RUE DES GRÉS ÜU S VFNT-ÉTIENNE-DES-GRÉS
La voie qui a porté successivement ces deux noms, et qui forme aujourd’hui le prolongement de la rue Cujas, ancien passage des Jacobins transformé, a pour aboutissant, à l’ouest, la rue Saint-Jacques, â l’est, la partie occidentale du cloître Sainte-Geneviève, comprise dans le périmètre de la place du Panthéon.
Son appellation la plus reculée, celle du moins que l’on rencontre dans les plus anciens litres est rue des Grés (riens de Greis). Berty l’a trouvée dans un document sans date, appartenant au fonds de Saint-Jean-de-Latran; mais des variantes, provenant des différentes racines qu’on a données à ce mot, ne tardent pas à se produire : grec (de gressus), grecs, Grieux et autres fantaisies étymologiques qui datent de Raoul de Presles et remontent peut-être plus haut. On rencontre, dans un titre latin de 1 203, la périphrase suivante : viens per quein itur ab ecclesia Sancte Genovefe ad Sanction Stephanum. Le censier de Sainte-Geneviève, en la même année, l’appelle meus des Grés et vicus de Gressis. On voit ensuite viens Sancli Stephani de Gressibus.
Le Beuf, qui a relevé ces diverses dénominations à propos du vocable de l’église Saint-Étienne, les discute dans l'article qu’il a consacré à cet édifice; nous ferons comme lui. Le lecteur se reportera donc à notre notice sur cette église, laquelle, ayant son entrée principale rue Saint-Jacques, a dû être placée à la suilc de la description topographique de cette dernière voie.
Histoire de Sainte-Barbe , t. I, p. 309.
Mentionnons,- en terminant, une appellation que l’on trouve dans un acte de i4g2, appartenant au fonds du collège de Montaigu : c’est celle de crue Saincte Geneviefven, due probablement à la direction que suivait la voie dont il s’agit; elle tendait, en effet, de la rue Saint-Jacques à l’église de la patronne de Paris, et longeait le clos Saint-Etienne contigu à celui de Sainte Geneviève.
CÔTÉ MÉRIDIONAL
(d’Orient en Occident).
PAROISSE DE SA1NT-ÉTIENNE-DU-MONT
Hostel de la Tiuille ou de la Treille (i483), contigu à la porte du cloître Sainte-Geneviève; il appartenait, en i38o, au « chamberier n de l’abbaye.
Petites maisons de Verdelay b! (i38o), Hostel Verderei (1Ô07), Petites maisons de Vezelay (i483), ou Hostel du Petit Vezelay (1 5 1 1). Nous sommes ici en présence d’un vaste logis, composé de deux hôtels distincts situés vis-à-vis l’un de l’autre, et servant, ainsi que l’a fait remarquer l’historien de Sainte-Barbe'2!, l’un, de résidence aux abbés de Vézelay lorsqu’ils venaient siéger au Conseil du Roi, l’autre, au logement des profès de l’abbaye, qu’on envoyait prendre leurs grades dans l'Université.
Voici, dans l’ordre chronologique où nous les rencontrons, les notes extraites de documents authentiques, qui nous permettent de retracer, du xivc au xvue siècle, l’aspect successif de cette maison abbatiale et professe :
Le Petit Vézelay, ou Petites maisons de Vezelay, 11e semble pas avoir précédé le Grand, ct II était situé, dit Sauvai, entre le collège de Lizieux et le clos de Sainte- Geneviève; le Grand aboutissait à la chapelle de Saint-Symphoricn et à l’hôtel de l’abbaye Saint-Michel. Philippe de Moruai, archidiacre de Soissons, ajoute Sauvai, le vendit à l’abhé de Vézelay; les religieux de Sainte-Geneviève l’indemnisèrent, en 1/107, moyennant une certaine somme qu’on leur paya en écus d’or, qui valoicnt alors dix-huit sols'3Lr
Comme les deux hôtels se faisaient face, c’est du Petit que nous devons parler d’abord, puisqu’il était sur le côté méridional de la rue des Grés. A la fin du xivc siècle et au commencement du xvc, on le décrit ainsi : irUng corps d’ostel et jardin entretenant, tenant, d’une part, à la rue de Sainl-Étienne-des-Grés, d’aultre
(l) Verdelay , ou Verdelais, lieu de pèlerinage aux environs de Bordeaux, est ici une première altération du nom de l’abbaye bourguignonne de
Vézelay ; Verderei en est sans doute une seconde. l'' J. Quicherat , Hist. de Sainte-Barbe , 1. 1 , p. 1 5. (,1) Antiquités de Paris, t. Il, p. 268.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, part, aus jardins et cloz de l'abbaye de Saincte-Geneviefye, aboutissant, d’un bout, au collège de Torsy, appellé de Lizieux, d’aultre part, à FOstel de la Treille, appartenant à Saincte-Geneviefve. n
Un titre de 1 A07 contient des détails plus circonstanciés sur le Petit Vézelay : rrltem, une aultre grant maison, trois petites maisons avec un jardin entretenant, en la rue de Sainct-Estienne-des-Grez, de l’aultre part d’icelle tenant à un bostel de l’église de Saincte-Geneviefve, d’une part et d’aultre part; c’est assavoir ledict jardin, qui contient un quartier de terre ou environ, au jardin de l’hostel qui fut feu Mr Pierre Conrard, et d’autre part, au costé, au grand jardin de ladicte église de Saincte-Geneviefve, et aboutissant à ycelui, et par devant à ladicte rue de Sainct-Estienne-de-Grez. v
Un autre document du xvc siècle précise encore davantage la situation et la composition des Petites maisons de Vézelay. Après avoir indiqué le lieu où était le Grand Vézelay, il ajoute : te De l’aultre part d’icelle grant maison, trois petites maisons ou louaiges, avec un jardin entretenant, au prouffit d’icelle église de Vezelay, tenant à ung hostel de nostre eglise de Saincte Geneviefve. n Ces derniers mots révèlent la source à laquelle est puisé ce document : c’est un accord entre les abbayes de Vézelay et de Sainte-Geneviève, accord par lequel les religieux de ce dernier monastère consentent à l’amortissement de l’hôtel acquis par le premier.
A la fin du xv' siècle, le Petit Vézelay contenait, aux termes d’un titre de 1 A92 , tr court, puys et jardin, maisons, chambres et estables, court devant et derrière et huys derrière v. 11 11’eut pas, comme le grand, à subir d’annexion : le collège de Lisieux, son proche voisin, n’en convoita pas les bâtiments pour s’agrandir, ainsi que le fit celui de Montaigu, à l’endroit du Grand Vézelay.
Le Petit Vézelay, qui était sur le côté méridional de la rue, et qu il ne faut pas confondre avec un autre immeuble du même nom situé en face, et contigu au Grand, avait un pourpris assez vaste : il aboutissait à des jardins dépendant de Sainte-Geneviève et s’étendant jusqu’à l’enceinte de Philippe Auguste, sur 1 emplacement occupé aujourd’hui par la place du Panthéon.