‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 85 sur 302 · SÉEZ, NARBONNE, BAYEUX · texte numérisé non relu

SÉEZ, NARBONNE, BAYEUX

Nous avons réuni en un article spécial les notices topographiques relatives à ces établissements scolaires, rattachés à la rue de la Harpe par leur situation. Ils touchaient, en effet, à cette voie par leur façade et entrée principale. Fondés à des époques un peu différentes, les collèges dont nous allons parler appartenaient cependant à cette période universitaire qui fut féconde en fondations et qui comprend le xivc siècle ainsi que la première moitié du xve. La guerre de Cent ans, qui fut si calamiteuse, n’arrêta donc pas le développement des études, et tandis que la France luttait contre les Anglais, Paris ne cessa pas de voir arriver, pour étudier dans ses murs, les pauvres écoliers de la province.

Le premier, dans l’ordre de succession topographique, en longeant du nord au sud le côté oriental de la rue de la Harpe, ce collège n’occupe que le dernier rang dans l’ordre de fondation. C’est en 1Ô27 seulement qu’il vint au monde universitaire : Grégoire Langlois, que les textes latins nomment Gregorius Anglirern, et certains historiens Anglici, parce que le mot films est sous-entendu, voulant, dit Félibien , fonder à Paris un collège pour y recevoir les élèves pauvres de son diocèse, originaires surtout des lieux où l’évêque de Séez était seigneur temporel, donna, à cet effet, les immeubles suivants :

ttUn certain manoir, ou maison, sis en la rue de la Harpe, à Paris, proche l’eglise paroissiale des saints Cosme et Damien, de 1 autre côté de la rue, et, en outre la Maison du Chapeau houge, et une autre maison joingnant d’autre part,

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, dans la censive des Hospitaliers dits du Temple : Quoddam manerium seu domum in vico Cithare Parisiis situm, prope ecclesiam parocliialem SS. Cosme et Damiani, ex altéra parle vici, et eliam domum Capelli rubri, et aliam domum ex altéra parle jungentem , in censiva Hospitaliomm diclorum de Templo. »

Trois maisons ont donc servi à l'installation primitive du Collège de Séez : la première était le te manoir» ou immeuble principal; la seconde, ce Chapeau bouge, que nous avons indiqué, à l’article de la rue de la Harpe, comme enclavé dans la cour du collège. Quant à cette maison trjoingnant, d'autre part et estant dans la censive des Hospitaliers dits du Temple», elle ne pouvait attenir au collège que du côté nord et devait alors être contiguë à la Maison du Moulinet, à moins qu’elle n’en fût un corps de logis détaché.

Il est certain que le collège communiquait, en arrière, avec la rue des Maçons, par un couloir, ou issue de dégagement, comme en possédaient presque tous les établissements scolaires de cette région, afin de recevoir les provisions et les objets matériels de toute nature, par une porte autre que celle qui servait d’entrée aux élèves et aux maîtres.

La fondation de Grégoire Langlois ne put être réalisée que dix ans après sa mort, par son neveu Jean Langlois, prêtre, né à Lonlay, au diocèse du Mans, curé de Saint-Céneré, au même diocèse, et l'un de ses exécuteurs testamentaires. L’acte d’amortissement, que nous transcrivons en partie, donne d'intéressants détails sur les locaux scolaires. On en jugera par l’extrait suivant :

rc Et affirmèrent comme vérité yceulx exécuteurs oudit nom executoir, que, comme ledit feu Monseigneur i’Evesquc, en sondit testament ou ordonnance de darnière voutonté, eust voulu et ordonné ung collège de certain nombre d'escolliers estre fondé à Paris, de et sur ses biens, pour le salut et remède de son ame; et pour ce eussent yceulx exécuteurs advisé que une et certaine maison, louages et appartenances, que l'un d’yceulx exécuteurs avoit acliepté des deniers d’ycclle execution, séant à Paris en la rüe de la Harpe, devant et à l’opposite d’une place ou mazure scéant entre l’église parochiale de Saint Cosme et Saint Damien et la porte derrière les Cordeliers, tenant d’une part, devers la porte Saint Michel, aux maisons d’ung autre collège appelé le collège de Narbonne et, d’autre part, à la maison de M" Pierre Allant et aux masures qui sont de l’hôtel de Harcourt, aboutissant par derrière à la rüe des Maçons, en la censive et fonds de terre des religieux de l'Hospital Saint Jehan de Hyérusalem, qui jadis fut du Temple à Paris, seroit bien convenable et propre pour ledit collège; entre lesquelles maison et mazure a une petite courcelle, ou préau, contenant environ deux toises en quaré, chargé envers laditte Religion, à cause de la maison de l’hospital ancien de Saint Jean de Hyérusalem, de soixante sols parisis de rente par chacun an, à deux termes, c’est à sçavoir Pasques et Saint Rernv ; affirmèrent outre yceulx exécuteurs que en très grande justance ils avoient supplié et requis auxdits de l’hospital Saint Jean d Hyérusalem que ycelle maison et appartenances leur voullissent, pour et à l’œuvre dudit collège et ycelle, tenir en main morte par ledit collège pour jamais estre contrains à la mettre hors des mains dudit collège, par lesdits de

i hospital ou de leurs successeurs, parmy payant chascun an doresnavant à eux et leurs successeurs religieux dudit hospital, par les escoliiers dudit collège ou leurs successeurs, sur la maison et appartenances dudit collège, la somme de douze livres parisis de rente annuelle et perpétuelle, etc. Rla.

Deux documents, postérieurs de beaucoup, nous renseignent sur deux maisons acquises plus tard, pour agrandir l’établissement. Le premier est un Mémoire pour être présenté à Messieurs du Conseil de l’Ordre de Malthe, concernant l’ acquisition faite pur le collège, en tysg; il y est dit :

«Ceux du collège, en 1729, achetèrent, de Mr Amiot d'inville, une maison attenante aux bâtiments du collège et située pareillement rue de la Harpe, par devant, et rue des Maçons, par derrière (2) d. Le second document, emprunté au même fonds, est do 17/12; il contient des indications assez précises sur la tt maison du college «, attenant à la précédente et chargée d’une rente de une livre, quatorze sous, deux deniers, au profit de l’Hôpital du Saint- Esprit.

c Cette maison, y est-il dit, avoit environ quinze pieds de face sur la rue de la Harpe. Elle composoit, sur le devant, une boutique et une allée, deux étages et un grenier; sur le derrière, unepelite cour de même largeur, avec un appenty dans le fond de ladite cour. Elle tenait, d’un côté, à la maison acquise par le collège de M. et M“e Amiot, vis-à-vis de la petite porte de l’église de Saint Cosme; de l’autre côté, à une maison appartenant au collège, le devant sur la rue de la Harpe, et le derrière attenant au bâtiment du collège sur lequel terrain se trouve présentement reconstruit l’escalier du bâtiment neuf, vis-à-vis Saint Cosme, et moitié de la boutique attenant à la grande porte du collège*3). 1»

En 1729, pour le Collège de Séez, connue pour les établissements voisins, la période de reconstruction était arrivée; tous ces vieux bâtiments scolaires, composés de divers corps de logis plus ou moins bien rattachés les uns aux autres, appropriés tant bien que mal aux besoins des écoliers et des maîtres, avaient été peu réparés pendant trois siècles, en raison de l’exiguïté de leurs ressources; ils tombaient de caducité, et il fallut presque partout les réédifier, mais avec des deniers d emprunt. C’est ce qui donna lieu à divers mémoires, assemblées, visites, plans et devis, dont les originaux existent aux Archives nationales, et que nous reproduisons partiellement aux Appendices, n’en donnant ici que des extraits indispensables.

La liquidation de toutes les dépenses dut se faire en 176.3, au moment où la plupart des anciens collèges, 11e pouvant plus se soutenir et n’ayant plus un plein

(1) Archives nationales, S G565, 4' liasse. — (a) Ibid. — W Ibid.

et entier « exercice n furent réunis à Louis le Grand. Ce tt collège général n, comme on l’appela dès lors, eut à s’occuper du passif, aussi bien que de l’actif des maisons supprimées.

La situation du Collège de Séez, en particulier, est ainsi exposée dans un Mémoire donné au nom du Collège Louis le Grand et envolé « M$r leveque de Sées, concernant le Collège de Sées qui y a été réuni :

«Le Collège de Sées a d’abord fait acquisition d'une maison rue des Maçons moiennant 20,000 livres. Il a été obligé d’en payer l'amortissement au Roi et l’indemnité au seigneur. L’amortissement, suivant la déclaration du Roi en 17 2 A, est du sixième du prix et des U sols pour livre. L'indemnité est du cinquième du prix pour les censives, outre le droit seigneurial auquel l’acquisition avait donné ouverture; et ces deux droits ont du coûter au College de Sees plus de 9,000 livres.

et D’un autre côté, le Collège de Sées a dû payer l'amortissement des nouvelles constructions par lui faites ; et sur cela la règle du Conseil est qu’on la paye à raison de deux livres de l’augmentation des loiers, si on justifie par une quittance de finance que le sol et les anciens bàtimens ont été amortis. Mais si, au contraire, on ne prouve pas que le sol et les bàtimens anciens ont été amortis et qu’on soit hors d’état d'en rapporter la preuve par une quittance de finance, le droit est dû de tout le produit du bâtiment; c’est à dire de l’ancien loier aussi bien que de l’augmentation produite par la reconstruction, et 011 peut juger par le produit des nouveaux bàtimens en loiers que le Collège de Sées a dû payer un amortissement considérable.

„ Enfin il a fallu payer l’architecte qui avoit donné les plans et conduit les bâtiments, eteela peut bien avoir monté à à ou 5, 000 livres.

„ Ainsi quand on dit que le Collège de Sées n’a acquis ni rentes ni héritages, on ne fait pas réflexion que c’est bien avoir acquis que d’avoir réuni une maison à ses anciennes possessions, en avoir payé l’amortissement au Roi, l’indemnité au seigneur, avoir converti des masures en bàtimens neufs qui en ont plus que doublé les loiers , et enfin avoir acquitté les amortissements qui en ont été la suite.

«11 suit de ces reflexions que les ûo,ooo livres prêtées par Sequevalle ont réellement été employées pour le Collège de Sées Rb,

Un second extrait de la pièce à laquelle nous empruntons les détails qui précèdent, nous apprend que les fonds réunis en 172 fi trouvèrent leur emploi en 1729 et 1730. Aux deux maisons dont nous avons parlé furent adjoints des bâtiments nouveaux destinés à rajeunir le vieil établissement de 1437. On ne prévoyait point alors que, trente-six ans plus tard, l’insuffisance de ressources amènerait, à Séez comme ailleurs, la suppression totale ou partielle de d’exercice d, et que l’Université de Paris se verrait obligée de faire un premier essai de centralisation, prélude de celle qui s’est accomplie, au commencement de ce siècle, sous le nom de c Université de France n.

(,) Archives nationales, M 191

En nous bornant au côté topographique et immobilier de la question, nous extrayons du Mémoire pour le Collège de Sées les passages suivants :

rrEn 1729 et 1730, le Collège de Se'es a fait construire un grand batiment sur la rue de la Harpe, à la place de quatre vieilles maisons, donL l’une venoit d’être acquise de M. Amvot.

«Pour payer tant cette acquisition que les frais de la nouvelle construction, il se fît autoriser, par trois sentences du Châtelet, à emprunter jusqu’à concurrence de la somme de 85, 000 livres.

crLe collège fit en effet différents emprunts, pour lesquels il passa des contrats et constitua, sur ses revenus, des renies à ses créanciers. Ces contrats sont dans la forme ordinaire, et l’emploi des deniers emprunts est justifié par les quittances des maçons, charpentiers et autres ouvriers.

«Le 22 juillet 1733, le sr Sequevalle, receveur des décimes du diocèse de Sées, prêta une somme de à 0,000 livres, dont moitié fut employée sur le champ à rembourser au sr Adam 20,000 livres par lui preltées au collège le 11 février 1732, et pour lesquelles il avoit été subrogé aux charpentiers, couvreurs et serruriers par quittances de ces ouvriers et déclaration du sieur Simon, principal du Collège de Sées, du 28 janvier 1733.

«Il ne fut point passé de contrat au sieur Sequevalle, qui se contenta d’une simple obligation passée devant notaire en brevet et sans minute, et, quoiqu'il fut facile de le subroger à d'autres créanciers et d’assurer par ce moyen l’emploi des âo,ooo livres en entier, il ne se trouve plus aucun remboursement où il soit dit que les deniers proviennent du prêt de âo,ooo livres fait par le sieur Sequevalle.

«Il est certain que le sieur Sequevalle n’étoil qu’un prête-nom. . . On a preuve par écrit que les ùo,ooo livres, si elles ont été fournies au collège, ne l’ont pas été par le sieur Sequevalle, mais par Mr Lallcmant, alors evêque de Sées. On ne cherche pas à approfondir les raisons qui déterminèrent à mettre ce prêt sous le nom du sieur Sequevalle.

«Les choses restèrent en cet état jusqu’au 12 juillet 1737, qu’il fut passé par le collège à M. Lallemant un contrat de ladite somme de à 0,000 livres. Ce contrat renferme deux objets, i° une constitution de 1,600 livres de rente au denier 25e — 20 la fondation de trois nouvelles bourses pour le diocèse de Sées, à la nomination de M. l’Evêque de Sées et de ses successeurs.

«Il étoit très important de constater l’emploi de cette somme de âo,ooo livres pour assurer non seulement le payement des arrérages de 1,600 livres, mais aussi l’exécution de la nouvelle fondation. Cependant il ne fut pris aucune précaution à cet égard. 11 fut seulement déclaré, par ceux du collège, que lesdites âo,ooo livres étoient pour employer au payement de pareille somme qu’ils dévoient au sieur Alexis Sequevalle, par obligation du 12 juillet 1733, afin que M. Lallemand fust et demeurast subrogé aux droits dud. sieur Sequevalle 16

Le lecteur trouvera, aux Appendices, les documents relatifs aux travaux de reconstruction des bâtiments du collège.

Archives nationales , M. 191.

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