COLLÈGE DE LISIEUX
Cet établissement scolaire a eu ses vicissitudes : il compte, dans ses annales, trois installations successives : la plus ancienne, que Félibien appelle tt première
RÉGION CENTRALE DE L’UNIVERSITÉ maison du collège de Lisieux» en la rue des Prêtres-Saint-Séverin; la seconde, qui fut la plus longue, en la rue des Grés; la troisième, qui fut de très courte durée, en la rue du Clos-Bruneau, ou Jean-de-Beauvais, lors de sa réunion au collège de ce nom. Nous ne dirons rien de la première installation, qui n’était que provisoire; on attendait sans doute la réalisation des généreuses intentions du fondateur.
Ce personnage élait Guy de Harcourt, évêque de Lisieux, appartenant à cette famille qui s’est fait un nom à Paris, dans le vieux monde scolaire. Ses libéralités furent grandes pour l’époque (1 336) : Guy de Harcourt laissa, par testament, mille livres parisis pour fonder vingt-quatre bourses en faveur d’autant de pauvres écoliers, au choix des évêques de Lisieux; il légua, en outre, cent autres livres parisis pour subvenir à leur logement, en attendant la construction du collège.
A ces libéralités vinrent, un siècle plus tard (1 k ih , 1/122), s’ajouter celles d’un autre évêque de Lisieux, Guillaume d’Estouteville, et de ses deux frères, dont l'un était abbé de Fécamp, et l’autre seigneur de Torchi, lesquels portèrent à trentesix le nombre des boursiers du nouveau collège. L’abbé de Fécamp le dota d’une chapelle bâtie à ses frais et dédiée à saint Sébastien; le seigneur de Torchi lui laissa son nom, sous lequel on le désignait parfois, concurremment avec celui de Lisieux.
Voisin du Petit Vezelay, le collège de Lisieux, lors de son installation définitive en la rue des Grés, s’étendait, comme le logis abbatial de Sainte-Geneviève, jusqu'aux murs de Paris; il avait englobé une maison qui lui était contiguë et est ainsi décrite en un acte de 1/102 : et Hostel et appartenances, lequel tient, de présent, aux jardins de l’eglise Saincte-Geneviefve et, d’aultre part, à l'hoslel de M Junyer le Besson, et à celuy de Mr l’abbé de Sainct-Benoist-sur-Loire, aboutissant, par derrière, aux murs de la Ville.»
Les constructions primitives du collège furent bientôt insuffisantes, et leur ancienneté obligea les administrateurs de Lisieux à des travaux d’agrandissement et de réparation, dont il est resté trace aux Archives nationales, dans le fonds du collège. La cinquième liasse de ce fonds contient, sous la cote S 6/16/1, deux procès-verbaux de visite de ces travaux,
L un, qui porte la date des 1 1 et 1 3 février 1 5 y 0 , est signé de Robert Chambys, uluis Chambryez, Jehan Lhaponnet et Jacques Le Peuple, se disant « charpentiers du Roi nostre sire ès ollices de massonnerie et charpenterie à Paris». Il y est constaté, avec tous les détails techniques à l’appui, que ctung grand corps d’hostel a esté faicl faire de neuf, par défunt Symon Larcher — c’était le principal du collège — dedans l’encloz dudict college, en entrant par la grand porte vers la main dextre, et du costé où sont les latrines dudict college».
Les visiteurs nous font connaître incidemment une autre construction due également au zèle du principal Larcher; ils déclarent que les cr ouvraigesn dont l’examen et la prisée leur sont confiés sont « de pareille matière et esloffes que ledict défunt Larcher a faict hastir ung grand corps d’hostel estant joignant ledict collège, du costé et vers la porte Sainct-Jacques, et à costé des murailles de la Ville, d
Le second procès-verbal, qui porte la date du a 5 septembre i5y 1 et les signatures de tt Guillaume Guillain, juré du Roy et maistre des œuvres de massonnerie de la Ville de Paris, Léonard Fontaine, juré et maistre des œuvres de charpenterie, Estienne Grandremy, maistre general des œuvres de massonnerie, Jacques Beaussault, aussy juré en ledict office n, donne la date approximative de la construction des deux corps d’hôtel : après un contrôle et un toisé minutieux, les visiteurs déclarent que nies deux corps d’ostel, tant ledict ediflice audict college que ledict estant prez celluv college, ont été construits, bastis et ediffiés en l’année mil cinq cens quarante ou environ, par devant ou peu aprezWv.
Le collège de Lisieux, qui a longtemps compté parmi les meilleurs établissements parisiens, fut maintenu en la rue des Grés jusqu’en 1760, époque à laquelle la construction de la nouvelle église Sainte-Geneviève, la formation dune place au-devant de l’édifice et l’installation d’une nouvelle Ecole de droit, en remplacement de vieux bâtiments du clos Bruneau qui avaient si longtemps abrité les élèves en droit canon, nécessitèrent la translation de l’établissement fondé par les d’Harcourt et les d’Estoutevillc. Ce fut une laborieuse négociation; nous allons en retracer les principaux incidents.
La première combinaison semblait assez raisonnable : l’expulsion des Jésuites ayant laissé libres les bâtiments du collège de Louis-le-Grand, on songea à y transférer celui de Lisieux, et, de fait, il y fut réinstallé solennellement à la rentrée des. classes, au mois d’octobre 1762. Mais cette réinstallation avait l’inconvénient d’absorber l’un des établissements dans l’autre et de faire disparaître le nom du dernier occupant : la fameuse inscription Collegitim Ludovici Magni se lisait toujours sur la porte principale de la rue Saint-Jacques. Aussi le principal, les boursiers et les s supérieurs majeurs n du collège, qui n'étaient autres que l’évêque de Lisieux et l’abbé de Fécamp, réclamèrent-ils vivement contre cette mesure. Leurs instances furent telles que le Parlement revint sur 1 arrêt qu il avait rendu, pour la translation de Lisieux à Louis-le-Grand. 11 fallut trouver alors un autre collège qui consentît à perdre son individualité, et allât occuper les bâtiments que venaient d’abandonner les Jésuites; ce qui était au fond une v réunion n. Le collège de Beauvais se résigna, et, par lettres patentes du 7 avril 1766, il succéda à
i') Archives nationales, S 6464, 5* liasse. Voir aux appendices.
Lisieux dans la rue Saint-Jacques, tandis que celui-ci se réinstallait à la rue du Clos-Bruneau. Ce fut donc un double et réciproque s déménagement n. Les lettres patentes constituaient une sorte de et bail n, puisque l’occupation des bâtiments du collège de Beauvais n était stipulée que ttpour trois annéesn; mais cet état de choses se maintint jusqu’à la Révolution.
L’emplacement des bâtiments anciens du Petit Vézelay, ainsi que les terrains et dépendances du collège de Lisieux, sont entrés dans le périmètre de la place du Panthéon, de la rue Soulllot, en sa partie ancienne, et de la Faculté de droit.
PAROISSE SAINT-BENOÎT
JUSTICE ET CENSIVE DE S A INT-ETIENNE-DES-GR ES
Maison sans désignation, tenant au collège de Lisieux.
Maison du Pressouer d’ob ( i 56g).
Maison de lYmaige Nostre-Damf, (i5aa), l’un des nombreux immeubles parisiens placés sous ce vocable.
Maison de lYmaige sainct Kristofle (1617), appellation qu’on rencontre également sur plusieurs autres points du vieux Paris.
Maison du Billard, puis des’fROYS Bouteilles (i58y), paraissant avoir été une taverne ou cabaret. C’était probablement un corps de logis détaché de la
Maison de l’Esteuf d’argent, qui a pu être le siège d’un jeu de paume; elle touchait a 1 église Saint-Étienne-des-Grés, et aboutissait, ainsi que les deux maisons précédentes, à une ruelle mentionnée fréquemment dans les titres de l’église. La procession du chapitre avait droit d’y passer le jour de la Fête-Dieu .Cette ruelle, dont la restitution exacte est difficile, avait sans doute son point de départ au petit, cloître de l’église; elle passait derrière les maisons de I'Esteuf et des Troys Bouteilles, longeait le côté de celle de Saint- Kristofle , la partie postérieure de celle des Carneaulx et allait déboucher dans la rue delà Petite-Bretonnerie, entre celte dernière maison et celle de LYmaige Nostre-Dame.
Flanc septentrional de l’église Saint-Étienne-des-Gre's, en façade sur la Saint-Jacques.
rue
CÔTÉ SEPTENTRIONAL
(d’Occident en Orient).
PAROISSE SAINT-BENOÎT
Maison du Mirouer (1671), contiguë à celle qui faisait le coin de la rue Saint- Jacques.
Maison des Caves (1072), sans autre désignation.
PAROISSE SAINT -ÉTIENNE-DU-MONT
Flanc méridional du Collège des Ciiollets. Aux bâtiments latéraux de ce coliège attenait, d’après Sauvai1 , la résidence parisienne de Gauthier de Ghambli, évêque de Senlis, lequel, dit 1 auteur des Antiquités de Pans, crlogeoit a la rue Sainct-Estienne des Grésu. Le collège s’est annexé cetle maison, ainsi qu il est dit ci-devant à 1 article du Collège des Ciiollets.
I loSTEL DE LA BlaNCHE-FoUASSE (l 38g) , puis HoSTEL ABBATIAL DU MoNT-SaINT-MiCHEL ( i 5 a 6 ) , faisant le coin oriental de la rue des Chollets. Deux notes, lune sans date, l’autre datée de 1670, localisent ainsi cet immeuble : nia maison appelée le Collège Saint Michel, rue Saint Etienne, aboutissant par derrière à la rue Saint Symphorien, sur le terrain de laquelle sont bâties les maisons du Box Pasteur, de LAnge gardien, du Sacrifice d’Abrahamf. Le long de cette maison régnait une
Allée, faisant le coin de la rue des Grés et de celle des Chollets.
La note datée de 1570 désigne aussi l’ancien n Hostel de la Blanche-Fouasse f.
a Sainct-Micuel , deux grands viels corps d’hostei; une grande porte au-dessus de laquelle y a ung petit ediffice, caves dessoubz desquels corps dhoslel et partye de la court; une court à costé le lieu aussy. . . , tenant, d une part à la chapelle de Sainct Michel (sic), d’aultre au collège de Montaigu, par devant sur deux maisons, l une devant le collège des Chollets, 1 aultre devant le collège de Lisieux, f La chapelle Saint-Michel, dont il est question dans ce texte, était-elle un oratoire
Antiquités de Paris, t. III, p. 383.
RÉGION CENTRALE DE L’UNIVERSITÉ, privé, à l’usage des abbés résidant en cet hôtel, ou s’agit-il de la chapelle de Saint-Symphorien-des-Vignes située dans le voisinage immédiat? C’est un point difficile à éclaircir.
L'Iîostel de la Blanche-Fouasse, après avoir appartenu à messire Nicole Darder, évêque d’Auxerre, puis à un certain Pierre de la Neufville, fut possédé par Perrenelle de Corbeil, dame de la Blanche-Fouasse, à laquelle il donna ou emprunta son nom, et acquis en 1 Ô16 par la célèbre abbaye du Mont-Saint-Michel. On sait que ce monastère bénédictin, situé <t au péril de la mer», in periculo maris , compte pour quelque chose dans l’histoire de la topographie parisienne. Charles VI, dans les premières années de son état de démence, ayant fait un pèlerinage à l'abbaye, en revient soulagé et donne, dit-on, par reconnaissance, le nom de Saint- Michel à la porte Gibard, ou d’Enfer. Peut-être le doit-elle également à la petite chapelle érigée, dans l'enceinte du Palais de la Cité, en souvenir de l’institution de l’ordre royal et militaire de Saint-Michel, par Louis XI.
L’abbaye normande, qui l’avait acquis en 1Ô16, ne posséda ITIostel de la Blanche-Fouasse qu’un siècle et demi environ; elle fut obligée de le vendre, en 1 5 7 1 , pour payer les sommes auxquelles elle avait été taxée, conformément à l’autorisation donnée, en î 5 6 8 , au roi Charles IX par le pape Sixte-Quint, autorisation aux termes de laquelle il pouvait être vendu des biens d’église jusqu’à concurrence de cinquante mille écus de rente, au denier vingt-quatre. Mis en criée, l’hôtel fut adjugé au collège de Montaigu, moyennant deux mille deux cent soixante livres; somme insuffisante pour libérer l'abbaye, puisqu’elle avait été taxée, pour sa part, à trois mille huit cent seize livres, dit un manuscrit (Arch. nat., S 65 1 5), «par les cardinaux de Bourbon, de Lorraine et de Pellevé». Le principal et la communauté de Montaigu, déclarés adjudicataires «à la charge des iods et ventes», déclare Sauvai,' durent payer en outre «cent treize livres, à raison d’un sol pour livre n I1).
Sur les terrains de la Blanche-Fouasse avaient été bâties les maisons du Bon Pasteur, de I’Akge gardien et du Sacrifice d’Abraham. Un Inventaire de pièces se succédant, par ordre de dates, de 1667 à 1765, désigne ainsi le dernier de ces immeubles : «Maison dite le Sacrifice d’Abraham, à l’encoignure des rues Saint Etienne des Grez et des Cholets, consistant en deux grandes boutiques sur Saint Etienne des Grez, entresols au dessus, salle sur le derrière, cour et chantier, caves avec un angard (sic), trois étages et greniers au dessusiil2).
C’est dans les limites de cette maison, appelées mettes dans le vieux langage,
(l) Antiquités de Paris, I. Il, p. 268. — Archives nationales, S 65i5.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, que se trouvait la chapelle de Saint-Symphorien-des-Vignes, dont on a lu la notice à l’article de la rue des Chiens. Possédé pendant un siècle et demi par l'abbaye du Mont-Saint-Michel, et acquis, ainsi que nous venons de le voir, par tries pauvres Capettes de Montaigu», l’ancien Hostel de la Blanciie-Fouasse est quelquefois appelé, dans les titres, et Collège du Mont-Saint-Michel ». C’était, en effet, dans la langue du moyen âge, le studium des novices de ce monastère.
Le Petit Ve'zelay (i6t)3), qu’il ne faut pas, malgré la similitude de nom, confondre avec les Petites Maisons de Ve'zelay, devait, sans aucun doute, cette dénomination à la contiguïté du Grand Vézelay. On ne l’en distinguait plus au xvic siècle.
Hostel de Vézelay, ou GnAND Vézelay ( i 4 i 6 ) dit, par corruption, de Verdelay ou Verderei, ainsi que nous l’avons indiqué à l’article des Petites Maisons de Vézelay. Nous avons également consigné, dans ce même article, le fait de la vente des deux Vézelay, par Philippe de Mornay, archidiacre de Soissons, à l’abbaye bourguignonne, vente antérieure à l’année 1 3 8 8 . L’amortissement, par l’abbaye de Sainte-Geneviève, est du /i juillet 1/107. Elle échangea, en 1 5 1 1, les deux Vézelay contre la Maison des Trois Maillets, sise en la rue de Bièvre. L’année suivante, le Grand Vézelay fut acquis par le principal et les boursiers de Montaigu, (jui s’occupaient alors de la reconstruction de leur collège, et purent étendre ainsi les nouveaux bâtiments sur l’emplacement du Grand Vézelay.
Si pauvres que fussent nies Capettes» de Montaigu, ils trouvaient toujours de l’argent pour acquérir. Un typographe célèbre, de l’époque des incunables, fut leur bienfaiteur. Félibien, en langage archaïque, le constate dans le passage suivant : trUlderic Gering, ou Guering, l’un des premiers imprimeurs, des biens duquel, c'est-à-dire à l’aide de la donation duquel, le collège acheta la terre d’Annet sur Marne, la maison de Vezelai et le petit collège, ou hostel du Mont-Saint-Michel •»('). Le legs du testateur servit donc à payer lesdits immeubles.
Flanc méridional du Collège de Montaigu, ayant ses anciens bâtiments et son entrée principale sur la rue des Sept-Voies. C’est donc à 1 article de cette rue et dans le volume suivant qu’on trouvera la monographie de cette maison scolaire.
Histoire de la Ville de Paris, l. I, p. 53a.