V. COLLÈGE DE CALVY
Ce collège, achevé en 1271, comptait parmi les plus anciens de Paris; il était contemporain de celui de la Sorbonne et s’honorait d’avoir le même fondateur : « Robert Sorbon, dit une notice manuscrite conservée aux Archives nationales, fonda un petit collège dans le voisinage du grand pour des écoliers artiens; il avait placé le second dans le voisinage du premier, afin que celui-ci en lût, en quelque sorte, le patron. C’est pour cette raison que le Collège de Calvy lut appelé h Petite Sorbonne, comme une lille et une dépendance de la principale'1'.» Celle communauté d'origine et l'espèce de filiation qu’elle comportait avait, dit -on. motivé cette inscription placée sur la porte de Calvy :
Sorbona parva vocor; mater mea Sorbona major.
Bien que Robert Sorbon eût consacré à sa double fondation tout son avoir, augmenté des libéralités de Blanche de Castille et de saint Louis, la Petite Sorbonne, destinée à loger quelques boursiers seulement, dut être beaucoup moins importante que la grande; ce n’était en réalité que la division inférieure, ou dirait, de nos jours, la division de grammaire et d’humanités de l’établissement principal, réservé aux théologiens. Les bâtiments scolaires furent achetés en 1 270 et touchaient à ceux de la Grande Sorbonne, ayant été construits sur une partie du terrain acquis, pour les deux établissements, par Robert Sorbon. Il ne fut sans doute élevé qu’un petit oratoire, puisqu’une reconstruction de chapelle eut lieu en 1B26 et une dédicace en 18/17, sous le vocable de la Vierge, vocable qui s’explique parla protection et l’autorité que le Chapitre de Notre-Dame exerçait sur le petit Collège.
Ou 11e rencontre, dans les historines de Paris, aucune description des bâtiments de Calvy ni aucune explication de ce nom quelque peu singulier. Il faut descendre jusqu’à l’année i5go pour trouver des indications sur les locaux scolaires, et c’est à propos d’un bail que ces indications sont données, car la Petite Sorbonne était baillée te à titre de loyer et. prix d’or. . . du jour de Pasques à quatre ans ensuyvans, liniz, révolus et accompli» ». C’était une sorte de pensionnat mis en location, après un état des lieux. Voici donc ce que prenait, en i5go, et vénérable et scientiflique personne maistre Rodolphe Gazil . . .. rompaignon d’icelluy college de Sorbonne» :
et Une maison comprenant plusieurs corps d’hostelz, court et puis au millieu, les lieux ainsy qu’ilz se poursuivent et estendent de toutes parts et de fond en
Archives nationales, S G 2 1 1 .
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, comble, antiennement appelée le Petit Sorbonne, et à présent le Collège de Galvy, assize en ladicte université, rue des Porées, ayant sa principale entrée en ladicte rue et issue en la rue de Sorbonne, audict College de Sorbonne appartenant, en ce non compris la Maison du Soufflet vert et aultres maisons que celluy college a situées et assizes en ceste ville de Paris, grant rué Sainct Jacques W. v
11 résulte de ce texte que le nom de Calvy n’avait pas été donné primitivement au collège, puisqu’il est dit le porter ttà préson l " . en i5go. D où lui venait-il? En l’absence de pièces probantes, il n’y a, sur ce point, que des conjectures à émettre. 11 faut repousser toute origine italienne ou corse; mais peut-être y a-t-il eu un personnage du nom de Calvy, principal, procureur, ou bienfaiteur du petit Collège, auquel il n’est pas déraisonnable de supposer qu’on en aura donné le nom pour le distinguer du grand. La note suivante, extraite d'un document authentique, peut aider à la solution du problème : tt Déclaration de î â65 , devant le Chapitre de Paris : Les escholiers de Cornouailles, au lieu de Mc Yves Calvy, pour un petit corps de logis tenant par haut au college et par bas à l ITostel des Anniversaires tî — voir la rue du Plâtre. — Cet Yves Calvy, qui était en relations avec le collège de Cornouailles, a pu avoir des rapports de bienveillance avec la Petite Sorbonne et mériter, par ses bons offices, que son nom lût porté par l'établissement. C’est la seule hypothèse qui offre quelque vraisemblance, le nom du propriétaire qui vendit à Robert. Sorbon, savoir Guillaume de Cambrai, n’ayant aucune similitude avec Calvy.
Le régime des baux fut fatal au collège, puisque Rodolphe, Raoul, ou René Gazil, ou Gazel, dut en fermer les portes ( 1 5 9 1 ) par suite de la dispersion des élèves et d'une sentence du Châtelet. L’établissement qui, en i5âo, occupait le quatrième rang, comme importance, parmi les collèges de Paris (Arch. de 1 Univ. , reg. XIX, fol. i 36) , n’était, plus qu’une ruine uuiversitairement et matériellement, lorsque Richelieu entreprit de relever, en même temps, la Grande et la Petite Sorbonne. Celle-ci fut naturellement laissée au second plan, et Messieurs de la Grande lui signifièrent assez durement, en la personne du locataire, 1 arrêt qui la condamnait à être transplantée. Les Archives nationales conservent, sous la cote S 6e 1 1 et à la date du 2 3 juin 1628, et une sommation au principal du collège de Calvy de sortir dudict collège, comme appartenant à MM. de Sorbonne, et dont ils auroient besoin pour achever leurs bastimensn.
La reconstruction de la Sorbonne était donc commencée, depuis le 18 mars 1627, lorsqu’on somma , le 23 juin 1 628 , le principal du Collège des Artiens de déguerpir. C’est à ce moment, en elTet, qu 011 allait entreprendre 1 édification de la chapelle, sur l’emplacement même de Calvy. Celte localisation précise résulte de
Archives nationales, S 62 1 1 .
RÉGION CENTRALE DE L’UNIVERSITÉ, la mention suivante extraite des Archives de l’Université, conservées au Ministère de l’Instruction publique (registre XXVI, p. ai) : Collegium Calvicum tune fuit ubi hodie exslructum est sacellum Sorbonœ.
La plupart des historiens de Paris donnent la date de i6a6 comme celle de la démolition du Collège de Calvy : la sommation que nous venons de citer prouve, par sa date, que l’œuvre de destruction n’a pu être inaugurée avant i6a8.
» Richelieu, dit ensuite l’auteur de la notice manuscrite conservée aux Archives nationales, ne vouloit cependant pas que le collège fondé pour des artiens fût anéanti. 11 avoit promis de le faire réédifier, toujours dans le voisinage de la Sorbonne, comme une dépendance de ce collège. N’ayant pas le tems d’exécuter ce projet, il ordonna, par son testament, que, pour remplacer le Collège de Calvy, ses héritiers en feroient bâtir un autre, et il destina pour cela la place qui se trouve entre la rue de Sorbonne et celle des Massons, depuis les Ecoles de Sorbonne jusqu’à la rue des Mathurins. Mais, comme l’exécution de cette disposition du testament exigeoit une dépense considérable, les héritiers de Richelieu refusèrent de l’exécuter, et on n’osa pas les y contraindre. Seulement, pour remplir, en apparence, les intentions et les obligations du testateur, et pour qu’il dépendît de la maison de Sorbonne un collège fondé pour des artiens, les héritiers de Richelieu firent unir à la Sorbonne, en i646, le Collège du Plessis; c’est pour cette raison que le collège a été connu depuis sous le nom de Collège du Plessis-Sorbonne W. 71
Les artiens de Calvy ayant été transférés au Collège du Plessis, devenu propriété de la Grande Sorbonne, la Petite n’a plus dès lors d'existence propre, et son histoire se confond avec celle de 1 établissement auquel on l’annexa. (Voir, à 1 article des collèges de la rue Saint-Jacques, la notice que nous avons consacrée au Plessis-Marmoutier et au Plessis-Sorbonne.)