PARTIE DV PLAN FU
Représentant l'état du Faubo
FORMATION ET DÉVELOPPEMENT DU FAUBOURG SAINT-GERMAIN, exact du iaubourg Saint-Germain tout entier, au moment où le xvnie siècle proprement dit se termine avec l’existence de Louis XV. L’importance et la netteté des quatre feuilles de plan, que Jaillot a consacrées aux quartiers du Luxembourg et de Saint-Germain-des-Prés, nous engagent à en présenter l’analyse détaillée.
La partie orientale du faubourg s’est développée dans des proportions considérables. L’ancien cc Chemin herbu d est devenu une rue bâtie, au moins du côté méridional , dans la moitié de son parcours : plusieurs petits hôtels s’y dessinen t , avec leurs jardins, celui de l’abbé Terray, entre autres, où s’installa plus tard le collège Stanislas. L’impasse Notre-Dame-des-Cliamps (qui devint la rue de Fleurus, lors du percement de la rue de l’Ouest, le long du mur de clôture des jardins du Luxembourg et des Chartreux) apparaît bordée de constructions, ainsi que la partie méridionale de la rue de Vaugirard. La rue du Regard a huit grands hôtels, dont les jardins confinent à ceux des Carmes Déchaussés : ils portent les noms de La Guiche, de Châlons, de Baunes et de Croy; quelques-uns sont anonymes. L’hôtel de Toulouse, occupé aujourd’hui par les Conseils de guerre, apparaît à l’angle de la rue du Cherche-Midi. Trois casernes des Gardes françaises existent dans les rues de Sèvres, Saint-Maur et des Vieilles-Tuileries, et la paroisse de Saint-Sulpice, qui a successivement enterré ses morts sur tous les points du bourg et du faubourg, a établi un nouveau cimetière à l’angle méridional des rues de Vaugirard et de Bagneux. Les jardins de la rue Notre-Dame-des-Cliamps aboutissent en terrasses sur le nouveau cours, d’où se détache déjà le boulevard d’Enfer. La plaine de Montrouge, sillonnée par le chemin d’Orléans, ou du Maine, est encore nue; mais les rues de Vaugirard et de Sèvres commencent à se peupler, au delà de l’Enfant- Jésus et du couvent de Notre-Dame-de-Liesse.
De la rue des Saints-Pères à l’esplanade et au boulevard des Invalides, plus de terrains vagues, sauf les quatre chantiers que la longue interruption des travaux du quai d’Orsay a laissés subsister entre les rues de Poitiers, de Belle-Chasse, de Bourbon et de 1 Université. Les rues Plumet et de Babylone elles-mêmes, désertes jusque-là, sont dotées d un bâtiment considérable, la grande caserne des Gardes françaises, qui contribuera beaucoup à leur peuplement. Le long de toutes les grandes voies longitudinales, les hôtels ne présentent presque plus d’interruption : on en compte vingt-six dans les rues de la Planche et de Varenne, autant dans celles de Grenelle et de Saint-Dominique, vingt dans la rue de l’Université encore incomplètement bâtie, cinq dans la rue de Verneuil, vingt-deux dans la rue de Bourbon, sept sur les quais des T liéatms et d Orsay. Les rues transversales fournissent aussi leur contingent : la rue des Saints-Pères possède six hôtels; celles des Rosiers et de Saint-Guillaume, trois; celle de Bourgogne, trois; celle de Poitiers, deux. La rue du Bac, qui est restée la grande artère commerciale du faubourg, ne compte pas moins de vingt hôtels, parmi lesquels on distingue celui
de la Vallière, aujourd’hui maison-mère des filles de la Charité, avec ses splendides jardins sur la rue de Babylone.
Comme au temps de La Caille, de l’abbé Delagrive et de Turgot, les plus grands noms de France se pressent dans les rues du tt noble faubourg. » A ceux que nous avons déjà cités il faut ajouter ou substituer ceux de Ghabannes, de Fraigné, deBarbanson, de Narbonne-Pelet, de Rohan-Chabot, de Larochefoucauld, de Benvick, de la Motte-Houdancourt, de Harcourt, de la Salle, de la Marche, Molé, de la Force, de Guerchy, de Mirepoix, de Caraman, de Lignerac, de Monaco, d'Aumont, de Yal belle, Dillon, du Plessis-Châtillon, de Guéménée, de \ illeroy, de Brou, de Montesquiou, de Soyecourt, de Belzunce, de Valentinois, de Tessé, de Labriffe, de Choiseul, de Bauffremont, de Coubert, d’Ousenbray, de Carvoisin, de Gramont, de Rouault, de Praslin, d’Aumont, du Châtelet, etc. Chacun des hôtels habités par ces personnages est accompagné d’un jardin richement dessiné dans le goût de Le Nôtre, ou de La Quintinie, et se prolongeant jusqu’à la rue parallèle; témoin les hôtels de la rue de Varenne, dont les jardins aboutissent à la rue de Rabylone, à moins qu’ils ne rencontrent à mi-chemin ceux qui leur font face, comme il arrive pour ceux des rues de Grenelle, Saint- Dominique, de Bourbon, de l’Université, ainsi que pour ceux des hôtels situés du côté septentrional de la rue de Varenne.
Ce mode de lotissement ne couvrit donc de constructions qu une petite partie de terrain représentée par deux zones de peu de profondeur, à droite et à gauche de chaque rue; l’intérieur des îlots demeura planté et boisé. C’est à travers les jardins que durent cheminer les ingénieurs du service municipal chargés, par exemple , de relier la rue Hillenn-Bertin , d une part a la rue Belle-Chasse, d auti e part à la rue des Brodeurs, et c’est au milieu des parcs qu’ils pénètrent encore aujourd’hui, lorsqu’ils ont à tracer en diagonale une voie nouvelle, comme le prolongement de l’avenue du Maine ou du boulevard d’Enfer.
La partie occidentale du faubourg n’apparaît pas moins nettement sur le plan de Jaillot, et l’on peut, en étudiant dans ses détails ce curieux document, se rendre compte de l’influence que les deux grands établissements militaires ont exercée sur cette région. Ce n’était auparavant qu’une plaine absolument nue, au milieu de laquelle se perdaient le château de Grenelle, une et folie n et la ferme de Sainte- Geneviève. En 1 77 A, ce n’est plus un désert : on compte plus de vingt constructions sur le chemin de Sèvres, au delà du couvent de Notre-Dame-de-Liesse, et la partie extrême de la rue Blomet commence à s’animer. Une trentaine de petits bâtiments bordent l’avenue de Breteuil, la place de Fontenoy et les chemins que remplaceront plus tard les avenues de Ségur et de Tourville; le château de Grenelle lui-même est entouré de constructions, et la place Dupleix serait certaine-
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ment devenue, malgré l’interposition du Champ de Mars, le centre d’une agglomération nouvelle, si le mur des Fermiers généraux n’était venu enrayer le mouvement. En portant les limites de l’octroi de Paris jusqu’à ces points extrêmes, on frappait de stérilité, au point de vue du bâtiment, loute la zone intérieure, tandis qu’on provoquait, du même coup, la formation d’une nouvelle banlieue au delà de l’enceinte fiscale.
Le Gros-Caillou , compris entre l’esplanade des Invalides et le Champ de Mars, eut moins à souffrir de cette mesure; son périmètre était, d’ailleurs, parfaitement délimité parla rue Fabert, les avenues de Tourville, de la Bourdonnaye et la berge de la Seine. L’annexion de f ile des Cygnes au continent le dota d’un quai spacieux et donna la possibilité de prolonger la rue de l’Université sur l’emplacement même du petit bras supprimé. Le Champ de Mars y perdit son projet de gare fluviale, formant le pendant de celle qu’on se proposait également d'établir en amont de Paris; mais il y gagna de l’étendue, et eut désormais un débouché digne de lui.
Aucun plan ne représente, plus exactement que celui de Jaillot, le Gros-Caillou à la fin du règne de Louis XV : on y aperçoit distinctement, non seulement les trois grandes artères longitudinales qui ont cessé d’être des chemins pour devenir des rues, mais encore les voies transversales qui sont déjà au nombre de cinq, dont deux nouvelles, celles de la Vierge et de l’Eglise. Cette dernière dénomination est significative : le Gros-Caillou possède, en 177 h, une église, ou plutôt une chapelle, d’abord aide de la paroisse de Saint-Sulpice, puis paroisse autonome au bout de quelques années. Une centaine de maisons se groupent autour de cet édifice, et l’on peut prévoir la prompte extension do ce nouveau faubourg Saint- Germain, où se réfugieront bientôt les anciens cabarets du port de la Grenouillère, chassés de proche en proche par le mouvement des constructions aristocratiques.
Après le consciencieux travail de Jaillot, un seul document ichnographique peut ajouter quelques renseignements nouveaux à ce que les précédents nous apprennent sur le développement progressif du faubourg: c’est l’œuvre considérable qui porte le nom de Verniquet et clôt définitivement la série des plans antérieurs à la Révolution. Commencé en 1783 et terminé en 1795, le plan de Verniquet présente le dernier état du faubourg Saint-Germain , avant la sécularisation et le démembrement des propriétés monastiques qui s’y étaient si rapidement multipliées. La précision géométrique en est telle que l’administration du Domaine et, plus tard, la Commission des artistes, s’en aidèrent pour le lotissement des terrains à vendre, ainsi que pour le percement des voies nouvelles. Nous avons écrit ailleurs: ci C’est bien le Paris de l’ancien régime que Verniquet a mesuré, avec uses églises, ses hôtels, ses monastères, dessinés soit au simple trait, soit en timasse noire, et, cela, la veille même de leur destruction. Rapproché du plan
«de Turgot, dont il corrige la perspective et rectifie les inexactitudes, il s’éclaire, ir s’anime, acquiert le pittoresque qui lin manque, et ces deux documents, se «complétant l’un l’autre, constituent une représentation parfaite de la vieille « capitale M. «
C’est sous le bénéfice de cette appréciation et avec le compas même de Verniquet, que nous allons mesurer le développement final du faubourg Saint-Germain dans les dernières années du xvui® siècle.
Et d’abord, le mouvement d’extension que nous avons plusieurs fois constaté le long des grandes voies longitudinales (rues de Vaugirard, des Fourneaux, du Chercbe-Midi, de Sèvres, de Babylone, de Varenne, Saint-Dominique, de Grenelle, de l’Université, de Bourbon, quais des Théalins et d’Orsay) s’était arrêté brusquement lors de la construction du mur des Fermiers généraux. Par une réaction analogue à celles que provoquent toujours les mesures fiscales, on cessa de bâtir intra muros, à quelques centaines de toises des nouvelles barrières, et l'on se mit à former une nouvelle banlieue au delà des bureaux de recette, tt nonobstant i> les vieilles interdictions devenues lettres mortes. Le même effet s’est produit, de nos jours, au moment où la zone de l’octroi de Paris a été portée jusqu’à l’enceinte fortifiée.
Pendant les dix années qui s’écoulent entre la publication du plan de Jaillot et la mesure fiscale dont nous parlons, le peuplement des parties extrêmes du faubourg progresse cependant d’une manière très sensible. Entre les Chartreux, le nouveau cours et la pointe de Vaugirard, il n'y a pas dix constructions en 177Ù, date de la mort de Louis XV; les relevés de Verniquet, qui commencent à la même époque et se continuent pendant près de vingt ans, permettent d’en compter plus de cinquante. Pareillement, dans la partie basse de l’ancien lief de Saint-Germain, entre le couvent de Notre-Dame-de-Liesse, les Invalides, l’Ecole militaire et la Seine, Jaillot ne montre qu’une quarantaine de petites maisons; Verniquet en figure plus de cent, et les dimensions qu’il donne à plusieurs d’entre elles prouvent qu’il s’agit de constructions d’une certaine importance.
Entrons dans le détail de ces accroissements.
Dans la partie haute rie la région, l'achèvement du boulevard du Mont-Parnasse, l'ouverture du boulevard d’Enfer et de la «route du Maine, 11 déterminent le percement de diverses petites rues aboutissantes, et favorisent ainsi le mouvement de construction. L établissement de la barrière du Mont-Parnasse, en particulier, nécessite l’ouverture de la rue de ce nom et motive la transformation de l'impasse Notre-Dame-des-Champs, qui devient, quelques années plus tard, et
(l) Allas des anciens plans de Paris , notice explicative, p. 27.
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grâce à l’amputation d’une partie du jardin du Luxembourg, une rue baptisée par la -victoire de Fleurus.
La partie intermédiaire, comprise entre les barrières du Maine, de Sèvres et le nouveau cours, a moins prospéré : il semble que les deux boulevards, intérieur et extérieur, aient attiré à eux toute l’animation de ce quartier. La rue des Fourneaux n’est, à partir de l’ancien Moulin de la Pointe, qu’un chemin conduisant à la tt barrière de la Voirie , n où il existe, en effet, une vaste décharge publique, dont un abattoir à porcs occupe aujourd’hui la place. La rue de Vaugirard n’est bordée d’aucune construction, à partir des bâtiments de l’Enfant-Jésus; mais le mouvement de construction reprend au delà de la barrière. De la Voirie à la barrière des Paillassons, le boulevard extérieur n’est pas tracé et le mur de clôture n’est point encore construit; c’est la seule lacune que présente la muraille des Fermiers généraux, dans la région que nous étudions. Le vaste triangle circonscrit par l’hôlel des Invalides, l’Ecole militaire et le boulevard extérieur, a beaucoup gagné (nous l’avons constaté plus haut), grâce aux grandes avenues qu’on y a ouvertes et plantées. Trois se détachent de la n demi-lune des Invalides, n et trois autres de la place de Fontenoy. Jaillot n’en avait dessiné qu’une seule sur son plan.
Les vastes terrains situés aux confins des deux fiefs monastiques et désignés sous cette vague appellation, <r plaine de Grenelle, v sont coupés désormais par le mur et le boulevard de clôture, délimitation toute moderne qui efface les anciens abornements des censives de Saint-Germain et de Sainte-Geneviève. Le vieux château de Grenelle devient le centre d’un quartier nouveau circonscrit par le Champ de Mars et ses avenues, la Seine et le boulevard extérieur. Une place s’y dessine; des constructions s’élèvent le long des cinq ou six rues qu’on y a percées; c’est, en apparence du moins, une extension du Gros-Caillou. Mais, parqué dans des limites infranchissables, séparé du reste de la ville, et bientôt après voué au casernement militaire, ce quartier, auquel est resté le nom d’un des héros de la guerre des Indes, est condamné à languir pendant bien longtemps.
L’ÎIe des Cygnes est réunie au continent, moins en réalité toutefois qu’en plan et surle papier; on remarque, en effet, surle plan de Verniquet, de nombreuses traces du petit bras de la Seine imparfaitement comblé, et les rues qu’on commence à tracer sur les terrains annexés à la rive gauche ne sont encore que des rudiments. Deux pompes à feu et une et Triperie» occupent 1 emplacement où s’élèveront plus tard la Manufacture nationale des tabacs, le Dépôt des marbres, le Garde-meubles et les écuries de la Couronne.
Le Gros-Caillou, en voie de progrès, trouve dans l’annexion de Tîle à la terre ferme une nouvelle occasion de se développer: il prolonge ses grandes voies, la rue de l’Université, notamment, ouvre plusieurs rues transversales et se bâtit activement. Plusieurs passagés s’y établissent, ce qui est un indice certain de peu-
Kiâ TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.
piement, et le mouvement de construction qui s’y propage de proche en proche est bientôt secondé par la succession non interrompue des fêtes et des réunions populaires au Champ de Mars.
Ce vaste parallélogramme n’atteint pas encore la rive du fleuve, où une gare d’eau lui était ménagée dans les plans primitifs, comme on en avait projeté une en amont de l’ancienne porte Saint-Bernard. L’indication de ce petit port, qui devait affecter la forme d’un hémicycle, a disparu, et le Champ de Mars sera incessamment prolongé sur son emplacement, c’est-à-dire sur une partie des anciennes îles aux Vaches et de Jérusalem.
Il en est de même de l’esplanade des Invalides, que limitait originairement le chemin de la Petite-Seine, tendant au port de Grenelle et longeant le petit bras (bras des Vaches et rivière de l’île des Treilles). Avec l'achèvement du quai d’Orsay. ce petit Champ de Mars s’avance sur les terrains occupés jadis par le pré de l’Abbaye , et un travail général de régularisation s’opère sur toute la berge du fleuve.
Si l'on pénètre avec Verniquet dans l’intérieur du faubourg, on voit se dessiner, en noir, tous les établissements religieux, hospitaliers et militaires, qui ont été l’élément formateur de ce vaste quartier, avec leurs jardins, leurs dépendances et les constructions privées que plusieurs d’entre eux avaient reçu l’autorisation d’élever, pour en tirer revenu. La maison-professe des Jacobins, notamment, apparaît avec une double série d’hôtels sur les rues Saint-Dominique et du Bac, et le plan de l’Abbaye montre les deux rues que l’abbé de Bissy avait fait ouvrir dans l’enclos même du monastère.
Le long de toutes les voies longitudinales du faubourg se profilent ces vastes enclos, dont le nombre et l’étendue donnaient à cette partie de Paris une physionomie toute particulière. Ce sont : sur la rue de Vaugirard, l’Instruction chrétienne, les Bernardines du Précieux-Sang, les Carmes-Déchaussés et l’Enfant- Jésus; au carrefour de la Croix-Bouge, les Prémontrés; le long de la rue du Cherche-Midi, Notre-Damc-de-Consolation et le Bon-Pasteur; sur le parcours de la rue de Sèvres, l’Abbaye-au-Bois, les Dames de Saint-Tbomas-de-Villeneuve, les Petites-Maisons, les Incurables et l’ancien couvent de Notre-Dame-de-Liesse, transformé en «Hôpital de la paroisse Saint-Sulpice; n sur la rue de Grenelle, la Visitation, l’abbaye de Pentemont et le couvent des Carmélites, dont les vastes dépendances, confinant à celles du monastère du Saint-Sépulcre, englobent ainsi tout l’espace compris entre les deux rues, et font face à la maison des religieux de Saint-Joseph. Ouvertes beaucoup plus récemment, après le mouvement de translation et de dédoublement des congrégations monastiques, les rues de Babylone, de Varenne, de l’Université, de Verneuil et de Bourbon, ne sont peuplées que d’hôtels, et les Théatins seuls se montrent sur le quai qui porte leur nom.
Les voies transversales du faubourg ont également leur contingent de maisons
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religieuses. La rue du Bac, en particulier, possède les Récollettes , les Visitandines, les Convalescents et le séminaire des Missions étrangères; la rue de Bellechasse a ses Chanoinesses, et la rue Cassette, ses Bénédictines du Saint-Sacrement. Le pentagone compris entre cette dernière voie et les rues du Vieux-Colombier, de Vaugirard, du Regard, du Cherche-Midi , offre une particularité plus étonnante encore que les vastes pourpris des Carmélites et du Saint-Sépulcre: à part quelques maisons privées en bordure, tout l’îlot est occupé par trois couvents: Bénédictines, Carmes-Décbaussés et Notre-Dame-de-Consolation.
Quand on se rappelle l’immense travail de triangulation auquel s’est livré Verniquet, et la précision géométrique avec laquelle il a fait ses tracés, on s’arrête avec un vif intérêt sur cette région, dont il fait si bien comprendre le lotissement général et le mode de formation. Le faubourg, qui est le produit de deux siècles d’efforts, et auquel un concours de circonstances exceptionnelles a donné un aspect tout particulier, va entrer, par une large sécularisation, dans le mouvement général de la vie parisienne. La ville laïque, bourgeoise et populaire, se l’assimilera peu à peu; il perdra insensiblement sa physionomie propre, et, dans quelques années, il faudra restituer archéologiquement la plupart de ses établissements détruits ou appropriés à une destination nouvelle. Nulle part, ce travail d uniformisation, d’où est sorti le Paris moderne, ne s’est accompli sur une plus vaste échelle qu’au faubourg Saint-Germain.
Le plan de Verniquet présente encore un avantage : il est le premier qui donne le tracé rigoureux du mur des Fermiers généraux et l’emplacement précis des nouvelles barrières. Nous les relevons, avec l’indication des territoires de l’ancien fief rural traversés par cette enceinte. Le lecteur y verra les parties des censives de Saint-Germain et de Sainte-Geneviève, que Paris s’est assimilées.
L’enceinte part de la Seine, un peu en aval de la pointe de File des Cygnes, enclôt dans la ville le château ou ferme de Grenelle, coupe une première fois la ligne séparative des censives de Saint-Germain et de Sainte-Geneviève, à cinquante mètres environ de l’ancienne barrière de l’École militaire, une seconde fois, à la hauteur de la Croix de Vaugirard, une troisième fois, à deux cents mètres et à l’est de 1 ancienne barrière du Mont-Parnasse. Elle traverse successivement les anciens climats de la Basse-Garenne, du fond des Marivaux, des Plantes, des Fourneaux, des Poullignys et du Long-Rayon , en projetant sur ce parcours dix barrières, celles de la Couette, de Grenelle, de la Motte-Piquet, de l’École militaire, des Paillassons, de Sèvres, de Vaugirard, des Fourneaux, du Maine et du Mont-Parnasse.
Le faubourg Saint-Germain est l’œuvre de deux siècles. Dès la première moitié du xvie, il semble vouloir se dégager du bourg et rayonner dans la plaine de Grenelle; mais les malheurs de la guerre étrangère et la persistance des luttes
religieuses compriment ce premier essor; le mouvement ne reprend qu’avec la pacification des esprits. Les fondations monastiques, hospitalières, militaires, remplissent presque tout le xviie siècle; au xvme, le développement du faubourg a plutôt le caractère civil, et l’on édifie plus d’hôtels que de cloîtres ou d’hospices. Durant ces deux périodes distinctes il se forme, sur différents points et sous des influences diverses, des centres et des lignes de construction que séparent des espaces vides; ce qui rend assez inégal le peuplement de cette vaste région. Peu à peu les vides se remplissent; l'ouverture des rues transversales crée des angles et aide au lotissement des terrains; les groupes bâtis se soudent les uns aux autres, et la nouvelle ville, étroitement rattachée à l’ancienne par la destruction des enceintes et des tranchées, présente, extérieurement du moins, le même aspect. Los cours et les jardins rappellent seuls l’origine rurale de ce quartier et son ancienne configuration.
Il n’v a point, dans l’histoire du vieux Paris, d’exemple d’un développement aussi rapide, après les lenteurs de la première formation. Pour créer le faubourg Saint-Germain, il a fallu d’abord deux fantaisies de reines, l’hôtel de la reine Marguerite et le palais de Marie de Médicis, puis une ruineuse fantaisie de roi, Versailles. Il a fallu , en outre, deux actes de charité, les Petites-Maisons et les Incurables; deux grandes fondations royales, l’Hôtel des Invalides et 1 Ecolo militaire; un vif mouvement de réforme dans le clergé régulier; un besoin impérieux de translation, de reconstruction et d’agrandissement des monastères. 11 a fallu enfin que la noblesse, la finance, la riche bourgeoisie, eussent le désir et la possibilité d’imiter, à Paris, le faste de Louis XIV, et fissent construire, à proximité de Versailles, du Louvre et des Tuileries, de petits palais, imitations plus ou moins réussies de ces somptueuses résidences.
Le faubourg Saint-Germain est la résultante de toutes ces causes réunies. Au temps de Boileau, le n Marais n et les « Incurables d étaient les points extrêmes de Paris : le plaideur qui va solliciter ses juges cite ces deux quartiers, alors en pleine formation, comme étant le séjour préféré delà magistrature et de la société opulente de ce temps. Mais qu’est-ce que le peuplement de la Courtille du Temple, comparé au développement du faubourg Saint-Germain, si on le mesure du carrefour de la Croix-Rouge au Champ de Mars? Dès ce moment, la tendance des villes à s’étendre vers l'ouest commençait à se dessiner, et, depuis, elle n a lait que s’accentuer davantage. L’installation de la cour à Versailles ne pouvait d ailleurs qu’engager l’aristocratie à quitter le Marais, qui est sur le chemin de Vincennes, pour se rapprocher de la route de Sèvres et du merveilleux palais auquel elle conduit. Le faubourg Saint-Germain est donc venu à son heure dans 1 histoire de la grande agglomération parisienne W.
Nous avons réuni, dans la seconde partie de l'Appendice consacré au domaine rural de l’Abbaye,
FORMATION ET DÉVELOPPEMENT Dü FAUBOURG SAINT-GERMAIN. 1G7
Un plan parcellaire du faubourg, une monographie de chaque hôtel, de chaque établissement religieux et hospitalier, seraient le complément naturel de 1 étude sommaire à laquelle nous nous sommes livré. Le mouvement que nous venons de présenter sous une forme synthétique a son analyse; mais elle déliasse de beaucoup les limites chronologiques dans lesquelles doit se renfermer le présent ouvrage. Berty, qui n’a pas lait le cadastre rétrospectif du faubourg Saint-Germain, n’avait en vue qu’un aperçu général de sa formation; fidèle .à sa pensée, nous laissons à d’autres le soin d’accomplir une tâche qui excède manifestement le cadre d’une histoire topographique du a vieux Paris. •»
Quant à la description détaillée des hôpitaux, des couvents et des hôtels qui se sont multipliés, pendant les deux derniers siècles, sur la surface des anciens fiefs ruraux de l’Université et de l’Abbave, elle est éparse dans un certain nombre d’ouvrages bien connus du public. Blondel a relevé les plans, raconté la construction et apprécié le style, ainsi que les distributions, des grands logis bâtis au faubourg Saint-Germain par l’élite des architectes parisiens, tels que Libéral Bruant, les Mansard, les de Cotte, Botfrand, Lassurance, Le Duc, Rousseau, Mouret, Servandoni, Dullin, Monnot, Aubert, Antoine, Hélin, Le Roux, Cherpitel, Courtonne, Le Maire, Aubry, Simonnet, Moreau, Le Muet, Le Grand, Contant, Brongniart, etc. Ces somptueuses résidences, décorées de statues et de bas-reliefs par Roland, Tassaert, Gibelin, Caudet, Monnot, Clodion et autres sculpteurs célèbres, ornées de tableaux, de plafonds, de dessus de portes et de peintures variées de toutes les écoles, étaient encombrées d’objets d’art et de meubles fastueux, qu’on trouve décrits ou énumérés dans les historiens du temps. Piganiol de la Force, Thiéry, les auteurs de Guides, donnent, à cet égard, des listes qui semblent être des catalogues de musées. De leur côté, Millin et Alexandre Lenoir ont dressé, au moment de la liquidation générale des biens du clergé séculier et régulier, domicilié surtout au faubourg Saint-Germain, l’inventaire des richesses artistiques que renfermaient ces églises, ces chapelles, ces hospices, ces couvents d’hommes et de femmes, que nous avons vus naître et se développer d’année en année.
C’est là, c est dans les déclarations et dans les procès-verbaux de 1790 que se trouvent les éléments de l’étude analytique à laquelle nous sommes obligé de renoncer; nous la recommandons à la curiosité du lecteur.
les pièces d’archives les plus importantes, au double point de vue de la gestion des biens du monastère et du développement du faubourg. La série de ces documents, reliés entre eux par quelques lignes de
commentaire, permettra au lecteur de suivre le mouvement de transformation que nous avons présenté dans son ensemble, et de vérifier l’exactitude de cet exposé.