‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 122 sur 302 · I- au Iran lurent p - . j 1 avons déjà constaté, un grand · texte numérisé non relu

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TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VIEVX PARIS

était recouvert d'une pièce de cuir teinte en vermeil qui avait été donnée, en iA5A, par frere Enguerrand le Jeune, de Douai, et les chevaliers avaient conserve' encore à celte époque l’usage de suspendre par une crosse derrière l'autel, le vase ou pyxis contenant les saintes hosties. (Arch. de l’Emp., S. 5 118.) .

En dehors du logement du commandeur, de celui des frères attachés à la commanderie et de la grosse tour, dont le rez-de-chaussée fut transformé en prison, en 1761, il y avait à Saint- Jean de Lalran une grande salle voûtée, comme on en voyoit dans toutes les maisons seigneuriales, et que rappelle aujourd'huy, toute proportion gardée, la salle des Pas-Perdus du Palais de justice. Je n’en aurais rien dit si, dans les comptes qui me sont passés sous les yeux, je n’avais pas remarqué deux articles fort curieux relatifs à l’ornementation de celte salle et qui touchent en même temps à l’histoire littéraire.

Ces deux articles montrent qu’on accrochait dans la grande salle de la commanderie des tableaux où se trouvaient renfermées des copies d’ouvrages à la mode. Les deux ouvrages cités par le compte iù5A, sont de Jean Lcfevre et de Christine de Pisan. Le premier, appelé Chaton ou Chatonnet n’est autre que la traduction des Proverbes de Caton ; le second est le célèbre ouvrage connu sous le nom de Dits moraux .

Les batiments de Saint-Jean de Latran ont été élevés sur des constructions romaines que l’on a retrouvées lors du déblaiement de 1 855. On sait que la tour abattue pour faire place à la rue des Écoles, était un magnifique spécimen de l’architecture du moyen âge. Le rez-de-chaussée et le premier, construits à la fin du xn° siècle, et les deux étages supérieurs, au commencement du xme siècle, étaient d’une exquise pureté. Celle tour, d’une forme rectangulaire, avait, à chacun de ses étages, une salle divisée en deux travées; d’élégantes colonnes supportaient les arceaux croisés des voûtes d’arêtes construites en petit appareil .

L’église fut supprimée en 1792. Les bâtiments furent vendus à divers particuliers, et l’église, en partie détruite en 182A, servit d’écoles communales. La tour, que tous les archéologues parisiens regrettent de ne plus voir debout, a été démolie au mois de novembre i85/j, pour faire place aux nouvelles constructions de la rue des Ecoles W.

On sait quelle avait reçu, en dernier lieu, le nom de Bichat, à cause de l’inscription apposée en l’honneur de ce savant, qui y avait établi un laboratoire pour les expériences scientifiques auxquelles il se livrait.

L’auteur de Y Itinéraire archéologique cle Paris, qui écrivait au moment où disparaissaient les derniers restes de l’hôpital et commanderie de Saint-Jean-dc-Latran , en a laissé une description de visu, qu’il nous a paru utile de reproduire, comme complément de celle qui précède :

L’entrée principale, dit-il, s’ouvrait en face du collège de France. Les bâtiments les plus notables de l’enclos étaient la grange aux dîmes, le logis du commandeur, la tour, l’église et le cloître. La grange aux dîmes, curieuse construction du xm° siècle, couverte de voûtes ogivales à nervures croisées, et partagée en deux nefs par un rang de colonnes monostyles, se trouvait placée sur le côté méridional, vers la place de Cambrai. Depuis bien des années, des épiciers, des marchands de vins, des vendeurs de peaux de lapin emplissaient ces vieilles galeries, où chacun s’était fait un gîte de plâtre et de bois. Dans les travaux de démolition exécutés

Histoire de tout le diocèse de Paris, l. II, p. 101-106.

en 1 85 4, on a reconnu l’existence d’un fosse' qui s’étendait au pied du mur extérieur de la grange et qui en protégeait les abords.

L’hôtel du commandeur est détruit depuis longtemps. . . Le donjon de Saint-Jean avait la forme d’un parallélogramme, plus développé dans un sens que dans l’autre. Son élévation comprenait quatre étages, les trois premiers voûtés en pierre, avec colonnes engagées dans les murs; le quatrième couvert en charpente. L’architecture simple et belle, la forme des nervures, le style des bases et des chapiteaux, annonçaient une construction du temps de Philippe-Auguste.

. . . Une maison appliquée à l’église, du côté du sud, est venue cacher, il y a déjà nombre d’années, quelques débris de l’élégante arcature d’un cloître du xm° siècle. L’église a perdu, en 1823, son abside reconstruite en style gothique du xv° ou du xvie siècle. La nef, qui date de la fin du xiic siècle, existe, mais partagée dans sa hauteur par un plancher. Fenêtres étroites en ogive simple, colonnellcs en faisceaux reposant sur des consoles, chapiteaux dont le feuillage ne se détache pas de la masse, voûtes ogivales croisées de nervures rondes, clefs ouvragées, dont une présente l image de l’Agneau de Dieu. Les frères Anguier avaient sculpté en marbre, dans le chœur, une Sainte Famille et le monument de Jacques de Souvré, grand prieur de France. Près de l’entrée de la nef, au nord, frère Gilbert Ponchet, commandeur de Montdidier, qui est mort en 1^19, fonda la chapelle élégante de Notre-Dame de Ronnes-Nouvelles. Les symboles des Evangélistes et deux charmants groupes d’anges, les uns jouant de la viole et du psaltérion, les autres chantant le Salve regina, sont sculptés sur les consoles aux retombées des voûtes. Des peintures contemporaines de la fondation couvrent les murs; saint Nicolas, un donateur et plusieurs saints personnages, s’y distinguent encore. Au-dessus de l’emplacement de l’autel, on a retrouvé, sous un affreux paysage du xviic siècle, appliqué en manière de badigeon, une ancienne peinture, plus curieuse que toutes les autres par son style et par ses détails iconographiques : c’est la descente du Saint-Esprit sur la Vierge et sur les apôtres l11.

De tout cet ensemble artistique et archéologique, il ne reste plus que des débris conservés au Musée de Cluny sous les numéros qui s’étendent de 2 6o3 à 26i3. Nous avons fait graver les pièces les plus caractéristiques, ainsi qu’un dessin de la tour Bichat, relevé, au moment de la démolition, par M. Ch. Vacquer. Aujourd’hui, sauf une voie nouvelle, ouverte à travers l’ancien enclos, sous le nom de rue de Latran, et perpendiculaire à l’ancienne, rien ne rappelle l’hôpital et la commanderie de Saint-Jean.

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