PETIT-CHÂTELET
Dans la notice que nous avons consacrée au Palais des Thermes — à l’article de la rue des Mafhurins, — se trouve rappelée l’opinion émise par l’antiquaire Caylus ( Recueil d Antiquités, t. IJ, p. 373), à savoir que les constructions gallo-
m Al’ch- Dal-1 sn, pap. pareil. — Communica- « Arch. nat., LL"”, 7a5-856-86A. — Noie lion de M. P. Le Vayer. communiquée par le même.
3(j/, TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.
romaines dont le Palais était le centre avaient dû s’étendre d’une part jusqu au plateau du mont Leucolitius, d’autre part jusqu’au bord de la Seine. Nous avons ajouté que diverses fouilles, opérées sur ce point depuis 1782, époque où fut démoli le Petit-Châtelet, ont permis d’y constater l'existence de fondations, de débris de murs et d’enrochements dont l’origine gallo-romaine n’a point été conlestée. On pourrait en inférer que le parvum Castellelum du moyen âge 11 a fait que se superposer aux substructions du palais des Thermes.
Les historiens de Paris n’ont pas attendu ces constats archéologiques pour 1 insinuer et protester contre 1 hypothèse dune fortification romaine : le nom de r Chambre de César v donné, dit Sauvai, à une des pièces de la forteresse, rie treillis de César r, grille de fer au-dessus de laquelle on lisait «en lettres dorées et gothiques : Hic tnbutum Cæsari^h, sont autant de conjectures qui ne reposent sur aucun document.
Que le Petit-Châtelet ait été, dès l’époque mérovingienne, une sorte de tête de pont couvrant la Cité et protégeant, en certaine mesure, la voie romaine de Lutelia à Genabum, cela ne semble point douteux; mais, au ix° siècle, au moment où il en est question à propos du siège de Paris par les Normands, ce notait qu’une tour de bois, ayant succédé peut-être à une construction plus résistante, et se rattachant au Petit-Pont, qui était également «de fustn. Le récit des débordements qui emportèrent ou endommagèrent ces deux ouviages, de 886 à 1296, occupe plusieurs pages chez les historiens.
On sait que les Normands incendièrent la tour ; mais 011 ignore combien de temps elle demeura à l’état de ruines. A l’époque où vivait Robert le Pieux, elle aurait été restaurée, puisque ce prince y plaça, dit-on, ses trésors. Elle avait un pourpris, ou enclos, qui est appelé Accinctus Castelli Parvi pontis dans un accord conclu , en 1222, entre le Roi et l’évêque de Paris P).
Le créateur de l’enceinte dite de Charles V, le prévôt Hugues Aubriot, qui érigea la Bastille pour tenir en respect les Parisiens, n’eut garde d'oublier la vieille tour de la rive gauche. 11 la fit reconstruire, en 1369, «telle que nous la voyons aujourd’hui n, articule Germain Brice (. Description de la Ville de Pans, t. 111, p. 2 à 5), et, peu après celte reconstruction, Charles \i y logea le Prévôt de Paris. Elle est qualifiée, dans l’acte royal de concession, de « honorabilis mansion. (Lebeuf, t. I, p. 4i5.)
Guillebert de Metz, qui écrivait en 1 hVi , admire la demeure du Prévôt de Paris : « Là. écrit-il, est Petit Chastelet, si espés de murs que on y menroit bien par dessus une charrette. Si sont, dessus ces murs, beaux jardins; là est une viz double,
1" Antiquités de Paris, t. II, p. 335. — l!) Recueil des hist. de France, t. XVIII, p. qho.
dont ceulx qui montent par une vove ne s’aperçoivent point des autres qui descendent par l’autre voyeW.»
Sur le Petit-Châtelet considéré en tant que lieu de détention, une ordonnance de Charles VI, datée du a h décembre i3g8, déclare que ce bâtiment contient plusieurs prisons, les unes k fortes, convenables, seures et compétammenl aérées, où créature humaine, sans péril de mort ou meshaing, peut estre et souffrir pénitence de prison, et trois Chartres basses et non aérées, esquelles homme mortel, par faulte d’aer, ne pourvoit vivre longuement.* (Arch. nat. , Y a, fol. 171.)
Le Petit-Châtelet reconstruit traverse les xv°, xvic et xvuc siècles sans qu’il en soit fait ample mention. On cite pourtant, à la date de 1/121, une pièce du Domaine muable constatant que cr la maison du péage de Petit-Pont. . . fut baillée pour faire la tour du Petit Cbastelletl2)*. On peut citer également un Rapport inséré dans les Registres du Bureau de la Ville, h la date de i55a, et sur les moyens de faire et perser, aux couslz et dépens de Poste] de Ville de Paris. . ., une croisée dedans le gros mur du Petit Chastelet, du costé de la rivière de Seyne, pour servir à donner jour et clarté dedans la chambre ou cuysine servant au geôlier dudict Petit Chastelet PI*.
Le Petit-Châtelet était donc tout à la fois une demeure et une prison, double caractère qu’il conserva jusqu'à sa démolition en 1782. Les historiens qui l'ont vu en ont laissé une description peu flatteuse. Malgré divers travaux pour en rendre le séjour moins insalubre et l'aspect plus architectural; bien qu’on ait abattu, dit Germain Brice, ttdes tours fort exhaussées, pour faire place à une terrasse, qui sert à présent de promenade aux prisonniers. . ., l’on doit ajouter que cette masse énorme de bâtiments embarrasse extrêmement tout le quartier. . .W>,
La démolition eut lieu, avons-nous dit, en 1782 , et, dès l’année suivante, Mercier, l’auteur du Tableau de Paris, célébrait ainsi cet incident, qui n’était au fond qu’un acte de vandalisme : et Enfin ce vieil édifice, qui avait quelque chose de hideux, barbare monument du siècle de Dagobert, construction monstrueuse au milieu de tant d’ouvrages de goût, où le Conseil des Seize fit pendre Brisson, Larcher et Tardif, ce gothique et lourd bâtiment, dont 011 avait fait une prison, vient de tomber et céder son terrain à la voie publique PL*
Sur l’emplacement du Petit-Châtelet a été établie la place du Petit-Pont, limitée à l’est par le bâtiment annexe de l’Hôtel-Dieu. Une inscription récente rappelle les noms des défenseurs de Paris en 886; mais on n’a point encore exécuté,
11 Paris et scs historiens aux xiv' et xv’ siècles, Registres ilu Burcautle la Ville, t. III, p. 2q3.
P- 1 ^ 1 • Description de la Ville de Paris, t. III, p. 2.
(,) Sauvai, t. III, p. 275. <s> Mercier, l. VI, p. 35.
comme pour Cliâtelet , un
la Bastille, une figuration en dallage, ou, comme pour le Grand-
plan sur marbre de la prison et forteresse du Petit— Châtelet.