‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 3)Chapitre 20 sur 150 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Sommaire: Origine du Préaux Clercs; opinions d’Aimoin, de Du Breul, de Du Boulay. — Le pape Alexandre ITI prêche dans le Pré aux Clercs. — Rixe survenue en 1 1 92 ; scènes de violences en 1 278; procès qui s’ensuivent entre l’Abbaye et l’Université. — Contestations nouvelles suivies d’un premier accord en 1292; désordres en i3ià; second accord conclu en 1 .3 U 5 . — Nouveau différend en 1 4o3. — Cérémonial usité par l’Université pour affirmer ses droits ( 1 5a 5 ). — Troubles graves en 1 543 et i5A8; harangue de Pierre Ramus. — ■ Débats portés devant le Parlement; plaidoiries contradictoires des clercs et des religieux. — Dernier épisode de la lutte et arrangement définitif en 1 55 5. — Projet de cession du Pré aux Clercs en 1 563 . ■ — La configuration et l'étendue du Pré aux Clercs généralement mal connues des historiens de Paris : sa contenance; ses bornes; ses fossés; ses chemins; rues qui ont été percées sur son emplacement; maisons qu’on y a construites.

Si l'origine du grand Pré aux Clercs est demeurée entièrement inconnue, ce n’est point faute d'investigations habiles et ardentes; mais, à l’époque où cesinvestigations ont eu lieu, les documents qui pouvaient servir à résoudre la question avaient disparu depuis longtemps, soit qu’on eût négligé de les conserver, soit qu 011 les eut détruits à dessein, comme établissant trop clairement des droits qu’on ne voulait point admettre. L’Université était donc réduite à reconnaître qu’elle 11e savait en réalité comment elle avait jadis acquis le Pré aux Clercs. Elle se plaisait, en revanche, à affirmer comme une chose certaine qu’elle le devait à une libéralité royale, et allait même jusqu’à déclarer qu’elle l’avait reçu en don de Charlemagne; mais elle n’apportait aucune preuve à l’appui de ses assertions. De leur côté, les moines de Saint-Germain, par calcul ou par ignorance, ne se montraient pas mieux renseignés.

Pour un observateur désintéressé, il est manifeste que le Pré aux Clercs provenait d’un morcellement très ancien du domaine de l’Abbaye; on 11e doit point, en effet, prendre au sérieux l’opinion de Du Boulay qui croit reconnaître l’exis-

(l) Conf. l’ouvrage anonyme, déformai petit in-4", publié à Paris, en 1675 , sous le titre de Mémoires historiques sur la propriété et seigneurie du Pré aux Clercs. Le premier chapitre est intitulé : Institution faite par Charlemagne de Veschole royale et publique de Paris, vulgairement dite V Université . Cet opuscule, d une excessive rareté , a été écrit par Egasse Du Boulay, l’auteur de la grande Histoire de l’Université;

c’est le dossier complet et très intéressant de toutes les pièces relatives à l’histoire du Pré aux Clercs. La plupart de ces pièces d’ailleurs existent encore en original ou en copies authentiques aux Archives nationales (cartons S 6186 à 6192, et K 96A). Elles ont été consultées par Pourchot, qui résume l’œuvre de Du Boulay et dont nous reproduisons l’intéressant mémoire aux Appendices.

tence du Pré aux Clercs au temps de Julien l'Apostat i'L Ce qu’on ne voit point clairement, c’est l’époque où le Pré aux Clercs est devenu un fief distinct. Suivant la chronique d’Aimoin, parmi les bienfaits prodigués au monastère de Saint- Germain-des-Prés par l’abbé Gualon ou Walon , qui fut élu en g6o , il faut compter la restitution d'un pré qui était situé près du couvent et avait été aliéné par la cupidité des prédécesseurs laïques de Gualon : et Inter caetera quæ eidem ecclesiæ te contulit bona, pratum sub ipso monasterio situm, a dominatione Sancti Germani rtalienatum, cupiditate prædictorum ducum et abbatum, prædictæ ecclesiæ rew stituit (2). -1 Or Du Breul, dans les notes de son édition d’Aimoin, dit que le pré récupéré par Gualon n’était autre que le Pré aux Clercs; ce pré, ainsi mentionné pour la première fois, ayant été aliéné par les abbés laïques (c’est-à-dire de 8go à 980), appartenait donc encore à l’Abbaye à la fin du ixc siècle, et ne pouvait conséquemment avoir été donné par Charlemagne. Cependant, ajoute Du Breul, il n'est pas déraisonnable de supposer que l'aliénation annulée par Gualon fut la source des droits que l’Université s’est trouvée posséder plus tard <2>.

Cependant Du Boulay, dont elle infirmait le système, l’a combattue, et avec des arguments dont il est impossible de méconnaître la valeur. 11 a fait observer que ce que. l'on connaît de la vie des abbés laïques et de leur piété ne confirme guère les dilapidations dont on les accuse; que, d’ailleurs, le cinquième livre de la Chronique d’Aimoin étant l’œuvre d’un moine de Saint-Germain, qui a continué la Chronique jusqu’en 1 1 6 5 , le passage allégué est sans portée et a lair d avoir été interpolé pour les besoins de la cause des moines, avec lesquels les écoliers se querellaient déjà vers 11 63. Les raisons mises en avant par Du Boulay, pour établir que l’aliénation du Pré ne saurait être postérieure aux abbés laïques, sont également fort spécieuses et replongent dans l’obscurité la question que le texte de la Chronique tendait à éclaircir.

Sous le règne de Louis le Jeune, le Pré aux Clercs appartenait indubitablement à l’Université. En 1 1 6 3 , pendant le séjour à Paris du pape Alexandre III, elle se plaignit à lui des mauvais traitements que les serviteurs de 1 Abbaye faisaient subir aux écoliers, lorsque ceux-ci allaient se récréer dans le Pré. Le pontife renvoya l’affaire à la décision du Concile de Tours, convoqué pour le 19 mai. Le résultat de cet examen 11’aurait point été favorable aux écoliers, si Ion s en rapporte au témoignage du contemporain Hugues le Poitevin, secrétaire de labbé de Vezelay, qui s’exprime ainsi : <r Cum plurimæ hujusmodi controversiæ hinc et inde in eodem cr concilio proponerentur et ternunarentur, sicutfuit causa parisiensium clericorum set monachorum cœnobii Sancti Germani de Pratis, quæ, plenius ventitata, insjustis clericorum vocibus æternum silentium imposuit(3L v En cette même année

1 Lib. V, cap. XIV, p. 356, (le l'édition in-f l>) Hist. Vhel, lib. IV, et Hist. Univ.,t. II, p.3i5. publiée par Du Breul en i6o3. Du Boulay doute qu'il s’agisse ici de l’Université et

■ Ibid.' p. 35- de l’affaire du Pré aux Clercs.

1 1 63 , le peuple, réuni un Pré aux Clercs, y entendit prêcher le pape Alexandre 111 : tr Intérim dominus papa Alexander ad pratum quod est juxta monasterii muros, ttcuin solemni processione procedens, adpopulum sermonem fecit(,). i>

En 1192, une rixe entre les habitants du bourg Saint-Germain et les écoliers causa la mort de 1 un de ceux-ci. L’Université manifesta aussitôt la plus vive indignation; elle accusa les religieux de l’Abbaye d’avoir été les fauteurs des brutalités commises, et, à la suite d’une assemblée extraordinaire, elle résolut d’envoyer des députés au Pape pour obtenir une réparation. Effrayé de cette démarche, l’abbé Foulques chercha à se disculper et à innocenter ses moines. Après avoir fait raser les maisons des auteurs supposés du crime, il se rendit chez le légat du Pape et demanda à se justifier dans une réunion d’ecclésiastiques. Puis, craignant que ce ne fût point assez et que les envoyés de l’Université ne parvinssent à indisposer le Pape contre lui, il sollicita, par l’intermédiaire d’Etienne, évêque de Tournav, 1 intervention du cardinal Octavien, évêque d’Ostie. La mort de Foulques, survenue le 2 mai 1192, put calmer l’irritation de l’Université et faciliter un accommodement. On 11’a point de détails sur les résultats de l'instance; mais il paraît que, vers ce temps, une sentence d’adjudication du Pré fut rendue au profit des écoliers, puisque dans la charte de réforme de l’Université, promulguée par le légat Robert en août 1 a 1 5 , on lit : tr Pratum Sancti Germani in eo statu in quo tr luit eis adjudication, eis plane confirmamus. *

Le vendredi 10 mai 1278, le Pré aux Clercs fut le théâtre de violences beaucoup plus graves qu’aucune des précédentes. Suivant la chronique de Du Breul, elles eurent pour cause les voies de fait des écoliers, qui abattirent des constructions élevées par l’abbé et rétrécissant le chemin du Pré. Suivant l’historien de 1 Université, ce fut une sorte de guet-apens de la part des moines, qui 11e voulurent tenir aucun compte des représentations qu’on leur avait faites sur leurs usurpations. 11 est certain, du moins, que les écoliers n’y eurent pas l’avantage, car un grand nombre d’entre eux furent battus; plusieurs furent grièvement blessés et jetés en prison; deux enfin furent tués. Comme on le prévoit, l’Université mit immédiatement en œuvre tous les moyens dont elle disposait pour venger énergiquement l’attentat dont elle venait d’être victime. Elle fit appel à la puissance du saint-siège ainsi qu’à celle du Roi, et, ayant remis au cardinal Simon, légat du Pape, une plainte solennelle, elle déclara que si, dans quinze jours, elle n’avait point obtenu de réparation, elle fermerait immédiatement ses classes; ce qui était, disait-elle, sa seule ressource pour protester contre l’injustice.

Dans le mémoire qui fut adressé au légat, et que Du Boulay a deux fois reproduit M, se trouvent de nombreux détails sur les excès auxquels s’étaient portés

{ Charte relative à la dédicace de la nouvelle église de l’abbaye, ap. dom Bouillart et Du Breul, p. 3Ai et 385. — (3) Hist. Un., t. III, p. 35a, et Mémoires, p. 79.

les religieux et les habitants du bourg. Il y est raconté que l’abbé avait, par le moyen des cloches, convoqué ses vassaux; que ceux-ci s’étaient réunis et armés au son des trompettes, puis que, par des ordres donnés publiquement et par les cris répétés de : A la mon! A la mort les clercs! on avait provoqué au massacre des écoliers; que des hommes avaient été apostés à trois des portes de Paris , pour empêcher ces derniers de s’y réfugier; qu’une multitude d’individus, les armes à la main, s’étaient précipités sur eux, les avaient frappés, renversés, et en avaient jeté plusieurs dans les cachots; qu’un bachelier ès arts , Gérard de Dole, et Jourdan, fils de Pierre le scelleur, avaient été blessés de telle sorte qu’on désespérait de leur vie (ils en moururent effectivement); qu’un écolier nommé Adam de Pontoise avait perdu un œil; qu’un pauvre bénéficier, frappé de coups de bâton, avait été volé de sa bourse; que le prévôt de l’abbaye et les moines avaient encore frappé de leurs épées plusieurs autres écoliers, et qu’après les avoir conduits, tète nue, en manière d humiliation, au milieu de la foire, ils les avaient menés en prison, où ils avaient également conduit un prêtre, Etienne de baye; que les misérables embusqués aux portes de la ville avaient poursuivi les écoliers, à ce point que quelques-uns avaient dû se noyer. Enfin, ajoute le mémoire, pendant tout ce temps, du haut de leurs murailles, les moines faisaient pleuvoir les pierres et les llèches. Le mémoire conclut en faisant observer que, si quelques ribauds, ou autres, ont fait subir certaines vexations aux religieux, c'est seulement le samedi après que les faits relatés précédemment avaient eu lieu.

Il peut y avoir de l’exagération dans les accusations portées par l’Université contre l’abbé et ses hommes; mais on doit croire que le fond en est vrai, car, par arrêt rendu à Poissy, au mois de juillet suivant, le Roi condamna 1 Abbaye aux réparations suivantes: i° Fondation de deux chapellenies, de vingt livres parisis de rente chacune, l’une dans l’église du Val-des-Ecoliers (Sainte-Catherine de la Couture), où était enterré Gérard de Dole, et l’autre dans la chapelle Saint- Martin des Orges, près des murs du monastère, où Jourdan aurait sa sépulture; ces chapellenies devaient être à la présentation du recteur et à la collation de l’abbé; 20 Payement d’une somme de deux cents livres tournois pour la réparation de la chapelle Saint-Martin, l’achat des livres et des ornements nécessaires au service; 3“ Indemnité de deux cents livres au père de Jourdan, de quatre cents livres aux parents de Gérard de Dole, et deux cents livres au Recteur de 1 Université pour distribuer aux régents et aux pauvres écoliers; h° Expulsion temporaire, hors du royaume, de quatre des plus coupables parmi les habitants du bourg, impliqués dans la rixe, et seulement expulsion de Paris, jusqu’à la Toussaint, de six autres habitants; 5° Abandon à l’Université de la voie rétrécie au détriment des écoliers; remise en l’état primitif de l’ancien chemin entre la vieille chapelle Saint-Martin et les murs de l’ Abbaye, etdérasement, jusqu’au niveau des murailles, des deux tournelles de la porte de l’Abbaye, du côté du Pré. Au reste, ce chàti-

ment sévère ne désarma pas entièrement I Université, car elle poursuivit encore Etienne de Pontoise, religieux et prévôt de Saint-Germain-des-Prés, comme complice du meurtre des deux écoliers, et obtint du légat qu’il serait privé de ses fonctions et relégué dans le monastère de Gluny, pour y être enfermé et faire pénitence; ce qui eut lieu.

Du Boulay rappelle que les moines aimèrent mieux abandonner au Roi les droits dont ils jouissaient sur les foires de Saint-Germain que de payer les quarante livres qu’ils avaient été condamnés à donner pour la fondation des deux chapellenies.

L’an 1292, de nouvelles contestations surgirent entre les écoliers et les moines. Il s’agissait de la place accensée à Raoul d’Aubusson en 1254, du droit réclamé par l’Abbaye de faire usage de la porte située vers le pré de l’Université <’) et du bornage d’un fossé voisin du pré. Les religieux soutenaient que ce fossé était limité par une ligne droite partant de l’extrémité des piliers et colonnes situés au dehors des murs de l’Abbaye, du côté du lieu où le fossé se réunissait à la Seine : ccSecundum protentionem et declarationem lineæ protrabendæ in continuum et tcdirectum, ab extremitate pilariorum et columpnarum, quæ sunt extra muros et Abbaliæ prædictæ conjunctos cum ipso fossato, juxta pratum prædictum (Univerctsitatis), versus locum in quo cum Sequana conjungitur prædictum fossatuni (-L n Cette fois, profitant de l’expérience acquise par suite des événements arrivés quatorze ans auparavant, on s’abstint d’employer la force pour vider le dilférend; on préféra recourir à une transaction. En conséquence, dans une assemblée tenue aux Mathurins le 28 juin, Gérard de Nogent étant recteur, l’Université consentit un accord où il fut stipulé que la place de Raoul d’Aubusson serait abandonnée à l’Abbaye, à condition que le chemin de dix-huit pieds de large qui conduisait au Pré aux Clers et longeait cette place resterait libre pour les écoliers; que les moines auraient la liberté de tenir ouverte ou fermée la porte du monastère donnant sur le Pré, et d’y passer avec des chevaux ou des charrettes pour se rendre, soit au bourg Saint-Germain, soit à Paris; que le fossé en question resterait limité suivant les prétentions des moines, et que, sur la portion de terrain qui leur appartenait, ceux-ci pourraient élever des murs simples, sans créneaux ni fortifications; enfin que, lorsqu’ils cureraient le fossé sur lequel l’Université abandonnait tous ses droits, ils seraient dans l’obligation d’en jeter les matières de leur propre côté.

(1) rrQuod pratum nuncupatur pratum Universirr tatis. n C’est la première fois qu’on le trouve énoncé ainsi; cependant Du Breul dit que le Pré aux Clercs était appelé de cette façon dès 1267. (Voir aux Appendices.)

(2) Le fossé dont il est queslion ici est celui que les historiens nomment la petite Seine, et dont nous

avons parlé à l’article de la rue des Petits-Augustins. (Voir le volume du Bourg Saint-Germain , p. 18.) Quant aux piliers et colonnes, n’en ayant jamais trouvé d’autre mention, nous ne nous rendons pas compte de leur emplacement d’une manière satisfaisante. Nous supposons qu’ils faisaient partie de la poterne h laquelle paraît avoir conduit le fossé.

Ces concessions furent faites à la charge, par l’Abbaye, de payer chaque année, et perpétuellement, à l’Université, la somme de quatorze livres parisis, pour être distribuée aux pauvres écoliers. L’accord fut confirmé par des lettres patentes données à Vincennes, au mois de juillet suivant, par le roi Philippe le Bel.

L’an 1 3 1 h , le roi Louis le Hulin confirma à l’abbaye Saint-Germain-des-Présles droits de justice qu’elle exerçait sur le Pré aux Clercs, et ordonna au Prévôt de Paris de veiller à ce que les écoliers n’y provoquassent pas de désordres. Mais une nouvelle rixe n’en éclata pas moins entre ces derniers, qui prétendaient avoir le droit de pêcher dans le canal situé le long de leur pré, et les gens que les moines envoyèrent pour les en empêcher. L’Université s’en plaignit au pape Jean XXI 1 , qui, le i5 juin 1817, nomma les évêques de Senlis et de Noyon pour informer contre les coupables. On ne sait quel fut le résultat de cette enquête; on voit seulement que l’Université refusa de reconnaître l’abbé de Saint-Germain comme seigneur justicier, et que les écoliers commirent divers excès, abattant des murailles, enfonçant des portes et enlevant de force les meubles des particuliers. Cet état de choses engagea les moines à prier le Roi de se saisir provisoirement, lui-même, de la justice du Pré; ce qu’il fit le 22 mai 1 3 1 8 . 11 ordonna en même temps au sergent commis à cette justice d’empêcher que l’on ne conduisît des bestiaux paître dans le Pré aux Clercs, de façon à laisser aux écoliers et aussi aux bourgeois de Paris, qui avaient déjà l’habitude de s’y promener, la liberté de le faire sans encombre. Le Roi décida de plus que les évêques d'Amiens et de Saint-Brieuc, un chanoine de Chartres, un autre de Poitiers et un chevalier instruiraient contre les écoliers auteurs du tumulte. Nous ignorons quelles suites furent données à cette affaire, qu’on débattait encore en i320.

On était arrivé à l’année 1 33 A , sans que la transaction de 1292 eût encore été exécutée ni par l’une ni par l’autre des parties, de sorte que la justice du Pré demeurait confisquée. Mécontents d’une situation aussi fâcheuse, les moines réclamèrent et obtinrent de l’Université que la convention passée entre eux fût ratifiée. Elle n’eut cependant son plein effet qu’à la suite d’un accord du 19 juin i345, qui en confirma les clauses, en y introduisant toutefois les modifications suivantes :

i° Les religieux n’auraient plus de porte du côté du Pré aux Clercs, celle qu’ils avaient antérieurement le droit de conserver étant alors murée; 20 ils payeraient la somme de trois cents livres pour les arrérages. de la rente, et céderaient à l’Université le droit de nommer aux cures des églises Saint-Côme et Saint-Andrédes-Arts; mais les titulaires de ces cures payeraient chaque année la somme de trente sols parisis à l’Alibaye; 3° ils serviraient avec exactitude, à l’avenir, la rente de quatorze livres qu’ils devaient, moyennant quoi ils disposeraient à leur guise du fossé et de la place Raoul d’Aubusson; 4° le chemin voisin de cette dernière

LE GRAND PRÉ AUX CLERCS, place resterait à l’Université ; 5° le monastère ferait les frais Je voyage des envoyés qui devaient aller demander au Pape la ratification du traité.

Au mois de mars suivant, Clément VI, résidant alors à Avignon, accorda en effet son approbation. Pressé par 1 Université d effectuer le payement de sa dette, l’abbé de Saint-Germain donna trente écus dor, et, après avoir été oblige de déposer comme caution, entre les mains de labbé de Saint-Victor, une certaine quantité de vaisselle d’argent, pesant quatre-vingt-douze marcs, trois onces et douze sterlings, il fut forcé de la vendre afin de s’acquitter.

Le Pré aux Clercs touchait au chemin qui longeait les murailles de l’Abbaye. Aussi, lorsqu’en i368,par l’ordre du Roi, les bâtiments durent être fortifiés, il fallut acquérir de l’Université deux arpents et dix perches de terrain, pour creuser les fossés destinés ci défendre l’approche du monastère. Comme indemnité, la communauté céda à l’Université, par acte notarié du 2 septembre 1 369 : i° le patronage de l’église de Saint-Germain-le-Vieil, en échange de celui de la chapelle Saint-Martin-des-Orges, qu’il fallut démolir; 2° huit livres de rente amortie, à prendre par le chapelain sur une maison près des Augustins; 0" enfin, une pièce de terre de deux arpents et demi, située en face du Pré aux Clercs, du côté oriental du fossé allant à la rivière. C est cette pièce de terre, qui a été nommée dans la suite trie petit Pré aux Clercs ;» nous l’avons décrite en son lieu (1>. Les moines durent aussi donner soixante francs dor, pour les matériaux et 1 ameublement de la chapelle, selon 1 estimation d experts nommés par le Roi.

Le jour de Pâques 1 Z10 3 , un clerc nommé Girardin de Rouen ayant été surpris pendant qu’il coupait la bourse de l’écuyer Pierre de Soissons, occupe à écouter un sermon dans le Pré aux Clercs, des sergents l’arrêtèrent et le conduisirent aux prisons du Châtelet, où il fut réclamé simultanément par 1 Évêque de Paris et par le religieux official de Saint-Germain-des-Prés. Les moines soutenaient que, puisque cet homme avait été pris sur fa terre et en la seigneurie de Saint-Germain-des-Prés, il en était justiciable. L’affaire fut portée au Parlement, et, par arrêt du icr septembre suivant, le prisonnier dut être rendu à 1 Abbaye, dont les droits de justice se trouvèrent ainsi confirmés une fois de plus. Les écoliers ne cessèrent pas pour cela de les mettre en question, et, en i443, il y eut à ce sujet, et à propos de la pêche dans le fossé, de nouveaux troubles auxquels mit fin un troisième accord stipulant cpie les choses demeureraient dans le meme état que par le passe, et cpie les procédures seraient annulées des deux cotés.

Dans une assemblée tenue aux Mathurins,le 23 mars i&25, fut aboli ou plutôt modifié un ancien usage suivant lequel, chaque année, au jour de Pâques, le

Voir le volume du Bourg Saint-Germain, p. 68.

Recteur de l’Université, les Procureurs des quatre nations, quatre Intrants et d autres fonctionnaires, se transportaient au Pré aux Clercs pour en renouveler la prise de possession, cérémonie qui, plus d’une fois, avait amené des scandales. Pour éviter que des désordres vinssent troubler encore la grande solennité d’une des principales fêtes de l'Église, il fut résolu qu’à l’avenir le Recteur et les Procureurs ne se rendraient plus au Pré aux Clercs le jour de Pâques, mais seulement le lendemain. Néanmoins, pour empêcher en même temps que l’ancienne coutume ne s'effaçât entièrement, il fut convenu que le jour même de Pâques, à l’heure ordinaire, la visite habituelle serait faite par le Greffier et le Procureur général. Ces dispositions furent observées, car on sait que, le 2 avril suivant, le Recteur, les Procureurs et beaucoup d’autres officiers de l’Université, après avoir fait leurs prières à Saint-Martin-des-Champs et entendu la messe à l’abbaye Saint-Germain , s acheminèrent vers le Pre aux Clercs, où les errements du passé ayant été religieusement suivis, la garde et tutelle du Pré furent confiées à maître Jean Delacroix, Intrant de la nation de Normandie.

E11 i54J, les moines trouvèrent commode de réunir à l’enceinte de leur couvent un clos situé à l’ouest qu’on appelait la Courtille de l’Abbaye h). pour cela, ils résolurent de prolonger les murailles du clos jusqu’à celles du monastère, en supprimant ainsi le chemin qui longeait les fossés; mais, sur la requête du procureur du Roi, le Prévôt de Paris leur défendit de continuer leur entreprise, et lit même démolir les murailles qui fermaient le chemin. Les religieux en appelèrent alors au Parlement, lequel nomma deux conseillers pour visiter les lieux et faire un rapport. Avant que le point litigieux lut décidé, les moines réussirent à faire évoquer 1 affaire au Conseil privé du Roi; on y rendit, le 1" mars 1 5 4 3 , un arrêt par lequel ils étaient autorisés à continuer les travaux qu’ils avaient commencés. Six jours après, ils les avaient achevés et ils en jouirent paisiblement pendant cinq ans.

Mais, au commencement de l’année 1 548 , le cardinal de Tournon, abbé de Saint-Germain, ayant fait construire dans l’enceinte du monastère une infirmerie qui avait des vues sur le Pré aux Clercs, cette nouvelle infraction aux droits de 1 Université fit éclater forage qui couvait. En effet, l’illustre Pierre Ramus, alors principal du collège de Presles, saisit cette occasion de faire repentir les moines de leurs continuels empiètements. Il adressa un long discours aux écoliers, leur parla vivement des entreprises injustes dont leur patrimoine était l’objet, et, ayant sans peine réveillé leur ancienne animosité, il les exhorta à se faire justice eux-mêmes en recourant à la force l3>. De pareils conseils répondaient trop bien aux passions

Voir le vo,mne du Bourg Saint-Germain, t3) M. Waddinglon, dans sa Vie de Ramus (p. 68),

B' j 1 a cru pouvoir contester le fait de cette harangue;

:J’ Le Procès-verbal de l’exécution de l’arrêt est mais il n’a nullement prouvé qu’elle n’oit pas été daté du 7 mars 1 543. prononcée.

de l'auditoire pour n’être pas suivis avec empressement. Aussi de nombreux placards furent-ils apposés aux carrefours et aux portes des principaux collèges, invitant les écoliers à se réunir en armes, le A juillet, pour se rendre en masse au Pré aux Clercs et y tirer vengeance des usurpations dont ils avaient cà se plaindre. Au jour indiqué, vers deux heures de l’après-midi, les écoliers , fidèles au rendez-vous, pratiquèrent plusieurs brèches au clos de l’Abbaye, abattirent les arbres fruitiers qui s’y trouvaient, arrachèrent les vignes, et le soir, reformés en colonne, ils allèrent brûler devant l’église Sainte-Geneviève les ceps et les souches qu’ils avaient emportés en guise de trophées (1). Telles étaient les mœurs de l’époque.

A peine ces événements étaient-ils accomplis que chacune des parties porta plainte au Parlement. Le 7 juillet, cette cour appointa deux conseillers, Martin Puizé et Jacques le Roux, pour informer. Néanmoins, le lendemain même, d’autres violences furent commises. D’après la version des moines, les écoliers se seraient encore réunis en armes dans leur pré, avec l’intention de mettre à sac l’Abbaye et les maisons du bourg Saint-Germain. Selon l’avocat de l’Université, des charretiers, sorte d’individus a qui ne sont communément gens de civilité et de raison, u ayant voulu passer de force dans le Pré, eurent une querelle avec les écoliers; ceux-ci auraient alors, à cette occasion seulement, sommé les religieux de fournir un chemin convenable pour les charrois, et de boucher les vues qu’ils n’avaient pas le droit de conserver. Ce qui est certain, c’est que le Prévôt de Paris, Genton, prévenu par les moines, arriva à la hâte avec ses archers et les lança brutalement sur les écoliers. Quoique ces derniers fussent alors inolfensifs, quelques-uns furent blessés et plusieurs conduits dans les prisons de l’Abbaye. On introduisit, en outre, de l’artillerie dans l’enceinte du monastère. Le jour suivant, afin d’éviter de nouveaux désordres, le Parlement fit venir le Recteur de l’Université et lui défendit, sous peine de mort, ainsi qu’aux écoliers, d’aller ce jour-là au Pré aux Clercs; puis il décida qu’on instruirait l’affaire des démolitions, et que la cause serait entendue le lendemain, ce qui eut lieu.

Les plaidoiries prononcées à cette occasion font connaître l’étendue des griefs de l’Université. Elle représenta qu’avant i5A3 il existait un chemin public, lequel, partant du carrefour aux Vaches (ancienne place Sainte-Marguerite), suivait les fossés de l’Abbaye (rue Saint-Renoît) , et, après avoir fait un coude à l’angle nord-ouest de ces fossés, conduisait à la rivière en longeant le canal dit le Chemin- Creux (la petite Seine), qui séparait le grand Pré aux Clercs du petit; que ce chemin avait été supprimé par les Religieux, et par eux renfermé dans leur courtille; qu’ils avaient même ouvert la porte (la porte Papale) donnant de ce. côté, et anciennement murée par arrêt du Pape et du Roi; qu’il en résultait de grands inconvénients pour le public obligé de faire ainsi un détour considérable; que les

(,) Du Breul, Ant. de Paris, p. 385.

IG

Religieux avaient pareillement rendu impraticable la partie du chemin voisine du petit Pré aux Clercs, en v laissant construire divers bâtiments, et particulièrement la maison d’un nommé Jehan Bouyn, barbier b); qu’ils avaient, de plus, baille également à bâtir le terrain de l’ancienne voirie où se transportaient les immondices, et l’avaient remplacé par un autre, auquel ou n’accédait que par une petite voie insuffisante, située d’ailleurs au-dessus du Pré, de sorte que les conducteurs de charroi, passant par le Pré, infectaient l’atmosphère de miasmes insupportables.

A ces accusations parfaitement motivées, l’Abbaye ne répondit rien de satisfaisant; elle allégua que le chemin en litige n’était qu un sentier, ce qui etail évidemment faux; elle invoqua l'arrêt rendu en sa faveur par le Conseil du Roi, décision sans valeur, parce qu’elle n’avait pas été rendue contradictoirement avec l’Université. Elle fit encore valoir ses droits sur le Chemin-Creux, qui n’étaient pas en question, puisqu’on lui reprochait seulement 1 occupation du haut chemin qui y était annexé.

En somme, la discussion ne lui fut nullement favorable, et, par arrêt du 10 juillet, la Cour ordonna que l’Abbaye donnerait, dans le délai d’un mois, une place loin du Pré aux Clercs, afin d’en faire une voirie, ainsi qu’un lieu commode pour y établir le marché aux chevaux. 11 fut également décidé quon ouvrirait une route convenable pour aller à la nouvelle voirie; qu il serait interdit aux charretiers de passer par le Pré et de gêner les écoliers; que délivrance leur serait faite de 1 ancien chemin renfermé dans le clos; quon étouperait les vues et meurtrières des murailles du côté des deux Prés aux Clercs, te par lesquelles veues et canonnières avoit esté, naguières et la nuit passée, tirés aucuns coups de hacquebuttes tr contre les escolliers; n que la porte de derrière de l’Abbaye serait fermée, et que l’Université jouirait de ses deux prés, sans avoir à payer aucune dîme ou aucun cens. Quant au chemin voisin du canal, il fut décidé qu on nommerait dix vieillards pour en indiquer la place exacte. Afin d’empêcher que la paix ne fût encore troublée, le Parlement ordonna, en outre, que les tt garnisons» placées dans 1 Abbaye et les maisons des environs se retireraient incontinent, sous peine de la 1 1 a r l ; qu il serait défendu aux sergents du Châtelet de molester les écoliers lorsque ceux-ci seraient au Pré; que ces derniers seraient tenus de se conduire tranquillement, et, enfin, qu il serait procédé au bornage des deux prés *2).

Le 1 1 juillet, les deux conseillers-commissaires se rendirent au Pré, en vertu de la mission qui leur avait été confiée la veille, et là, en présence des parties, ils reprochèrent aux écoliers leurs violences, et déclarèrent à leurs maîtres qu ils

' Voir le volume du Bourg Saint-Germain, p. i h . — ^ Arcli. nat cari. S 61867, et Mémoires de Du Boulay.

les considéraient comme responsables de celles qui auraient lieu A l'avenir. Ceux-ci s’excusèrent, en disant qu'ils avaient fait leur possible pour prévenir les désordres, puisqu’ils avaient fermé les collèges dans cette intenlion ; ils ajoutèrent que les écoliers libres étaient seuls coupables, ainsi quett quelque mauvais peuple . . .qui. . .ne c demandoit que à mal faire, » et firent observer que le meilleur moyen pour arriver à empêcher de nouvelles <t émotions, d c’était de procéder à l’exécution de l’arrêt du Parlement, et particulièrement de faire immédiatement bouclier les vues du couvent. Le représentant de l’Abbaye répondit que, malgré l’arrêt de la veille, les écoliers avaient coupé plus de trois mille pieds d’arbres, et mis le feu en plusieurs endroits du clos. 11 nia aussi que des coups de feu eussent été tirés des fenêtres du monastère, dans l’intérieur duquel, suivant lui, soixante à quatre-vingts fusées avaient été lancées pour y mettre le feu. A quoi le procureur de l’Université objecta que ce corps n’avait point ordonné de tels excès, et conséquemment n’en était pas solidaire; qu’ils avaient été commis par des malfaiteurs, car on avait vu it passer sur les poils gens n’ayans aucune marque d’escollers, qui emportoient de "là les dicts pons, les arbres et autres choses v provenant de l'Abbaye.

Les commissaires renvoyèrent l’enquête à cinq heures de l’après-midi; mais les représentants de l’Abbaye n’y vinrent pas. On passa outre, et l’on choisit tt aucuns « personnaiges anciens d pour donner leur avis sur l’emplacement du chemin en litige. En effet, le samedi 1 h, accompagnés de Guillaume Giraud tt comme painctre,n et de son fils Nicolas Giraud, comme arpenteur juré, après avoir confessé que le chemin était commun, public et royal, ils plantèrent des jalons pour en retracer le parcours. Mais, peu satisfait du résultat, Jehan de Luc, le représentant de 1 Université, fit remarquer que ces vieillards étaient justiciables de l’Abbaye, qu’on ne pouvait ajouter loi à leur témoignage, et qu’il fallait avoir recours à des fouilles qui fourniraient des données authentiques sur les questions pendantes; ce qui fut approuvé par les juges-commissaires.

Le même jour, fut renouvelée contre les moines l’accusation d’avoir encore tiré cinq ou six coups de leu. Ceux-ci nièrent le fait comme d habitude; mais ce mensonge tourna à leur confusion, car on montra aux commissaires les fauconneaux qui se trouvaient encore sur les murailles, et que, par leur ordre, on enleva sur-le-champ Le 1 6 , on se réunit encore au Pré; mais il ne s’y passa rien de bien important. Le 3o, les experts et six jurés furent présentés par chacune des parties. Le 3i, il fut dit que, pour plus de tranquillité, il n’y aurait de présents, du côté de l’Université, que douze membres, quatre Procureurs et le Recteur. Les vieillards essayèrent aussi de s’acquitter des fonctions qui leur avaient été confiées; mais ils ne purent s’entendre complètement entre eux, et l’on fut définitivement contraint de pratiquer les tranchées proposées précédemment. La visite en fut faite le 7 et le 8 août, et le rapport présenté le 9. Ce rapport fit connaître l’emplacement du fossé IP, dit le

l; Voir le volume du Bourg Saint-Germain, p. j 3 et suiv.

Chemin-Creux, el détermina ses dimensions, que nous avons rapportées ailleurs; mais il fut beaucoup moins explicite sur le chemin de la Berge.

Le i 2 janvier 1 56 g (n. s.) , le Parlement ordonna que, et pour la plus claire et facile tr intelligence de l’estre et forme du chemyn contentieux et délivrance certaine d’iceltrluy ... les commissaires se transporteroient sur les lieux, pour, en présence des et parties, et par les painctresqui par elles seroient convenuz et acordez, faire figure raccordée, tant pour le regard dudict chemyn que de ce que lesdicts demandeurs te ( 1 Université) prétendoient ausdicts grand et petit pré. n Le plan qui fut dressé en conséquence et qui ne nous est malheureusement pas parvenu, n’eut pas, au reste, pour résultat de mettre fin au procès, car l’Abbaye, prévoyant quelle en serait l’issue, s’efforça de le traîner en longueur au moyen de chicanes judiciaires. Elle ne put toutefois réussir à en prévenir le dénouement : le i/i mai 1 55 1 , le Parlement rendit un arrêt par lequel toutes les prétentions de l’Université furent reconnues justes; celui du îo juillet i568 fut confirmé sur chacun de ses points, et les limites des deux prés furent rigoureusement déterminées.

Ce jugement était définitif; cependant il n'eut pas le pouvoir de calmer l’effervescence que d’aussi anciennes contestations avaient produite. Divers excès furent commis encore par les écoliers; des démolitions et des incendies eurent lieu, de sorte que le Parlement reçut du Roi l'ordre de poursuivre activement les coupables et de les punir avec sévérité. L’un d’eux, appelé Baptiste Croquoison , fut condamné à être brûlé au milieu du Pré aux Clercs et subit ce supplice, le 20 mai 1 55 7, n’ayant obtenu d'autre grâce que celle d’être étranglé avant d’être livré aux flammes. Il semble qu’à cette occasion il fut question de confisquer le Préaux Clercs, car Ramus, après avoir été envoyé vers le Roi en compagnie d’autres professeurs, demanda, dans une harangue où il rendait compte de sa mission, qu’on <r rendît rtaux clercs le Pré aux Clercs ;i). r Le Roi fit cesser presque immédiatement les poursuites contre les écoliers prisonniers.

La mort de Croquoison fut le dernier épisode de la longue lutte que se livrèrent l’Abbaye et l’Université. Déjà un rapprochement avait eu lieu entre elles, car, le 20 mars 1 5 5 5 (n. s.), les écoliers étaient venus en procession à l’Abbaye, et un député de la Faculté de médecine y avait prononcé un discours où il promettait de conserver pour l’Abbaye une amitié éternelle. Au mois d’aout suivant, la Faculté de théologie s’y rendit également, à l’occasion de profanations commises par les protestants. Mais ces apparentes réconciliations ne furent jamais parfaitement sincères, et les ouvrages de Du Boulay et D. Bouillart prouvent assez que la vieille animosité n’était point encore éteinte complètement au xvue, ni même au xvmc siècle.

1 Nous reproduisons aux Appendices les principaux passages de celte harangue.

Dans une assemblée de l’Université, tenue aux Matlmrins le 20 janvier 1 5 6 3 , il fut exposé que le Roi demandait la cession du Pré aux Clercs, offrant en échange telle compensation qui serait jugée convenable. Des commissaires nommés pour étudier la proposition se prononcèrent dans le sens de l’acceptation. L’année suivante , on discuta de nouveau cette affaire, et, le 21 avril 1 565 , des lettres où la mesure était approuvée furent envoyées à Charles IX. Le i5 novembre, sur les conclusions du Recteur, ou décida que l’indemnité à réclamer serait la possession d’un certain terrain, proche de l’abbaye Saint-Victor, et la confirmation des privilèges de l’Université. Le 27 juillet 1 5 6 6 , on délibéra une fois de plus sur le choix du terrain qui devait remplacer le Pré aux Clercs; mais la transaction entamée 11'aboutit point. L’aliénation du grand Pré aux Clercs avait été proposée dès i543, et rejetée dans une assemblée du 5 septembre de cette année. Il en avait été question de rechef en i5ù6; mais il devait se passer bien du temps avant qu’elle se réalisât, car elle ne commença qu’en 1639, sous forme de lots vendus successivement à des particuliers. 11 11e semble point qu’avant cette époque aucune construction importante y ait jamais existé t'L

Grâce aux travaux de Du Boulay, les auteurs qui ont écrit sur Paris ont pu donner quelques renseignements historiques sur le Pré aux Clercs; mais ils ont peu connu la situation réelle, la grandeur et la forme de ce lieu célèbre. Il y a quelques années encore, avant la publication que nous avons faite d’un mémoire sur ce sujet (2>, rien n’était plus incertain que le périmètre du Pré aux Clercs. Malgré la popularité attachée à cette dénomination, elle n’éveillait que l’idée vague d’un emplacement aux limites problématiques, voisin de l’abbaye Saint-Germain et du bord de la Seine. On croyait, d’après Jaillot, que les rues de Bourbon (de Lille) et de Verneuil avaient été ouvertes sur les terrains du Pré aux Clercs. La raison de cette méprise, c’est qu’au xvne siècle, les limites du Pré ayant disparu en grande partie sous les maisons, on en a perdu le souvenir, et l’on a en même temps donné par extension le nom de Pré aux Clercs à des terrains qui étaient contigus à ce fief, mais qui n’en ont jamais fait partie. Toutefois il y a lieu de s’étonner que l’erreur n’ait point été signalée; en efiet l’Université, qui connut toujours fort bien les bornes de sa propriété, n’avait point d’intérêt appréciable à les dissimuler; elle ordonna même d’en dresser un nouveau plan , en 1763. Ce plan, exécuté avec

(1) Vers 1557, il y eut quelques constructions réellement entreprises sur le grand Pré aux Clercs, mais elles durent disparaître promptement. On lit dans la harangue de Ramus: "Par quoy l’Univerfrsité requiert . . . que le peu de maisons qui depuis " peu de temps ont esté baslies dans le grand Pré soient rrostées de là, et que le Pré soit remis en l’estât "qu’il a voit esté par l’espace d’environ huit cens ans. r, Dans la phrase précédente il est dit, au contraire,

qu’il convient de conserver les maisons du petit Pré. Conf. la brochure citée par M. de Waddington et intitulée : Harangue de Pierre de la Ramée , touchant ce qu’ont fait les députez de l’Université de Paris envers le Roy, mise de latin en françois. Paris, 1 5 57 , André Wechel, in-8° de 32 feuillets.

{y> Revue archéologique , XIIe année, p. 38 1. Nous reproduisons, aux Appendices , les parties de ce travail qui offrent quelque différence avec celui-ci.

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, soin sur une grande échelle (*), est celui dont nous nous sommes servi pour notre restitution, et nous avons acquis la preuve que l’authenticité en est incontestable.

Le grand Pré aux Clercs avait trente arpents deux tiers, soit 27,600 toises (iollccl /181 52e) de superficie, suivant un plan de t 6 7 4 (2). II consistait en une langue de terre, très allongée, aux contours irréguliers, fort rétrécie à son extrémité occidentale et ayant pour hase le chemin qui longeait le fossé occidental de l'Abbaye. En cet endroit il avait soixante-douze toises trois pieds de largeur, et sa longueur atteignait environ six cent dix toises. Son angle extrême vers le couchant est aujourd’hui représenté par un point de la rue de l’Université, placé au delà de la rue de Courty, à seize toises du Palais-Bourbon. Suivant le procès-verbal de bornage exécuté par Nicolas Girard au mois d’août 1 55 1 , en conséquence de l’arrêt rendu le 1/1 mai précédent, le grand Pré aux Clercs était limité par trente-sept bornes (voir le plan de la paroisse Saint-Sulpice).

La première, qu'011 avait faite double, était plantée sur le chemin du fossé, devant la porte murée de l’Abbaye (rue Saint-Benoît), à soixante toises de la rue Tara une. — La deuxième borne, touchant à l’hôtel de Sansac, était à sept toises en retrait sur la rue des Saints-Pères. D’après le texte du bornage, il y aurait eu une distance de vingt-six perches et demie ( 7 g1 3p) entre celle borne et la première mais cette distance 11e se retrouve point sur les plans, et paraît avoir été, en réalité, d’environ vingt-sept perches ou quatre-vingt-une toises. — La troisième borne, contiguë au clos de Jean Gentil, était à quatorze perches (A21) plus loin.

— La quatrième, aussi à quatorze perches. — La cinquième, à sept perches (2 il).

— La sixième, à vingt-quatre perches trois quarts (7 A1 1 p G*3). — La septième , à sept perches trois quarts ( ü 3‘ ip 6p). — Cette borne, ainsi que les trois suivantes, tenait à la maison du Pavanier. — La huitième borne était à une perche (3‘) de la précédente. — La neuvième, à onze perches un tiers (3Al). — La dixième, à. une perche quatre pieds (3‘ A?). — La onzième, à sept perches (21*). — La douzième, à cinq perches un tiers (16'). — - La treizième, à cinq perches (i5‘).

— La quatorzième aurait été à vingt-deux perches trois quarts (68‘ tr 6p); mais il faut probablement lire, trente et une perches trois quarts (g5‘ 1 p 6p) , car les plans indiquent à très peu près cette dimension. — La quinzième borne était à

(l) Nous l’avons retrouvé aux Archives nationales, où il est compris dans les atlas et coté n° 3g. Il esl, du reste, inexact sur plusieurs points où nous avons pu l’amender, à l’aide de renseignements ignorés de celui qui l’a dressé, et qui ne possédait pas l’excellente base géométrale sur laquelle nous avons opéré. Vers 169Ù, un plan des Prés aux Clercs, dont le cuivre esl aussi aux Archives, fut gravé pour être joint au mémoire de Pourchot; mais ce plan, assez

grossièrement traité, n’a point été mis dans le commerce, et par suite du peu de publicité donné à la brochure de Pourchot. il est demeuré inconnu.

(2) Un document de 1 634 ne mentionne que vingtcinq arpents dix-neuf perches. Le chiffre de trente arpents deux tiers paraît très près de la vérité.

(,) lîist. Univ., t. VI, p. 443; dans le Mémoire de Du Boulay, on lit vingt perches et demie, ce qui équivaut à f>i‘3p.

TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VIEVX PARIS

treize porches deux tiers (4il) de la précédente. — La seizième, à vingt-deux perches (66‘). — La dix-septième, à dix perches deux tiers (32*). — La dixhuitième, et dernière à l’occident, à neuf perches un quart ( 1 Zip 6p). — La dix-neuvième était placée à trois perches (2il) au nord de la précédente, et ccassize à la noe (canal) qui» faisait tt retour vers la rivière de Seine, suivant le dos et et heurt dudict pré.» — La vingtième borne était à dix-sept perches trois quarts (53‘ tP 6p) vers 1 orient de la précédente, tt sur le coing des terres de Saint-Germain , tt ... où » commençait tt le retour, au long d'un fossé tirant à ligne droite à la borne tt assise au coing des terres à hache de Mc Germain Joyviau. » — La vingt et unième borne était à vingt-neuf perches un quart (8 71 ûp Gp) de la précédente. — La vingt-deuxième borne était à deux perches deux pieds (6l 2P) au sud de la vingt et unième et marquait le ressaut ou tt hache» du Pré. — La vingt-troisième borne était à trente et une perclies(g3t) vers l'est de la précédente. — La vingt-quatrième, à dix perches (3ol). — La vingt-cinquième, à treize perches quinze pieds (4i‘ 3r).

— La vingt-sixième, à neuf perches onze pieds (a8l5P). — La vingt-septième, à neuf perches seize pieds (sjg1 /ip;. — La vingt-huitième, à quinze perches (/, 5*).

— La vingt-neuvième, à quatorze perches ( k 2‘). — La trentième, à quatorze perches aussi. — La trente et unième à vingt perches et demie ( 6 1 1 3p). — La trentedeuxième, à quinze perches (65l). — La trente-troisième, ou borne de l’angle nord-est, à sept perches (21*) : elle joignait le jardin de J. Bouyn. — La trentequatrième était assise à dix-sept perches et demie (5213p) au sud de la précédente, sur le chemin du fossé (rue Saint-Benoît), et, en face, à la distance de dix-huit pieds, se trouvait une borne supplémentaire qui, avec la trente-quatrième, déterminait la largeur légale de ce chemin. — La trente-cinquième borne, placée à trois perches et demie (io‘3p) de la trente-quatrième, était accompagnée d’une autre qui en était également éloignée de dix-huit pieds; on la comptait comme la trente-sixième, et elle servait aussi à fixer la largeur du chemin. — La trenteseptième et dernière borne se confondait avec la première; elle était plantée à onze toises et demie de la trente-cinquième, et tt assise devant la porte murée, au droit k de l’enclavure d’icelle. » Cette porte murée devant être la porte Papale, le renseignement donne à croire qu’en effet la trente-septième et la première borne se trouvaient bien à onze toises et demie de la trente-cinquième; mais, clans ce cas, il faut admettre que, comme nous l’avons dit, l’espace entre la première borne et la deuxième n’était que de soixante-quatorze toises, et non de soixante-dix-neuf et demie.

" Outre les bornes dessus dictes, concernantes ledict Pré aux Clercs,» 011 en posa trois autres : la trente-huitième , tt assise . . . sur le chemin ancien (la rue Saint- " Benoît) , tirant vers le faulxbourg Saint-Germain , du costé du clos de vigne dessus ftdict, distant de la première borne double dessus dicte, de douze perches et "demie (3yl 3p). n Ce passage est embarrassant cà expliquer. Qu’est-ce que la première borne double dessus dicte? Rigoureusement c’est la trente-quatrième; mais, en

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, interprétant ainsi, on ne peut parvenir à placer la trente-huitième borne d’une façon vraisemblable. Il en est tout autrement si l’on entend par et première borne „ doubler la première borne double par rapport à la trente-huitième, c'est-à-dire la trente-cinquième borne. En effet, à environ douze perches et demie de celle-ci, il en a certainement existé une qui, appuyée au mur de la Courtille, était considérée, au xvuc siècle, comme marquant l’angle sud-est du Pré: les plans en font foi W. Nous pensons donc que cette borne correspond à la trente-huitième. Quant à la trente-neuvième et à la quarantième, elles sont énoncées cr vis à vis l’une de d’autre, sur l’embouchure dudict chemin ancien , à l’endroict de la rue du Four, sur de chemin qui vient du Pillory au long des l’ossez de l’Abbaye, distantes l’une de d’autre de dix-neuf pieds, et de la première borne, de huit perches et environ « quinze pieds* (26l3r). Ce texte n’est pas moins obscur que le premier; nous supposons qu’il renferme une faute de copie <2), et qu’il convient de lire à l’endroit du carrefour, au heu de c à 1 endroit de la rue du Foui', * locution absolument incompréhensible. Les trente-neuvième et quarantième bornes seraient alors placées vers d’embouchure* de la rue Saint-Benoît, près du carrefour, à huit perches quinze pieds de la it première,* c’est-à-dire, en traduisant comme précédemment, de la plus proche. Cette disposition est d’ailleurs extrêmement probable.

Plusieurs documents mentionnent les fossés du Pré aux Clercs, mais ne disent point si ces fossés faisaient le tour du Pré : ils ne font allusion qu'à ceux du midi. De ce côté, au milieu du xvue siècle, il y avait, le long du Pré, une sorte de trvoye tt en forme de chemin,* qui est reproduite sur le plan de Gomboust; elle constituait l’aboutissant des propriétés en bordure sur la rue Saint-Dominique , du couvent des filles de Saint-Joseph entre autres; elle a disparu depuis sous les constructions. Il en existait encore une partie en 1711, quand l’architecte Bullet leva le plan d'un marais triangulaire qui appartenait à Mme de Richelieu et était situé à 1 extrémité du Pré aux Clercs. Les limites de ce marais ne coïncidaient pas, au reste, avec celles du Pré; elles les excédaient vers le midi, direction dans laquelle il bordait le chemin dont nous venons de parler, et aussi vers le nord, car un de ses angles atteignait la rue de Lille Là, le fossé étroit qui le circonscrivait parait avoir été un reste de cette ernoue,* dont les plans de Gomboust et de Quesnel ne laissent rien voir. Sur les deux seuls plans où elle soit figurée, à notre connaissance, elle est représentée, sous le nom de tr fossé,* comme un petit canal partant

Ce qui donnait une largeur de 89 à 99 toises à la base du Pré. Cette dimension paraît avoir été admise dès 1587.

(2) Nous ne connaissons d’autre copie du procèsverbal de bornage, que celle qui est transcrite par Du Boulay dans son grand ouvrage, et dans son mémoire, p. 2 36.

W Ces bornes ont dû être enlevées lorsqu’on creusa l’égout de la rue Saint-Benoît, laquelle a été élargie aux dépens du Pré.

<*> Le côté septentrional de ce marais a donné l'alignement du mur mitoyen et biais, qui sépare les deux maisons faisant le coin oriental des rues de Courty et de TUniversité.

de la rivière, et se bifurquant en forme d’Y, au droit de ia rue de Lille*1). Une de ses branches va rejoindre le Pré, entre les bornes vingtième et vingt et unième; l’autre touche à la home vingtième et suit le bord du Pré jusqu’à la borne dixneuvième, au delà de laquelle elle semble avoir côtoyé, au nord, le chemin qui s’est confondu avec la continuation de la rue de l’Université. Or il est rapporté, dans le bornage de 1 55 1 , que la dix-neuvième borne était et assise à la noe, n et la vingtième «au long d’un fossé; n ce qui confirme les indications des plans. Quant à l’embouchure du canal, elle devait être distante d’environ i5o mètres de l’emplacement où a été ouverte la rue de Bourgogne : les plans, très inexacts, ne permettent point d’arriver à un résultat précis.

L'arrêt du ii mai 1 55 1 indique les limites du grand Pré aux Clercs dans les termes suivants :

Et quant à l’estendue et limites dudict grand Pré aux Ciercs, a de'claré et de'clare ladicte Court icelluy grand Pré aux Clercs soy estendre et comporter ainsi qu’il s'ensuict. C’est assavoir

à commencer au lieu appelle l’entrée de la nouhe du Pré aux Clercs . et où y a ung bras

d'eaue de la rivière de Seyue, et dudict bout estant de présent sur ung hurt de fossé tirant vers cette ville de Paris, laissant à costé senestre ladicte rivière de Sevne, aucunes terres entre deux, et à costé droict, ledict grand Pré aux Clercs, et élargissant ung petit, le long de ladicte nouhe, jusques à ung aultre fossé qui a esté faict pour la closture de quelques pasturaiges*2); tenant et costoyant ledict grand pré, à main dextre, aux usaiges et pasturaiges de Sainct-Germain, ou y a quelque aparence de hurt; et selon ledict hurt, vers le fossé, du costé de ladicte ville, lesdicts usaiges et pasturaiges à main senestre et ledict Pré aux Clercs à main dextre; et

de là traversant sur ledict fossé et continuant selon le fîllet rouge ® . jusques à quelque

quantité de terres Jabourables contenans ung quartier ou environ , qui vient en forme de hache, entreprenant au dedans dudict pré; et d’icelluy endroict traversant ladicte terre en hache, selon ledict fillet rouge jusques au hurt respondant à peu près au précédent, délaissant les terres labourables à main senestre; et ledict pré à main dextre, tirant du costé de Paris, le long dudict hurt, et à l’alignement des maisons Martin de la Mothe, Jacob Garnier, Pierre Marcel

et de M° Jehan Bailly . Icelles maisons demourans dehors et non comprinses en icelluy pré;

et continuant ledict hurt jusques à la muraille du cloz cy-devant basti par ledict M" Jehan Bouyn , passant à travers ladicte muraille et cloz dudict Bouyn, à l’alignement dudict liurt, jusques audict cliemyn allant à la rivière de Seyne, cy-dessus mentionné, estant entre lesdicts grand et petit pré <4>, et faisant la séparation d’iceulx et en continuant le long dudict chemin et petit pré, du costé de ladicte Abbaye, jusques au ponceau*5), et d’icellui en montant le long dudict cliemyn*6) estant le long du fossez de ladicte Abbaye, du costé dudict cloz démoly, jusques à l’endroict et millieu d’une porte estant entre deux petites tours, d’ancienneté et encores de présent closes, ayant regard sur ledict cloz W. Et d’icelle porte tournant et tirant de droit ali-

11 Nous voulons parler du plan qui fut gravé pour le mémoire de Pourchot, et de celui qui fut dressé en 1674. Ce dernier est dessiné sur parchemin et se trouve aux Archives nationales dans le carton S 6186.

(’) Ce doit être ce fossé dont nous venons de parler, et qui formait la branche orientale de 1T.

^ C’est le (ilet du plan qui fut dressé à cette occasion, et qui est perdu.

(4) La rue des Petits- Augustins.

<5) Au coin des rues du Colombier et Saint-Benoît.

(0] Rue Saint-Benoît.

' Il s’agit de la porte Papale; le passage semble

gnement à travers leclict cloz^1', selon le hurt y estant et selon icelluy et ledict fillet rouge, traversant la muraille et jardin de la maison hastie par maistre Thomas, conseiller au grand Conseil , selon ledict hurt; traversant aussi le bas du cloz appartenant à Jehan Gcnlilz, et d’icelluy cloz, suivant ledict hurt figuré par lesdicts demandeurs (l’Université) , se continuant par derrière la maison et cloz cy-devant basty par maistre Frager, à présent de'moliz; iceulx demourant encloz audict pré, jusques à l’alignement et au coing de partie de la maison de Jehan de Licieu, dict le Pavanier. Et de l’autre costé d’icelle maison, continuant le long d’icelluy hurt contigu des terres labourables, du costé des fourches patibulaires de ladicle Abbaye, jusques à l’endroict et à l’opposite de l’autre bout de ladicte noube, cy-devant désigné et figuré par lesdicts demandeurs, et auquel endroict ils avoient commencé leur figure selon ledict fillet rouge.

Au commencement du règne de Louis XIII, le grand Pré aux Clercs n était encore coupé que par deux voies transversales : la ruedu Bac, alors récente, et la rue des Saints-Pères, au contraire fort ancienne. Dans le sens de la longueur, le Pré était sillonné par un chemin qui a été redressé, et est devenu la rue de 1 Université. Avant le xvu° siècle, il n’est point question de ce chemin dans les titres <2'; mais on ne saurait douter de son existence au moyen âge, car c’était une portion de celui qui est si souvent mentionné sous le nom de tt Chemin de la Petite-Seine, v Aussi bien avons-nous la certitude que la rue de l’Université a remplacé une voie sinueuse dite de chemin du Pré aux Clercs n ( 1 6 Ai g , 1673, etc.), dont plusieurs plans montrent l’extrémité occidentale dans l’état primitif. Ramus, dans sa harangue, dit expressément que le et Pré estoit divisé par un grand chemin qui n passoit au travers, v Ce grand chemin, formant la continuation de la rue du Colombier, fut aligné, le 2 3 avril 1610, dans la section comprise entre les rues des Saints-Pères et des Petits-Augustins. Un acte de 1611 énonce le même tronçon r,- la rue que l’on nommera de Jacob, 11 et l’on a continué depuis à faire usage de l’appellation, motivée par le voisinage du couvent des Augustins, dit d’abord ttl’Hostel (l’autel) de Jacob, n

Eu 161 3 fut aussi ouverte, sur le terrain du Pré, la rue des Deux-Anges, qui a été ainsi désignée dès son origine, et 11e semble pas avoir été destinée d’abord à déboucher en la rue Jacob. Le q3 mai 1620, sur la requête de plusieurs de ses habitants, le Parlement ordonna qu elle serait visitée, pour voir s il y avait lieu de la prolonger jusqu’à la rue des Saints-Pères; niais un arrêt du 28 février 1626 décida qu’elle serait coudée, et cela dans 1 intérêt de 1 hôpital de la Charité, dont il convenait de ne point couper l’enclos.

bien prouver que les plans de l’Université sont faux, et qu'ils placent la première borne du Pré aux Clercs de vingt et quelques toises trop au sud. Nous sommes, en elfet, sûrs de l’emplacement de la porte Papale qui est figurée sur des plans de 1 548 et 1 653. Subsidiairement, nous faisons observer que la ligne reliant les bornes a et 3, prolongée sans inflexion . arrive au droit de la porte Papale

et court parallèlement à la ligne reliant les bornes 3 1 , 3a et 33.

(1) Et par conséquent retournant vers l’ouest.

(i) Nous avons fait observer que Jaillot s’est trompé en affirmant que le vieux chemin des Treilles était représenté par la rue de l’Université. (Voir le volume du Bourg Saint-Germain, p. 87.)

Toute la partie du grand Pré située à l’orient de la rue des Saints-Pères, et estimée contenir six arpents, fut cédée, le 3i juillet 1606, par l’Université à la reine Marguerite. Le 20 septembre 1609, cette princesse en fit don aux Augustins réformés quelle patronnait. Ceux-ci, comprenant que le meilleur parti à tirer du terrain était de le bailler à bâtir, l’aliénèrent par parcelles, et l’espace au midi de la rue Jacob, divisé en onze lots, fut vendu les 18 mars, 1 2 et 1 3 avril, 18 mai, 1 2 juillet et 2/1 octobre 1 6 1 3. Parmi les lots adjugés le 1 2 juillet, il s’en trouvait un qui fut vendu aux religieux de la Charité; il faisait l’encoignure des rues Jacob et des Saints Pères, et mesurait quarante-huit toises quatre pieds sur la première et vingt-huit toises deux pieds sur la seconde. Du côté septentrional de la rue Jacob, le terrain composa sept lots : le premier, à l’angle de la rue des Saints-Pères, le deuxième et le troisième furent vendus le 12 juillet 161 3. Le quatrième renfermant six cent deux toises deux tiers, avait été baillé par l’Université, le 5 septembre 1 588 (?)a Richard Tardieu, sieur du Mesnil ' , qui le céda à François Fontaine, secrétaire du Roi, et, le 1 h juillet 1 6 1 0 , il fut acquis de celui-ci par Nicolas le Prestre, sieur de la Chevalerie, agissant pour le compte de Nicolas Vauquelin des Yveteaux. Aux dates des 1 2 février 1611, 12 juillet 1 6 1 3 et 8 janvier 1618, Nicolas le Prestre acheta, en outre, des Augustins, et pour des Yveteaux, les trois derniers lots d’une contenance totale de 1826 toises; ils faisaient le coin de la rue de la Petite-Seine et s’étendaient jusqu’au couvent des Augustins. Dans le bail du 1 2 février 1G1 1, on avait stipulé que le preneur ferait couvrir d’une voûte de six pieds de large 1 egout à ciel ouvert qui traversait le lot, et que, comme indemnité, il recevrait en franchise une zone de sol large de quatre toises et longue de quarante-quatre. C’est sur les mille neuf cent vingt huit toises des quatre parcelles, pour 1 acquisition desquelles Le Prestre prêta son nom, que Des Yveteaux planta le magnifique jardin d’arbres de haute futaie qui a été si célèbre, et dont l’emplacement, aliéné en 1 659, se couvrit ensuite de maisons. Le terrain de ce jardin et des environs avait d’ailleurs été récupéré, depuis le 28 décembre 1622, par l’Université qui, dès le i5 avril 161/1, avait obtenu la rescision du contrat de 1606.

111 C’estcequi résulte du mémoire de Pourchot; entre la rue de la Petite-Seine et celle qui ne fut mais nous lisons, dans les documents originaux, que commencée. Le lot de Tardieu aurait donc fait que les six centdeux toises de Tardieu étaient siluées le coin de la voie dite aujourd'hui rue Bonaparte.

Page 1