CUL-DE-SAC BOUVARD
Cette voie sans chef, via sine ca/iile, ainsi que l’appelle un document de 1 360, est mentionnée, dès le xm' siècle, dans une charte faisant partie du Cartulaire de Sorbonne. Mais etait-ce, à cette époque, une rue, une ruelle, ou une impasse? C est un point sur lequel les historiens de Paris ne sont pas d’accord. Le Beuf croit quelle était primitivement la principale voie du quartier, et quelle coupait le Clos Bruneau, dans toute sa longueur, pour aller aboutir à la rue des Noyers. Jaillot affirme, au contraire, que la rue ou ruelle, dont le cul-de-sac Bouvard, dit-il, constitue le reste, n’existait pas au xme siècle, attendu qu’il n’en est fait mention ni dans le Bôle de la Taille de 1 393, ni dans le Dit de Guillot ( 1 3 0 0 ) .
Mais ce silence ne prouve rien, en présence de la charte que nous venons de citer et qui constate que la voie existait vers le milieu du xme siècle.
Le point en litige demeure celui-ci : existant alors à l'état d’impasse, à quelle époque avait-elle pu être rue, ruelle ou longue allée, comme on la trouve dénommée parfois? Ce ne peut être au xue siècle, puisque le Clos Bruneau n’était point encore bâti à cette date ; les constructions ne s’y montrent, en effet, que dans la première moitié du xiue.
Mais, alors même qu'on admettrait son existence primitive à l’état de rue, il n’en faudrait pas conclure, avec Le Beuf, qu’elle était la voie principale du quartier. 11 est évident que les rues Saint-Jean ou Jean-de-Beauvais et des Carmes, qui délimitaient le Clos Bruneau, étaient plus passantes. Cette dernière surtout, dont l’existence est constatée dès le xni° siècle, et qui, continuant la rue des Sept-Voies, conduisait à la porte Papale, était certainement beaucoup plus fréquentée.
Selon toute vraisemblance, la voie qui a donné naissance au cul-de-sac Bouvard n’était, dans l’origine, qu’un sentier conduisant à quelque portion particulière du Clos Bruneau, ou ménagé à dessein pour la commodité des propriétaires, lorsque l’on commença à construire des maisons sur les terres des Carmes et de Saint-Jean-de-Beauvais.
Ce sentier, long et étroit, a naturellement pris le nom, si commun alors, de longue allée, auquel s’est substitué, vers la fin du xive siècle, celui de ruelle Jousselin et Josselin, Jusselin et Jusseline ; on trouve aussi, en quelques titres, ruelle Samt- Ililaire.
Quant à l’appellation moderne, elle lie remonte pas à plus de deux siècles. Juillot croit qu elle la devait à des étables où l’on renfermait les bœufs; il est plus raisonnable de supposer que Bouvard, ainsi que Josselin et ses altérations, était un nom propre.
L’impasse Bouvard n’a pas de topographie parcellaire, parce que les maisons qui la bordaient n’y avaient que leur partie postérieure, les façades étant tournées vers les rues des Carmes ou Saint-Jean-dc-Beauvais; ce qui contribuait à la rendre déserte. Un mémoire imprimé, du commencement du xvne siècle, dit que les nombreux assassinats dont elle était le théâtre amenèrent les propriétaires des maisons qui la longeaient à en usurper successivement le sol.
On ne cite, au xvic siècle, qu’une maison, dite de l'Immge saincte Katteiuse, ayant issue sur la ruelle Jousseline et située derrière la maison de la Longue- Allée; le plan de restitution l’identifie.