‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 2)Chapitre 86 sur 302 · COLLÈGE DE NARBONNE · texte numérisé non relu

COLLÈGE DE NARBONNE

Ce vieil établissement scolaire date des premières années du xivc siècle; il lut fondé par Bernard de Farges, archevêque de Narbonne, proche parent du pape Clément V. Le prélat possédait, dans la rue Saint-Cosme, ou de la Harpe, un vaste manerium, dont les dépendances s’étendaient jusqu’à celles des Maçons; il eut, en 1 3 1 6 , la pensée d’y réunir les neuf pauvres écoliers de son diocèse qui , selon toute apparence, étudiaient déjà depuis quelque temps à Paris, aux frais de l’archevêché de Narbonne, mais sans former un collège régulier, tt Cette généreuse tradition, dit M. A. Franklin, remontait au siècle précédent; en effet, dans le testament de Pierre Ameil, archevêque de Narbonne, daté du i3 des calendes de mai î a 38 , on lit que, avant de partir pour la Terre-Sainte, il donne tous ses livres de théologie aux écoliers qu’il entretient à Paris'1). r,

Mis en possession de la maison de Bernard de Farges, les neuf écoliers du diocèse de Narbonne furent régis par des statuts que le fondateur rédigea lui-même, en 1 3 1 7 , l’année où fut ouvert le nouveau collège. Nous n’en reproduirons point les dispositions générales, parce qu’elles sont communes à tous les établissements de cet ordre. Nous ne relèverons, dans les nouveaux statuts dressés, en 1879, par Roger de Beaufort, archevêque de Narbonne, que les articles relatifs à la durée des études et à la police de la maison. Cinq ans sont assignés aux écoliers en médecine, dix à ceux de droit canon, quatre aux étudiants in ulroque jure (décrets et droit civil), douze aux théologiens, etc. Pour assurer une bonne discipline dans la maison, il devra n’y avoir qu’une porte; toutes les autres seront bouchées.

La sollicitude de l’archevêque s’étendit également aux livres que possédait le collège : la bibliothèque devait être défendue par de bonnes serrures, dont le prieur, le procureur et quelques autres personnes éprouvées pouvaient seuls posséder les clefs. Les livres, même ceux de la chapelle, devaient être, autant que possible, enchaînés, incatenati; on ne pouvait ni les vendre, ni les faire sortir du collège; quiconque les détériorait ou laissait un étranger seul dans la bibliothèque était frappé d’amende.

Ces prescriptions conservatrices parurent sans doute insuffisantes, puisquon crut devoir les modifier deux siècles plus tard. Le cardinal Jean de Lorraine, archevêque de Narbonne, donna, en i5ùù, de nouveaux statuts, dans lesquels, se référant aux premiers, — ceux de i 3 1 7 — lesquels 11 admettaient que des théologiens et des artiens, il supprimait les décrétistes et les te mires *, pouvant étudier

' ' Les anciennes bibliothèques de Paris , I , p. 4 09.

plus économiquement à Toulouse et à Montpellier, villes de la province de Narbonne. Ces mesures restrictives furent compensées, eu 1 5 g g , par l’introduction au collège des basses classes, ou classes de grammaire; ce qui permit d’utiliser les locaux abandonnés par les étudiants en droit et en médecine.

Les ressources du collège se composaient surlout des revenus de deux prieurés, celui de la Madeleine-des-Azilles et celui de Notre-Dame de Marseille, situés dans le diocèse de Narbonne. Il s’y joignit plus tard le produit des deux maisons à Paris et des loyers des boutiques autour du collège et autres logements dans l’intérieur de la maison n est-il dit en un Mémoire pour Monseigneur l’archevêque et primat de Narbonne, supérieur et proviseur du collège de ce nom en l’Université de Paris, pièce dont, nous reproduisons un extrait aux Appendices.

Un autre document , également conservé aux Archives nationales, localise ainsi les bâtiments du collège, en se référant aux indications fournies par le texte des statuts de 187g. Nous extrayons les passages suivants de cette pièce intitulée : Mémoire au sujet de la vente de la Maison du Collège de Narbonne :

«La maison appartenante au Collège de Narbonne est un bien de la première fondation de de ce collège. . . La situation en est désignée et déterminée au lieu même où se trouve placé le collège, c’est-à-dire sur la rue de la Harpe, entre la porte de fer et le Palais des Thermes, à l'opposite du Couvent des frères Mineurs, du côté de l’orient. . . Depuis la fondation, cette maison a toujours servi à l’usage de ce collège. Elle relève du Roi , et il ne paraît, pas qu’elle soit sujette à aucune censive, ni redevance; du moins, il n’en a été1 payé aucune par le Collège depuis plus d’un siècle; mais il a payé differentes taxes pour l’amortissement. . . Il s’étendoit autrefois jusqu’à la rue des Maçons. La partie du terrain qui aboutissait à cette rue étoit occupée par deux maisons entièrement séparées de celle du collège ; elles étaient louées à des externes. Vers le milieu du siècle dernier, ces deux maisons tomboient en ruine. Le Collège, ne se trouvant pas en état de faire la dépense des reconstructions, se détermina à bailler l’une en emphitéose; il aliéna l’autre sous une rente perpétuelle et non rachetable Rl.w

Arriva, pour le Collège de Narbonne, comme pour ses voisins, la nécessité de reconstruire les bâtiments tombant de vétusté. On attendit aussi tard que possible, et c’est à la veille de la mesure d’annexion, véritable arrêt de mort de ces vieux établissements, qu’un arrêt du Parlement, en date du 22 août 1768, ordonna les travaux de démolition et de réédification. Le marché ne fut passé avec les entrepreneurs que le 16 juin 1769, et les nouvelles constructions s’achevaient à peine, lorsque la suppression du collège, par la mesure générale d’annexion à Louis-le- Grand, les rendit inutiles. Aussi les administrateurs de ce dernier établissement 11e tardèrent-ils point à le vendre.

L’acte d’aliénation, qui est du 2 G juillet 1766, est consenti en faveur de Claude Dupin, qualifié «ecuyer, conseiller, secrétaire du Roy, maison et couronne de

(,) Archives nationales, S 6536.

France, et de ses finances, honoraire et ancien fermier-général de Sa Majesté; et à Louise Guillaume de Fontaine, son épouse, demeurant à Paris, rue Platrière, paroisse Saint-Eustache n.

L’immeuble vendu est ainsi désigné : cLa maison appelée le Collège de Narbonne, seize à Paris rue de la Harpe, paroisse Saint-Cosme, consistante en quatre corps de bâtiments nouvellement construits, cour au milieu, aisances et dépendances,. . . tenant le tout, d’un côté, aux maisons du Collège de Seez, d’autre côté, à une maison dépendante du Collège de Bayeux, d’un bout, par devant, sur ladite rue de la Harpe, et d’autre, par derrière, à la maison du sieur Cailleau, procureur au Parlement, et à une autre maison que la demoiselle Perrot tient, par bail emphitéotique du Collège de Narbonne. . . étant, ladite maison et dépendances en la mouvance du Boy et chargée envers Sa Majesté de tels cens, droits et devoirs seigneuriaux. . . et appartenant aux boursiers dudit collège de Narbonne, comme nouvellement construite, à leurs frais, sur un terrain et à la jdace d’anciens bâtiments faisant partie de la fondation qui a été faite dudit collège au commencement du xiv' siècle, v

La vente était consentie moyennant le prix principal de tteent vingt mille deux cents livres ».

Jusqu’à sa démolition en i85ô, pour l’ouverture du boulevard Saint-Michel, la porte principale du collège reconstruit a porté cette inscription : Collegium Narbonnæ; la petite-fille de Claude Dupin, que toute la génération contemporaine a connue sous le pseudonyme littéraire de Georges Sand, et qui avait hérité de cette maison historique, lui avait conservé son antique appellation.

On a dit avec raison que ce collège n n’avait de normand que le nom v ; Duchesne nous apprend, en effet, que r Me-sire Guillaume Bonet — ou Bonnet, — alias Bouvet, evesque de Bayeux, le fonda en la rue de la Harpe, l'an i3o8, non pour des estudians de son diocèse, ains des diocèses du Maine et Anjou, pour ce que, en cestuy-là, il avoit premièrement veu la lumière, et en cestuy-ci, appris les lettres dès son enfance l’in. Le vaste diocèse du Mans, qui a fourni de nombreux dignitaires à l’église de France, n’était pas oublié par eux; le Collège de Séez, dont la monographie précède celle du collège de Narbonne, avait des boursiers manceaux à côté des boursiers normands; ce qui n empêcha pas la capitale de la province du Maine d’avoir plus lard son collège à elle, en la rue de Reims.

(1> Recherches sur les antiquités des villes de France, «Mit. de 1668, t. I, p. 126.

Le diocèse d’Angers avait également plusieurs boursiers à Paris, bien qu'il n’y eût pas, en cette dernière ville, de collège portant le nom de la première.

L’acte de fondation du Collège de Baycux, qui est de l’an i3o8 (vieux style), désigne avec précision les locaux consacrés au nouvel établissement. C’est d'abord une grande maison, un manerium, où demeurait l’évêque en ses séjours à Paris, et qui s’étendait d’une rue à l’autre — de celle de la Harpe à celle des Maçons :

— «damus et legamus domurn nostram magnum, in qua nunc manemus, proul protendilur de vico in alium ; r, c’est ensuite une petite maison, que Guillaume Bonnet avait, dit-il, commencé à habiter, «el aliarn parvam, in quajam manere incoeperam-n.

Outre ses deux maisons parisiennes, l’évêque de Bayeux avait un autre manerium, ou manoir rural, à Gentilly, sur les bords de la Bièvre ; il le donne également à ses boursiers, dit Félibien, «avec toutes les terres, bois, taillis et vignes, tant en deçà qu’au delà de l’eau, avec soixante quinze livres parisis de rente qu’il avoit sur le Trésor et quelques autres revenus à Paris 10 On en trouvera l’énumération dans les pièces que nous reproduisons aux Appendices.

A ses deux logis, du côté oriental de la rue de la Harpe, le fondateur en ajouta trois autres, situés sur le côté occidental, et cela quatre ans après le premier legs. 11 devait être riche, en effet, tant de son patrimoine que de sa mense épiscopale : fils de Bertrand Bonnet, seigneur de Beuville et de La Chapelle, il jouissait, en outre, des revenus d’un grand évêché.

Dans un codicille de i 3 1 a , intitulé : Clausula Teslamenli Guillelmi Bonneli quondam episcopi Bajocensis, il est dit que le prélat donne et lègue à ses écoliers trois maisons ayant appartenu à M° Gérard de Cutry, ou Outrées, sises en la rue Saint- Cosme et Damien, devant sa demeure, de l’autre côté de la rue, maisons qu’il avait acquises avant sa promotion à l’épiscopat : «Item do et lego preclictis scholaribus noslris per mefundatis, ad usum et utilitalem eorumdem, 1res domos que fuerunt Magislri Gerardi de Culreio, sitas in vico Sanctorum Cosme et Damiani, ante magnatn donvum meam, ex altéra parte via, quas acquis i anlequam essern episcopus. n

Dans le volume consacré à la Région occidentale de l’Université, nous avons indiqué ces trois maisons comme appartenant au Collège de Bayeux (2b Leur situation à l’opposite du manoir de Guillaume Bonnet ne leur permettant pas d’y être incorporées, elles ne furent point appropriées à usage scolaire, et le loyer qu’on en tirait augmenta les revenus du collège. Les statuts de i3i5 nous apprennent quelles étaientpourvues de jardins et contiguës au Collège d’Harcourt : s très domos cum jardinis ex alla parte vici, conliguas clomui scholarium, per Dominum Roberlum de Harcuria, Conslantiensem episcopum , fundateW . -n

M Histoire de Paris , t. I, p. 52 0. — (2) Topographie historique du Vieux Paris , l. VI, p. h 18, h 19.

— Archives nationales, MM 348.

Pour en finir avec les libéralités de Guillaume Bonnet, mentionnons encore sept livres et deux sous parisis de revenu en la ville de Paris, c’est à savoir : sur une certaine maison de la rue des Lavandières, vingt sous, sur une autre en la rue des Noyers, quarante sous, et sur une autre sise en la rue Cocomère, quarante sous : rt Item, septern libras et duos sohdos parisienses redilus in villa Parisiensi, videlicet super quandam domum in vico Lotricum, vigenti solidos; item super aliarn in vt co des Noyers, quadragenta solidos; item super duabus domibus in vico diclo Cocomere, quatuor libras duos sohdos parisienses (P . d

Les écoliers, ainsi logés et dotés, furent d’abord au nombre de douze, originaires, les uns du diocèse du Mans et particulièrement du Désert et de la Passais, les autres du diocèse d'Angers. Ce nombre s’augmenta, en 1 3 1 5 , de quatre nouveaux boursiers fondés par Robert Benoît, chanoine de Baveux et exécuteur testamentaire de Guillaume Bonnet. Nous ne savons s’il leur fut donné et légué d’autres immeubles.

Comme tous les anciens collèges de Paris, celui de Bayeux eut une succession de statuts scolaires et disciplinaires, que nous nous bornerons à mentionner : ils furent donnés en 1 3o8 , 1 3 1 5 , 1 543 et i 7 1 3. Les deux derniers furent dressés à la suite de visites, au cours desquelles avaient été constatés des abus et la nécessité de faire des réformes. Les seize boursiers de 1 3 1 5 n’étaient plus que douze, en 1 563 , et le nombre était descendu à six, au moment de la suppression du collège. La durée des études, pour chaque catégorie de boursiers, était variable, ainsi que les grades à prendre, avant de quitter la bourse; nous 11’insisterons point sur ces détails scolaires, pour nous renfermer dans la spécialité topographique du présent ouvrage.

L inventaire des titres de ce collège, qui est conservé aux Archives nationales, mentionne une libéralité, improductive il est vrai, mais utile toutefois aux maîtres et aux élèves; il s’agit de la « ruelle allant de la rue de la Harpe à celle des Maçons», laquelle fut donnée en i3og, au fondateur du nouvel établissement. Voici en quels termes le rédacteur de l’inventaire énonce cette donation :

ff On croit devoir parler ici de la concession qui fut faite à M* Guillaume Bouvet, en l’année 1309, Par 1° roy Philippe le Bel, d’une rüelie qui alloit de la rue de la Harpe à la rue des Maçons, par l’acte cy-après :

«Avril 1309. Original en parchemin des lettres du roy Philippe le Bel dallées de S1 Ouiu près S1 Denis, par lesquelles il ordonne qu’une ruelle commençant à la rue S1 Cosme et S1 Damien (aujourd’huy de la Harpe) et finissant à la rue des Maçons et située entre la maison de Guillaume, évêque de Bayeux, et les maisons de Guillaume Charité, de Girard de Cutry et de Raoul de Harcourt, sera fermée aux deux extrémités; et ce Prince fait don de ladite ruëlle

1 Archives nationales, MM 348.

audiL Guillaume, évêque de Bayeux, pour l’utilité et avantage des écoliers par lui établis à Paris dans ladite rue S1 Cosme et SL Damien, réservant cependant auxdils Girard de Cutry et Raoul de Harcourt une porte sur ladite ruelle.

et Au bas desquelles lettres mention est faite qu’elles ont été présentées, le 3o décembre 1761, à la Chambre des comptes et transcrittes sur les registres d’icelle, en exécution de la Déclaration du Roy, du là mars précédent.

c D’après ces lettres, il paraît que cette ruëlle étoit située entre la grande maison de Guillaume Bouvet (sic) et la petite qu’il acquit de Girard de Cutry. Quoiqu’il en soit, il y a lieu de supposer qu’une partie de cette ruëlle a été comprise dans la maison du collège, et le surplus dans l’emplacement de la maison située rué des Maçons àl. ri

La ruelle dont il s’agit a subsisté jusqu’à nos jours : la démolition ’ une partie des bâtiments du collège, après son incorporation à celui de Louis-le-Grand, avait permis d’en faire un passage conduisant de la rue des Maçons à celle de la Harpe, et débouchant dans celle-ci, sous la porte cochère de l’ancien collège, laquelle portait encore l’inscription que tout le monde a pu lire avant l’ouverture du boulevard Saint-Michel : Collegium Baiocense.

O11 sait ce qu’étaient le Grand et le Petit Baveux; nous nous bornerons donc à parler des immeubles légués au collège, acquis ou vendus, réparés ou reconstruits par lui. 11 résulte d’un procès-verbal inséré au Registre des délibérations du bureau dé administration du Collège de Louis-le-Grand, et portant la date du g août 176/1, que le collège ne possédait plus alors que et la grande maison jadis occupée par le fondateur, et la petite maison attenante, abandonnée, de son vivant, pour le logement des boursiers P) r. Sur le terrain en dépendant avaient été construites quatre maisons, produisant un revenu de quatre mille cinq cent soixante livres.

L’ Inventaire des titres du Collège de Bayeux, que nous avons déjà cité, mentionne diverses reconstructions dont le Bureau de Louis-le-Grand ne parle pas. Après avoir cité une tt Maison à porte cochère, située rue de la Harpe, au dessus de la Maison du Collège, du côté de la place Sorbonne 11, il ajoute : tt Cette maison a été construite sur l’emplacement de la Grande Maison donnée par Mc Guillaume Bouvet, fondateur. Elle avoit anciennement pour enseigne Le Plat de bois P), h En i6Zi3, elle avait perdu son enseigne, et elle fut reconstruite en i6g5.

Le même Inventaire continue, dans les termes suivants, l’historique des immeubles légués par l’évêque de Bayeux à ses boursiers du Maine et de l’Anjou :

tt Maison, rue de la Harpe, au dessus de la précédente. Cette maison a été pareillement construite sur l’emplacement de la Grande Maison donnée au collège par Guillaume Bouvet, n

(1) Archives nationales, MM 348. — tîJ Ibid. , 3 b 7 . — 31 Ibid., M 87.

L’ancien manoir parisien de l'évêque de Bayeux n’existait donc plus, contrairement à ce qui est dit dans le Registre îles Délibérations du Bureau d'administration du Collège de Louis-le-Grand, puisque deux maisons avaient été construites sur son emplacement. La petite maison, dans laquelle le prélat avait, dit-il, commencé à séjourner, n’existait pas davantage, puisque le rédacteur de l 'Inventaire place, sur le sol qu elle occupait, une

Maison appelée Le bras n Hercule, dont il fait 1 historique dans les termes suivants :

rr II paroit que cette maison a été construite sur l’emplacement de la petite maison donnée au collège par Guillaume Bouvet, par l’acte de fondation du î" mars 1 309, laquelle il avoit acquise de Girard de Guilry ou de Cutry. On voit en effet, par un acte du a3 mai t3ao, que le Commandeur du Temple amortit, en faveur des écoliers du collège, une maison à eux appartenante , qui fut celle de M’ Girard de Guitry, séante à Paris en la rue de la Ilarpe, vers la porte d’ Enfer, tenant au manoir desdits écoliers, d'une part, et à la maison qui fut M’ Guillaume de la Charité, de Vautre (c’est aujourd'hui le Collège de Narbonne).

rc D’après l’énoncé de cet acte, il est évident que celte maison ne peut être que la petite maison donnée par le fondateur, puisque le collège ne possédoit alors que la grande maison et la pelile maison qui lui avoient élé données par Guillaume Bouvet. Or, la grande maison, avec toutes ses dépendances est dans la censive de la maison de Sorbonne, et le collège ne sert le commandeur de S1 Jean de Latran que pour la maison anciennement, ditte de Guitry, et aujourd’hui le Bras d’Hercule.

cLa situation de cette maison est énoncée de même dans l’acte qui suit :

r-Zi janvier i3Ai, vieux style. — Original en parchemin d’un acte par lequel Jean le Bouchier, bourgeois de Paris, et Margueritte sa femme, vendent aux écoliers fondés à Paris, en la rue de la Harpe, par feu M' Guillaume Bouvet, évêque de Bayeux, ai s. parisis de croit de cens, ou rente, qu’ils avoient droit de prendre sur une maison appartenante audits écoliers, située en la rue de la Harpe, tenant, d une part, à la maison de fondation desdits écoliers et là où ils demeurent à présent, et, d’autre part, aux écoliers de Narbonne. En la censive du Temple, s

Cet exposé est suivi de noies que nous résumons, et qui complètent les renseignements topographiques et immobiliers contenus dans l 'Inventaire :

"Bail de ladite maison, moyennant 80 écus soleil de loyer, en 1595. Elle avait pour enseigne : Le Fer à cheval. — Bail de la même, en i653, ayant alors pour enseigne : Le Bras d’Hercule. Vieille, caduque el dans un péril imminent, il est stipulé quelle sera reconstruite à neuf dans dix-huit mois. — Baux de la même, de 1 654 à 1788.1)

Des pièces qui précèdent, il résulte que les administrateurs du Collège de Bayeux n avaient pas attendu aussi longtemps que leurs voisins de Narbonne et de Seez, pour faire exécuter les réparations et reconstructions jugées necessaires dans les bâtiments du collège et maisons en dépendant. Un Devis des ouvrages de maçonnerie, charpenterie, etc., qu’il convient faire en une maison, seize au Collège de Bayeux, rue

de la Harpe, dressé en 1718 et conservé aux Archives nationales sous la cote M 87, nous renseigne sur la façon dont étaient conduits alors les travaux de cet ordre. Nous le reproduisons aux Appendices, avec les pièces relatives à la fondation, à l’administration et au temporel du collège.

Le savant continuateur de Du Boullay termine ainsi un article consacré au collège dont nous venons de retracer les vicissitudes :

te Les destinées du Collège de Bayeux ressemblent beaucoup à celles du Collège de N arbonne. Même renom au moyen âge; même décadence au xvuc siècle; même ruine au xvme. Nous nous rappelons avoir vu, dans notre enfance, au-dessus de la porte d’une maison de la rue de la Harpe, cette inscription dont les lettres attestent 1 ancienneté : Collegiüm Baiocense. La porte, travail assez remarquable, s’ouvrait entre deux colonnettes qui supportaient l’archivolte. Des sculptures ornant les consoles représentaient, d'un côté, un lion dévorant un cheval, et, de l’autre côté, un lion vaincu par un aigle. Un passage conduisait de la rue de la Harpe à celle des Maçons-Sorbonne. Au milieu était une cour — celle du collège — occupée par des brocanteurs, et dans laquelle, sur un pan de mur, on apercevait des peintures grossières figurant la rampe d’un vieil escalier. C’étaient là les derniers restes du Collège de Bayeux. Aujourd’hui les restes eux-mêmes ont disparu , sauf la porte qui , lors de la démolition , a été démontée, pierre par pierre, et transportée au Musée de Cluny. 11

Cest cette porte que nous reproduisons, avec quelques détails de sculpture ayant appartenu au Collège de Bayeux.

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