‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 110 sur 302 · CHAPELLE SAINT-YVES · texte numérisé non relu

CHAPELLE SAINT-YVES

A l’angle septentrional des rues des Noyers et Saint-Jacques, mais ayant sa façade principale sur cette dernière voie, conformément aux règles de l’orientation chrétienne, s’élevait un oratoire connu sous le nom de chapelle Saint-Yves, parce qu’il avait été érigé, vers le milieu du xiv° siècle ( i 368), en l'honneur de ce saint ; L’initiative de cette construction appartient à des écoliers bretons que la fondation du college de Cornouailles, en i3a î , avait attirés à Paris, et qui crurent devoir faire à leur compatriote, nouvellement canonisé, l’honneur d’un culte public, dans le voisinage de leur collège et dans la ville où il avait été étudiant lui -meme. Yves, eu eftet, fils de Hélor, seigneur de Kermartin, en Bretagne, lut artien, théologien et décrétiste à Paris, d’où il se rendit à Orléans pour achever

' * Histoire de la Ville de Paris, I. 1, p. 617. — (!) Histoire de Paris, p. 32g.

ses études de droit; après quoi il regagna la Bretagne, devint official à Rennes et à Tréguier, ville voisine du manoir de Kermartin, se fit avocat des pauvres, tout en conservant ses fonctions curiales, et mourut en i3o3. Déclaré saint par

Chapelle Saint-Yves en 1702. — Réduction d’une estampe de la Géométrie pratique de Manesson-Mallel.

le pape Clément VI, sur les instances de plusieurs de ses compatriotes, il devinl le patron de la Confrérie des te procureurs et advocats(1,n.

Sa cliapelle parisienne était le siège d’une confrérie de ce genre, composée, dit Félibien, et pour la plupart, d'advocats et de procureurs, qui prennent tous le litre de gouverneurs et administrateurs de cette chapelle 11 s’v trouvait également

On connaît le trait plaisant contenu dans la séquence composée en son honneur :

Advocatus et non latro, lies miranda populo.

- Histoire de la Ville de Paris, l. I, p. 60*2.

RÉGION CENTRALE DE L’UNIVERSITÉ, des marchands, ayant probablement appartenu à la magistrature consulaire, après son importation en France. De singuliers ex-voto décoraient cette chapelle : on voyait, en eflet, appendues aux voûtes et aux murailles, des pièces de procédure, ou , comme disent les historiens de Paris, c des sacs à procès, apportés là, à titre de gratitude envers Saint-Yves, par des plaideurs ayant obtenu gain de causer.

Les libéralités des écoliers bretons, avons-nous dit, furent la cause première de l’érection de la chapelle Saint-Yves; mais elles ne suffirent point pour en assurer l’achèvement et pour lui créer des ressources. Cette fondation demanda près d’un siècle, et plusieurs personnages, Bretons pour la plupart, y contribuèrent. Lebeuf a résumé cette série d'efforts en une page que nous reproduisons.

La chapelle de Saint Yves est aujourd’hui certainement de ta paroisse de Saint Benoit. Sun édifice est à peu près le même qui fut construit l’année d’après la canonisation de ce saint curé de Bretagne, et official (c'est-à-dire en 1 3 û 8 ) suivant la permission de Foulques de Chanac, alors évêque de Paris, rapportée dans Du Rreul. Je ne doule presque point qu’Yves Simon, secrétaire du Roi (et apparemment breton) n’ait été l’un de ceux de cette province qui contribua le plus aux frais nécessaires, et c’est peut-être lui et son épouse dont on voit les statues au frontispice de cette chapelle. Il est certainement fondateur de la première chapellenie qui porte le nom de Saint Yves, à laquelle il assigna en 1 3 5 5 trente livres de rente, voulant par cet établissement que la nomination appartînt aux Maîtres et Confrères de S. Yves. Un chanoine de Notre-Dame de Paris, nommé Jean de Karouilay, professeur en théologie, fit en sorte, en i3o3, que dès le même siècle, on honorât, à Notre-Dame, saint Yves d’un culte particulier. Les fondations dont je vais parler ne regardent qu’indirectement le culte de saint Yves, mais elles ont rapport à l'histoire de la chapelle.

Un autre breton appelé Hervé Costion, docteur en décret, chargea, eu 1 3g 3 , les exécuteurs de son testament de le faire inhumer à Saint Yves, et ensuite d’y fonder une chapellenie du titre de saint Tugdual ou Tugal, évêque mort à Treguier, et de la doter de trente livres. Gérard de Montaigu, évêque de Paris, approuva cet établissement en ràiG. Une fondation qui pouvoit avoir été faite par un troisième breton, est celle dont e'toient autrefois chargés les boursiers et écoliers du collège du Plessis pour leur fondateur natif du diocèse de Saint Malo et appelé Geoffroy du Plessis. Ils dévorent à chaque fêle de Notre-Dame faire dire une grande messe pour lui en cette église de S. Yves. Sur la fin du règne de Charles VI (en liai) un chevalier appelé Maurice Triguedy, ou Triseguedy (nom assez tirant sur le breton) y fonda une chapelle de S. Maurice. . .

Quelques provisions indiquent aussi une chapellenie du litre de N. D. de la Goutte d’Or desservie au grand autel de saint Yves; il y a, dit-on, un clos dit de la Goutte d’or vers Charanton ou S. Maur.

Les Messagers de la Nation de France voulant marquer leur dévotion envers S. Charlemagne obtinrent, en 1679, la permission d’élablir à S. Yves une confrérie sous le nom de cet empereur. De là vint que l’autel de S. Tugal prit aussi le nom de S. Charlemagne. Le premier président du Parlement, Pierre LizeL, obtint une permission d’une autre espèce. On lui accorda, en 1 5io , à cause qu’il logeoit proche S. Yves, que le S. Sacrement serait conservé dans celte chapelle, mais pendant sa vie seulement (,L

(l' Lebeuf, l. Il, p. 67, 08.

Quelques inexactitudes commises par Lebeuf, dans ce récit de la fondation de Saint-Yves, ont été relevées par son annotateur. Il résulte, en effet, d'une pièce conservée aux Archives nationales (L 71 5), que la chapelle Saint-Maurice fut fondée dans l’oratoire Saint-Yves en 1399 et non en 1A21, par Maurice de Tréziguidy, chevalier, chambellan et conseiller du Roi. Trois autres chapelles y avaient également été fondées, en l’honneur de la Sainte Croix, de Saint Etienne et de Notre Dame; cette dernière était due aux libéralités d’un autre Breton. \ves de Kerambert.

Vue du porlail de Saint-Yves en 1790. — Réduction d’une estampe de Duchemin cl Lccarpentier.

L’histoire de la chapelle Saint-Yves se résume en quelques dates : autorisée en 1 368, un an après la canonisation du saint, honorée de la présence du roi Jean, pour la pose de la première pierre, consacrée en 1 3 5 7 par Jean, évêque de Tréguier, gratifiée en 1 Zi 1 7 et 1620 ( Arch . nat., LL 667) de dons royaux pour la réfection des combles et la construction du clocher, elle était encore intacte vers la fin du xvmc siècle. Pour tirer revenu de la partie de la chapelle qui donnait sur la rue Saint-Jacques et sur celle des Noyers, les administrateurs utilisaient une rteschoppei' adossée aie longn de l’édicule et ils la louaient; mais, comme elle était bâtie légèrement, elle tomba en partie de vétusté et tien partye par la violence de quelques charrois r. (TrcA. nat., S 3G29.) On voulut la relever en

1626, mais les ccbourgeois et marchands» du quartier s’y opposèrent, et à 1 appui de leur opposition ils publièrent un mémoire dont l'original nous a été conservé. Fermée en 1790, vendue en 1793, la chapelle Saint-Yves fut démolie en 1796. Son portail était, dit-on, cassez élégant»; des statues le décoraient; ce qui formait un assez bel ensemble à l’angle des deux rues, tt Avant I ouverture du boulevard Saint-Germain, on voyait encore, dit Guilhermy, auteur de \' Itinéraire archéologique, des débris d’arceaux disparaissant derrière les maisons voisines;» mais l’établissement du boulevard ayant nécessité la démolition du côté septentrional de la rue des Noyers, toute trace de la chapelle Sain t— Y ves a disparu.

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