ÉGLISE, COUVENT, CHEF-LIEU DE L’UNIVERSITÉ DE PARIS
Une chapelle et un hôpital de Saint-Mathurin ont été construits, h une époque indéterminée mais antérieure au xme siècle, sur une partie des jardins du palais des Thermes, pendant le long abandon où avait été laissé cet édifice gallo-romain. Le saint sous le vocable duquel ils furent placés, était, en ioo5, seigneur du bourg de Larchant, en Gâtinais; il y mourut en odeur de sainteté, et ses reliques, peut-être son corps tout entier, furent transportées à Paris, où Ion venait les honorer en temps d’épidémie; ce qui explique qu’un aospital-n fût joint à la a Capella
Itinéraire archéologique de Pans, p. 352 el suiv.
Saneti Mathurini-n. Cet tcospitali, qu’il ne faut pas confondre avec celui de Saint- Benoît, qui en était très voisin, fut, ainsi que la chapelle, mis à la disposition d’un ordre religieux créé vers la fin du xnc siècle, pour a la rédemption des cap-
Église îles Mallmrins (1790). — Réduction d'une estampe de Duchemin et Ransomietlc, extraite des Antiquités nationales, par Millin.
lilsn. Ln historien de Paris raconte, dans les tenues suivants, la prise de possession de la chapelle et de l'hôpital Saint-Malhurin par les religieux dont il s’agit :
rrLe mauvais succès des Croisades avoit laissé plusieurs chrétiens dans les liens de l’esclavage et dans la plus grande misère. Le récit des maux qu’ils souffroient sutlisoil seul pour attendrir l’humanité, l’intéresser à leur malheur et en leur faveur, et suggérer à la charité, toujours ingénieuse pour faire le Lien, les moyens de leur procurer la liberté. Ce fut ce sentiment intérieur, dont Jean de Ma Ilia était pénétré et qu’il communiqua à Félix de Valois, qui leur fit former le projet de racheter les chrétiens captifs chez les Payens, et d’échanger les uns contre les autres. Ce dessein, qui fait honneur à la religion et à l’humanité, n’avoit besoin que d’être communiqué au Saint-Siège pour en recevoir l’approbation. Cet ordre, institué le i5 des calendes de janvier, la première année du pontificat d’innocent III (18 décembre 1 198), fut confirmé par une bulle de ce souverain pontife, datée du 16 des calendes de janvier (17 décembre) 119g, et par une seconde
Sü.
donnée à Vilerbe, le îi des calendes de juillet (18 juin) 1209. . . Gel ordre s’étendit assez vite en France, par la protection de Philippe Auguste et par les libéralités de plusieurs seigneurs. Gaucher III de Chastillon leur donna un terrain propre pour y bâtir un couvent. . . ".n
rc Us occupoient déjà, dit Du Breul, un hospital ou aumosnerie. . .; ils tenoient la maison et l’église de Saint Mathuriu de la libéralité de leveque et du chapitre de Paris, d Du Breul ajoute que cette concession ne doit être regardée que c comme un acte nouvel, qui constate une libéralité qui leur avoit été faite plus de vingt ans auparavant, puisqu’ils avoient été établis à Paris avant 120911.
tr II est probable, comme le dit Du Breul en terminant, qu'ils en étaient, redevables à Eudes de Sully, évêque de Paris, auquel le pape Innocent III avoit adressé Jean de Matha pour rédiger sa règle U2), n
Montés modestement sur des ânes, les Religieux de la Rédemption des Captils étaient appelés communément et frères aux ânes, ou bourriquclsr,. O11 les nommait aussi Trinitaires, parce que les papes, en les instituant, les avaient placés sous l’invocation de la Sainte Trinité.
Bâtis sur des terrains dépendant des jardins du palais des Thermes, la chapelle et l’hôpital de Saint-Mathurin s’agrandirent successivement de constructions nouvelles, aux irais desquelles contribuèrent saint Louis et Jeanne de Vendôme, lin couvent dut être annexé à 1 hôpital et à la chapelle lorsque les disciples de Jean de Matha en prirent possession. C est en 121g qu un de leurs généraux, Jean de Bosco, le construisit. Mais, comme il était de proportions restreintes, il fut réédifié et agrandi en 1 âo6 d’abord, dit Du Breul, a par frère Estienne du Mesnil Fouchart, qui fit bastir sur la rue Saint Jacques un assez beau portail; mais iceluy a esté du tout démoly, en l’an 1610, pour l’eslargissement de la rué trop estroite en ce lieu n. Vers la fin du xvc siècle, Robert Gaguin, historien et général de l’ordre, entreprit, ajoute Du Breul, «de parachever, ou pour mieux dire, faire de nouvel le cloistre primitivement faict par frère Jean de Bosco, ministre dudict. lieu, suivant ce qu’en escript frère Jacques Bourgeois, en 1 appendice de la petite Chronique des ministres généraux de cet ordre : Hic claustra Mathunnorum, columnis suslentata marmoreis, a fondamentis erexit-n. Le même auteur ajoute que Robert Gaguin fit construire «une belle bibliothèque, garnie de divers livres de bons docteurs •», et mettre ces vers sur la verrerie du derrière de la nef :
IIoc libi Gaguinus rediens oralor ah urbe,
Mathurine, pio munere struxil opus. (t&85.)
Enfin Du Breul nous apprend qu’un général de 1 ordre, frère Nicolas Grimont, «a faict faire deux voûtes en icelle eglise, sans sçavoir 1 année
’> Jaillot, Quartier Saint-André-des-Arts, p. 100 et suiv. - <’> Du Breul, Théâtre des Antiquités de Paris, p. 491. — Du Breul, édit de i64o, passim.
Il existait, en cct endroit, deux Étaux à boucherie et une balle aux parchemins, dont il est question dans les titres. Les étaux avaient été concédés aux Matliurins, par lettres patentes du 26 mai 1 555 , enregistrées au Parlement et autorisant « les impétrans à les faire construire et ériger en une maison à eux appartenant, en laquelle pend de présent pour enseigne le Giund Gouset,. et contre l’autre maison voisine et joignant à icelle, assises en la rue dns Matliurins, entre. les grandes rues Saint Jacques et de la Harpe, pour lesdicts deux estaux, vendre et débiter chairs par maistres bouchers jurez ayant fait chef d’œuvre et de qualité requise. . . Idn.
Quant à la Halle aux Parchemins, Sauvai en raconte l’origine et la décrit ainsi :
La Halle des Matliurins est fort ancienne. . . Elle appartient à l’Université, et comme à tout propos elle fait montre de Charlemagne, et soutient que c’est son fondateur, aussi prétendelle que ce grand prince lui-même lui en a fait le don. Conte si fabuleux que je ne m’amuserai point à le réfuter. Quant à l’érection de cette halle, c’est une chose inconnue; et même nous ne savons rien d’elle avant Philippe le Rel. On l'appelle la Halle des Matliurins à cause d’un lieu couvert appartenant aux Matliurins et bâti dans leur cour, qu'ils prêtèrent à l’Université en 1291 pour vendre et mettre à couvert le parchemin que l’on apportoit à Paris. Quoiqu’on ne s’en serve plus depuis fort long tems, et que le parchemin ait été mis à couvert et vendu en beaucoup d’autres, cette halle néanmoins a toujours conservé son ancien nom, et le garde encore. De tout tems immémorial ceux qui amenoient du parchemin à Paris et aux environs étoient tenus de le faire porter et descendre dans cette halle, à peine de confiscation et d’amende arbitraire; et de plus n’osoient l’en tirer que les parcheminiers de l'Université ne l’eussent visité, que le prix n’en fut fait et marqué, et n’eut été payé au Recteur le droit de marque, savoir seize deniers parisis; ce qui s’appeloit et s’appelle encore Rectorier i-b
Du Boullay ^ a constaté que la Halle aux parchemins avait été concédée à l’Université par acte du mois de juin 1291 ; et Jaillot a rappelé que les libraires de Paris y ont eu leur chambre syndicale de 1G79 à 1726. Mais la principale utilisation du couvent des Matliurins, situé en plein quartier des études, c’est sa conversion en chef-lieu de l’instruction publique parisienne. C’est des Matliurins que sont datés, depuis le xtit0 siècle, tous les actes importants de l’Université; c’est aux Matliurins, quand ce 11’est pas dans la chapelle de Saint-Julien-le-Pauvre, que se tiennent les assemblées de ce grand corps; c’est des Matliurins que partent cortèges, processions, défilés solennels du monde enseignant allant prendre rang dans les cérémonies officielles. Cet état de choses a duré jusqu’en 1763, époque où le collège de Louis-le-Grand, auquel avaient été réunis les petits établissements sans exercice, a été déclaré le chef-lieu de l’Université.
C’est parce que les Matliurins étaient, le siège de l’ancienne Université, qu’on avait, dans le cloître du couvent, érigé la tombe et gravé au trait sur la pierre
£l) Félibien, Preuves, t. II, p. 766. — (î) Antiquités de Paris, t. I, p. 657. — (3) Hisloria Universitalis, t. III, p. 5oi .
les figures des deux écoliers que le Prévôt de Paris, Guillaume de Tignouvilie, fit saisir et pendre pour vol et assassinat; entreprise sur les droits et privilèges de I Université, qui motiva, de sa part, une vigoureuse protestation. Les faits, racontés par les historiens de Paris, se passèrent en t ôo8.
Eglise dos Malburins. — Aspect des derniers vestiges de ce monument à l’angle de la rue Saint Jacques, en i863.
Réduction d’une gravure à l’eau-forte, par Martial.
Pour nous borner au côté topographique de l’histoire des Mathurins, nous rappellerons que l'église primitive occupait l'emplacement d’une maison appartenant au chapitre de Notre-Dame et donné par lui à Robert Le Comte, son « homme de corps». De son côté, l'abbaye de Sainte-Geneviève avail, à la prière du Roi, permis aux Trinitaires de posséder plusieurs maisons dans sa censive, ” lam in rico sine capite — la ruelle Colerel — quam in vico per quem ilur ad Pala- Itnm Tennorumv. Ces maisons étaient situées, dit le titre, entre le couvent et la grande maison de Robert de Courtenay, r inter monaslerium Snncli Maturini el nniqnain domum domini Roberti de Curliniaco n . L’emplacement de cette grande maison fut utilisé pour la reconstruction de l’église.
Lu ébouleinerit survenu en plein xvn" siècle confirme l’occupation, parle couvent des Malhurins, d’une partie de l’enclos du palais des Thermes. Une inscription, conservée aujourd’hui au musée de Cluny, rappelle le fait : ttEn 1676, au mois d’août, une ouverture s’élaut faite au pavé de la cour du couvent, environ le milieu du ruisseau, plus près néanmoins de la cuisine que de la salle du jardin, l’on creusa et Ton aperçut une grande ouverture à peu près semblable aux trois arcades qui forment le présent escalier; dans laquelle un domestique de céans étant descendu, par une entrée qui commençoit du côté de la salle, observa que c’étoit un grand trou qui prenoit son origine dessous le palais des Thernes. rue des Matlnirins; laquelle ouverture fut bouchée avec trois grosses poutres, d Le couvent et l’église avaient été, celle-ci en 1780 et celui-là en 1761, l'objet d’une reconstruction complète. L’église fut vendue, avec les bâtiments claustraux, en 1799. On la détruisit en grande partie, et on 11e laissa que des piliers, entre lesquels on intercala des maisons modernes t‘>. Les bâtiments claustraux furent appropriés à usage d’habitations particulières, et ils ont subsisté, en partie, jusqu’à nos jours, accolés au flanc de l’hôtel de Cluny. L’ordre maçonnique y avait installé le Grand Orient de France.
La nécessité d’isoler ce monument, en l’entourant d’un jardin, ainsi que l’ouverture d une voie nouvelle entre le boulevard Saint-Germain et la rue des Mathurins, voie à laquelle 011 donna le nom de Fontanes, a amené la destruction de la presque totalité des bâtiments reconstruits en 1761. Il ne reste aujourd hui que les piliers et quelques murs de l’église, à peine reconnaissables par suite des appropriations qu’on leur a fait subir.