‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 111 sur 302 · COLLÈGE DU PLESSIS · texte numérisé non relu

COLLÈGE DU PLESSIS

La maison scolaire qui a porté ce nom avait été. fondée dans la première moitié du xive siècle. A la veille de la guerre de Cent ans, le mouvement qui portait vers Paris les étudiants de province s’accentua considérablement, et les fondations se multiplièrent au profit des écoles de la rue du Fouarre, qui voyaient les boursiers se joindre aux auditeurs libres assis sur crie feurre» de ses salles.

En l’an i3a2 (vieux style) , Geoffroy du Plessis, de Plesseyo et de Plessiaco, selon les textes latins, eut la pensee de donner un asile, à Paris, et des revenus à de pauvres écoliers originaires surtout de l’évêché de Saint-Malo et des provinces de Reims, de Sens et de Rouen. Dix ans après avoir fondé ce collège séculier, il en créa un autre, mais monacal, pour l’abbaye de Marmoutiers, où il avait prononcé ses vœux.

Félibien raconte, dans les termes suivants, la première des deux fondations : rc Geoffroy du Plessis-Ralisson . . . étoit du diocèse de Saint-Malo en Rretagne, notaire ou protonotaire apostolique et secrétaire du roi Philippe-le-Long. 11 avoit de grands biens, et en destina une partie à la fondation d’un collège qui a porté son nom. Il donna, à cette fin, une maison sise à Paris, à la rue Saint-Jacques, étendue, d’un côté, jusqu’à la rue Saint-Symphorien par la petite rue commune à sa maison et à celle des évêques du Mans et de Coutances, et. de l'autre, jusqu à la rue de Froid-Mante!, en avançant vers la maison de l’Hospital, c’est-àdire de Saint- Jean-de-Latran , avec tous ses jardins, vergers, droits, appartenances et dépendances. . . W»

11 Histoire de la Ville de Paris , t. I, p. 55y.

La fondation laite, Geoffroy du Plessis la compléta en lui assignant des revenus dans le pays de Caux, en Cotentin, en la prévôté de Melun, ainsi qu’au territoire de Vanves et autres lieux où il avait des terres. 11 transforma les deux principales pièces de sa maison en chapelle de la Vierge et en oratoire de Saint- Martin, y créa trois chapellenies, et donna des statuts cà son collège.

A peine installés dans la maison de leur bienfaiteur, les boursiers, qui étaient, au nombre de quarante, dont vingt artiens, dix philosophes, dix théologiens et décrétistes, s’occupèrent de régulariser et de consolider la fondation, en faisant quelques échanges de rentes. Une pièce conservée aux Archives nationales (.1. îùy, n° i(j) nous apprend que le Roi daigna traiter «avec les escholiers de la Maison de Saint-Martin au Mont de Parisn. — C'est ainsi qu’on désignait le nouveau collège, qui ne prit que plus tard le nom de son fondateur.

Un acte de dernière volonté acheva de consacrer la nouvelle fondation. C'est le testament de Geoffroy du Plessis, en date de i33a.

Voici quelques extraits de ce testament, qui fut traduit en français, lors de la dernière transformation du collège Du Plessis (i63s) : «J’ay cédé et transporté ma maison, que j'ay longtemps habitée, sise rue Saint Jacques au Mont de Parts, ainsi qu’elle se comporte et eslend vers la maison de l'Hospital et la rue de .Voirie W, avec mes autres maisons voysines et contiguës, leurs entrées, sorties et issuës, les jardins et vignes, avec tous leurs droits, appartenances et dépendances, toutes lesquelles choses j'ay données à perpétuité, et en pur don et aumosne, aux pauvres maistres et escoliers, lesquels habiteront à perpétuité ladite maison, n Suivent d'autres dons et legs ne se rattachant point à la topographie parisienne : terres à Saynneville, à Brie, Eury, Vanves, etc.

Deux siècles après sa fondation ( 1 5 28 et 1582), le collège Du Plessis est localisé ainsi dans les titres : «corps dudict collège, contenant plusieurs corps d’hostel. chappelle, cour et jardin, et deux maisons estantes dans ladicle rue Sainct Jacques, contiguës dudict collège, l’une le Mouton blanc, l’autre les Trois Saulciebes, et deux petites boutiques; le tout attenant, et, du costé dudict collège, respondant en ladicte ruë Sainct Jacques; tenant tout ledict collège, d'une part à la rue Fromantel, d’autre part au collège de Marmoutiers, par derrière à plusieurs maisons de la rue Chartière W. n

Tout cet ensemble de constructions était encore debout au commencement du xvnc siècle, mais dans un état de caducité qui s’explique par 1 ancienneté des bâtiments faisant l’objet du legs de Geoffroy du Plessis et n ayant pas été restaurés depuis. Diminué par la fondation de Marmoutiers, le collège n avait probablement rien pu prélever sur ses revenus pour réparer les locaux; situation qui lui élail

ci Voir, à cet égard, les articles relatifs à la ruo Fromenlel et au cimetière Saint-Benoît. — ;!| Arcliives nationales, M 182.

commune, d’ailleurs, avec presque tous les établissements scolaires datant de la même époque.

Cette situation est exposée au long dans une pièce conservée aux Archives nationales, et que nous reproduisons en partie aux Appendices : c’est un cr estât des bastiments du collège Du Plessis d’après un procès-verbal de visite faictpar les experts n. Il résulte de ce document, fort détaillé, que les boursiers du collège avaient quatrevingt mille sept cent cinquante livres tournois à dépenser pour remettre en état les divers corps de logis dont se composait l’établissement. Un emprunt seul aurait pu leur procurer cette somme; mais il se présenta une autre combinaison qui leur parut moins onéreuse. Elle n’avait qu’un inconvénient, c’était d’anéantir, ou tout au moins de diminuer considérablement, la personnalité scolaire de la maison fondée par Geoffroy du Plessis. Félibien l’expose dans les termes suivants :

En 1 6 6 6 , le collège Du Plessis prit une nouvelle face, à l'occasion qui suit. Le cardinal de Richelieu ayant abattu l'ancien collège de Calvi, pour élever en sa place l’église de la Sorbonne, ordonna par son testament qu’il seroit pris sur les biens de sa succession de quoi bâtir un collège dans l’espace qui étoit entre la rue de Sorbonne et celle des Maçons, les grandes écoles et la rue des Mathurins. Mais comme la dépense auroit monté trop haut, au gré des héritiers, après plusieurs contestations sur ce sujet, on convint d’une somme d’argent pour la restauration du collège Du Plessis, dont les bâtiments tomboient en ruine et les revenus éloienl fort diminués. Peut-être même le nom du Plessis, commun au fondateur et au Cardinal, fit-il choisir ce collège préférablement à d’autres. Pour remplir les intentions du Cardinal, qui avoit ordonné que le nouveau collège fut uni à la maison et à la société de Sorbonne, il fallut faire résoudre l’abbé de Marmoutier à se déporter du droit de supériorité qu’il avoit sur le collège Du Plessis. C’est ce qu’il fut aisé d’obtenir d’Amador de Vignerod, neveu du cardinal de Richelieu, qui se trouvoit alors abbé commandataire de Marmoutier. Il donna donc ses lettres de consentement, en date du 3 juin 1G/16, toutefois à certaines conditions; premièrement, etc.; en second lieu, que le corps delà société de Sorbonne seroit obligé de rétablir les bâtiments, etc. En conséquence de cette union, la maison de Sorbonne nomma un de ses docteurs, qui fut Charles Gobinet, pour principal du collège. C’est à ses soins qu’on est redevable de le voir aussi grand et aussi bien bâti qu’il est à présent. On commença au mois de janvier i65o par le bâtiment qui est au fond de la cour, sur lequel se voient les armes du cardinal de Richelieu. Les autres édifices furent construits depuis, avec la chapelle, bâtie en 1661 16.

Les héritiers du Cardinal et les Sorbonnistes, qui avaient reculé devant l’énormité de la dépense à laquelle aurait donné lieu la reconstruction du collège de Calvi, du moins dans les conditions stipulées par le testament de Richelieu, se montrèrent assez larges dans les travaux de réfection que nécessitait l’état du collège Du Plessis. Ils s’adressèrent au constructeur de la nouvelle Sorbonne, qui venait de faire ses preuves, et qui n’était autre que Le Mercier, architecte du Roi.

('! Histoire de la Ville de Paris, t. 1. p. 55q.

On conserve aux Archives nationales, sous la cote S 6547, plusieurs pièces importantes qui nous renseignent à cet égard.

On trouve d abord, en divers sacs et liasses, les devis et marchés relatifs aux diverses séries de constructions qui se prolongèrent pendant vingt-cinq ans. Les premiers travaux s’appliquèrent naturellement à la réfection du principal corps de logis, situé au fond de la cour, en face de la porte d’entrée; puis vinrent les bâtiments annexes, auxquels se réfère un «Devis des ouvrages de massonnerie qu’il convient faire pour la construction d’un corps de logis en aisle dans la cour du collège du Plessis, du costé de la mam droite, en entrant dans ladite cour, eti l’estendue et espace de l’enclave et renfoncement quelle fait le long du mur du jardin du collège de Marmoutierv. Ce document, dont nous donnons un extrait aux Appendices, nous apprend que le bâtiment à construire devait être et fut en réalité <rde pareilles hauteur et symétrie que le grand corps de logis du fond de la couru. 11 se composait de quatre étages carrés, distribués en classes et en chambres spacieuses.

Une troisième pièce n’offre pas moins d’intérêt : c’est un devis fixant tree qui a esté pris de la Maison du Treillis veud» pour la construction de la chapelle du collège. Un petit plan y est annexé et montre l’emplacement de cette maison qui avait été acquise avec son jardin, par <r Messieurs de Sorbonne-», au prix de dixhuit mille livres, et cela en 167/1.

Devenue ainsi le collège Du Plessis-Sorbonne et placée sous l’autorité des Sorbonnistes, la vieille maison de Saint-Martin-au-Mont retrouva sa prospérité d'autrefois : les écoliers du dehors vinrent s’v mêler aux boursiers, et l’établissement cessa d’être ce qu'il était originairement, ainsi que la plupart de ses voisins, une sorte d’hôtel meublé. En constatant que, de son temps, les pensionnaires y étaient tren grand nombre et des meilleures familles de Paris», Brice rend hommage aux maîtres, « personnes d’un mérite rare, qui n’ont rien négligé de ce qui pouvoil contribuer à faire fleurir les lettres dans ce collège, en y faisant observer une discipline des plus régulières et des plus exactes qu’on puisse pratiquer pour l’éducation de la jeunesse W».

Respecté par les centralisateurs de 1763, le collège Du Plessis-Sorbonne fut déclaré propriété nationale en 1790, et servit de prison pendant quelque temps; puis il fut occupé successivement par les facultés de théologie, des lettres et des sciences. L’école normale secondaire s’y maintint jusqu’en 1847, époque où elle fut transférée dans la rue d’Ulm. C’est alors que les bâtiments furent réunis au collège Louis-le-Grand, et qu’on les rasa pour édifier sur leur emplacement la

0 Description de la Ville de Paris, l. III, p. 62.

RÉGION CENTRALE DE L’UNIVERSITÉ, partie septentrionale du nouveau lycée. Au cours des travaux de démolition, on trouva, dans les fondations, la plaque commémorative dont voici le texte :

QD-BV

Josephus Emmanuel de Vignerod De Pont Courlay abbas de Richelieu Cardinaiis Rischellii nepos dignissim5 Dum philosophiæ in hoc gymnasio Esset auditor banc lapidem posuit Anno Domini 1657 instaurai a Sorbo Na Plessæi anno quarto gymnasiarcha S. M. N. Carolo Gobinet doctore et Socio Sorbonico.

Cette première pierre est la seule qui reste aujourd’hui du collège Du Plessis- Sorbonne, lequel avait détruit, en l’absorbant, l’ancienne fondation de Geoffroy du Plessis.

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