CHAPITRE ADDITIONNEL
FORMATION ET DÉVELOPPEMENT PROGRESSIF DU FAUBOURG SAINT-GERMAIN
Sommaire : Le faubourg Saint-Germain, extension naturelle du bourg. — Causes générales de sa formation tardive et de la lenteur de son développement : «places à bâtir ^ au dedans de la Ville; défaut de sécurité au dehors; défenses de construire au delà de certaines limites; guerres de la France et de l’Empire. — Causes particulières : sinuosités du fleuve; absence de grandes roules; creusement de la Tranchée; maîtrises et jurandes, etc. — Circonstances qui favorisèrent, vers la fin du xvi° siècle, le peuplement du faubourg : mesures de voirie prises par le Parlement; constitution de la propriété privée au milieu des biens de mainmorte; aliénations faites par l’Université et par l’Abbaye; établissement d’un bac et d’un grand chemin pour l’apport des matériaux servant à la construction du château des Tuileries; fin des guerres de religion; mouvement réformateur dans les monastères; fondation, translation et dédoublement de couvents d’hommes et de femmes; aides et subventions accordées par la Cour, l’aristocratie et la haute bourgeoisie. — Phase religieuse de l’histoire du faubourg Saint-Germain. — Développement civil, hospitalier et militaire du faubourg, constaté par les textes et par les plans : Munster, Braün, la Tapisserie, Saint-Victor, Quesnel, Mérian, Tavernier, Boisseau, Gomboust, Bullet et Blondel, Jouvin de Rochefort et Nicolas de Fer. — Incorporation du faubourg à la Ville; développement de la propriété privée; prédominance de l’élément civil pendant le xvn° siècle. — Etat du faubourg exposé, en 171 à, par La Caille, géographe de la Lieutenance de police, et, en 1728, par Delagrive, topographe de la Prévôté des marchands. — Les couvents, les hôtels et les jardins du faubourg vus à vol d’oiseau sur le plan de Turgot (1735-1789). — Influence de la construction de l’hôtel des Invalides et de l’École militaire sur le développement de la partie occidentale du faubourg; les avenues, le Gros-Caillou. — Renseignements fournis par les plans de Robert de Vaugondy, Deharme, Jaillot, Verniquet. — Résumé et conclusion.
Le vaste territoire que nous venons de décrire, et que l’arpentage de 1 5 2 9 nous représente comme étant alors à l’état de domaine rural, se rattachait par plusieurs points au bourg Saint-Germain, c’est-à-dire à la partie du même fief où le mouvement de construction s’était accusé le plus promptement, à raison de la proximité du monastère et des portes de la Ville. Du carrefour de la Croix-Rouge, considéré comme la limite du bourg vers la campagne, 011 rayonnait dans toutes les directions : le chemin de Cassel (rue Cassette) menait à celui de Vaugirard, et le chemin Herbu (rue Notre-Dame-des-Champs) à la Chartreuse de Vauvert; le chemin de Saint-Père conduisait au bord de la Seine, tandis que les deux che-
mins des Vaches (rues de Grenelle et Saint-Dominique), le chemin des Vieilles-Tuileries et celui de Sèvres, permettaient d’atteindre, au couchant, les homes respectives des seigneuries de Saint-Germain et de Sainte-Geneviève. On pouvait doue prévoir l’extension prochaine du hourg, malgré l’obstacle que semblait y apporter l'établissement d’une porte au carrefour même; et, de fait, les constructions auraient depuis longtemps franchi celte porte, si des empêchements de diverse nature ne s’étaient produits successivement.
Et d’abord l’espace circonscrit par l'enceinte de Philippe-Auguste, sur la rive gauche, et par celle de Charles V, sur la rive droite, avait suffi et au delà, jusqu’à la (in du xv' siècle, à loger la population parisienne. Les malheurs de la guerre de Cent ans, l’occupation des Bourguignons et des Anglais, l’émigration de la Cour sur les bords de la Loire, les guerres d’Italie qui dépeuplèrent la France, toutes ces causes réunies étaient peu favorables au développement du Paris suburbain. Dans 1 intérieur de la Ville, de tr grands vuidesn existaient encore : c’étaient les courtilies ou cultures des monastères et des commanderies. Saint- Martin-des-Champs, le Temple, les Bernardins, disposaient de terrains considérables situés intra muros, dans des conditions de sécurité qu’était loin de présenter le domaine rural de Saint-Germain, et trouvaient beaucoup plus facilement à les accenser. L’Abbaye avait elle-même mis à profit cette facilité, lorsque la fortification de Philippe-Auguste eut enfermé dans la Ville la partie orientale de sou fief, et elle ne songea à tirer parti de ses terrains extra muros , que quand elle n’eut plus rien à bailler à cens en dedans de l’enceinte.
Le même mouvement devait se produire après le peuplement des environs immédiats du monastère : en cette année 1629, où fut fait l’arpentage des terres en culture, commença une série d’accensenients qui reculèrent les limites du bourg bien au delà de la Croix-Bouge, et donnèrent naissance au faubourg. On bailla successivement à bâtir Pilot compris entre le chemin de Sèvres et les Vieilles Tuileries (rues de Sèvres et du Cherche-Midi) , le côté méridional du chemin de Vaugirard, le côté occidental du chemin de Saint-Père, les deux côtés du chemin de Grenelle, au delà du point où débouche la rue de la Chaise, etc. L’impulsion était donnée, et le mouvement se serait propagé de proche en proche, si la continuité des guerres, l’invasion de la France par les Impériaux et l’imminence d’un siège n’étaient venues brusquement l’arrêter.
Le défaut de sécurité, en temps de paix comme en temps de guerre, était, au fond, le principal obstacle que rencontrait à Paris le développement des faubourgs. Non seulement les corps réguliers et les batteurs de grands chemins avaient beau jeu pour piller et rançonner en dehors de l’enceinte fortifiée; mais encore les rôdeurs, coupeurs de bourse, « caymans, ruffians, mauvais garçons, 11 y abondaient, et leur présence en chassait les honnêtes gens, qui ne se sentaient point protégés, comme en Ville, par les sergents et par le guet. La situation était encore si mau-
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vaise au commencement du règne de Henri II, que ic défaut de sécurité et de moralité constitue l'un des principaux considérants de l’édit de i548 relatif à l'interdiction de bâtir en dehors des bornes : a Plusieurs des maisons desdicts ccfaulxbourgs, y est-il dit, ne sont que retraites de gens mal vivans, taverniers, ejeux etbourdeaux, et la ruine de grand nombre de jeunes gens qui, alléchez et cr attirez d’oysiveté, consument et perdent là profusément leur jeunesse, et se et nourrissent en tels vices, et procédans de mal en pis, prennent la hardiesse de ircommectre plusieurs meurtres, volleries, larrecins et aultres débets grandement te contraires, pernicieux et dommageables*1), n
On comprend qu’un tel état de choses ait fait obstacle au peuplement des faubourgs et motivé l’interdiction de bâtir au delà de certaines limites. A pareils maux il n’y a que deux remèdes : annexer ou supprimer. La génération présente a connu un tt Paris hors barrière « qui offrait quelques traits de ressemblance avec celui de i5i8 ; l’annexion a fait justice de ces irrégularités. Mais, au milieu du xvie siècle, malgré le désir qu’en avait Henri II et les plans qu’il fit dresser à cet effet*2), c’était une entreprise considérable que l’incorporation des faubourgs à la Ville. Il fallait, en effet, construire à grands frais une nouvelle enceinte et y enfermer les et grands vuidesn dont se plaignent les historiens de Paris; or on tenait à les combler, avant de favoriser une nouvelle extension de la ville, le long des grandes routes y aboutissant. On se prononça donc pour la suppression ou, du moins, pour la limitation du nombre et de l’étendue des faubourgs. L’édit de i5A8, confirmé en i55â, fut renouvelé au siècle suivant; en 1627 et 1 63 2 , il fut fait itérativement defense de bâtir au delà de certaines limites, et, pour que personne n’en ignorât, un arrêt du Conseil prescrivit de planter des bornes ostensibles qui furent, jusqu'à la fin du xvne siècle, le nec plus ultra delà cité. En 1668, cent ans après l’édit de Henri II, on ne pouvait encore bâtir dans la zone suburbaine qu’en vertu d’une autorisation spéciale : le i 2 mars de cette année, le roi permet à Charles Longuet, Antoine lluot et Etienne Feydeau, de faire clore une pièce de terre et seize au tt fauxbourg Saint Germain des Prez,lieu dit le Mont bruslé, vis-à-vis l’hospital des tt Incurables, et de bastir sur icelle, nonobstant les défenses cl prohibitions de construire tt hors les bornes et limites dudict faubourg Saint-Germain®, n
Il faut croire que ce et nonobstant d fut contagieux, car il intervint, en 1670,
l( L’édit est cité par Fonlanon, dans son recueil d 'Ordonnances (t. I, p. 842), et reproduit par Félibien, Preuves, 111, p. 64-2.
(2) Le projet de Henri II était formel : une pièce, du 9 septembre i55o, consignée dans les Registres du Bureau de la Ville , et reproduite aux Appendices de ce volume, contient cette déclaration : «Nous avons advisé et ordonné faire joindre et en-
ffdorre en icelle bonne ville de Paris, cappilalle de irnostre Royaulme, à murailles et fossez, les faulx- « bourgs de noslre dicte Université, aligner et dresser les rues, icelles paver et acommoder, selon le rrpourlraict et devis qui en a esté faict au plus prez ffde nostre intencion.» {Lettres patentes pour rétablissement d’un bac sur la Seine.)
(,) Félibien, Preuves , V, p. 1 3 3 .
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, un arrêt du Conseil, ordonnant qu’on dresserait un état des bornes plantées et des maisons construites. C’était le prélude d’une mesure fiscale, purement arbitraire, absolument spoliatrice, qui dut emplir les cofl'res du roi et, ruiner du même coup bon nombre de gens. Le Conseil, par deux nouveaux arrêts, de 1673 et 1673, autorisa le maintien de toutes les maisons construites au delà des bornes indiquées par les édits de Louis XIII, moyennant le payement, dans un délai de trois mois, d’un dixième de leur valeur; mais, en même temps, il ordonna la démolition de toutes celles dont les propriétaires n’auraient pas payé le dixième, dans les termes prescrits. Celte destruction devait avoir lieu par mesure de voirie et aux frais des propriétaires; les matériaux devaient être er portés aux chantiers du roi, rr et le fond réuni à son domaine'11, n
A ces diverses causes, qui entravèrent pendant longtemps la formation des faubourgs et en arrêtèrent plusieurs fois le développement, il faut enjoindre une qui est spéciale à la région occidentale de Paris, et que nous avons indiquée ailleurs De ce côté de la capitale, et plus encore sur la rive gauche que sur la rive droite, les sinuosités du Ileuve ont, jusqu’au siècle dernier, fait obstacle à l’établissement des routes, des ponts, et, par conséquent, à l’extension de la Ville
11 Félibien, Preuves , IV, p. 229 et 23o.
(2) rr Du nord, du sud et del’est,on estarrivéde tout temps à Paris, par de grandes voies parallèles ou perpendiculaires à la Seine, et l'on y a pénétré sans avoir à traverser le fleuve ailleurs que sur le Grand ou le Petit Pont, c'est-à-dire dans l’enceinte même de la Ville. Vers l’ouest, au contraire, les méandres de la rivière oui fait obstacle à la création des routes, ainsi qu’à l’établissement des ponts. L’art des ingénieurs avait ses limites; les ressources et moyens d’exécution étaient bornés, et, comme on avait peine à faire communiquer entre eux, aulrcmenlqu’avecdes ponts rrde fusl n ou rr ponts rouges» les quartiers d’une grande ville séparés1 >ar les divers bras d’un fleuve, il ne fallait pas son :r à jeter un pont de pierre, en pleine campagiy , sur un cours d’eau considérable, uniquement pour la commodité des voyageurs, môme au prix d’un péage qui 11’eût certainement pas couvert les frais de construction et d'entretien. Un pont établi dans ces conditions aurait, en outre, iivré passage aux gens de guerre; car sans parler des incursions normandes, depuis Louis VU et la répudiation d’Eléonore de Guyenne, les agressions armées sont venues le plus souvent de l’ouest et du nord-ouest.
rr Un seul pont existait dans la région occidentale de la banlieue parisienne : c’est celui de Saint-Cloud ,
qui fut établi dès l’année 84 1, el reconstruit dans les premières années du xiv° siècle. Ce pont, rroù avoildeux fortes tours, n dit Guillebert de Metz, qui écrivait au commencement du xvB, était plutôt une forteresse destinée à couvrir Paris , qu’un moyen de communication entre la capitale, la Beauce et la Normandie; il jouait, à l’occident, le môme rôle que celui de Charenlon à l’orient de la ville.
ff Sur tous les autres points de la banlieue de Paris, desservis par d’anciennes routes établies, pour la plupart, sur le sol môme des voies romaines, les fondations religieuses et les constructions civiles s’étaient facilement multipliées : on avait vu se former, à l’est, l’Abbaye Saint-Antoine des Champs, Reuilly, la Grange aux Merciers, le séjour du Roi, etc.; au sud-est, Saint-Victor, Saint-Marcel, les Cordelières; au sud, Notre-Dame des Champs, Sainte-Geneviève, les Charlreux;au nordet au nordest, Montmartre, les Porcherons, la Grange-Batelière, Saint-Laurent, la Chapelle de Saint-Denis et la Villetle Saint-Ladre. . .
rr A l’ouest, la configuration et la nature marécageuse du sol, le défaut de grandes voies et les difficultés d’accès, nées des circuits du fleuve, ont empêché ce mouvement d’extension successive.” ( Paris à travers les âges , 9e livraison; les Tuileries, p. 1 el 2.)
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au delà de son enceinte. Il ne faut pas oublier que les agglomérations extérieures, appelées laubourgs, se sont formées de préférence aux abords des principales portes de la capitale, et le long des voies qui y conduisent. Le cardinal de Lorraine le rappelait expressément, en écrivant, le 11 septembre i55o, au Bureau de la Ville de la part de Henri II : et Le comancement des faubourgs n’a esté, par trie passé, enduré sinon pour faire certaines hostelleryes pour recevoir ceux qui ctarrivoient ès-villes sur le tard, après que les portes sont fermées; et, si on les a et souffert eslendre plus qu’ilz ne debvoient, cela ne doibt porter dommage ne dis- « commodité aux habitans des villes!1). » Le fait est vrai, et les places fortes, ainsi que les villes fermées, sont encore aujourd’hui dans la même situation; mais cet argument historique, dont s’autorisait le cardinal pour assurer la défense de la Ville en déblayant ses alentours, ne saurait s’appliquer au faubourg Saint-Germain. Aucune route n’y pénétrait, sauf le chemin de Vaugirard, qui est devenu plus tard trie pavé des Gardes, d et qui ne conduisait qu’indirectement à la porte Saint-Michel, puisqu’il aboutissait sur les fossés. 11 ne s’était donc formé aucune tt hostellerve n le long de ce chemin pour recevoir les voyageurs attardés, et, lorsque le dauphin Charles, désespérant de défendre le bourg Saint-Germain, donnait, deux siècles auparavant, l’ordre de l’incendier, c’était l’agglomération formée autour de l’Abbaye qu’il avait l’intention de sacrifier, et non un rudiment de faubourg encore à naître.
Une sorte de fatalité pesait, du reste, sur ce territoire rural si bien situé cependant pour recevoir des constructions : on n’y bâtissait point encore quand il n’était pas protégé par une enceinte, et I on cessa d’y bâtir lorsqu’on l’eut enclos d’une tranchée. En dehors de ces travaux de terrassement s'étendait, en effet, une zone de servitude, analogue à celle qui règne autour de nos ouvrages militaires, laquelle frappait de stérilité, au point de vue du bâtiment, les terrains les plus propres à cette destination; en dedans, les besoins de la défense exigeaient que le feu de la place ne pût être gêné par les maisons, et, loin d’en augmenter le nombre, le génie de cette époque était plutôt enclin à le diminuer.
Il n est pas jusqu’à la question de maîtrise et de jurande qui n’ait, dans une certaine mesure, fait obstacle à la formation du faubourg Saint-Germain. Bien que le territoire, plutôt religieux que civil, se prêtât peu au développement industriel, bien que les seules industries qui eussent pu s’y établir, celles qui concourent à la préparation du manuscrit et du livre, fussent depuis longtemps groupées dans le quartier des écoles, sous la main de l’Université ou dans les environs immédiats de l’Abbaye, ledit de i548 ne fut pas moins appliqué à tous les faubourgs parisiens, sans distinction, et l’un des considérants de cet édit était formel : ttLes artisans qui se retirent esdicts faulxbourgs sont receuz à y
(,) Registres du Bureau de la ville, H 1781, folio 1 99 r°.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, tf tenir ouvroir, sans faire preuve et apprentissage , n’estre aucunement sujetz à rr visitations; de sorte que la pluspartdes maistres des mestiers de nostre dicte ville '(de Paris ne peuvent, pour ceste occasion, retenir leurs gens et serviteurs, car tt aussi tost qu'ilz ont apprins quelque chose de leurdicts artz et mestiers, ils laissent rret abandonnent leursdicts maistres, pour aller lever leurs ouvroirs etbouticques t esdictz faulxbourgs; qui cause (outre que leurz ouvraiges et denrées ne sont cr bonnes et loyales) grande cherté entre celles qui se font en nostre dicte ville, par cfaute que lesdictz maistres ne peuvent finer d’ouvriers W. n
Heureusement le faubourg Saint-Germain n’eut point à attendre, pour naître et se développer, la chute de l’ancien régime industriel : en 1776, il était presque complètement bâti, el les artisans du bourg avaient pu y tenir librement boutique et ouvroir. Mais il conserva et conserve encore son cachet d’origine : peuplé par l’aristocratie et par les gens d’église, couvert d’hôpitaux, de monastères et d’hôtels princiers, il est resté peu propre à 1 exercice des métiers autres que ceux de première nécessité, et les industries littéraires sont les seules qui s’y soient acclimatées.
Il faut reconnaître toutefois que des circonstances favorables vinrent modifier cet état de choses et lever, en partie, les obstacles qui s’opposaient à la formation et au développement du faubourg. Nous avons déjà indiqué le mouvement que produisirent les accensements de i5ag, et que les guerres avec l’Empire vinrent malheureusement arrêter. Le Parlement y aida de (ont son pouvoir, en prescrivant les mesures de voirie propres à transformer en quartier habitable les parties extrêmes du bourg et les amorces des principales voies du faubourg. Dès i545, il ordonna le pavage des rues et rendit responsables de l’inexécution de son arrêt, non seulement (des manans et habitansu de la région, mais encore l’Abbaye, rUniversité et la Prévôté des marchands, chacune dans la proportion de ses droits et de ses devoirs. Il est à croire que le pavage fut mal fait, qu’on n’eut pas soin de favoriser l’écoulement des eaux pluviales et ménagères, ou que le nettoiement lut fort négligé, surtout pendant les guerres de religion qui absorbaient tous les esprits, car un arrêt du 9 mars 1677 mit de nouveau en cause le cardinal de Bourbon, abbé de Saint-Germain , ainsi que (des Religieux, Prieur et Convent, les (( Recteur, maistres et supposts de l’Université, les Prévôts des marchands et Esche- ((vins de ceste ville de Paris, el aultres particuliers ,-n coupables d’avoir toléré ou produit un état de choses si contraire à la police du faubourg!'2).
Une année s’écoula sans que l’arrêt reçût son exécution; le 1 h juin 1578, nouvel arrêt rendu nsur remonstrances du procureur général du Roy, 71 et ordonnant cque les Religieux, Abbé et Convent de ladicte abbaye, les Prévost des marnchans et Escbevins de ceste ville, les manans et habitans dudict faulxbourg
Féliljien, Preuves, III, p. 642. — (2) Folibien , Preuves , V, p. 7.
FORMATION ET DÉVELOPPEMENT DU FAUBOURG SAINT-GERMAIN. 131 nSainct Germain des Prez, cliascun pour un tiers, fourniront aux fraiz nécessaires «pour vuidange des terre.,, pentes, pavés, etc. d Et, comme ies et manans n se montrèrent les plus empressés faire acte d'obéissance, probablement parce qu’ils y avaient un intérêt direct, sur requête présentée par eux, le Parlement, aux termes d un troisième arrêt rendu le 2 3 août de la même année, autorisa tt les supplians à tt faire tranchées selon l’alignement pour l’évacuation des eauës du faubourg, * ordonna de procéder à la levée de la taxe devant couvrir la dépense, et défendit, tant à la Ville qu à 1 Abbaye, do faire obstacle à l’exécution des travaux. Le 1 5 juin de l’année suivante, les cotisations n’étaient point encore encaissées, et le Parlement, par arrêt de ce jour, dut commettre deux de ses membres pour lever la taxe, dont la perception était entravée par diverses appellations et oppositions.
Il semblerait que l’intervention directe de la haute Cour dans les détails financiers de cette affaire ait dû en amener enfin la solution; mais ce serait mal connaître 1 esprit de routine et d’incurie qui caractérisait les administrateurs du xvic siècle; il fallut encore deux arrêts, l’un du 7 août, l’autre du 6 septembre 1 584 , pour en finir. La Cour pria le Roi d’agir sur le Bureau de la Ville, pour l’obliger rta prendre a rente jusques à deux mille escusp d’autre part, le président de la Cuesle et deux conseillers allèrent trouver le cardinal de Bourbon, et lui intimèrent 1 ordre de faire payer le tiers de la dépense et par les fermiers et recepveurs et de ladicte Abbaye, d Enfin il lut arrêté que a les susnommez seraient contrainctz tt par toutes voyes deûës et raisonnables, mesme lesdicts Relligieux, Abbé et Contt vent, Prévost des marchands et Eschevins, par saisie du revenu de ladicte Abttbaye et de 1 Hoslel de Ville, et lesdicts manans et habitans, par emprisonnement ttde leurs personnes, nonobstant oppositions ou appellations quelconques. « L’arrêt lut lu à son de trompe et cri public; le Prévôt de Paris et son lieutenant furent chargés d en assurer 1 exécution, et tout empêchement apporté aux ouvriers entraîna tt amende arbitraire et pugnition corporelle M. »
Ce n était pas trop de toute l’énergie du Parlement pour faire sortir, sans métaphore, le faubourg Saint-Germain de l’ornière où il croupissait. 11 résulte des divers arrêts dont nous avons donné l'analyse, que cries gravois et immundices n encombraient les points extrêmes du bourg et rendaient impraticables les anciens chemins ruraux, qui tendaient à se transformer en rues. Le carrefour de la Croix- Rouge, en particulier, 11’était qu’un immense cloaque barrant l’entrée des trois voies principales du faubourg, les rues de Grenelle, de Sèvres et du Clierche-Midi. Les boues accumulées dans la rue Taranne obstruaient le haut chemin des Vaches (rue Saint-Dominique), et la rue Saint-Père, ravinée, au nord et au sud, par le trop-plein des flaques d’eau qui croupissaient au sommet de la butte, présentait 1 aspect dune rue de village. Il devait, du reste, en être ainsi jusqu’à la fin des
télibien, Preuves, V, p. y.
guerres de religion : pendant les deux sièges de Paris, tous les résultats obtenus par le Parlement en matière de voirie furent anéantis, et l’assainissement du faubourg devint un nouveau problème à résoudre, après 1 entrée de Henri IV dans sa capitale. Aussi le peuplement de cette région ne date-t-il réellement que des premières années du xvu' siècle.
Le lecteur a dû remarquer, dans les arrêts du Parlement, une expression que nous avons soulignée et qui a son importance : à côté de l’Abbaye, propriétaire foncière, et do l’Hôtel de Ville auquel incombaient les charges municipales, il est question des ttmanans, habitans et autres particuliers , i 1 intéressés à l’exécution des mesures de voirie prescrites par la haute Cour. Ces ttaulires particuliers n étaient non seulement les locataires de maisons et de terres, mais encore et surtout les possesseurs de nombreuses parcelles du sol aliénées, à diverses époques, par les religieux. Le vaste territoire que ceux-ci avaient reçu de la munificence des rois de France n’était donc pas resté intégralement entre leurs mains, à 1 état de bien de mainmorte. Indépendamment des accensements temporaires, consentis en très grand nombre et se transmettant à des étrangers, avec le consentement exprès ou tacite des abbés, de véritables ventes avaient eu lieu au moyen Age, comme elles se pratiquèrent au xvuc et au xvmc siècle, moyennant le payement d’une somme principale, plus une redevance annuelle; et il en était résulté, dans le domaine rural de l’Abbaye, un certain nombre d’enclaves qui devinrent, avec le temps, de petits centres de construction. 11 faudrait dépouiller minutieusement les archives du monastère pour retrouver les accensements perpétuels dont la série a constitué la propriété privée au faubourg Saint-Germain; mais Berty, qui lésa longuement compulsées, y a constaté cr de nombreuses et irréparables lacunes, r L occupation de l’Abbaye par les troupes de Henri IV, pendant les deux sièges de Paris, et les dévastations qui en ont été la conséquence, expliquent la destruction dun grand nombre de documents, auxquels il devient dès lors impossible de se référer.
On trouve néanmoins, de siècle en siècle, depuis 1 an 1269, des témoignages écrits constatant l’existence de ces accensements, constitutifs de la propriété privée, dans le périmètre du fief rural de 1 Abbaye. A la date que nous venons d indiquer, les nonnains de 1 abbaye de Longchamps achètent de Robert le Bransle et de Perronnelle sa femme, l’une des lies situées en aval de Paris et comprises dans la censive de Saint-Germain-des-Prés. A la fin du siècle suivant, en 1 38g , vingt arpents de terrain, voisins du Pressoir de 1 Hôtel-Dieu , sont acquis par Renauld Mingot et sa femme Agnès, qualifiés de et familiers de l’Hôtel-Dieu. d En 1/161, une des petites îles dont la réunion forma plus tard File des Cygnes, est dite appartenir à un sieur Gilet Prunier. En i523, un arpent de terre situé au Gros- Caillou, près le pont de l’île des Cygnes, outtau gué aux Vaches, v est dit tr tenir K d’un bout aux hoirs Jehan Ballay;v il y avait donc là un héritage, cest-à-diie
FORMATION ET DÉVELOPPEMENT DU FAUBOURG SAINT-GERMAIN. 133 une propriété privée W. Nous ne pousserons pas plus loin cette énumération : avec le xvnc siècle, les aliénations, sous forme d’accensement, se continuent dans de vastes proportions , et la propriété individuelle se constitue sur tout 1 ancien territoire rural du monastère.
11 n’entre point dans notre dessein de rechercher si le fief donné à l’Abbaye renfermait originairement des enclaves, ou si elles résultent uniquement des aliénations faites à diverses époques. Toutefois il existe plusieurs documents constatant la marche des choses, et montrant comment le simple bail à cens finissait, avec le temps, par aboutir à un acte de vente. En voici un exemple : dans l’année î 5 16, l’Abbaye donna à bail aux bouchers établis entre la porte des Cordeliers et le monastère, le long de la rue qui prit le nom de leur industrie et qui a été absorbée, de nos jours, par le boulevard Saint-Germain, un terrain représenté aujourd’hui par l’hôtel de Luynes et ses jardins, dans l’ancienne rue Saint-Dominique. Ce terrain devait servir à l’établissement d’une écorcherie; 1 1 8 ans après, c’est-à-dire en ,634, l’année même de la fondation de l’hospice des Incurables, le mouvement des constructions s’était tellement développé que l’écorcherie de 1 5 1 6 ne put être maintenue en cet endroit. L’Abbaye reprit alors le terrain quelle avait précédemment baillé à cens, et le vendit définitivement a Marin Besmer, sieui du Plessis, à la condition de procurer une autre écorcherie aux boucliers.
Ce que l’Abbaye faisait sur son domaine, l’Université le fit également sur le sien, sans doute avec les mêmes formalites legales. Non seulement elle bailla à cens la plus grande partie du petit Pré-aux-Clercs, puisque Ramus constate, dans sa harangue, qu on y voyait de son temps ( 1 5 B y ) de nombreuses et magnifiques constructions, mais encore elle se décida à vendre le sol du grand Pré, lorsque cette aliénation lui parut avantageuse. Au commencement du xvnc siècle, les étudiants de Paris ne fréquentaient plus guère leur Pré; l’habitude des promenades à travers les prairies de la Seine avait presque complètement disparu, en même temps que la valeur vénale de ces terres, absolument improductives, s’était accrue dans de grandes proportions. L’Université prêta donc 1 oreille aux propositions que lui fit Marguerite de Valois, de retour a Paris après une absence de vingt ans, et elle consentit à lui céder d’abord les terrains nécessaires à l’établissement des frères delà Charité (1602), puis le solsur lequel s’éleva le couvent des Pelits-Augustins (ifio5), et enfin le vaste espace nécessaire à la construction du palais et à la création des jardins, qui devaient composer la résidence de la première femme de Henri IV. Les allées de ces jardins furent plus tard des rues toutes tracées; il n'y eut qu’à bâtir de chaque côté.
Les acquisitions de la reine avaient, d’ailleurs, été précédées par plusieurs
(l> Ces exemples sont cile's par Iierty dans sa description du territoire rural de l'Abbaye.
autres: Marguerite acheta, eu effet, de Jean Carrcl, Loys de Charlis, Antoine Daiieret, jardiniers, et du bailli de la Grenouillère, une partie des terrains dont elle avait besoin; nouvelle preuve de l’existence de la propriété privée, sous forme d’accensement perpétuel, au milieu des biens de mainmorte de l’Université, comme à travers les domaines de l’Abbaye. La propriété collective et inaliénable eut été un obstacle à la formation et au développement du faubourg; la possession privée et transmissible favorisa, au contraire, l’achat des « places à bâtir* et l’industrie du bâtiment.
Mais l’événement qui exerça l’influence la plus décisive sur le peuplement du laubourg Saint-Germain fut la construction du château des Tuileries. L’établissement d’un bac pour passer l’eau , l’ouverture d’une grande voie transversale sillonnant le territoire rural de 1 Abbaye dans sa plus grande largeur, depuis la rive gauche de la Seine jusqu à la Chartreuse de Vauvert, rendirent accessibles et mirent en valeur les terrains les plus éloignés de l’enceinte. Le grand chemin du Pré-aux-Clercs, qui est devenu plus tard la rue de l’Université, les deux anciens chemins des Vaches (rues de Grenelle et Saint-Dominique), le chemin de Sèvres, la rue des Vieilles-Tuileries (du Cherche- ou du Chasse-Midi), le chemin de Vaugirard furent coupés à diverses hauteurs, et il se forma ainsi, à chaque intersection, des angles, ou «bons coins* à bâtir, qui furent promptement utilisés, lorsque, le charroi des matériaux nécessaires à la construction du palais étant terminé, le chemin des charretiers fut transformé en rue.
Ce mouvement se serait produit dès la seconde moitié du xvie siècle, si les guerres de religion n’avaient détourné propriétaires et architectes de toute entreprise; mais, lorsque l’entrée de Henri IV à Paris eut enlin mis un terme à ces déchirements, lorsque l’activité pacifique eut succédé à l'agitation politique et religieuse, les travaux reprirent sur tous les points, et le faubourg Saint-Germain, en particulier, devint un vaste chantier de construction: non ne veid, dit un et auteur du temps, que massons en besongne. * Toute la population suburbaine, qui s était entassée en ville pour se mettre à l’abri des déprédations des gens de guerre, sortit de Paris, comme d’une prison, et se répandit dans les faubourgs.
Le territoire de Saint-Germain-des-Prés était le plus rapproché de l’enceinte, le plus vaste, le plus salubre; c’est là, sous la protection de l’Abbaye et à l’ombre de ses clochers, que les établissements religieux et hospitaliers songèrent à se transporter, soit qu ils fussent trop à l’étroit dans l’intérieur de Paris, soit que les malheurs de la guerre et la nécessité de réparer leurs pertes les obligeassent à cetle émigration.
La première moitié du xvne siècle, au faubourg Saint-Germain, est une série de fondations pieuses, de dédoublements de monastères d’hommes et de femmes,
I DV VIEVX PARIS.
|/ FAVBOVRG SAINT- GERMAIN
liaint-Garmam, en 1609
FORMATION ET DEVELOPPEMENT DU FAUBOURG SAINT-GERMAIN
de transferts à Paris des couvents de province, que la guerre avait ruinés et qui espéraient y trouver, grâce à la présence de la cour, aide et protection pour se rétablir. Les hôtels ne viennent qu’après. Quant aux petites maisons d’artisans, de jardiniers, de cabaretiers, elles s’interposent entre les habitations des seigneurs et des gens d’église; et aujourd’hui encore, dans les parties du faubourg qui ne sont point modernisées, on les distingue à leur aspect modeste, contrastant avec la splendeur des constructions environnantes.
Le siècle est à peine commencé, que le mouvement monastique se dessine : la Réforme avait contraint les ordres religieux de se réformer à leur tour, et toute maison soumise une nouvelle règle voulait avoir au moins une succursale à Paris; c’était la condition de son existence et de sa prospérité. Marguerite de Valois amène, en i 602 , les frères de la Charité au faubourg Saint-Germain, et, en 1 6o5 , elle fonde le couvent des Petits-Augustins. Le 2 5 septembre 1610, quelques mois après l’assassinat, de Henri IV, le jeune Roi signe une lettre de cachet autorisant l’établissement des Carmes déchaussés sur le chemin de Vaugirard. En 1622, Marie de Médicis installe les Bénédictines du Calvaire à côté du nouveau palais qu elle s’était fait construire sur l’emplacement de l’ancien hôtel de Luxembourg. En 1626, trois femmes dévouées fondent, sur le chemin de Sèvres, au lieu dit le Jardin d’Olivet, une maison d’éducation pour les jeunes filles. En 1 G3o, le monastère de filles, dit du Précieux-Sang, s’établit rue du Pot-de-Fer, à peu de distance du Palais Médicis. En 1 633 , les Jacobins, ou Dominicains réformés, obtiennent l'autorisation de fonder une maison pour le recrutement de leur ordre : ils font construire une église monumentale sur le haut chemin des Vaches, qui prend le nom de Saint-Dominique, en l’honneur de leur patron, et établissent à côté un noviciat fort important, dont les bâtiments ont été occupés depuis par le Musée d’artillerie.
Chacune des cinq années suivantes est marquée par une nouvelle fondation monastique ou hospitalière. En 1 6 3 3 , les Augustines de Laon viennent chercher asile au faubourg Saint-Germain : après de nombreuses vicissitudes, elles, finissent, par s’installer rue du Cherche-Midi, sous le nom de Prieuré de Notre-Dame-de- Consolation. En i63ô, l’établissement hospitalier le plus considérable de Paris est fondé sur le chemin de Sèvres, pour recevoir les incurables. En 1 63 5 , les chauoinesses du Saint-Sépulcre, fort éprouvées par les malheurs de la guerre, arrivent de Charlevil le , au diocèse de Reims, et s’établissent rue Saint-Dominique, au Clos Barbier, l’une de ces propriétés privées dont nous avons constaté l’existence dans le périmètre du fief rural de l’Abbaye. Elles sont suivies de près (1 636) patleurs voisines de province, les Bénédictines de Notre-Dame-de-Liesse, que la fureur des guerres chasse de Rethel, et qui, après un séjour de peu de durée dans la rue du Vieux-Colombier, traitent avec les institutrices de la rue de Sèvres, auxquelles elles succèdent; leur maison est représentée aujourd’hui par l’hôpital Necker. En 1637, les religieuses de Saint-Nicolas de Tulle, connues sous le nom
de Récollettes, s’établissent vers le milieu de la rue du Bac; leur chapelle subsiste encore sous le nom de Salon (le Mars.
Toutes ces fondations, autorisées par le Roi, sont faites, après enquête et information par le prieur de l’Abbaye, du consentement exprès de l’abbé de Saint- Germain, en sa qualité d’ et abbé du faubourg, seigneur spirituel et temporel rt d’iceluy. n Les princes et princesses, les seigneurs et les dames de la Cour les favorisent; plusieurs veuves, riches et bienfaisantes, y consacrent une partie de leur fortune, surtout quand il s’agit d’hospices, d’orphelinats ou de maisons d’école.
Le mouvement ne discontinue pas pendant la dernière période de la guerre de Trente ans, qui fit tant de ruines en province, et les chantiers de construction s’ouvrent sur tous les points du faubourg. Les autorisations données sont, d’ailleurs, très larges et très explicites : les communautés religieuses ont le droit de ci s’habituer rcet s’establir aux faulxbourgs de Saint Germain des Prez, d’y construire et bastir, ctès places par elles acquises, les églises et habitations qui leur seront nécessairest « et si amples que bon leur semblera11), y Plusieurs sont autorisées, en outre, à utiliser les terrains qui leur restent, après l’achèvement des bâtiments conventuels, pour y élever des maisons de produit: les Jacobins réformés de la rue Saint- Dominique, entre autres, obtiennent la permission de construire le long de la rue du Bac, qui était déjà la principale artère transversale du faubourg. Et c’est ainsi que, de proche en proche, les vides existant entre les maisons religieuses se couvrent d’habitations privées. La construction des hôtels fera disparaître , un peu plus tard, toute solution de continuité.
Nous reprenons notre énumération chronologique au point où nous l'avons laissée. En 1639, les Annonciades des Dix-Vertus, venues de Bourges, s’installent rue des Saints-Pères, et se transfèrent l’année suivante rue de Sèvres, où elles font construire de vastes bâtiments qu’elles cèdent, quelque temps après, aux religieuses de TAbbaye-au-Bois. A la même époque, les filles de la Providence ou de Saint-Joseph, qui tenaient un orphelinat rue du Vieux-Colombier, s’établissent définitivement dans la rue Saint-Dominique. Trois ansplus tard (iG43), l’un des monastères les plus importants qui aient encore été construits au faubourg Saint- Germain, reçoit les religieuses de l’abbaye de Pentemont, qui avaient quitté le diocèse de Beauvais, où leur couvent était périodiquement inondé. Des bâtiments conventuels d’une grande étendue, une chapelle monumentale en façade sur la rue. de Grenelle, de vastes dépendances sur la rue Hillerin-Bertin, font du nouvel établissement l’une des curiosités du faubourg. Dans les années 16A/1 et iGA5, les Bénédictines de Notre-Dame-de-Liesse régularisent leur installation au Jardin d’Olivet; puis il s’écoule quelques années correspondant aux troubles de la Fronde,
Félibien, Preuves , V, p. 119.
FORMATION ET DÉVELOPPEMENT DU FAUBOURG SAINT-GERMAIN, durant lesquelles le mouvement se ralentit. On ne cite, pendant cette période, que l’établissement des Théatins sur le quai de la Grenouillère (i648) et la fondation, par le chanoine André Gervaise, mandataire secret de Mme de Bullion, d’un asile, ou hospice des convalescents, dans la rue du Bac (i65a).
Avec l’année 1 6 5 3 et le triomphe de Mazarin, les translations et les fondations de monastères au faubourg Saint-Germain reprennent leur cours. Les Bénédictines de la Conception, appauvries par les malheurs de 1a guerre, quittent Bambervilliers, en Lorraine, et se réfugient d’abord à Saint-Maur; puis elles séjournent dans la rue du Bac et font un établissement définitif rue Cassette. La même année, dit Sauvai, et des religieux hibernois, de l'Observance de Saint-François, « fondent, en la rue du Chasse-Midy, un hospice « auquel on donna le nom d’hospice irlandais, et qui n’eut qu’une courte durée. L’année suivante, les religieuses de l'abbaye Notre-Dame-des-Bois, au diocèse de Noyon , traitent avec les Annonciades des Dix-Vertus, et leur succèdent dans le couvent de la rue de Sèvres (î 65 h ).
Après une interruption de quelques années, motivée tant par le nombre des fondations et des translations opérées depuis un demi-siècle, que par le retour de la sécurité succédant, en province, aux périls de la guerre civile et étrangère, le faubourg Saint-Germain voit naître de nouveaux établissements religieux; mais 1 élément laïque s’y mêle dans une certaine proportion, ce qui est un indice du développement de la population séculière sur ce territoire voué jusque-Là aux existences monastiques. Les petites écoles, dont il avait été peu ou pas question jusqu'alors, commencent à se montrer dans la seconde moitié du xvnc siècle. En i 658 , il se fonde, presque à l’angle des rues de Vaugirard et de Notre-Damedes-Champs, une te communauté des fdles séculières, dites de Mademoiselle Cos- « sart, r, pour l’éducation des jeunes filles pauvres. One chapelle du Saint-Esprit est annexée à la maison, qui passe plus tard aux mains des frères de la Doctrine chrétienne et prend le nom d Enfant Jésus.
A côté de cette école, qui ne se rattache à aucune congrégation, se place, quelques années après, un établissement purement laïque : «la dame Marie de Courte nay, veulve de David Rousseau, vivant marchand, demeurant au faubourg « Saint-Germain , d est autorisée, par lettres patentes enregistrées au Parlement, ttà fonder une maison d’instruction des pauvres jeunes filles, pour en icelle estait blir, loger, nourrir et entretenir quatre, cinq ou six bonnes fdles, plus ou moins, tt selon que la nécessité le requerra, capables d’instruire et d’enseigner toutes les «pauvres filles qui se présenteront ('h » Ces «bonnes filles, n dont l’une prenait tout simplement le titre de «sœur aisnée,n étaient de véritables institutrices laïques; elles ne prononçaient aucun vœu, ne mettaient pas leur bien en commun et le transmettaient à leurs familles.
(l) Félibien, Preuves , V, p. 187.
II faut croire que les écoles de ce genre, se développant parallèlement à l’accroissement de la population dans le faubourg, y trouvaient un facile recrutement, puisque, en 1669, le chantre de Notre-Dame (restant, de toute antiquité, (ccollateur, juge et directeur des petites écoles de la Ville, Cité, Université, faucrbourgs et banlieue de Paris, » voit comparaître en son auditoire dix-sept maîtres et dix-sept maîtresses du faubourg Saint-Germain, qui tenaient école avec l’autorisation de l’abbé. Le chantre leur délivre gratis de nouvelles lettres, ou brevets de capacité, et prononce une sentence d’union avec les maîtres et maîtresses de Paris; ce qui met, au point de vue scolaire, le faubourg sur le même pied que la Ville. Les dix-sept maîtres etles dix-sept maîtresses cités parle chantre étaient, certainement, les uns directeurs, les autres directrices d’écoles, caron leur laissait le choix de leurs auxiliaires, qui ne comparaissaient point et ne recevaient point de brevet. Ce fait implique l'existence de trente-quatre écoles dans le faubourg, et permet d’induire le développement que la population y avait pris en moins de soixante-dix ans.
Les quarante dernières années du xvuc siècle sont moins fécondes en translations et fondations religieuses. En 1G61, les Prémontrés s’établissent à l’angle des rues de Sèvres et du Cherche-M idi . En 1 6 6 3 , le Parlement enregistre les lettres patentes autorisant Bernard de Sainte-Thérèse, évêque de Babylone, à établir un séminaire pour le service des Missions étrangères ce au coin des rués du Bacq net de la Fresnaye, ou petite rue de Grenelle.» Puis il faut aller jusqu’en 1672 pour constater une fondation nouvelle, ou plutôt une substitution : les filles de Sain te-Thècle succèdent aux filles de la Mort, établissement qui 11’eut qu'une durée éphémère, dans les bâtiments conventuels élevés à l’angle des rues de Vaugirard et Notre-Dame-des-Champs. L’année suivante, les Visitandines fondent une seconde maison de leur ordre dans la rue du Bac, avec entrée rue de Grenelle; la première, contemporaine do Mmo de Chantal, était celle de la rue Saint-Antoine.
On ne compte plus, avant 1700, que trois translations, celle des religieuses de Notre-Dame-des-Prés, venues de Mouzon, au diocèse de Reims, et installées d’abord rue du Bac (1675), puis rue de Vaugirard (1689); celle des Carmélites de la rue du Bouloi, qui s’établissent plus commodément rue de Grenelle (1(187), celle des religieuses do la Nativité, qui vont, en cette année, occuper l’Iiôtel de Beauvais, dans la même rue. Le dernier établissement qui date du xviU siècle est la maison de Repentir, ou Bon-Pasteur, fondée en 1698 dans la rue du Cherche-Midi, sur remplacement occupé aujourd’hui par la prison militaire.
En face de cet immense développement des maisons religieuses, on ne cite qu’un bien petit nombre d’établissements purement civils: les hôtels seuls égaleront, par leur nombre et leur importance, les fondations et les translations monastiques. Cependant, dès 1607, Henri IV fait enregistrer par a la Cour de Parlement, Grand’Chambre et Tournelles,» les lettres patentes par lesquelles il
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