HUE SAINT-JACQUES
Cette longue voie, l’une des plus anciennes assurément du quartier d’Outre- Petit-Pont, a toujours été, jusqu’en ces derniers temps, et malgré la déviation qu on a fait subir, de nos jours, à la grande route qu’elle continuait dans Paris, [artère principale de la région. Elle avait, pour point de départ, le carrefour forme par les rues du Petit-Pont, Galande, Saint-Séverm, et, pour aboutissant, la porte pratiquée dans l’enceinte de Philippe-Auguste. A l’époque gallo-romaine, (. était le commencement de la voie conduisant de Lutécia à Getittbtnn ; elle desservait alors les Thermes, le quartier des Arènes, les nombreuses viUœ qui s’étageaient sur le liane septentrional du mont Leucotitius, et celles qui en couvraient le plateau.
Plus tard, quand ce territoire fut baillé à cens, lorsque les chemins ruraux qui coupaient les vignes firent place à des rues en bordure desquelles s’élevèrent de nombreuses maisons, c est sur 1 ancienne voie romaine, qualifiée de e grant. ruë » , que s’embranchèrent les voies secondaires; c’est à la tt grant ruë», qu’aboutissait le monde des écoliers, des religieux, des bourgeois, des artisans, de la basoche et autre, qui se pressait dans le quartier de l’Université; c’est en descendant la " grant ruë», après avoir franchi 1 enceinte, que les voyageurs venant du côté du midi, arrivaient au Petit-Châtelet et au Petit-Pont, seul point par où ils pussent pénétrer dans la Cité.
Cette importance de la rue Saint-Jacques, résultant de sa situation topographique, est constatée par tous les documents où il en est question. En sa qualité de vieille voie romaine, elle est appelée, dans une charte de 1 163, Strata regia, chaussée royale. On sait, en effet, que, dès les temps mérovingiens, le nom des rois et des reines, celui de Brunehaut, en particulier, a été donné aux voies romaines devenues les grands chemins de la monarchie franque. L’équivalent de Strata regia est magnus viens, major viens, que l’on trouve dans les pièces des xif et xmc siècles.
(l) Archives nationales.
Quant au vocable complémentaire, il varie avec les diverses portions de cette longue voie que bordaient des établissements religieux, donnant leur nom à la partie qui les longeait. Saint-Séverin, Saint-Mathurin , Saint-Benoît, Saint-Etiennedes-Grès, Saint-Jacques surtout, maison hospitalière d'abord, puis berceau du couvent parisien des Frères prêcheurs, sont employés dans les titres pour dénommer, sur ses différents points, le magnus ou major viens. En 1200, 1220 et 122I1 on rencontre : et Viens Sancti Benedicli-o, en 1235, on lit : te Vicus qui dici solet ad Gressios, inter Sanctum Benedictum et Sanctum Jacobum n ; en 1 2 53 011 trouve : tt magnus vicus Sancti Stéfani de Gressibusn ; en 1281, époque où le couvent, 1 église et les écoles des Dominicains ont pris un développement considérable, nouvelles formules qui remplaceront désormais toutes les autres. Les documents écrits en français donnent ttGrant rué de la porte Sainct Jacques», et les titres latins, rr magnus vicus Sancti Jacobi Predicatorumn.
Cependant le Dit de Guillot (i3oo) lui applique encore le nom de tria rué Sainct Mathelin», parce que ce descripteur 11e suit pas le magnus vicus d’un bout à l’autre, mais le divise en tronçons pour citer, chemin faisant, les voies adjacentes. D’autres documents postérieurs reproduisent les anciennes dénominations complémentaires, mais seulement au droit des fiefs que longeait la voie definitivement vouée à Saint-Jacques, depuis que l’antique hospice, où sinstallèrent d’abord les Dominicains, lui en eut donné le nom.
Mais, quelle qu'ait été la diversité de ses appellations, la irgrant rue» a conservé, pendant tout le moyen âge, sa dignité d’ancienne voie romaine et de chaussée royale. Les blocs de grès, dont elle était pavée originairement, et qui sont représentés aujourd’hui, au Musée de Thermes, par des échantillons authentiques, ont été remplacés, de siècle en siècle, d’une façon plus ou moins intermittente, par un pavage aux frais duquel contribuaient la Ville et le Roi. Sauvai cite, à cet égard, l’extrait d’un compte de Philippe Dacy, payeur des œuvres de la Ville de Paris, pour l’année 1 366 : tt Quatre cens cinquante six thoises quarrées de cliaussiée pavée, depuis les Mathelins, en montant contremont, jusques à la porte Sainct Jaques Wn.
La longueur et la rectitude de la rue Saint-Jacques ont lait jadis 1 admiration des historiens de Paris. Habitué aux lignes courbes ou brisées de l’ancienne voirie parisienne, Guillebert de Metz, qui écrivait au commencement du xve siècle, s’extasie sur la ligne droite que présentent, sur un long parcours, les voies joignant les portes Saint-Martin et Saint-Jacques : «Qui auroit, dit-il, une corde et la menast, de la porte Sainct Martin jusques à la riviere, à la Juyerie droict à Petit-Pont. . . , et de là jusques à la porte Sainct Jacques, elle yroit droict comme une ligne, sans tourner ne çà ne là^.r
l» Antiquités de Paris, t. III, p. 126. — ,!) Paris et ses historiens aux Tir' et xV siècles, pages i38, i3g.
Très amoindrie comine circulation, au profit de la rue de la Harpe, depuis la déviation, relativement récente, de la route d’Orléans en aval de la porte et du faubourg d’Enfer, la vieille rue Saint-Jacques avait pourtant gardé quelque chose de son ancienne splendeur, gnice aux églises, aux couvents et aux collèges qui la bordaient. De nos jours, l'ouverture du boulevard Saint-Michel lui a enlevé ce qui lui restait d’importance. La reconstruction du lycée Louis-le-Grand, l’agrandissement de la Sorbonne et des travaux d’élargissement lui rendront peutêtre une partie de ce qu’elle a perdu.
CÔTÉ OCCIDENTAL
(du Nord au Sud.)
PAROISSE DE SAINT-SÉVERIN
Maison du Daulpiiin (i38o), faisant le coin méridional de la rue Saint-Séverin ; elle est dite, en 1/1A0, tenir, tt d’une part à la rue Saint-Jacques et à J. de Verderonne, d’aultre part, à J. Duroys, dit le Vierzier, par devant au carrefour Saint- Séverin, par derrière, audict Vierzier u. Au xvi” siècle, elle contenait trois corps de logis : le premier, qui était le plus petit, avait façade sur la rue Saint-Séverin, et se nommait la Maison de la Taverne; le second, plus important, formait l’angle et portait l’enseigne du Daulpiiin; quant au troisième, qui avait nom la Caige, en 1/187, *1 est dit alors tt faisant le coin delà ruelle — Chahs, de laquelle il ne reste plus trace, — et d’aultre part tenant au Cheval blanc, maison qui se trouvait sans doute dans la ruelle, et qui est dite, en i /18 1 , contiguë à une autre petite construction 11, à l'enseigne du Cheval blanc.
Maison de l Ymaige Saincte Kattebine, qu’un titre désigne comme tenant tt d'une part et par derrière à une maison joingnant, faisant le coin de la rue Sainct Jacques et de la rue Sainct Séverin, d’aultre à la Maison du Dieu d’Amoubs, et, par devant, è la rue Sainct Jacques v.
CENS1VE DU CHAPITRE DE PARIS OU DE NOTRE-DAME
Maison du Dieu d’Amoubs (1/118), qu’on doit regarder comme ayant été tt ung bourdeau v. Peut-être devait-il cette dénomination à une enseigne, puisqu’on la voit, de 1/1Z1/1 à i/i5/i, grevée de rentes annuelles et perpétuelles au profit de Nicolas Flamel. O11 regretterait, en effet, que ce personnage, fondateur d’églises, bienfaiteur des hôpitaux et des ttpoures laboureursv, ail pu bénéficier d’une lionteuse industrie.
Maison de la Croix de fer (1A18), tt anciennement nommée I’Ostel de Morte-
mer d , dit un acte de i445. En 1 4 6 1 , elle avait quatre pignons sur rue; ce qui impliquerait que la Maison de la Soulche et celle de S.aincte Katherine en faisaienl partie. En 1/177, elle comprenait trois corps d’hôtel distincts, dont deux seulement sur la rue, séparés du troisième par une cour; le dernier corps de logis avait issue en la ruelle de Glialis. Les marguilliers de la paroisse Saint-Séverin , à qui cette maison appartenait, en firent démolir une partie, pour agrandir leur église (1670); mais les chanoines de Notre-Dame, en leur qualité de seigneurs fonciers, s’opposèrent à ce que les travaux fussent continués. Le différend se termina par une transaction, aux termes de laquelle c l’œuvre n , ou la fabrique de Saint-Séverin, fut autorisée à tenir ladicte maison en main-morte, moyennant quatre livres parisis de rente annuelle et perpétuelle, en sus du denier tournois de cens et des neuf sous parisis de rentes dus te à l’office des Clers de matinesn. Cette négociation, qui fut laborieuse, est très longuement exposée dans les pièces auxquelles elle a donné lieu.
Maison he la Soulche ( 1 4 18) et de la Soulche d’or ( 1 5 8 a ) , ayant dû, comme nous venons de le dire, faire partie de la Croix de fer, au xv° siècle.
Maison de l’Ymaige S.aincte Katherine ( 1 438), comprise probablement aussi el à la même époque dans cet chostel à quatre pignons sur ruën. Un document de 1 63 5 désigne ainsi l’Ymaige S.aincte Katherine : et la cinquiesme maison à droite, en entrant dans la rue Sainl-Jacques, par le carrefour Saint-Séverin, où est la fontaine W. d Elle portait, en 1600. l’enseigne du Cheval rouge.
Maison de la Gïrecière ( 1 4 18), composée de deux corps d’hôtel avec cour au milieu. Elle est dite, en 157/1 : "tenant d’une part, à I’Image Saincte Catherine •», d’autre part «à une maison de Sainct Séverin, les Deux Signes, par derrière aux Charniers n, ou cimetière de Saint-Séverin.
Maison des Deux Signes ( 1 4 1 8 ). En 1 485 , elle avait été donnée à r l’œuvre n, ou fabrique de cette paroisse, pour agrandir l’église, et en 1 5 4 5 , on y ouvrit un passage couvert, longeant le mur mitoyen de la maison suivante. Ce passage faisait communiquer les Charniers avec la rue Saint-Jacques et servait de dégagement à l’église. En 1/192, Jean du Pré imprimait en la Maison des Deux Signes.
11 Celte fontaine, qu’on voit encore aujourd'hui derrière le chevet de l'église Saint-Séverin, et dégagée des constructions qui l’entouraient, reçut, au \vn* siècle, du poète Sanleuil, le grand épigraphiste de son temps, l’inscription suivante :
L)um scandunt juga moutis anhelo pectorc \'ympli<P,
Hic una è sociis , vaUis uniore, sedet.
Ce distique a été traduit en sixain par Bosquillon :
Quand tes Nymphes de la Seine Grimpent à perte d’haleine,
Pour dominer sur ces monts.
Une plus sage et moins vaine,
A tant d’org-ueil et de peine Préfère l’humble soin d’arroser ces vallons.
La Choix de peu, la Soulche, l’Ymaige Saincte Katherine, la Gybecibre et les Deux Signes, appartenaient ô l’Œuvre de Saint-Sévcrin, qui en avait reçu donation pour dégager et agrandir l’église. La fabrique s’acquitta de son devoir : tt desquelles maisons, dit un document, ont esté retranchés quatre toises, huict pieds un quart de superficie, pour l’élargissement de la rue.»
Maison de l'Ours (1/197), ayant probablement compris deux corps d’hôtel, dont l'un était, en 1/118, appelé la Maison de l’Ymaige Sainct Kristofle; à moins que cette dénomination ne s’étendit à tout l’immeuble, et que l’Ours ne fût un simple changement d’enseigne, ainsi qu’il s’en produisait souvent, à l’occasion d’une vente ou d’une location nouvelle. Elle est mentionnée, en 1 5 1 1 , comme étant en censive de l’Hôtel-Dieu.