‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 121 sur 302 · PUIS COMMANDERIE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN · texte numérisé non relu

PUIS COMMANDERIE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN

C’est vers le milieu, ou aux dernières années du xue siècle, car les chronologistes disputent, que se place la fondation de l’hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem. Alors commencèrent à surgir les constructions qui bientôt constituèrent le vaste ensemble connu, au moyen âge et plus tard, sous la double dénomination placée en tête de cet article.

L’usage auquel était affecté l’asile placé sous le vocable de Saint-Jean, exigeait un assez grand espace. « C’était, dit le continuateur de Du Boullay, un îlot de terrains et de maisons soumis à la juridiction des frères Hospitaliers; ils avaient fait construire là un hôtel, une église et une tour à quatre étages, de forme carrée; l’hôtel servait d’habitation au commandeur de l’ordre; l’église, desservie par les frères Hospitaliers, était ouverte au commun des fidèles; la tour, s’il faut en croire une tradition assez répandue, était réservée aux pèlerins venant d'Asie Mineure, qui demandaient l’hospitalité, s Cet ensemble formait un pourpris s’étendant entre les rues de Saint-Jean-de-Latran, Saint-Jacques, des Noyers et Jean-de-Beauvais, comprenant des cours, des jardins et des logements particuliers pour les artisans qui, n étant pas pourvus de la maîtrise, désiraient trœuvrern en dehors de la juridiction des corporations ouvrières. L’enclos de Saint-Jean-de-Latran était donc tout à la fois un lieu d’hospitalité et de franchise, et il a conservé longtemps ce double caractère.

Hippolyte Cocheris a voulu, après les historiens de Paris, préciser la date de la fondation de 1 hôpital Saint-Jean ; mais il n’a pu qu’en fixer l’époque approximative : ilacte le plus ancien que l’on connaisse est, dit-il, une concession de privilèges, faite, par le roi Louis VII, aux chevaliers de Saint-Jean en 1 1 58. C’est probablement vers cette époque, ajoute-t-il, que les Hospitaliers, possesseurs de quelques maisons dans la censive de Saint-Benoît, élevèrent un oratoire en l’hon-

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, neur de Saint-Jean l’Hospitalier, oratoire pour lequel ils payaient chaque année, au chef-lieu de Saint-Benoît, onze sous et deux rauids de vin, et où il leur fut défendu , en 1 1 7 1 , d’exercer les droits curiaux W. v

C’est la date de cette prohibition que Félibien a prise pour celle de la fondation de la maison hospitalière. L’oratoire préexistait; seulement on commença alors à construire, dans le pourpris au milieu duquel il s'élevait, les nombreux bâtiments qui formèrent plus tard, ainsi que nous l’avons déjà constaté, un grand ensemble connu sous le nom de «enclos de Saint-Jean-de-Latrann.

Dans les petites maisons de cet enclos demeuraient non seulement des criminels, des déserteurs l2), des ouvriers libres, mais encore des étrangers, des prêtres de province qui n’avaient qu’un court séjour à faire à Paris, des maîtres, des écoliers et diverses autres catégories do personnes. Toutes ces locations donnaient des revenus auxquels s’ajoutait le produit de plusieurs maisons parisiennes et de biens ruraux acquis ou légués à l’asile hospitalier. Une déclaration de la fin du xvi' siècle, que nous publions aux Appendices, nous renseigne à cet égard.

Hippolyte Cocheris, éditeur de Lebeuf, a enrichi son auteur d’un commentaire descriptif assez étendu sur l’hôpital et la Commanderie de Sainl-Jean-de- Latran; nous croyons utile de le reproduire :

L'église, dit-il , qui n’avait rien de remarquable, e'tait forme'e d’une grande nef, séparée du chœur par une balustrade en bois, avec une fort jolie chapelle place'e au côte' gauche de l’église. Cette chapelle, dédice à Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelie, avait été fondée par Gillebert Pouchet, ancien commandeur de Montdidier, vers i38o. On 1 appelait, en 1 A 5 5 , la chapelle de la Auncialion, cl on avait orné l’autel d’an lit et Sun jardin de cire ouvré qui avait coûté 6 sous parisis (Arch. de l'Emp., S. 5 1 18). En i6o3, on éleva daus cette chapelle un mausolée de 5 mètres d’élévation , en l’honneur de l’archevêque de Glascow, James de Béthune, mort à Saint Jean-de- Latran; à côté de ce mausolée était un autel dédié à Sainte-Marguerite, et au bas du marchepied de cet autel ou voyait le tombeau du commandeur Allagny, bailli de la Morc'e. La balustrade eu bois qui séparait le chœur de la nef avait été remplacée, grâce au prince de Conty, par une grille en fer ornée d’une porte à deux battants, sur laquelle étaient émaillées les armes de l’ordre et celles du commandeur d’Averues du Bocage. Toute la nef, depuis la grande porte sculptée aux armes du bailli de la Roche-Brochard, jusqu a la grille du chœur, était pavée en dalles de pierres formées avec les tombes placées primitivement dans l’église. Au xv" siècle, le grand autel

P) Histoire de tout le diocèse de Paris , édit. Cocheris, t. Il, p. 101.

(ïi Aussi, dans ['Histoire littéraire de la France , t. xvmj, p. 819, Hugues de Rersil , qui florissait vers le milieu du sur siècle , s’élève-t-il avec une certaine force contre le pernicieux droit de franchise dont jouissent les ordres du Temple et de f Ospital. Ce qui préoccupe surtout le trouvère, c'est le point de vue de la discipline militaire. Les

croisés , parait-il , ne peuvent fustiger leurs hommes d’armes, sans qu’ aussitôt ceux-ci. par l'espoir de l’impunité, se rebellent :

Qar en la terre d’outre-mer N’ose pas battre un chevaliers Ses serjans ne se9 escuicrs ,

Que ne dient qu’il l’occira,

Et qu’en Ospilal s’enfuira ,

Ou au Temple, s’il puet ainçois.

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