‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 3)Chapitre 121 sur 150 · V. - NOTES D’UN VOYAGEUR À PARIS EN · texte numérisé non relu

V. - NOTES D’UN VOYAGEUR À PARIS EN

-Comme nous nous trouvasmes proche des Chartreux, nous y fusmes faire un tour. Sainct Louys les relira de Genlilly où ils estoient, pour les loger dans l’hostel royal où ils sont à présent. On y entre par une grande allée qui aboutit à une porte cochère, par laquelle on passe dans une basse-court; Payant traversée, nous vismes les cellules qui sont distinguées par lettres alphabétiques, et joinctes l une à l’autre; elles font un grand quarré, qui a une galerie couverte et percée sur une place qui leur sert de cimetière. Nous y demandasmes celle d’un certain chartreux, nommé Dom Charles, que nous n'y trouvasmes pas. En nous retirant, nous passasmes une autre galerie lambrissée, vitrée et peinte, où sont représentées toutes les principales actions et l’histoire de la vie de sainct Bruno, avec l’explication en vers latins.

Après estre sortis du couvent, nous fusmes voir le clos, dont la porte est dans la bassecourt; c’est une grande pièce de terre, où il y a, à costé des murailles, de longues allées pour la pourmenade des religieux. Il est semé de bled pour le couvent, et ils en tirent toutes leurs herbes; on y void quantité d’arbres fruictiers et quelques petites chapelles dédiées à leur patron saint Bruno. 11 est entouré d’une très haute muraille, ce qui le rend plus considérable, puisqu’il est pour le moins de vingt ou trente arpents de terre. Enfin, c’est un des plus beaux cloistres de Paris, pour la situation et pour le basliinent.

Iln y a point d ordre si rude ni austère que celuy-cy, puisqu’on est obligé de ne manger jamais de la viande, et de ne se parler que certains jours de la sepmainc. Mais ostez cela, ils passent fort doucement la vie, estant très bien servis, car chacun a son valet, son apartement où il y a trois chambres, l’une pour estudier, où est sa bibliothèque, l’autre pour coucher, et la troisiesme pour recevoir ses amis, et son petit jardin où il peut planter ce qu’il veut et le cultiver à sa mode. ( Journal d'un voyage à Paris eni65j-i658 , publié par M. Faugère; Paris, Benjamin Duprat, i 862 , p. 106.)

LA TRANCHÉE

Page 1