‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 38 sur 302 · CHAPELLE SAINT-SYMPHORIEN-DES-VIGNES · texte numérisé non relu

CHAPELLE SAINT-SYMPHORIEN-DES-VIGNES

Cet édifice, — que le nom du clos où il était situé distinguait de l’église de même vocable, contiguë à Saint-Denis-de-la-Chartre, dans la Cité, — remontait à une époque assez ancienne. Jules Quicherat, dans sa savante monographie de Sainte-Barbe, a résumé en quelques lignes le peu que l’on en sait, te Devant l’hôtel de Chalon , dit-il, de l’autre côté de la rue des Chiens, se présentait de flanc la chapelle de Saint-Symphorien, antique édifice d’architecture romane avec un portail richement décore. Elle avait été desservie anciennement par les religieux

de Sainle-Geneviève; mais, depuis les guerres civiles, on avait cessé d’y célébrer l’office. Toutefois, par habitude, le peuple y venait encore en dévotion, le 22 août, jour de la fête du saint. Les marchands, qu’on rencontre toujours où se porte la foule, y venaient aussi : de sorte que, tous les ans, il se tenait là une sorte de foire, sur un petit parvis qui précédait l’église 0). „

Les historiens de Paris ont peu parlé de Saint-Symphorien-des-Vignes; cest dans les archives du collège de Montaigu que se trouvent les principaux documents où il en soit question. Il y est dit que la chapelle avait, dans œuvre, quinze pieds de largeur, neuf toises de longueur, et que l'épaisseur des murailles était d’environ trois pieds. La nef devait former deux travées aboutissant à un chœur, ou abside. Elle était entourée d’une enceinte et précédée du parvis, ou petite place, dont parle Jules Quicherat. L’emplacement qu’elle occupait est précisé par un plan d'alignement de 1687, lequel donne la situation exacte des deux contreforts de la façade.

Une <t estimation « , portant la date du 28 novembre i5iû, décrit ainsi sommairement la chapelle et ses dépendances :

a Une chappeile, laquelle contient neuf toises do long sur quinze pieds de large, ou environ, à prendre par dedans euvre;

ft Item , ung jardin joingnant à ladicte chappeile, du costé de ladicte rue Sainct Symphorien , contenant unze toises de long sur trois toizes quatre piedz de large, ou environ;

b Item, une allée estant au chevet de ladicte chappeile, contenant huict piedz et demy de large, sur trois toizes de long, ou environ;

» Item, une maison assise à Paris, en la rue Sainct Estienne des Grés, faisant le coing d’une rue par laquelle on descend de ladicte rue Sainct Estienne des Grez ou colleige Saincte Barbe, et en la rue des Sept-Voies, contenant deux grands corps d’ostel en forme d’esquierre, caves, celier et grand court, tenant d’une part à ladicte chappeile.»

Un procès-verbal, en date du 3 septembre 1 5 5 5 , contient une longue description de l’état de délabrement dans lequel se trouvait alors la chapelle, état qui avait dû, autant que les querelles religieuses, y faire cesser le service divin. Après en avoir déterminé la situation et les aboutissants, l’auteur du procès-verbal donne les détails suivants :

„ Ladicte chappeile est bastie et ediffiée d’ancienneté, et des premières de Paris, de grosses estoffes, matières et pierres de taille, et est faicle de vosles antiques et de gros arcs, ou pilliers boutans. . . Et en toutes les parties d’icelle, en la forme et modelle antique, et les fondements d’iceulx arcs et pilliers boutans s’étendent dedans la terre, prez de ladicle chappeile, et de plus d’une toyse. . . Et est ladicte chappeile séparée et séquestrée, par toutes les parties et endroicts d’icellë, de tous ediflïces. . . Le cueur et grant aultel de ladicte chapelle sont

[J ivtoire de Sainte-Barbe , t. I, p. ih.

tombez par terre jusques ans fondemens, estans à fleur de terre, et sont appareus, à fleur de terre, eslre de trois piedz de largeur, ou environ, et le grant aultel estre environ de quatre piedz, et y avoir des gros arcs et pilliers boutans, allant en longueur en terre, comme les aultres de ladicte chapelle, qui sont encore debout 9). . . r,

Deux autres procès-verbaux, datés l’un de 1670, l’autre de 1 665 , et figurant dans les archives du collège de Montaigu, achèvent de nous faire connaître la chapelle Saint-Symphorien-des-Vignes et ses dépendances, réduites alors à un état d’abandon qui leur enlevait presque toute leur valeur, à en juger par le bas prix auquel on les estime.

On lit, dans la pièce de 1570 :

rr Place assise prez du colleige (Montaigu), contenant unze loyses deulx piedz de profondeur, a prendre du dehors euvre du mur sur le carrefour, jusques au dedans du mur dudict colleige, sur neul tovses quatre piedz et demy de large, à prendre par son millieu, y comprins une espoisse de murs sur la rue et la demye espoisse du mur mitoyen. . .

frEn laquelle place y a une chappelle couverte de tuille en comble, appelle'e la cliappelle Sainct Symphorien. A costé et au dessus du portique, y a deux petites chambres; par bas, une petite aysance; ung petit corps d’ostel à costé dudict portique, faisant luiz du coing de ladicte place. . . Une petite court à costé, en laquelle y a deux vieiiz appentiz, couverts de bardeaulx; ung petit jardin entre ladicte court et chappelle, cloz de murs. . . Estimation à dix huit cents livres tournois, et soixante de rente. «

Le procès-verbal de 1 6 6 5 contient quelques lignes descriptives que nous transcrivons ici : il y est parlé de cr quatre fenestres à vitraulx de sainct Pierre et sainct Paul; et au dessoubz sont les représentations de deux abez. . . , un crucifix en peinture, avec des armes en escusson, dans lequel sont trois massues*. C’était sans doute le blason des deux abbés ou de l’un d’entre eux.

La chapelle Saint-Symphorien a donc eu bien des vicissitudes avant de disparaître du sol. Le Beuf et son annotateur les ont exposées, et nous les raconterons après eux, pour achever 1 histoire de cet antique édifice. Voici d’abord ce que dit Le Beuf :

ff Sauvai assure quily a eu, entre la rue de Saint-Elienne-des-Grez et la rue des Chiens, une chapelle de Saint-Symphorien, où dans sa jeunesse il avait vu célébrer la messe, le jour de la fête de ce saint. Je crois pouvoir conjecturer quelle auroit été d’abord bâtie par S. Germain, éveque de Paris, Aulunois de naissance et fort dévot à ce saint, puis rebâtie après les guerres des Normans. Ce que j’en ai trouvé m’a appris qu’au moins elle existoit dès le xn° siècle, et qu elle avoit alors communiqué son nom à tout le canton des vignes qui en était voisin; de sorte que Ion disoit : telle vigne est situee a Saint-Symphorien, Vinea süa apud S. Symphorianum. Ce sont les termes employés dans une charte du roi Philippe Auguste de l’an 1 1 85. C’étoit dès lors une chapelle assez deserte. Mais un nommé Ausdone Sylvaticus, chevalier cremonois, contribua,

1 1 On trouvera, aux Appendices, le texte entier de ce procès-verbal, qui est long et très descriptif.

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, en 1220, à la mettre en état d’être fréquentée. Il donna a 1 abbaye Sainte-Gcnevieve le revenu qu’il avoit à Provins, à condition qu’il serait employé à former la prébende d’un chanoine, que cette abbaye obligeroit d’y célébrer chaque jour; elle y est dite située mira terminas parochiœ et territorii dicti Mmasterii S. Genovefæ; et ce chanoine est appelé Rector Capellæ S. Simphoriani dans le bref du pape Honorius II, de la même année, qui permet d’y avoir des cloches. Le terrain qui en dépendoit fut quelquefois appelé le clos de S. Symphorien, et d'autres fois le cloître S. Symphorien, et il y avoit quelques maisons dans ce clos <>)».

Hippolyte Cocheris fait les additions suivantes au texte de Le Beuf :

„ L’antiquité de cette chapelle ne me parait pas douteuse, et il est possible que ce soit l’église indiquée, en 700 , dans le testament d'Hermentrude, sous le nom de Basilica Sancli Sinsuriani. Au xiu' siècle, cette chapelle servait aux boursiers du collège de Montaigu. On lit, en effet, dans une charte du 1" novembre 1296 (Arch. nat., L 883) que les pauvres écoliers, étudiants en théologie, sont autorisés à posséder une clef de la chapelle de Saint-Symphorien et dy célébrer l’office divin. Enfin, au xv' siècle, dans une transaction (Arch. nat., L 883), passée le 2A mars îèiG, entre l’abbé de Sainte-Geneviève et celui du Mont Saint-Michel, on voit que ce dernier est autorisé à jouir paisiblement d’un hôtel sis a Paris, dans la censive et seigneurie de Sainte- Geneviève, tenant à l’hôtel de Chalon, en dedans les mettes duquel hôtel est assise la chapelle de Saint-Symphorien, dont ledit abhé du Mont Saint-Michel aura l’entrée et usage, sauf le droit d’v percevoir les oblations et d'en loucher les revenus.

r Plus tard cette chapelle servit au collège des Chollets, qui la garda jusqu’en i5o4. . . Vendue au collège de Montaigu, le 9 septembre 1662, la chapelle Saint-Symphorien ne tarda pas, diton, à être démolie I2'».

CÔTÉ SEPTENTRIONAL

(d’Occident en Orient).

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