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LES VOIES PUBLIQUES DU FAUBOURG SAINT-GERMAIN

Dans le chapitre préliminaire consacré à l’origine et aux développements du bourg Saint-Germain, Adolphe Berly a résumé, en quelques pages, les renseignements beaucoup trop rares qu’il avait pu recueillir sur la formation des voies publiques de cette région, et il en a fait l’historique sommaire jusqu’aux premières années du xviT siècle (1).

La partie du bourg la plus rapprochée de l’enceinte et des portes de la ville se trouvait naturellement placée sous l’autorité du voyer de l’Abbaye; le voyer de «la ville, banlieue, «vicomté et prevosté de Paris,» rétabli en i5g5 par Henri IV, avait également action sur celle portion du territoire suburbain Nous avons rappelé, d’autre part, dans notre chapilre additionnel (3), que divers arrêts du Parlement, rendus en i545, 1677, 1678,

(l) Voir le volume du Bourg Saint- Germain, PP- Hv ^9, 52, 56, .86, 1 33 , 180, 186, 189, 216, 253, 281.

(î) Félibien, Preuves, IV, p. 3 1 1 .

(3) Voir ci-avant, p. i3o.

i579, avaient déclaré responsables du mauvais état de la voie publique et formellement chargé de son entretien, dans des proportions déterminées, «les religieux, prieur et convent K de l’abbaye de Sainct-Germain-des-Prez; les recteur, maistres et supposts de lTmver- «sité, les prevost des marchans et escbevins, ainsy que les manans, babitans et aultres k particuliers I1'. »

Un tel partage de droits et de devoirs était évidemment peu favorable à l’établissement d’un bon service de voirie dans l’étendue restreinte du bourg Saint-Germain, où il n’y avait pourtant qu’un petit nombre de chemins à transformer et de rues à ouvrir. Rien, à plus forte raison, n’eût été possible avec un pareil régime sur le vaste territoire du faubourg, c’està-dire au delà du carrefour de la Croix-Rouge et des deux chemins de Saint-Père et de Cassel, si l’Abbaye, l’Université, la Ville et surtout les spéculateurs, n’avaient pris l’imtiative des transformations et des percements. En multipliant les accensements avec lods et ventes, en autorisant la construction des hôpitaux, des hôtels et des couvents, 1 Abbaye et l’Université comprenaient que ces percements et ces transformations aidaient singulièrement au lotissement de leurs terrains; c’est ce qui explique notamment tout le percement de la région avoisinant la Charité et les Incurables. De leur côté, les spéculateurs qui achetèrent les jardins de la reine Marguerite virent, dans les allées dont il était sillonne, des rues toutes tracées pour aider au morcellement de cet immense parc, et ils s empressèrent de créer des voies nouvelles destinées à mettre leurs terrains en valeur. Des motifs d’une autre nature déterminèrent l’ouverture des avenues rayonnant autour de l’hôtel des Invalides et de l’École militaire : Louis XIV et Louis XV voulurent isoler ces grands établissements, témoignages de la grandeur royale, et donner à leurs abords un air de magnificence qui en rappelât la fastueuse origine. Enfin, lorsque le faubourg, partage en deux quartiers, ceux du Luxembourg et de Saint-Germain-des-Prés, devint partie intégrante de la ville, le Prévôt des marchands et les Échevins soumirent le nouveau territoire aux mesures ordinaires de voirie : ce fut alors qu’on transforma en un beau quai la région marécageuse de la Grenouillère, qu’on perça la rue de Bourgogne, et qu’on aligna le «cours «du Midi,» en le plantant d’arbres, depuis l’île des Cygnes jusqu’à l’observatoire de Cassini.

Telles sont les origines des principales voies publiques du faubourg Saint-Germain : on peut, sans crainte d’erreur, les rapporter à ces quatre causes, en y joignant toutefois i’arpentage de Jean Lescuyer, dont nous avons déjà parlé, et la construction du palais Médicis, qui eurent leur part d’influence sur la voirie du faubourg. Ainsi le chemin de Vaugirard aboutissant, par le haut, sur les fossés de la porte Saint-Michel, dut en partie sa régularisation, d’abord à la série de maisons bâties sur le côté méridional de cette voie, en bordure du clos aux Bourgeois®, puis à l’alignement adopté pour les façades du palais, de ses annexes, et du couvent des Bénédictines du Calvaire. Au carrefour de la Croix-Rouge, les chemins des Vieilles-Tuileries, de Sève et des Vaches (rues du Cherche-Midi, de Sèvres et de Grenelle), épousèrent l’alignement des maisons construites, peu après 1 529, a la pointe des deux Ilots. 11 en fut de même lors de la transformation des chemins de Saint-Père et du Bac; pour les autres voies longitudinales du faubourg, telles que les rues Saint-Domi-

l') Félibien, Preuves, V, pp. 7 et 9. — 1,1 Voir, dans le volume du Bourg Saint-Germain (p. 292), le plan de Quesnel et Vellefaux.

nique, tle la Planche, de Varenne et de Babylone, les constructions d’angle donnèrent 1 alignement, et ces anciens chemins, se régularisant de proche en proche à chaque c moisson de coing,» devinrent successivement des rues.

C’est sous le bénéfice de ces considérations générales, rendues sensibles par les feuilles de plan dont nous avons semé notre chapitre additionnel, que nous plaçons les notes et les pièces relatives aux quatre principaux groupes de voies publiques ouvertes au faubourg Saint-Germain, soit comme percements nouveaux, soit comme allées, avenues et chemins transformés. Le lecteur remarquera que les documents les plus abondants se rapportent à la période moderne. Après 1703, époque où le faubourg est incorporé à la Ville dont il forme deux nouveaux quartiers, la voirie urbaine s’assimile peu à peu les rues existant sur ce vaste territoire; pendant le cours des xvi* et xvu° siècles, au contraire, la voie publique, sauf les cas graves où le Parlement croit devoir intervenir, est abandonnée à l’Abbaye et aux particuliers qui opèrent plus sommairement et laissent moins de traces écrites de leur action édilitaire.

Voici d abord ce qu’on lit à la fin du Procès-verbal de visite de l’hôtel de la reine Marguerite (volume du Bourg Saint-Germain , pp. s46 et 2 A 7 ( :

Pour plus facilement vendre ledit parc susdit dernier déclaré, est nostre advis qu’il soit fait une rue tout le long d’icelluy parc, depuis la dite rue publicque allant du ditquay de la rivière à l’hospital de la Charité jusques au bout d’icelluy parc, et trois aullres rues traversantes allant de la rivière à la grande rue vers . . . . , chacune d’icelles rues de quatre toises de largeur, le tout sy bon semble aus dits c.réantiers de la dite feue Royne le faire. . . .

L’opération dont il est ici question a, comme on le voit un caractère absolument privé : ce sont les créanciers de la reine Marguerite qui, pour tirer le meilleur parti des terrains destinés à les désintéresser, les lotissent du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, ainsi que le font encore aujourd’hui les propriétaires et les constructeurs, lorsqu’ils veulent établir, à travers un îlot, des s cours,» des b passages» et des tt cités. »

La rue qu’on se proposait de créer stout le long d’icelluy parc» fut la rue de Bourbon, ainsi dénommée en l’honneur de Henri de Bourbon, qui était abbé de Saint-Germain lors de son ouverture. Quant aux «trois aultres rues traversantes,» ce ne peut être, si elles ont été réellement percées dans les conditions indiquées par le Procès-verbal de visite, que les rues de Beaune, du Bac, de Poitiers ou de Bellechasse; nous ne parlons point de la ruelle Sainte-Marie longeant les murs d’une petite chapelle de la Vierge, qui servait d’aide à la paroisse Saint-Sulpice.

La rue de Beaune dut être ouverte l’une des premières, tant pour aider au lotissement rectangulaire des terrains, que pour servir de débouché au Pont Bouge, construit en 1 63s, et pour conduire aux halles Barbier, ou du Pré-aux-Clercs. Rue, pont, marché, le financier Barbier, aussi entreprenant qu’un spéculateur de notre époque, ne négligea rien pour mettre ses terrains en valeur.

Quant à la rue du Bac, elle existait, depuis plus d’un demi-siècle, à l’état de chemin pour les charrois; mais elle pouvait, après élargissement et mise en état de viabilité, contribuer puissamment à la vente des terrains, dont elle formait l’aboutissant vers l’Ouest.

Enfin, si, comme les plans de Quesnel et de Mérian semblent le montrer, les jardins

de la reine Marguerite s’étendaient ail delà du chemin du Bac; si, comme le disent formellement les rédacteurs du Procès-verbal de visite , la «grande allée plantée d ormes, » régnant tout le long du «grand parc non clos,» avait «quatre cent vingt cinq toises de «longueur ou environ par son meilleu,» on peut admettre que les deux «aultres rues traversantes,» proposées dans le Procès-verbal, sont: ou la rue de Poitiers, ouverte beaucoup plus tard, ou la rue de Bellechasse qui existait, comme sentier, entre le Pré-aux-Clercs et le haut chemin des Vaches, et qu’on a continuée depuis jusqu’à la Grenouillère.

Le second groupe de voies publiques, sur lequel nous avons appelé l’attention du lecteur, est celui qui a pour centre l’hôpital des Incurables. A peine cet établissement charitable était-il construit, que l’Abbaye vendait des terrains le long des «chemins de Sève et du «Chasse-Midy, » en imposant aux acheteurs l’obligation de percer des rues transversales. «J’ai lu, dit Jaillot, dans les archives de l’abbaye Saint-Germain que, par acte du 23 fe- «vrier 1 6 A à , elle donna par bail, à cens et rente, huit arpents de terre près les Incurables, «à Pierre le Jai, marchand épicier, à la charge de bâtir et de percer deux rues, qui porte- «roient les noms de Saint-Maur et de Saint-Placide {1). » Le premier de ces vocables s explique par la réunion du vieux monastère des Fossés à 1 abbaye de Saint-Germain; le second, par le prénom du prieur Placide Roussel qui intervient dans tous les actes administratifs de cette époque.

Le 8 octobre de la meme année, l’abbé de Saint-Germain fit un traité du meme genre avec Nicolas Richard, sieur de la Barouillère: «Il lui céda, dit encore Jaillot, huit arpents «à la charge d’y bâtir, et sous la condition que, si l’on perçoit des rues sur ce terrain, on «leur donneroit le nom d’un Saint qui seroit indiqué, qu on en feroit mettre la statue au «coin, et au-dessous les armes de l’Abbaye, et que les maisons seroienl bâties dans trois «ans. Ce contrat fut passé au nom de madame de la 'Barouillère et autres ().»

Enfin, quelques années après, d’autres acquéreurs, Charles Longuet, Antoine Huot, Étienne Feydeau, Hébuterne, obtinrent du Roi la permission de construire au lieu dit «le Montbruslé,» dans le voisinage des Incurables. U y a toute apparence qu ils traitèrent avec l’Abbaye sur les mêmes bases et qu’ils acceptèrent, pour la rue ouverte par eux, «le nom du Saint» qui leur fut indiqué. Dom Romain Rodayer, étant alors prieur du monastère, plaça naturellement la voie nouvelle sous le vocable de son patron.

Nous ne pousserons pas plus loin cette énumération : le peu que nous avons dit suffit pour faire voir dans quelles conditions ont eu lieu, aux abords des Incurables, les percements de rues transversales destinées à faire communiquer entre eux les anciens chemins, ou voies longitudinales, qui sont restés les grandes artères de la région.

Les choses se sont passées tout autrement à l’extrémité occidentale du faubourg. Ce n’est point à un besoin de lotissement et de circulation qu’est due l’ouverture des grandes avenues rayonnant autour de l’Hôtel des Invalides et de 1 École militaire. La tout a été sacrifié à la perspective et au désir de faire valoir les nouveaux édifices. L Etat a exécute les travaux et soldé la dépense : ni la Ville ni l’Abbaye ne sont intervenues dans ces coûteuses opérations. Aussi les historiens de Paris qui en furent témoins ne considèrent-ils

l) Recherches, etc. Quartier du Luxembourg, p. 70. — (î) Ibidem, p. 5.

point les avenues dont nous parlons comme des voies publiques : J aillot , en particulier, si attentif à rechercher les origines des moindres ruelles, ne dit pas un mot de ces fastueux percements; à ses yeux, les avenues rayonnant autour des deux palais en sont de pures dépendances. Cette situation exceptionnelle a beaucoup nui à leur entretien : la génération contemporaine les a vues à l’état de fondrières, et il a fallu que l’État en fit cession à la Ville pour y assurer la viabilité. De j 838 à 1 8 5 3 , divers traités les ont incorporées au domaine municipal, et cette incorporation a produit, au point de vue édilitaire, les mêmes effets que l’édit de 1703, divisant le faubourg Saint-Germain en deux quartiers.

C’est véritablement à partir de cette dernière époque que la voirie du faubourg se régularise et laisse des traces certaines : les documents de pure édilité ne sont pas rares ; on les trouve généralement dans le recueil des arrêts du Conseil d’État. Nous reproduisons m extenso ceux qui se rapportent à la grande opération du quai d’Orsay, de la rue de Bourgogne et du Cours du Midi.

I.-ARREST DU CONSEIL Ü’ESTAT DU ROY POUR LA CONTINUATION DU REMPART PLANTÉ D’ARBRES

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