‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 69 sur 302 · RUE DU FOUARRE · texte numérisé non relu

RUE DU FOUARRE

Cette voie, si célèbre dans les annales de l’Université de Paris, avait été ouverte dans les clos de Garlande et de Mauvoisin. Comme elle était peu distante de la rue du Foin, c’était probablement dans l’une qu’on allait chercher le feutre, ou fourrage destiné à servir de siège aux écoliers étudiant dans l’autre. Cette installation, toute primitive, est consacrée par les anciens textes : rue des Ecoles, ou des Ëcohers, rue du Feutre, ou de la Paille, c’est tout un. On trouve, en effet, dans les documents du xm° siècle : vicus Straminis, Straminmn et via Slraminea (1260), rue des Escoliers, enfin via Scholarum (126/1). Guillot, en son Dit, l’appelle «rue de lEscholen (1B00); Jean de Jandun, vicus Slraminum (i323); Pétrarque, fragosus Slraminum vicus (1 333). Dans les statuts du collège de] Justice (1 338) elle est dénommée, comme en 1260, vicus Straminis.

Le mot feutre apparaît pour la première fois dans un acte cité par Sauvai (III. Preuves, p. io3), expression qui se retrouve dans Guilleberl de Metz (ibVi) et dans un manuscrit de l’abbaye de Sainte- Geneviève (i/i5o).

Le manuscrit de la Bibliothèque Cottonienne, qui est de 1/100. l’appelle «rue des Escoullesn, et les statuts de deux collèges, Séez etMontaigu, reviennent à 1 ancienne appellation vicus Straminis et Slraminum.

L’expression Fouarre ou Fouerre, altération de Feutre, se rencontre dans Estienne Pasquier (1 5 60), dans Balthazar Grangier (1597), dans Du Breul (1 63g),

(l) Antiquités de Paris, t. II. p. 4a 7.

dans Le Beuf et les historiens du xvin0 siècle; elle s’est perpétuée jusqu’à nos

jours.

L’histoire de la rue du Fouarre se confond avec celle de ses écoles; elles en occupaient, en effet, avec quelques logis scolaires, la presque totalité. Cette occupation datait du xmc siècle, époque où l’Université de Paris, s’étant partagée en trois facultés, assigna la rue du Fouarre à la Faculté des arts, c’est-à-dire de la grammaire, des lettres et de la philosophie.

On sait que l’auteur de la Divine Comédie fut un des étudiants de la rue du Fouarre; il a célébré la science de l’un de ses maîtres, Siger de Brabant, qui enseignait nel vico degli Strarni h). Un siècle après la mort du poète (i3ai), Guillebert de Metz constate que l’enseignement des arts florissait toujours en la rue du Fouarre; en citant cette voie, d ajoute ces mots trou 1 on ht les arsn. Deux siècles se passent , et les écoles de la rue sont encore fréquentées. Babelais raconte que Pantagruel, tten la rue du Feurre, tint contre tous les regens, artiens et orateurs, et les mist tous de cuir P). Les déterminances, ou examens, y avaient encore lieu sous Louis XIV.

Cependant la fondation de nombreux collèges, aux xive et xv° siècles, ne contribua que faiblement à dépeupler les écoles de la rue du Fouarre et les logis qu’elle offrait aux étudiants. Tant que ces collèges ne furent que des espèces d hôtels meublés, où les élèves boursiers étaient hébergés gratuitement, les maîtres des écoles aux sièges de feurre voyaient les auditeurs se presser autour deux; mais, au milieu du xvie siècle, quand tr l’exercice t> des basses et hautes classes eut ete installé dans les maisons scolaires fondées en cette même région, les écoles de la rue du Fouarre furent moins fréquentées, et quelques maisons voisines perdirent, du même coup , une partie de leurs habitants.

La raison étymologique du nom de la rue semble absolument hors de doute ; cependant on a prétendu qu elle le devait, comme la rue du Foin, au commerce de fourrage qui s'y faisait, et l’on s’est appuyé sur le Dit de Guillot, où se trouvent ces deux vers :

Eu celle rue, ce me semble,

Vent on et fain et feurre ensemble.

On a cité également le passage où Sauvai risque une étymologie quelque peu douteuse, surtout en ce qui concerne les mots fers et febvres. « Les rues aux bers, aux Febvres et du Fouarre, dit-il, se nommaient en i3oo, rue aux Feures, vieux mot qui veut dire de la paille, ou Fouarre, autre mot presque aussi vieux que lui, mais plus connu, à cause des paysans qui s’en servent en criant leur paille

(l) Il Paradiso, ch. x, v. 1 36. — (î) Pantagruel, 1. II, ch. vu.

RÉGION CENTRALE DE L’UNIVERSITÉ, qu’ils amènent à Paris pour vendre; car, quant à celui de Feurc, il serait mort et enterré, il y a long-temps, sans le proverbe : Faire gerbe de Feure à Dieu d W.

Qu’il y ait eu, en la rue du Fouarre, des magasins de fourrage pour fournir à la tt jonchée n des écoles, alors que ceux de la rue du Foin étaient si rapprochés, cela n’est point impossible; mais l'opinion qui fait dériver le nom de la rue des sièges que ses écoles offraient aux étudiants, semble infiniment plus probable. Une bulle donnée, en i366, par le pape Urbain V, confirme et explique, dans un sens moral, l'usage du feurre pour asseoir les écoliers. Il y est ordonné que tr Sclio lares Universilatis Parisiensis, audient.es suas lecliones, sedeanl in terra coram Magistris, non scamnis nec sedibus elevatis a terra , ut occasio superbie a juvenibus secludaturn. C’était donc une leçon d’humilité personnelle et de respect envers les maîtres que le siège de feurre donnait aux écoliers de la Faculté des Arts.

La même prescription est renouvelée en 1 éi 5 2 , par le cardinal d’Eslouteville, légal du pape Nicolas V, et chargé de réformer l’Université : les bancs qu’011 avait introduits dans les écoles doivent disparaître et faire place à la paille en hiver, à l’herbe en été, comme on le pratiquait alors dans les églises, afin que les fidèles s’y tinssent plus humblement devant Dieu.

Dès le xivc siècle, la rue du Fouarre, comme plusieurs autres voies du quartier des écoles, était fermée par des portes, à ses deux extrémités, sur les rues Galande et de la Bûcherie. Cette mesure avait uniquement pour but d’empêcher la population dissolue, qu’011 avait écartée, de remplir la rue d’immondices, immonditias etfecosa portando.

On trouve, dans les pièces publiées par Sauvai, le texte d’une ordonnance relative à cette fermeture et au moyen de l’assurer :

te Charles, ainsné fils du Boy de France, duc de Normandie et Daulphin de Vienne, a nos amez et feaulx les maistres de nos eaues et forests, et au maistre forestier de notre iorest de Bierre, salut et dilection. Comme ja pieça pour le teins que nous estions regent le royaulme de France, nous eussions donné à nos bien amez les maistres et escolliers en la Faculté des Ars a Paris, deux arpens de bois à prendre en ladicte forest de Bierre, pour faire clore et fermer de nuict en ladicte Université, la rue de Feutre, ou du Fouarre, en laquelle ilz ont accoustumé à lire à Paris; des quiex deux arpens de bois ilz n’ont pu rien avoir. Et, pour ce que ladicte forest esta présent en nostre domaine, vous mandons et commandons que leurs bailliez et délivriez sans délais lesdicts deux arpens de bois en ladicte forest.

«Donné en nostre hostel de Sainct Pol lez Paris, le ier juin i3G2 (2).n Antiquités de Paris, t. I, p. 1 '1 . — (2) Antiquités de Paris, t. III, p. io3.

La rue du Fouarre avait conservé à peu près son ancien aspect jusqu’à nos jours; mais le prolongement de la moderne rue Monge , entre la place Ma ubert et le Pontau-Double, a fait disparaître tout le côté oriental de cette voie, qui est menacée en outre de reconstructions sur son côté occidental.

CÔTÉ OCCIDENTAL

(du Sud au Nord).

PAROISSE DE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT

Petites escholes de la Nation de France (i483), ayant été probablement acquises pour cet usage en 1377. — Les écoles dont il s’agit sont dites avoir appartenu à trSymon de Sainct Benoist, Estienne Le Feutrier, Guillaume de Hallecourt ( 1 3 43 ) , et à Mc Denys Fardel, Gieü'roy Micliiel, Jeliannelte La Micliielle, et Marie la Païennes (i38o).

Escholes de la Nation de France (i38o), qualifiées de Grandes Escholes en 1 Ô22 et 1 483, et de ESCHOLES NEUFVES en 1 4 4 1 . — C’est en 1870 qu’avait été acquis l’immeuble où elles se tenaient et qui comprenait un jardin, le tout sur une profondeur de huit toises. Trois maisons paraissent avoir existé alors sur cet emplacement; elles furent remplacées par deux autres, dans lesquelles on installa les it Escholes neufvesn, ainsi nommées sans doute parce que les bâtiments en ont été reconstruits vers îôafi. Ces écoles avaient appartenu à un certain Benaston, antérieurement à 1870; elles possédaient une chapelle dans leur pourpris, et c’est de cet édifice que Le Beuf entend parler quand il écrit ce qui suit : a 11 y avoit aussi, dans la même rue, une chapelle, sous le titre de Saint Guillaume, archevêque de Bourges, patron de la Nation de France. Elle a été détruite, et le culte du saint a été transféré au collège de Navarre (1).n

Nous verrons plus loin ce qu’est devenue cette chapelle.

Écoles à la Nation de Normandie (1372), dites Grandes Écoles (1 483). — D’après certains titres, il paraîtrait, au contraire, que ce sont les Grandes Écoles et les Petites; mais il doit y avoir erreur, eu égard à la superficie. Ces écoles avaient appartenu à Robert de Nixi, et auparavant à Benoît d’Etrie, Gervaise Des Mares et Guillaume Breton. Elles avaient pour enseigne le Grand Escu. [Ancien Collège d’Harcourt, par l'abbé Bouquet, p. 34.)

.Muson de la Souche ( 1 54g), appartenant à la Nation de France. Elle était

■J Histoire de tout le diocèse de Paris, édit. Cocheris, t. II, p. 598.

RÉGION CENTRALE DE L’UNIVERSITÉ, séparée de la maison précédente par une ruelle servant d’issue à la maison du Lion enferré, sise rue de la Bûcherie. C’était, en i38i, la Bannière de France, reconstruite alors à neuf. Cette maison paraît avoir dépendu de la suivante au xvc siècle.

Esciioles à la Nation de Picardie (i38o), dites Petites Escholes en i5og, — La maison où elles se tenaient avait appartenu, en t343, à Guillaume le Frison, puis à Benoist d’Estrie; elle passe, en i38o, à Robin d’Anton, puis à Denys Fardel. Elle paraît avoir porté successivement trois noms : l’Escu de Picardie, soit qu’il y ait eu erreur de copie — escu pour escales, — soit que les armes de la province aient réellement décoré la maison; la Maison de la longue alle'e (1372) et la Maison de Buridan (1 5 5 1). L’ écolier cité par Villon, et célèbre dans les annales de la scholastique par l’apologue de l’âne, aurait-il habité ou possédé cet immeuble? C’est un point que l’absence de documents ne nous permet pas d’éclaircir.

Escholes à la Nation d’Angleterre (i38o), dites Petites Escoles en 1609. Elles sont dites avoir appartenu, vers 1 343, à Guillaume le Frison, Ernoul d’Estrie, Gervaise Des Mares et Robert l’Escripvain. A la maison qui les avait abritées, pendait pour enseigne La Nasse en 1 5 5 1 .

Maison sans désignation, contiguë à celle qui faisait le coin occidental de la rue de la Bûcherie et dont elle dépendait encore en i483, puisqu’elle est, à cette date, qualifiée de it Courcelle ». 11 semble qu’on doive l’identifier avec I’Imaige Sainct Nicolas, qui touchait à I’Imaige Sainct Pierre en 1 5 6 5 .

CÔTÉ ORIENTAL

(du Nord au Sud).

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