EAÎT -DE LA CAILLE
; de la. censive de Saint- Germain- des -Prés, en 1714
FORMATION ET DEVELOPPEMENT DU FAUBOURG SAINT-GERMAIN
me de Bourgogne, ouverte jusqu’à celle de Varennc, est indiquée comme devant être prolongée jusqu’à celle des Vachers, ou Rousselet, projet qui ne fut point réalisé. Les voies percées au milieu et à côté du Pré-aux-Clercs ne s’arrêtent plus à mi-chemin de l’esplanade des Invalides; la rue de Verneuil seule se termine à celle de Poitiers. Quant au mouvement de construction, il est continu le long des grandes voies et intermittent sur le parcours des petites; quelques détails permettront d’apprécier le progrès accompli sous ce rapport.
Abandonnant les rues de Vaugirard, de Sèvres et du Cherche-Midi, ainsi que les petites rues transversales qui devaient leur peuplement au voisinage du Palais Médicis, des Petites-Maisons, des Incurables, et qui avaient eu leur instant de vogue, les constructeurs parisiens se rapprochent de la Seine, et concentrent leur activité entre le Palais Mazarin et les Invalides. L’établissement du Pont-Royal, la proximité des Tuileries et du Cours-la-Reine invitent les grands seigneurs à se tailler des hôtels et des jardins dans les vastes terrains de l’Université et de l’Abbaye. L’une et l’autre vendent à charge de remploi, et le cardinal de Bissy, en particulier, fait percer et bâtir, avec le produit de ces aliénations, tout un groupe de rues dans l’enclos même du monastère!11. Les rues de Varenne, de Grenelle, Saint- Dominique et de l’Université, se construisent, dans tout leur parcours : la première compte déjà douze hôtels; la seconde en possède vingt; la troisième en a trentequatre et la quatrième vingt-cinq. Viennent ensuite, dans l’ordre d’importance, la rue du Bac, qui en compte dix-lmit, la rue de Bourbon, qui en a onze, la rue des Saints-Pères, qui en possède neuf, les rues Saint-Guillaume et du Regard, qui en ont cinq chacune. Le long du quai d’Orsay s’étendent les terrasses des hôtels eu façade sur la rue de Bourbon, et l’ouverture de la rue de Bourgogne laisse, entre la rivière et l’esplanade des Invalides, un vaste espace que couvrent bientôt après le palais Bourbon et l'hôtel de Lassay.
Les plus beaux noms de l’aristocratie française sont attachés à ce grand mouvement do construction : c’étaient, en 1728, les Vendôme, les Clermont, les Matignon, les Duprat, les Villars, les Maurepas, les d’Estrée, les Bonneval, les Noirmoutiers, les Pompadour, les La Force, lesBrissac, les Carvoie, les Tavannes. les Tingry, les du Lude, lesBroglie, les La Vrillière, les d’Auvergne, les d’Aubeterre, les Roquelaure, les Guise, les d’Ancezune, les Locmaria, les Torcy, les Seignelay, les Humières, les Dangeau, les Belle-Ile, les Bouillon, les Lauzun, les Novion, les Saint-Gelais, les d’Asfeld, les Vieuxbourg, les Marsan, les d’Aligre, les Créquy, les Mortemart, etc. Des acquisitions, des alliances, des héritages changent, d’année en année, le nom de ces somptueuses résidences; toute la no-
(l Ces rues, qui ont disparu récemment, portaient les noms de ChildeberL d’Erfurlh et des Frères- Sainle-Marlhe.
blesse s’y succède, comme dans Y Armorial île France; il semble, en parcourant les
rues du faubourg, qu’on feuillette les volumes de d’Hozier.
Ce que l’abbé Delagrive montre en plan, ou en lignes noires, Bretez le fait voir, onze ans plus tard, en élévation ou à vol d’oiseau; les liôtels, dont le nombre va toujours croissant, apparaissent avec leurs divers corps de logis, leurs jardins à la française et leurs vastes dépendances, qui en font de petits palais. Parmi les plus somptueux il faut citer, en première ligne, ceux de Bourbon et de Lassay, puis les hôtels du Maine, de Clermont, de Castries, dans la rue de Varenne; ceux de Sens, de Villars, d’Estrées, dans la rue de Grenelle; ceux de Luynes, de Conti , deBroglie, de Montmorency, dans la rue Saint-Dominique; ceux de Mailly et de Belle-Ile, aux abords du Pont-Royal. Piganiol de la Force, qui écrivait ci l’époque où Turgot faisait lever le plan qui porte son nom, désigne les hôtels du faubourg Saint-Germain par le titre do leurs propriétaires; c’est une nouvelle série do noms, parmi lesquels il convient de mentionner ceux des Gouflîer, des Rohan, des Boise, des Mézières, des Biron, des Lesdiguières, des Rupelmonde, des Pons, des Clérambault, des Cosnac, des Noailles, des d’Aiguillon, des Lambert, des Courcillon, des Chemerault, etc.
Le plan de Bretez on de Turgot, qui est un plan cavalier, a l’avantage de montrer, beaucoup mieux que les documents purement géométraux de la même époque , les parties bâties du faubourg et celles qui ne sont point encore construites. En planant sur le vaste espace compris entre la rue des Saints-Pères, la Croix- Bouge, le Palais Médicis, la plaine de Montrouge, les Invalides et le cours de la Seine, on voit clairement que les îlots les plus denses sont limités par les rues des Saints-Pères, de Bcaune, Saint-Guillaume, des Rosiers, de la Planche, de la Chaise, Saint-Placide, etc., c’est-à-dire que le peuplement s’est fait d’abord à l’orient de la rue du Bac, pour s’étendre par degrés vers l’occident. Puis le mouvement de construction s’est propagé le long des grandes voies qui offraient des terrains en profondeur, lotis du nord au sud; c’est ce qui explique la préférence accordée, par les architectes des grands seigneurs, aux rues Saint-Dominique, de Grenelle et de Varenne. Les autres voies longitudinales, telles que les rues de l’Université, de Verneuil, de Bourbon et le quai d’Orsay, ne présentaient que des terrains peu étendus, sujets aux inondations et déjà utilisés par le commerce de bois; ce qui laiL comprendre le peuplement lard i I de cette région. Quant aux voies transversales, à 1 exception de la rue du Bac, grande artère qui conduit au Pont-Royal et dut se peupler commercialement d’assez bonne heure, la plupart, telles que les rues de Poitiers, de Belle-Chasse, Hillerin-Bertin et de Bourgogne, demeurèrent assez longtemps closes de murs; il ne pouvait s’y construire que de petits hôtels ou des maisons ordinaires, à cause du peu de profondeur que présentaient les terrains. 11 fallut même réduire les jardins des hôtels situés aux angles des
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grandes voies, pour rendre possibles les constructions en bordure de ces rues transversales.
Les terrains vagues et les parties excentriques du faubourg ne se voient pas moins nettement sur le plan de Turgot. Entre les Invalides et la rue du Bac, à l’extrémité orientale de laquelle la paroisse de Saint-Sulpice possède un cimetière, on n’aperçoit que deux terrains en friche, l’un au débouché des rues de Bourbon et de l’Université dans la rue de Bourgogne, l’autre à l’extrémité des rues de Varenne et de Babylone. Les chantiers de bois persistent de chaque côté des rues de Poitiers et de Belle-Chasse; mais l’achèvement des murs de soutènement du quai d’Orsay supprimera bientôt le port de la Grenouillère, et refoulera les chantiers de bois flotté dans File des Cygnes, encore séparée du continent.
Le Gros-Caillou se peuple lentement, mais sa physionomie commence à se dessiner; la rue Saint-Dominique, sur laquelle se profile le bâtiment quadrangulaire de la Boucherie des Invalides, est la principale artère de cette région; les jardins, les clos et les maisonnettes s’y multiplient; ce n’est plus un lieu de culture maraîchère, c’est un village en formation.
Les plaines de Grenelle et de Montrouge sont dans le même état qu’à l’époque où fut dressé le plan de l’abbé Delagrive; le nouveau boulevard, dont ce dernier s’était hâté de figurer le parcours, n’est point encore tracé entre les Invalides et la rue de Vaugirard. De ce point au couvent de Port-Royal, il apparaît sous la forme d’une large chaussée en remblai, à laquelle aboutit la rue Notre- Dame-des-Champs, et d’où se détachent les chemins de Vanves et de Châtillon.
En somme, Bretez et Delagrive, se complétant l’un l’autre, nous montrent le faubourg Saint-Germain arrivé a un état presque définitif; il n’y a plus que des vides intérieurs à combler, quelques rues transversales à bâtir, pour relier entre elles les grandes voies longitudinales, et le cours de l’ouest à rattacher à celui du sud, pour enfermer toute cette région dans un quart de cercle bien délimité. Au delà du boulevard, l’Hôtel des Invalides d’abord, l’Ecole militaire ensuite, détermineront de nouvelles extensions vers 1 ouest et vers le sud, jusqu’au moment où le mur des Fermiers généraux créera une nouvelle enceinte, dans laquelle seront enclos le Gros-Caillou et les avenues rayonnant autour des deux édifices.
Le vieux fief rural de Saint-Germain-des-Prés et celui de Sainte-Geneviève, qui le continuait au sud-est et au sud-ouest, ont donc subi cinq clôtures successives : la muraille de Philippe-Auguste, au commencement du xin° siècle; la Tranchée, au xvie; le nouveau cours, vers le milieu du xvme; le mur des Fermiers généraux, peu d’années avant la Révolution, et l’enceinte bastionnée, qui forme aujourd’hui la ceinture de Paris agrandi.
De 17.39 à 17G0, date de la publication du plan de Robert de Vaugondy,
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, l’œuvre de régularisation du faubourg se poursuit, mais un peu plus lentement; les vides se comblent d’année en année, et les maisons ordinaires, assez clairsemées jusque-là, sauf le long de la rue du Bac et de la rue de Sèvres, s’interposent entre les hôtels et les établissements religieux ou hospitaliers, de manière à former une ligne de construction continue. Toutes les rues qui aboutissent aux Invalides, y compris la rue de Varenne, sont complètement bâties jusque-là; celle de Bahylone forme seule exception; quant à la rue Bloinet, ou Plumet, elle doit à son manque de débouché l’état de stagnation où elle demeure. Les extrémités du faubourg se peuplent: la rue Notre-Dame-des-Champs a la moitié de son côté méridional bâti, et le Gros-Caillou se couvre de petites constructions. Dans la plaine de Montrouge, déjà coupée d’occident en orient par le nouveau cours, une grande voie plantée se dessine du nord au sud, à partir de la rue de Vaugirard: c'est le chemin d’Orléans, qui prendra plus tard le nom d’avenue, ou chaussée du Maine, et le long duquel se formeront de nouvelles agglomérations.
Robert de Vaugondy renouvelle, à l’égard de l'École militaire, l’omission de Bullet et Blondel au sujet de l’hôtel des Invalides ; le champ de son plan , beaucoup trop limité dans toutes les directions (puisqu’il coupe le faubourg Saint-Marcel à la hauteur des Gobelins, les Percherons à la chapelle de Notre-Dame-de- Lorette, et le Roule à l’église de Saint-Philippe), ne laisse voir, à l’ouest, qu’une partie du Gros-Caillou et de l’avenue de Ségur; le gibet de 1 Abbaye n’y est pas même indiqué, et toute la plaine de Grenelle est recouverte par la légende. La fondation du nouvel établissement, sorte d'école des cadets, était cependant résolue dès le mois de janvier 1751, et l’architecte Gabriel ne tarda point à en dresser les plans.
Le géographe Deharme, dont le travail n’est postérieur que de trois ans à celui de Robert de Vaugondy, figure ces plans tels qu ils avaient été conçus primitivement. Les bâtiments sont plus allongés du nord au sud, les cours plus nombreuses et plus étroites; les dispositions générales, en plan, ressemblent davantage àcelles de l’Hôtel des Invalides, puisque le nouvel édifice est précédé, comme 1 ancien, d’une cour d’honneur et d'une esplanade terminée par une gare fluviale semi-circulaire. Un vaste parc d’artillerie, accolé au flanc occidental de l École, fait face au château de Grenelle, et des projets d'avenues se combinent avec celles qui ont les Invalides pour point de départ. Le Champ de Mars n’est point prévu dans les premières conceptions de l’architecte. Le Gros-Caillou et le faubourg Saint-Germain présentent à peu près le même aspect que sur le plan de Robert de Vaugondy.
Il faut aller jusqu’en 1776, époque à laquelle Jaillot publia son savant et consciencieux ouvrage, pour avoir, non seulement une vue complète de 1 Hôtel des Invalides, de l'École militaire et du quartier environnant, mais encore 1 aspect