord, ajoute Félibien, on le nommoit la maison de la marchandise, et il étoit à la Vallée de Misère, dans un logis ainsi nommé, qui appartient encore à l’Hôtel-de— Ville. Il y a eu deux autres endroits, éloignés l'un de l’autre, où le corps municipal a tenu ses assemblées, tous deux appelés le Parloir aux Bourgeois, l’un situé dans la ville, entre Saint LeulTroy et le Grand Châtelet, et 1 autre au bout de l’Université etdu Clos aux Bourgeois, avoit son siège dans quelques vieilles tours de la ville, de ce côté-là . . . Celui-ci étoit le plus considérable; il consistoit en un gros bâtiment qui avançoit dans les fossés de la ville, d’environ neuf toises, accompagné de quelques tours rondes et carrées, les unes avec comble, et les autres terrassées h', n

Ce et gros bâtiment n était-il le fameux château de Hautefeuille donné aux Jacobins par Ganelon, l’un des seigneurs de ce nom, château résultant des appropriations faites à une ancienne villa gallo-romaine, dont les substructions ont été retrouvées depuis? Était-il une construction féodale, élevée dans le style du temps sur les fondations de cette villa? Cette dernière hypothèse est vraisemblable; en effet, lors du dérasement, qui eut heu en 1 3 5 6 , le bâtiment put être facilement jeté bas; mais les assises, en ciment romain, offrirent une grande résistance aux démolisseurs. On trouve, en effet, à cette date, dans le Compte de Philippe Dacy, payeur des œuvres de la Ville, cette mention relative aux salaires et du pionniei 1, chargé du déblayemenl des terrains pour l’achèvement des fossés : "Lors furent trouvez une grande partie des forts murs anciennement faicts par les Sarrazins,

M Histoire de la Ville de Pans, t. I, p. 617 el 682.

qui donnèrent grand peine à rompre et depecierW». On sait que les constructions romaines ont été, pendant le moyen âge, attribuées aux Sarrasins.

Ce dépècement des fondations gallo-romaines du château de Hautefeuille, coïncidant avec l’emprise qui fut faite sur l'enclos des Jacobins, pour le creusement des fossés de la ville, après le désastre de Poitiers, donne à penser que l’ancien Parloir aux Bourgeois fut démoli, au moins partiellement, et que, sur l’emplacement des parties détruites, les Frères Prêcheurs agrandirent leur dortoir, leur réfectoire et autres bâtiments conventuels dus aux libéralités de saint Louis. Les’ constats faits, il y a peu d années, lors du prolongement de la rue Soulllot vers le jardin du Luxembourg, semblent prouver qu’il y eut alors dérasement et construction. (t Là , dit un Rapport du Comité de la langue, de l histoire et des arts de la France , une vaste construction, portant les caractères du commencement du xivc siècle, vient dêtre retrouvée : elle s’appuyait contre le mur d’enceinte de la ville, en dehors, et formait une grande salle divisée en deux nefs par des colonnes. Une immense cheminée occupait l’extrémité de chaque nef, au midi PL

Le rapporteur, M. Albert Lenoir, se demande si ce n'est pas là l’ancien Parloir aux Bourgeois, dont la cheminée monumentale avait été reproduite eu double aux deux extrémités de la Salle du Trône, à l’ancien Hôtel de ville de la place de Grève. C’était, peut-être aussi, le réfectoire construit par les Jacobins sur la partie de 1 ancien Parloir qu ils furent autorisés à détruire. Le rapport que nous venons de citer dit, en effet, que et cette vaste construction portait les caractères du commencement du xivc siècle». Or il paraît peu probable que l’Échevinage parisien ail fait élever un bâtiment aussi considérable, alors qu’il eût fallu transfère!' le siège du gouvernement municipal en un lieu moins excentrique. Le centre de 1 activité parisienne se déplaçait, en effet, et le Lomtorium, burgensium, qui avait pu , sans inconvénient, être fixé antérieurement dans la région de l’Université, devait désormais etre reporté dans celle de la \ die, malgré les graves intérêts qui pouvaient le retenir sur la rive gauche. La seigneurie municipale, en effet, y était considérable : indépendamment du Clos aux Bourgeois, qui touchait au Parloir, la Ville, représentée par son Prévôt, ses Échevins et ses Bourgeois délibérants, avait maisons, cens, rentes et autres redevances dans la région universitaire. Nous indiquons, autant que possible, ce domaine multiple à chaque rue où il existait.

A I article du Couvent des Jacobins, nous avons dit que la jouissance des locaux et terrains de l’ancien Parloir, après sa translation en la Maison aux Piliers, avait dû n’être que provisoire et octroyée par tolérance, à titre d’indemnité supplémentaire — outre la donation de l’hôtel de Bourg-Moyen — , pour la destruction du cimetière des religieux, nécessitée par le creusement des fossés. Ce provisoire

Antiquités de Paris, (. III, p. îaà. — 0) Voir Bulletin du Comité, 2e série, t. t, p. 6 1 8.

dura près d’un siècle et demi; il en fut du Parloir aux Jacobins connue du Parloir Saint-Leufroy, lequel était resté à peu près inoccupé pendant que le Corps de Ville siégeait sur la rive gauche, tout en demeurant propriété municipale. Quand les Frères prêcheurs voulurent faire régulariser leur jouissance plus ou moins irrégulière, et la convertir en une véritable possession, ils éprouvèrent une résistance inattendue. Après l’agrément du Roi, il fallait obtenir celui de la Ville, et ce ne fut pas chose facile.

En i5oô, dit Sauvai, le Parloir aux Bourgeois étoit encore debout — du moins en partie.

Cette anne'e-ià même, dans une assemblée de Ville, tenue le 17 février, Jean le Clerc, frère

prêcheur et docteur en théologie, le vinL demander, avec une alle'c qui passoit alors entre le Couvent des Jacobins et les murs de l’Université — c’est la ruelle Coupe-Gorge; — mais 011 trouve cette demande de si grande conséquence, que l’affaire fut remise à une plus grande assemblée. Si bien que le mois d’après, le Prévôt des Marchands ayant appelé à l’Hôtel-de-Ville un plus grand nombre de Bourgeois, frère Le Clerc y présenta des lettres de Louis XII, qui portaient que des personnes intelligentes en l’art militaire, ayant visité par son ordre le Parloir aux Bourgeois et l’allée que vouloient avoir les Jacobins, comme ils lui avoient fait rapport qu’il les leur pouvoit donner sans préjudicier à la Ville, qu’il entendoit que le Prévôt et les Échevins les abandonnassent à ces religieux.

Mais parce que cette requête parut encore de plus grande conséquence qu’auparavant, 011 résolut d’avoir grand égard à la volonté du Roi; et néanmoins, devant que de passer outre, d’en avertir le Parlement, et d’en remettre la décision à une assemblée plus nombreuse de Roui’geois, où seraient convoqués les plus notables et les plus honnêtes gens de Paris.

Le cinquième avril donc ensuivant, celte assemblée eut lieu, et la il fut arrêté que le Prévôt et les Échevins s’opposeraient à la ratification des lettres du Roi, avec d’autant plus de londement que le Parloir aux Bourgeois est l’héritage et l’un des propres (sic) de la Ville; que c’est une maison seigneuriale d’où relèvent toutes les personnes et les logis qui en dépendent; que si deux cents religieux qui composent d’ordinaire le couvent des Jacobins devenoient propriétaires d’une tour qui fait partie de ce logis, ils pourraient apporter un grand préjudice à la Ville.

Telles raisons, après tout, ne leur servirent pas à grand’chose; car enfin on sait qu’il 11’y a plus maintenant (172Ù) de passage ni d’allée entre les Jacobins et les murs de l’Université : tout est si bien confondu avec le monastère, qu’on n’y connoît plus rien, et il s’étend jusqu aux murailles.

Quant à l’édifice du Parloir aux Bourgeois, je ne sais ce qu’il est devenu; car ce vieux bâtiment carré que nous voyons dans les fossés, n’y a jamais servi; c’est le bout du réfectoire et du dortoir des Jacobins, ce qui 11e paraît que trop par la symétrie; outre que l’histoire du roi Jean nous apprend que, pendant sa prison, ce bâtiment fut coupé pour en taire un chemin de rondes et détacher ce monastère des murailles eL des fossés qu’on fit alors pour résister aux ennemis de l’État O.

Sauvai voit, dans ce vieux bâtiment, une construction monastique plutôt que l’ancienne salle du Locutorium burgensium; Félibien a exprimé à peu près le même

(:) Antiquités de Paris, t. II, p. 48 1.

RÉGION CENTRALE DE L’UNIVERSITÉ, sentiment en disant : ttGe bâtiment fut démoli depuis, dans le temps des guerres, sans qu’il paraisse que les Jacobins en ayent profité, que d’une petite portion de terrain W. * La note suivante, empruntée à leur chartrier, prouve qu’ils persévéraient, de siècle en siècle, dans leurs tentatives d’agrandissements, et En i55i. le roi Henri II leur accorda la permission de faire parachever leur distant dortoir, ce à quoi s’étaient opposés les Prévôt des Marchands et Eschevins, disant que cela pouvait nuire à la fortification de la Ville.* H paraît donc probable que la partie de l'ancien Parloir aux bourgeois touchant à la paroi intérieure de l’enceinte avait été seule détruite, et que la partie saillante, vers la campagne, était demeurée à l’état d’ouvrage avancé ; c’est là qu’ils obtinrent de a parachever leur distant dortoir *.

Les modernes historiens de Paris ont retrouvé ce qui restait de cette rr vieille fortification placée dans le fossé de la ville entre les portes Saint Michel et Saint Jacques*. Au temps où écrivait Dulaure, elle existait encore «dans le jardin de 1 hôtel de Brabant, rue Saint Hyacinthe, au n° 1 5 , excédant d’environ quarante pieds 1 alignement de la muraille de la ville, et ayant des murs éperonnés, de chaque côté, par des contreforts1'21*.

Ce sont les substructions de ces murs, de ces contreforts et quelques restes des londations gallo-romaines ayant résisté aux pionniers de 1 3 5 6 , qu’on a rencontrés, de nos jours, lors du prolongement de la rue Soufilot.

En définitive, la date précise de la démolition, tant partielle que totale, de l’ancien Parloir aux Bourgeois, est assez difficile à fixer, et les Jacobins, par leurs empiètements successifs, nont pas peu contribué à obscurcir la question.

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