DE 1589 A
Sommaire. — Henri IV reprend les travaux du Louvre (i5ç)4). — Les ressources qu’il crée.
La Grande Galerie. • — Le chiffre de Gabrielle d'Eslrées sur la Galerie (1596-1599). La
Petite Galerie du Louvre. — Les peintures. Traité d’Ant. de Laval. — Peintures de la voûte de la Galerie. — Le pavillon de Lesdiguib-es. — Achèvement de la Galerie (1608). — Boileau et Morel; Biart, Prieur et les L’Heureux, sculpteurs. — Du Breul et Bunel, peintres. — Plain et
Fournier, architectes de la Petite Galerie. — Les architectes de la Grande Galerie. La la-
miile Métezeau. — Louis Métezeau : sa généalogie. — Du Pérac. — La famille Androuet Du
Cerceau. — Jacques Androuet Du Cerceau. Ses ouvrages. — Généalogie des Du Cerceau.
Les entrepreneurs de la Grande Galerie. — Le pavillon de Flore (1608). — Claude Mollet, jardinier des Tuileries (1G00). — Importance des travaux de Henri IV pour l’achèvement du Louvre et des Tuileries. — Fresque de Fontainebleau : projet de réunion du Louvre et des Tuileries. — Lettres patentes de Henri IV relatives à la destination de la Grande Galerie. — L’Orangerie du Louvre sous Louis XIII. — Résumé chronologique de l’histoire du Louvre et des Tuileries (11 89- 1610).
L avènement de la branche des Bourbons au trône de France sembla donner h™ h iv rei,™„i une nouvelle impulsion aux travaux du Louvre, et notamment à ceux qui avaient (.59t.)
P0111' but de relier ce palais à celui des Tuileries. Depuis le a août i58cj, date de la mort de Henri III, jusqu’au sa mars 1.59/1, jour de l’entrée de Henri IV à Paris, les inquiétudes causées par la guerre civile, les affreuses misères qui en lurent la conséquence, et l’absence d’une autorité régulière amenèrent, sans aucun doute, une interruption complète des travaux du Louvre, dont la nouvelle " salle haute 11 servit, en 1 5 g 3, de lieu de réunion pour les États généraux. La période suivante, au contraire, fut signalée par une extrême activité, et les constructions élevées de 169/1 à »6io dépassèrent en importance tout ce qui s’était lait sous les cinq rois précédents.
Avec moins d ostentation, mais avec plus d’intelligence de ce qui était utile,
Henri IV , comme François Ier, aimait beaucoup à bâtir, et les deux palais dont nous essayons de raconter l’histoire témoignent hautement de cette passion. Il ne tarda pas la manifester, car, à peine Paris lui eût-il ouvert ses portes, il ordonna de reprendre les travaux du Louvre. trDu premier jour qu’il entra au Louvre, 11 dit 1 historien Mathieu, a il desseigna (adopta le plan de) ce qu’il poursuivit et
«continue maintenant W. n — «Si tost qu’il fust maistre de Paris, on ne veid que «maçons en besogne, « lit-on aussi dans le Mercure françoys M, sorte d annuaire historique de ce temps. Nous trouvons la confirmation du fait dans les registres de la Ville, oii est consigné un ordre du ao janvier i5g5, enjoignant aux maîtres passeurs!31 d’établir, vers les Tuileries, un bac, ou tout au moins un service de bateaux, «pour passer et repasser toutes et chacunes des personnes, chevaulx «charrettes et matériaulx nécessaires pour les bastimens du Roy.n Le même jour, il fut également prescrit de tenir ouverte la Porte -Neuve , «pour la commodité des «bastimens du Roy, le tout sans délaisser l’ouverture et garde de la porte Sainct- « Honnoré, et pour satisfaire au commandement de Sadicte Majesté K « Le 3o août suivant, il fut recommandé aux passeurs du bac des Tuileries de passer à toute heure «les pierres, rnoueslons et aultres choses servanz aux bastimenz du Roy. «ensemble les conducteurs et ouvriers, n sans rien réclamer, conformément aux conditions du bail.
n„’s royaux En même temps qu’il ordonnait la reprise des travaux du Louvre et des Tuipmümegi. leries, Henri IV s'efforcait de pourvoir, tiîclie peu facile, aux dépenses que ces travaux nécessiteraient. Un des moyens qu’il employa pour atteindre son but est indiqué dans des lettres royaux délivrées à Paris le 26 septembre i5gu, et enregistrées à la Chambre des comptes le 1 7 novembre suivant. Ces lettres sont ainsi formulées : « Henbv. par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, etc. Cha- «cun congnoisl. assez les grandes et insuportables dépenses que nous avons faites «à nostre advènement à la couronne, et sommes encore constraints laire pour « l’cntretènement de nos camps et armées estans en plusieurs lieux de ce royaume, « pour résister et empescherles mauvais desseins et entreprises d’aucuns nos subjets « qui s’eflbrcentde tenir et occuper aucunes de nos villes; n’estans tous les deniers «de nos recettes sufisans pour satisfaire ausdicles dépenses, qui ont causé que Ton « a délaissé de faire réparer nos maisons et chasteaux, lesquels, à faute d’y faire tra- « vailler, tombent en ruine, comme aussi les bastimens encommencez par nostre très «honnoré seigneur et frère le feu roi Henry dernier décédé, que Dieu absolve, «tant en nostre chasteau du Louvre, palais des Tuileries, que sépultures des feus « roys, nos très honnorés seigneurs, pères et frères, que Dieu absolve, encommen- « cées à faire en nostre ville de Sainct-Donis en France , et ausquels a esté fait grand
(l) Histoire de France, liv. VI, quatrième narration , n° 2 , p. 563. L’ouvrage, qui a paru en 1 606, est cité par M. Poirson, t. II, p. 765.
(ï) Année 1610, t. I. fol. 485 r°. dans Y Epilogue des vertus du Boy.
n) Par décision du 29 novembre i5g4, le Bureau de la Ville, sur leur requête, leur avait concédé ce bac, qu’ils avaient déjà obtenu en i564.
comme nous l’avons dit, et dont ils devaient jouir fie nouveau , à la condition de passer gratuitement «• les pierres, matéreaux, chevaulx et charettes ser- « vaut tanlaudict bastimenl des ThuiUeries , chasteau rrdu Louvre, que faire les fortiffications et affaires rrpublicques de la Ville. »
V; Arch, de l’E'mp. reg. H. 1791, fol. 107 r°.
tt dépense qui seroit du tout inutile si lesdits bastimens estoienL deslaissez, qui « nous seroit grande perte et dommage; et désirant la continuation et perfection ttd’iceux, suivant les desseins et plans qui en ont esté cy devant faits, après avoir triait voir en nostre conseil les lettres de déclaration de nostre feu sieur et frère , et du 8e janvier 1 5 7 5 et 2e janvier 1 5 80 , cy attachée sous le contre-seel de nostre rr chancellerie, et pour obvier aux importunités qui nous sont journellement faites et de faire don, bailler ou faire bailler assignation sur la nature des deniers mente tionnez par lesdites déclarations, joint que nous n’avons quant à présent moyen et d’ailleurs, attendu les grandes dépenses qu’avons à suporter comme dit est; sratevoir faisons que nous, ces choses considérées et pour autres bonnes causes et tt considérations à ce nous mouvans, avons, conformément ausdictes déclarations , et dit, déclaré et ordonné, disons, déclarons et ordonnons, voulons et nous plaist ttque tous les deniers des plus valleurs de nos finances, restes des comptes, bons trd’Ëstats, bois, chablis tombez et abbatus par les vents, impétueusité de temps ou et autrement, paissons, glandées et autres deniers casuels qui sont deus et poulet roient advenir en nos recettes généralles ou particulières, lots, ventes, bois mort el et mort bois, soient doresnavant employez tant à la continuation et parachèvement tede nosdits bastimens du chasteau du Louvre, palais des Thuileries, sépultures ccdes feus roys, nos prédécesseurs, en la ville de Sainct-Denis, que pour l’entretèec nement el réparations de nos autres bastimens et chasteaux, et non ailleurs, pour et quelque occasion que ce soit, etc. . . Donné à Paris, le 26 septembre i5gill).v Les Mémoriaux de la Chambre des comptes, dont nous extrayons le document qui précède, renferment une seconde ordonnance royale, rendue le 1 6 décembre 1 5 g 6, laquelle assigne le dixième du produit annuel de la vente des bois de toutes les forêts du royaume à l’entretien et à la continuation des bâtiments commencés des châteaux du Louvre, des Tuileries, de Saint-Germain-en-Laye et de Fontainebleau W.
L’empressement de Henri IV à reprendre les travaux du Louvre, ou plutôt des r galeries, eut deux causes : il convenait de donner une nouvelle impulsion au commerce, qui souffre toujours considérablement des luttes politiques, et sur lequel l’industrie du bâtiment passe pour avoir une grande influence; puis le Roi. dont la position n’était pas encore affermie, était vivement intéressé à se ménager la faculté de quitter facilement la Ville, sans courir le danger auquel Henri III avait été exposé à la journée des Barricades, et la continuation de la Grande Galerie au delà de l’enceinte lui en offrait un excellent moyen. Sauvai affirme que ce fui là sa pensée, et Tallemant des Réaux dit pareillement : tt Henri l\ voulut pourtant, ttà telle fin que déraison, avoir une issuepour sortir hors de Paris sans êtreveu;
■' Arch. de t K 1 1 1 [J . reg. P 2 3 3 h . — Arch. tle l'Emp. reg. P 2336.
net, pour cela, il fit faire la galerie du Louvre, qui n’est point du dessein, afin «de gaigner par là les Tuilleries, qui nesonl dans l’enceinte des murs que depuis rr vingt ou vingt-cinq ans |!b v Les galeries furent effectivement la partie du Louvre dont Henri IV se préoccupa surtout <2), et qu’il se plut à achever; quant aux bâtiments du quadrangle, il les laissa à peu près dans le même état où il les avait trouvés, et nous avons dit précédemment (t. I, p. 269) la part qu’il a pu prendre à leur continuation.
Le point où Catherine de Médicis abandonna la construction de la Grande Galerie ne nous est point connu; mais on sait que, de son temps, cette galerie, comme la Petite, 11e consistait qu’en un seul étage couronné par une terrasse; Henri IV cul donc à faire bâtir l’étage supérieur de la Petite Galerie, qui forme aujourd’hui le salon d’Apollon, et la mezzanine ainsi que le second ordre de la Grande Galerie correspondant au Musée de peinture. Cependant cette grande tâche, entreprise vers la fin de l’année 1 5 g 4 , fut terminée en 1 5g G , suivant l'inscription donnée par Morisot dans le passage suivant de la vie du Roi (3) : te Entre et cette salle (celle des Antiques) et ces jardins (ceux des Tuileries) se trouvaient des tt constructions abandonnées; avec un art et une magnificence qui effaçaient tout ce «qui avait précédé , il les répara, en en formant de vastes galeries, auxquelles il mit tt cette inscription: Henricus IIII, Galliœet Namr.rexckristianissimus,porlicum liane, n Carolo IX alla olirn jmee coeplam, inter graves civilium bellonm œstus féliciter absolvit, nanno Sal. udxcyi, regni m(l). r Au surplus, les registres du Corps municipal nous fournissent une preuve qu’à la fin de 1 5g6 on travaillait aux combles des galeries : cest une permission accordée le 21 octobre, par la Ville, à son maître charpentier, le capitaine Charles Marchant, ttde se servir de la place de l’Arsenac. . .pour, est-il tt dit, y mettre boys à bastir, et y faire les assemblages de charpenterie des galleries du n Louvre, que le Roy faict bastir, comme aultres assemblages b>. i> L’inscription ne doit s’entendre, toutefois, que de la grosse maçonnerie, car la décoration de la
fl) Historiette de Henri IV, t. I, p. 17 (le l’édition de M. Paulin Paris. Tallemant a eu tort de dire que la galerie n’était point redu dessein,» puisqu’elle fut projetée et commencée bien avant le règne de Henri IV. Il est vrai quelle n’était point destinée d'abord à se prolonger si loin.
(2> Henri IV ne s’occupa point de faire terminer la décoration de la salle des Caryatides, qui, jusqu'au commencement de ce siècle, ainsi que nous l'avons dit, demeura simplement indiquée par places. Sur la façade occidentale du château, les mufles de la corniche restèrent toujours à l’état d’épannelage, et, si nous comprenons bien les vues de Baltard, il eri fut de même des appuis des fenêtres à fronton, que nous avons néanmoins
représentés comme achevés, sur Dotre restitution.
(3) (fAb ea aula, in eosdem hortos, omissaædififfcia, etiam nobiliore quam antea artifîcio, vaslis «porlicibus restauravit, cum hoc tilulo : Henrif tcus IIII , etc. Infra supraque cellæ tabernæque exfflructæ graluita habilalio variarum artiumperitis, rrquos Iota Europa conquisilos, immensa profurrsione in urbem allexit, ne mercium alienarum emfrptionibus Gallica pecunia cliverteretur.» (P. 118.)
(1) Cette galerie, commencée autrefois par Charries IX, au sein d’une paix profonde, Henri IV, roi r très- chrétien, l’a heureusement achevée au milieu r de la fureur des guerres civiles , l’an 1 596 , de son r règne le 7e.»
(6) Arch. de l’Emp. reg. II 1791 , fol. 33 1 r°.
portion de la Grande Galerie qui finit au pavillon de Lesdiguières, et à laquelle se rapporte exclusivement l’inscription , n'était pas même à moitié faite lorsque M. Duban a commencé sa récente et consciencieuse restauration. En 18/18, encore, il 11’y avait d’achevé que la sculpture de l’étage du rez-de-chaussée jusques et y compris le guichet Saint-Thomas, celle du tiers inférieur de la mezzanine, les cannelures des pilastres de l’ordre supérieur, sept do leurs chapitaux, plus dix-huit abaques. Au delà de la travée du guichet Saint-Thomas, que ne surmontait aucun fronton, tous les abaques et le dernier chapiteau de l’ordre supérieur étaient taillés; mais la décoration entière, depuis le sol, demeurait à l’état d’épannelage. Au reste, les parties finies étaient plus que suffisantes pour faire juger de l’ensemble projeté, et elles corroborent l’idée de deux systèmes de composition, dont les résultats ont été soudés l’un à l’autre. L’esprit de la sculpture de la mezzanine et du second ordre est très-sensiblement différent de celui qui se révèle à l’étage du rez-de-chaussée, et il accuse assez une époque moins ancienne pour que nous ayons été souvent tenté de faire remonter l’ornementation de l’ordre inférieur à la période de Catherine; mais il faut bien admettre que cette ornementation 11e fut exécutée que de 1 5g/i à 1 5 g g M, puisqu’elle comportait le chiffre LecbiJ„
Je Gabrielle l'Eitreei
la Galerie.
(iSgt-iSgg.)
de Gabrielle d’Estrées et de Henri IV 1*1, la devise de celui-ci, Duo® protegit unus, et les sceptres en sautoir, emblème de sa double royauté, à la fois nominale et réelle.
11 M. deClarac dit (p. 35q) que. dans certaines parties de la Grande Galerie (il veut parler de la face septentrionale), il y avait des pierres épannelées pour une ornementation différente de celle qui a été exécutée; cette dernière provient donc d’une reprise de travaux, et date ainsi de Henri IV.
(3) Les chiffres H G de la Irise furent effacés pendant la Révolution; mais M. Duban en a retrouvé sur la face septentrionale de la galerie, à la cinquième travée, un spécimen heureusement échappé au marteau. cr Les dévots, dit Sauvai, se fâchent aussi de avoir des H et des G, liés ensemble, sur les faces rrde la Petite (?) Galerie, et s’étonnent que Marie de crMédicis ait eu plus d’indulgence pour ces monuff mens de l’amour de Henri IV et de Gabrielle d’Esfrtrées que pour les autres chiffres de cette qualité, ff quelle a fait biffer partout ailleurs.» (T. II, p. 3o.) Les II II qu’on remarque sur les pilastres, et que
M. de Clarac a pris pour des chiffres romains indiquant le nombre h , ne nous paraissent être que des jambages d’H H , dont les traverses n’existent plus , peut-être parce quelles ont été détruites à dessein.
(3) Et non duos, comme on le dit, car c’est le mot régna qui est sous-entendu dans ce fragment de vers. On lit duo sur une médaille de l’époque et sur nombre d’autres monuments. Un auteur du temps, Antoine de Laval, qui nous fournira des renseignements curieux, dit: cr Avant que d’entamer l’insrrcription, la devise, éloge et les autres vers du porrr tique du Roy, je ne puis me contenir de vous dire rr mon advis de la devise que Sa Majesté a receu «pour sienne: l'espée avec deux sceptres lacez et le rrmot Duo protegit unus. Je ne suis pas si téméraire rrde la blasmer; mais j’ose dire, sous la révérence de rr l’autheur (que je liens pour un grand habille homme rraux bonnes lettres, fort capable d’une belle in-
a Petite Galerie du Louvre.
La salle des Antiques, contiguë à la Grande Galerie, fut aussi terminée par Henri 1\ (l!, et sous son règne elle s’est appelée la salle des Ambassadeurs. L’auteui du Supplément aux antiquités de Paris rapporte, en effet, que ce roi fit conduire la Grande Galerie tt en moins de huit à dix ans jusques au delà de la Porte-Neufve, " et, par une autre allée , jusqu à cette belle galerie ou corps de logis des Tuilleries. "Sur la première lausse porte (le guichet de la rue de Fromenteau), jusques à nia galerie qui est au-dessous de la belle galerie du Roy (l’étage inférieur de la " Petite Galerie), il fit faire une très-belle salle, dont le bas est couvert, de larges " carreaux de marbre et dalbastre, qu’on appelle la salle des Ambassadeurs, pour " ce que dans icelle le llov donnoit audience aux ambassadeurs extraordinaires des et grands princes, n — ctDu haut en bas, dit en outre Sauvai, ce ne sont que marbres rr noirs , rouges, gris, jaspés, rares, bizarres, bien choisis, enchâssés en manière rt d incrustation dans le parterre aussi bien que dans les murailles, qui rendent ttle lieu assez semblable à des reliquaires ou à des cabinets d’Allemagne fort historiés (2) ; les trumeaux sont ornés de colonnes fuselées et de niches garnies de '•statues de marbre, entre autres d’un More, d’une Diane, d’un Flirteur et d’une tt Vénus |3), qui méritent l’attention de tout le monde. * Ori peutvoir, dans ce luxe de matériaux versicolores, un encouragement à l’exploitation des carrières de marbres des Pyrénées, ordonnée par Henri IV, qui, assure M. Poirson, prescrivit de n’employer au Louvre et aux Tuileries que des marbres indigènes. Avant le règne de Louis XIV, le pavillon de la salle des Antiques n’était pas plus élevé
frvention), qu'il semble avoir inventé ce corps, en "la chaleur de quelque combat, au plus fort de la "guerre, lorsque l’espée de Roy nous esloit la plus ff nécessaire; mais si m'advouera-t-il que ceste esn-pée ainsi droicte ressent quelque chose de moins "grave que ce qui est de la décence et dignité d'une ^devise royale, pour le grand rapport qu elle a de ••prime face avec toutes celles des prévosLs des maréchaux, qui ont, sur les casaques de leurs art chers, tous desespées droites avec un mot, ou sans "mot. Quant aux deux sceptres mis en la protection •rde ceste espée, on dit, pour le regard du sceptre "de Navarre, que la plus belle portion est en la possession d’autruy, et partant en est la devise sub- •rjecle à estre interprétée à noslre désavantage, "bien que ce sceptre soit injustement usurpé, et • que Sa Majesté ait assez de force et de courage "pour retirer le sien, comme il a fait jusques icy; rmais il y a bien à dire de l’avoir en protection, «■puisqu’un autre le possède.”
'' Probablement en môme temps que la première partie de la Grande Galerie. • — On lit dans une lettre adressée par Villeroy à Sully, le 2 3 novembre
1 6o3 : rrJ’oubliois de vous écrire, Monsieur, que le "Roi vous prie de prendre garde à la salle des An- " tiques du Louvre, qu'il a ouï dire qu elle a pris "coup » (qu’il s’y est fait un mouvement dans la maçonnerie). Sully, n’ayant pas répondu sur-lechamp , reçut , trois jours après , une nouvelle lettre où Villeroy disait: "... Mais, Monsieur, vous avez "oublié de nous faire sçavoir l’état de la salle des "Antiques du Louvre, que Sa Majesté... désiroit "que vous visitassiez pour reconnaître si elle a pris "coup, comme l’on lui a fait entendre; Elle a cru "que j’avois oublié à vous l'écrire. n Sully, dans les Mémoires duquel sont transcrites les missives, ne donne d’ailleurs aucun détail sur l’accident en question.
(,) Morisot en parle en termes semblables: "Ejus "opus Antiquitalum aula, in ipsa urbe, a lævaLu- "para exeuntium ad hortos I’rincipis; pavimento "marmoreo ; laqueari inauralo ; marmore versicolori, "nominibus, litteris, figuris elfloribus, exjaspide. "crisolilo, denlrite , achat© etporphyrite, latenlihus "Commissuris, parietibus incrustatis. » (P. 117.)
1; On attribuait cette Vénus à Barthélemy Prieur.
que la Petite Galerie, et ne se composait que de deux étages. Celui du bas était éclairé par cinq grandes fenêtres, dont la disposition a été conservée; celui du haut ne comptait que deux fenêtres, et était agencé absolument de même que l’étage supérieur de la Grande Galerie, avec la hauteur duquel il se raccordait et dont il reproduisait les niches. L’unique différence consistait en ce que ces deux frontons, l’un et l’autre angulaires, ne continuaient point l’alternance de ceux de la Grande Galerie. Comme pour ces derniers, les tympans l'estèrent vides et les chapiteaux des pilastres furent seuls sculptés.
L’étage supérieur de la Petite Galerie, et l’attique de la galerie en manière de pont 0) par laquelle elle communiquait avec le pavillon du Roi, furent sans doute construits en même temps que le second ordre de la galerie; mais la décoration en fut entièrement achevée *!). La gravure de Marot, qui donne des épreuves à l’envers, et est intitulée Eslévation de l’un des corps de logis du Louvre, etc. doit représenter la Petite Galerie telle qu’elle était avant l’incendie de 1661, c’est-à-dire avec son étage inférieur remanié par Anne d’Autriche, mais avec l’étage supérieur intact, et portant les chiffres de Henri IV et de Marie de Médicis. Ces chiffres donnent à croire que la décoration n’était point antérieure au mariage de cette princesse l3). Lorsqu elle vint pour la première fois au Louvre, au commencement de 1601, l’intérieur du château avait été fort négligé, de sorte que (telle treuva par toutte et cette grande maison une si grande sollitude et obscurité, et si mauvais meubles w et réception partout, n’y ayant esté mis que les viels meubles qui y sont d’orditt maire, que,* raconte Ph. Hurault, ttje luy ay ouy dire plusieurs foys despuys «qu’elle ne fust jamais, presque en toutte sa vie, sy estonnée et effrayée, croyant «ou que ce n’estoit le Louvre, ou que l’on faisoit cela pour se mocquer d’elle W. * Cependant, dès 1600, on songeait à entreprendre la décoration intérieure du nouvel étage de la Petite Galerie, et l’on était disposé à s’en rapporter sur ce point au peintre Du Breul, lorsque Sully, étant allé faire une longue visite au géographe Antoine de Laval , lui demanda son opinion sur « l’ornement des peintures plus «convenables à la belle galerie du Roy, au Louvre, au lieu, et aux personnes qui* auraient «à y fréquenter.* Pour répondre aux questions du ministre, de Laval rédigea un petit traité qu’il intitula Des peintures convenables aux basiliques et palais
(l) Cette construction est évidemment celle qu'un compte de 1626 énonce le erpassaige» de la Petite Galerie, et qui était ornée de peintures.
L’attique de la galerie portée sur des arches était décoré de trois œils-de-bœuf, et celui du milieu était surmonté d'un écusson aux armes de France, ayant pour supports deux figures couchées. La gravure de Sylvestre, intitulée Veue et perspective de la partie du Louvre où sont les apparlemens du Boy et de la Boijne, du costé du jar¬
din, étant le seul document graphique qui donne une idée de l’attique, nous avons dû nous borner à rétablir l’agencement probable des arcatures ; celles des extrémités paraissent avoir été tronquées d'une façon bizarre. (Voir l’Appendice VIII. )
(3) Les chiffres pourraient avoir été changés et substitués à ceux de Henri et de Gabrielle.
(4) Mémoires de Ph. Hurault, ap. coll. Petitot, t. XXXVI, p. /|Q2.
LiC!
de
la Galerie.
Traité
d’Antoine de La\ (,600.)
du Roy et mesmes à sa gallerie du Louvre, et il l’envoya à Sully, avec une lettre datée du 20 décembre 1 600, où il rappelle les faits que nous venons de rapporter. Dans ce petit traité faisant allusion aux artistes étrangers que François Ier employa è Fontainebleau, et aux fantaisies desquels il laissa le champ libre, de bavai s’exprime ainsi : rr Je veux me persuader que la grande opinion que l’on travoit de ces peintres italiens (qui taillent tous des princes) fut cause que l'on les rr mit sur leur foy et qu’on leur bailla la carte blanche pour inventer et peindre te ensemble; comme j’ay ouy dire que Du Breul espère que le Roy fera pour sa rr gallerie, qui seroit du tout difforme]' l’œuvre, estans jeux bien différens, celuy rr de 1 esprit et celuy de la main ; l’un requiert une grande cognoissance d’histoires, rr de poésie, de sciences diverses, de considérations de choses de nature, des cérr lestes, bref d une infinité de secrets cachez dans le fonds inépuisable des bonnes rr lettres, auquel ces grands peintres n’ont pas bien le temps, ny le loisir de fouiller rr plus avant qu’en la surface, n Poursuivant sa pensée, qui était d’imposer un programme rationnel aux artistes, il donne le conseil d’adopter des sujets empruntés à l’histoire de France, tels que la prise de Pavie par Charlemagne, la bataille de Bouvines gagnée par Philippe-Auguste, le combat de Marignan, etc. et il continue : rr Je voudroy donc mouler nos desseins à ceux de ces grands empereurs c (Auguste, Sévère, Caracalla), si magnifiques en leurs structures, dont les suttperbes ruines tesmoignent l’excellence des ouvrages entiers. Et comme la gallerie rr du Roy, au Louvre, ressent cette grandeur éminente et vraiment royale, je rrvoudrois aussi la décorer d’un chef-d’œuvre non commun, non pas d’une fable, t d’un païsage de figures vaines, qui n’ont rien de recommandable que le colorit rr et le traict.
rr C’est de la plus belle et glorieuse histoire de la terre habitable, et la plus rr susceptible de tous les divers enrichissemens de la peinture. L’entresuitte des effirrgies de lxiii rois de France, logées chacune en un portique de différente structure, avec les ornemens d’architecture, emblèmes, devises, figures, tiltres, vers, rr éloges et inscriptions dont je les veux accompagnées en la forme cy-après partitr culièrement descripte. . .
rrQue s’il se trouve plus d’espace à remplir que de nos lxiu portiques, il s'en rr trouvera deux fois autant, mettant prez de chacun des rois les grands princes ou r capitaines françois qui ont esté de leur temps, et ont achevé quelque chose de rr grand et glorieux qui les a rendus célèbres.
trLa forme du dessein est ceste-cy, en chacun des espaces vuides entre les fermestrages de la gallerie, que les artisans appellent joiiees, un grand portique à
(I) Ce pelit traité a été imprimé à la suite du livre des Desseins de professions nobles et publiques ( in-ù°, Paris , 1 6o5 ) . du même auteur, qui prend le titre de rr géographe du P»oy, capitaine de son parc
rrel chasteau lez Moulins, en Bourbonnois. » Nous devons à l’obligeance de M. Paul Lacroix de connaître cet opuscule, fort intéressant pour l’histoire de la galerie.
«deux colonnes, qui soustiendroit les architrave, frize et cornice, frontispice et «acrotères, de mesme ordre. Enlre les deux colonnes, je loge la figure d’un roy «en l’habit. le plus convenable en son humeur: s'il a esté guerrier, vestu d’habit tt militaire; si plus désireux de paix et religion, en ce pompeux et auguste veste- «ment royal. Si les peintres trouvent à propos de faire les portiques divers, tos- «can, dorique, ionique, corinthien et italique ou composite, pource que les uns « sont plus capables d’enrichissemens que les autres, je n’y contredis point. Je trou- «verov bien loulesfois à propos un mesme ordre régnant partout, à fin que, la «structure estant une, il n’y eust rien divers que les figures, emblesmes, vers, «devises, inscriptions et éloges qui diversifiront assez la besongne.
«A costé des colonnes, je fais des ligures en tel nombre que l’espace s’eu trou- «vera capable : comme une Minerve, une Paix, une Renommée, une Victoire et «ainsi des autres. Au dessus de ces figures, dans des tablettes ou targettes pendans «à lassels en forme de festons, un vers ou deux qui expriment la signification de «l’emblesme dans le vuide du frontispice, une belle devise pour représenter le «naturel du roy logé au dessous, et, s’il se trouvoit en avoir une propre, comme le «roy François Ier, la salemande, Henri 11, le croissant, le feu Roy, ses trois cou- « ronnes, etc. elle ne se change pas; mais, si le temps en avoit dévoré la mémoire, «comme il ne nous en reste guères devant le roy Jean, ce ne sera pas la moindre «partie de l’embellissement de cet ouvrage de leur en accommoder une à chacun, «sortahle à leur humeur ou à la condition de leur temps et de leur estât durant «leurs règnes, et faire que le corps apporte autant de plaisir à l’œil, comme l’âme «ou le mol, lire de quelque bon et grave autheur grec ou latin, excitera de belle « méditation à l’esprit. Sur les acrotères proches, y aura des figures conformes à ce «subject. El à costé, dans les quadres qui aboutissent la cornice, j’y voudroy des «batailles, des pompes de sacre, de nopces, de jeux, de jo listes ou autres actes «célèbres de leur temps, représentez en camayeuls gris ou blanc. Dans la frize, « entre les trigliphes, aux espaces des métopes, j’y veux les escussons des alliances «contractées par chasque roy ou des grandes pièces acquises par eux à la cou- « ronne.
«Au stylobate ou pied estai de chasque figure, j’y mets un distique ou deux «l'apportés au mesme sens. Eu l’espace du quarré longuet estant sous le total de «l’ouvrage, est un éloge ou inscription en termes eslongnez du vulgaire, ressen- «tans la gravité des antiques, qui contiendra le sommaire des gestes du roy estant « dessus, son origine, son règne et ce qui mérite d’estre sceu de luy ; en quoy je ne «me veux asservir à aucun autheur qui ne soit tesmoin irréprochable, duquel «l’autorité soit approuvée, pour n’aller remplir de fables et de comptes à plaisir « (ainsi que quelques uns ont fait nostre histoire) ces éloges sacrez, qui serviront de «registre fidèle à la postérité.
« Pour me faire mieux entendre, ajoute de Laval, je tascheray, eu tant qu’il est
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, tr possible du petit au grand, à représenter icy la forme que je désire garder en cet et œuvre, et commenceray par le portique et la figure du lioy; il est raisonnable ft qu’elle soit la première en veuë, entrant de sa chambre en la gallerie, afin d’aller r contremontant depuis Sa Majesté jusques à Pharamond: „ Effectivement, au verso du feuillet est une gravure finement exécutée par Thomas de Leu, qui représente Henri IV dans un portique, fièrement posé un poing sur la hanche et une main sur la garde de son épée. A droite, dans un compartiment d’architecture, est la figure de la France, avec ces mots, Nnle , meœ vires, empruntés à Virgile; à "'anche, on voit Pallas avec ceux-ci, Prœmia magna feras, pris dans Horace. Sur le soubassement du portique, on lit, Herculi sacr. Gallico, et, dans le tympan de son fronton , est placé un soleil rayonnant, que de Laval voulait donner pour nouvel emblème au Roi, avec cette devise : Orbi lumen columenque suo.
Il est donc constant que de Laval songea, le premier, à faire de l’étage supérieur de la Petite Galerie une sorte de musée historique en l’honneur des rois de France. Il est aussi certain que son projet fut en grande partie exécuté, ce qui fit donner à la galerie le nom de Galerie des Rois; toutefois on ne tint pas compte de ses conseils lorsqu’il s’agit de la décoration du plafond, et les sujets qu’on y Peignit furent tirés de la fable, au grand bénéfice de l’art peut-être, mais non conformément à la raison. La galerie des Rois a été détruite par l’incendie de 1G61 ; mais Sauvai nous en a laissé une assez longue description, d’autant plus précieuse qu’elle est unique, rr J’ai fait savoir, dit-il, que le premier étage (le reztr de-chaussée) de cette galerie est occupé par le nouvel appartement de la Reine rr régente (Anne d’Autriche), et le second par une gallerie qui 11e le cède en rr régularité et en ordonnance à pas une du royaume, ni peut-être du monde. "Sa longueur, sa largeur et-son élévation 11e sont pas moins bien symmétrisées "que compassées. Elle porte trente toises de long et vingt-huit pieds de large. Le "jour y entré par vingt et une grandes croisées!1). Les trumeaux sont remplis de "portraits de quelques-uns de nos rois, aussi bien que de nos reines ; et son plarr fond est divisé en plusieurs compartiments de grandeur et de forme différente, ••de plus éclairés par douze grandes croisées (les lucarnes du comble), et enfin ••distribués et compassés avec beaucoup d’esprit par rapport à la grandeur du dieu qu ils occupent. Du Breul mourut peu de temps après avoir commencé; r mais Bunel 1 a continué , 1 acheva, et s’attacha le plus ponctuellement qu’il put à «■ I intention de son devancier.
" On se plaint, au reste, que les tableaux de ce plafond 11e fassent point ensemble "une suite d histoires, et qu’ils n’ayent aucune affinité avec ceux des trumeaux.
- Quoique ce soit une faute assés ordinaire, on voudrait 11c la point voir dans cette "gallerie. G est le seul défaut que les critiques y remarquent, et qu’on pourrait
1 1 y avait douze fenêtres sur la lace orientale et neuf seulement de l’autre côté.
LE LOUVRE ET LES TUILERIES SOUS HENRI IV ET LOUIS XIII. 67 '• excuser en quelque façon, puisque les héros de quelques-unes de ces histoires f sont représentés sous le visage de Henri IV. Quoi qu’il en soit, ces héros déguisés "dans la voûte, aussi bien que les portraits de nos rois et de nos reines, avec ceux - de leurs courtisans et de leurs dames, peints de côté et d’autre, rendent l’ordonnnance de cette gallerie approchant de celle que les Romains observoient dans ft leur pratique, et que Vitruve appelle Mégalogra/phie, puisque c’est toujours l’hisn- Loire de son pays qu’il faut représenter dans ces sortes d’appartemens. Auguste <t fit embellir son portique des statues de ceux qui avoient bien servi la république, cet se van toit, dit Suétone, d’être l’inventeur de cette sorte de décoration. Cararccalla, dans son grand portique, fit peindre les triomphes de son père, et les staff tues dont Sévère environna la place de Trajan étoienl toutes des plus illustres et hommes de l’empire romain.
et Les portraits des rois et des reines, que j’ai dit occuper les intervalles d’une tt croisée à l’autre, sont grands comme nature et représentés avec des habits et des tt gestes proportionnés à leur génie. Les rois sont placés à main droite, et vis-à-vis, " de l’autre côté, les reines qu’ils ont eues pour compagnes, lit tous ces portraits, cf tant des uns que des autres, sont entourés de têtes, mais des seigneurs seule- (f ment ou des dames les plus considérables de leur cour, soit parleur naissance rcou leur beauté, soit par leur esprit et leur humeur complaisante. Comme tous fc ces portraits sont vrais, il n’y a que la plupart des rois et des reines qui ont ff régné en France depuis saint Louis jusqu’à Henri IV.
te Ces portraits sont partis de la main de trois personnes. Porbus a fait celui de rc Marie de Médicis, qui passe pour un des plus achevés que nous ayons de lui, et ce même le meilleur de cette gallerie!1'. En effet, les vêtemens en sont si vrais, les tediamans dont il les a brodés sont si brillans, et les perles si naturelles, la tête rede la Reine si noble, ses mains si belles et si Unies, qu’il ne se peut rien voir c de plus charmant; et, quoique l’azur fût alors fort cher, ce peintre néanmoins l’a et répandu avec tant de prodigalité sur cette figure, qu’il y en a pour six— vingts
tr ÔCUS.
"Tous les autres portraits sont de la main ou dessein de Bunel. Il peignit d’a- " près le naturel ceux des personnes qui vivoient de son temps. Pour déterrer les r autres, il voyagea par tout le royaume, et prit les stucs des cabinets, des vitres, tfdes chapelles et des églises où ils avoient été peints de, leur vivant. 11 fut si lieufreux dans sa recherche, que dans cette gallerie il n’v a pas un seul portrait de et son invention, et que par le visage et l’attitude tant des hommes que des femmes f qu il y a représentés, on juge aisément de leur génie et de leur caractère. Sa femme le seconda bien dans son entreprise. Comme elle excelloit à faire les por-
(li Ou croit que ce portrait est celui qui fait par- la beauté est remarquable. Il est signé F. POURBUS
lie de la collection des tableaux du Louvre, et dont FE. et a 3nl,o6 de hauteur sur 1 ,n. 3y de largeur.
Les peintures de la voûte de ht Galerie.
f>8 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.
<t traits des personnes de son sexe, ceux des reines et des autres dames pour la r plupart sont de sa main et du dessein de son mari.
«Les rois sont vêtus assés simplement, et le tout a la mode de leur teins, et «conformément à leur Age. Les reines ont leurs habits de pompe et de parade; si «bien qu'avec ces vêtemcns différens et bizarres, qui faisoient sans doute la pim- « cipale partie de la galanterie et de la propreté de leur cour, ils nous paraissent «si ridicules, qu’on ne peut s’empêcher de rire.
«Les histoires qui remplissent la voûte que Bunel et Du Breul ont peinte sont «tirées des Métamorphoses et de l’Ancien Testament. Du Breul n’étoit point bon «coloriste, et d’ordinaire ne faisoit que des cartons; mais en récompense il étoit «si grand dessinateur, que Claude Vignon, peintre, a vendu à Borne de ses des- « seins à François Bracianze, excellent sculpteur, que celui-ci prenoit pour être de «Michel-Ange. De cinq ou six histoires de lui, que l’on admire dans cette voûte, -orine croit pas qu’il y en ait aucune de sa main. La Gigantomachie, dont les «curieux et les peintres font tant de récit, est d’Artus Flamant et de Bunel. Les «autres ont été exécutées en partie par eux, en partie par leurs élèves. Elles pa- «roissent si accomplies aux yeux de ceux qui s’y connoissent, que je suis obligé «de décrire en deux mots, tant la Gigantomachie, que les fables de Pan et de «Syringue, de Jupiter et de Danaë, de Persée, d’Andromède et de Méduse.
«Persée, de sa main gauche tenant la tète hideuse et épouvantable de Méduse, «et de plus le pied droit appuyé sur son corps, qu’il vient de terrasser et priver -de vie, représente admirablement par cette aLlitude la force et le courage que -les poètes donnent à ce héros.
«Le monstre marin qui se présente pour engloutir Andromède irrite sa rage -par les battemens de sa queue, et remplit de terreur les âmes les plus intré- «pides. De son côté Persée s’avance à grande bâte pour le combattre. Andromède «paraît dans un état à donner de l’amour et de la pitié tout ensemble aux «plus insensibles. Celte innocente beauté tâche à cacher de sa jambe droite la «partie de son corps que ses ennemis, pour l’assouvissement de leur jalousie, lui «avoient honteusement découverte. Elle regarde son libérateur avec zèle et aver «pudeur, et pourtant fait lire sur son visage que sa peur est plus grande que son « espérance.
«La langueur des yeux mourans de la belle Danaë, l’assiette incertaine de sa «belle tête, et toutes ces autres manières qui se remarquent aux personnes que -l’amour tyrannise, font bien voir qu’elle languit dans l’attente de son adorateur. - Toutes ses actions témoignent l’excès de sa passion , et l’on juge par certains mou- «vernens de son corps et par l’agitation de ses jambes, que la lubricité la gour- « mande et que les leux d’amour la dévorent.
«Le dieu Pan, avec sa laideur ordinaire, et couronné d’un grand bouquet de
LE LOUVRE ET LES TUILERIES SOUS HENRI IV ET LOUIS XIII. 69 « cornes, emploie toute son industrie et toutes ses forces pour enlever la belle cr Syringue. Cette nymphe, au contraire, se roidit tant quelle peut contre les efforts «de ce vieux bouquin, et, pendant qu’il s’amuse à lui manier le sein, elle tâche «à profiter de l'occasion pour se glisser et s’envelopper dans une forêt de roseaux.
«La Gigantomachie qui fait un des principaux compartimens de la voûte, et «même le plus beau, nous figure un combat rude et opiniâtre. Lairy est tout en «feu. On ne voit que foudres et tonnerres qui éclatent de toutes parts. Tout le «lieu est embarrassé et obscurci de montagnes et de rochers qu’on veut entasser «les uns sur les autres. La crainte et la hardiesse, la témérité et le courage s y «font remarquer. La mort même s’y montre sous toutes sortes de visages. Mais il «n’y a rien qu’on admire plus qu’un grand géant fort musclé, qui se rehausse sur «le corps mort d’un de ses frères afin de joindre de plus près son ennemi. La «taille immense de ce colosse épouvantable occupe tant de place qu elle vient jus- «qu’à la moitié de l’arrondissement delà voûte; et, quoique effectivement cette «figure se courbe et tourne avec la voûte. Du Breul néanmoins la raccourcie «avec tant d’art, que la voûte en cet endroit-là semble redressée, et qu enfin, de «quelque côté qu’on la regarde, on la voit toujours sortir hors de la voûte droite net entière. Ce raccourci est un si grand coup de maître, que tous ceux qui sont, «capables d’en juger, non-seulement l’admirent, mais disent hautement que dans « l’Europe il ne s’en trouve point de plus merveilleux. Cette histoire est peinte à un «des bouts de la galerie, proche de l’appartement du Roi.
« A l’autre bout sort en saillie un balcon sur le quai de 1 École, d ou 1 on jouit «d’une des plus belles vues du monde. Là, d’un côté les yeux roulent avec les «eaux de la Seine, et se promènent agréablement sur le penchant imperceptible « de ce long demi-cercle de collines rampantes qui viennent en tournant en cet «endroit-là, de même que la rivière, mais toutes jonchées de maisons de puissance, de villages, de bourgs, de vignes et de terres labourables. D un autre «côté, la vue, éblouie des beautés de la campagne, se vient renfermer dans la « ville; et, après s’être égayée sur le Pont-Neuf, le Pont-au-Change et les maisons «uniformes de la place Dauphine, elle, se perd dans ce grand chaos de ponts, «de quais, de maisons, de clochers, de tours, qui de là semblent sortir pêle-mêle « du fond de la Seine '■). *
; T. II, p. Ily et suiv. — M. Lud. Lalanne a publié, dans les Archives de l'art français (t. 1\ , p. 54), un document de i6o3 intitulé Estât des tableaux qui sont en la galerie, d Paris, et M. de Ghennevières a prétendu que ce catalogue était celui des peintures qui formaient la décoration de la Petite-Galerie. Nous ne doutons point que M. de Chennevières ne se soit mépris, car le catalogue ne contient que quatre noms de rois ou reines de
France, et presque tous les portraits dont il y est question sont ceux de personnages étrangers, d'individus même fort obscurs. Si tel avait été le choix des portraits de la Petite Galerie, personne, certes, ne se fût avisé de l’appeler, comme fait Israël Sylvestre, rr la galerie du Louvre dans laquelle sont (fies portraits des Roys, des Reynes et des plus ilcf lustres du royaume. * Le catalogue neconcorde aucunement d’ailleurs avec la description de Sauvai, et
Pavillon de Lesdiguières.
La décoration de la galerie des Rois, ayant été commencée par Du Breul, ne peut avoir été entreprise plus tard qu’en l’année 160a, et le fut très-probablement en 1601. En 160/1, suivant un auteur contemporain, Bunel travaillait encore aux peintures de cette galerie et de la salle des Antiques R).
Il est difficile d’imaginer comment, dans le projet primitif, la Grande Galerie devait s’agencer avec la muraille de la Ville et se rattacher au palais des Tuileries. On ne saurait dire si les plans adoptés par Catherine comprenaient le bâtiment servant de pendant a la salle des Antiques (a), et le pavillon contigu, dit maintenant clc Lesdiguières, qui, différent en cela des deux autres anciens guichets, n’a jamais correspondu directement à aucune voie. Le pavillon de Lesdiguières, qu’on appelait au xviic siècle la Lanterne des galeries <3), à cause du Ianternon dont il était couronné, ne paraît pas d’ailleurs avoir été commencé avant le règne de Henri IV, et l’on 11’y remarque point ces fûts de pilastres, en marbre noir, qui sont un des traits caractéristiques du portique de la Petite Galerie, dont il reproduit symétriquement l’ordonnance <*>. Nous pensons que le pavillon de Lesdiguières ne fut entrepris qu’à l’époque où l’achèvement de la première partie de la Grande Galerie donna lieu de travailler à la seconde, c’est-à-dire à celle qui, franchissant l’enceinte, était destinée à aller rejoindre les bâtiments des Tuileries. Sur ce point tout était à faire, et la première opération dut être de déblayer le terrain, assez peu encombré au reste, excepté à l’endroit du rempart, qu’on fui oblige d entamer. Quant au fosse, la galerie le traversa en portant sur des arcades analogues aux arches d’un pont, et l’on fit là une travée plus large que les
rien n’indique non plus qu’il se rapporte à la Petite Galerie au lieu de la Grande. C’est manifestement un simple inventaire de tableaux, provenant d’Italie pour la plupart et réunis à litre de curiosités.
!) Le rrfeurov (Henri IV)... peu de jours après, fr allant veoir les peintures de sa gallcrie et de sa salle "des Antiques , que feu M. Bunel, son peintre, faisoit u alors, vit un fond de chaire laid d'ouvrage de «■Turquie que ledict Du Pont y avoit laissé... corner manda à feu M. de Fourcy, surintendant de ses rrbastimens et manufactures, de faire venir ledit «Du Pont en sa présence, ce qu'il fit le lendemain «en la gallerie haute. Venu donc ledit Du Pont, il «présenta à Sa Majesté un quarreau l'aict de soye «et or, avec une chaire faicte de laine dudit ouvrage de Turquie, que Sa Majesté eut très agréable, et commanda sur l'heure audit sieurdeFourcy «dc faire bastir un des logis de dessous sa gallerie «pour estre comme une pépinière d’ouvriers de -ladite manufacture : ce fut en l’an 1606.» (Pierre
du Pont, Stromatourgie , ou de l’ excellence delà manufacture des lapis, clc. Paris, 1 633 , cliap. iv, p. 2 1 .) — Cazaubon, dons ses Epliémérides , rapporte que, le 27 avril i6o3, un ministre protestant qui était allé voir Bunel au Louvre se tua en tombant d’un échafaud sur lequel ce peintre travaillait.
2 Comme celui qui renfermait la salle des Antiques, il n’avait d’abord que deux étages et était décoré de niches à l’étage supérieur.
(S) Il est mentionné ainsi dès 162/1. (Voir le compte de cette année, Appendice XII. ) Le nom de pavillon de Lesdiguières est tout moderne.
(4) La lucarne s’élevant du milieu d’un fronton brisé, qu'on observait au pavillon de Lesdiguières , était imitée de celle qu’on voyait en pareille place, à la Petite Galerie, et qui. détruite depuis longtemps, a été refaite par M. Duban, mais avec des modifications. — Le guichet pratiqué dans le pavillon se nommait le guichet Saint- Mcaise à la fin du xvue siècle.
autres. Cette travée, bien reconnaissable aux niches qui la décorent, constitue donc un jalon des fortifications de Charles V, particularité que personne n’a encore comprise.
Nous avons longtemps cherché une donnée positive relativement à l’époque où fut commencée la seconde partie de la galerie, que son ordre colossal distingue tant de la première. M. Poirson a supposé que les guerres contre l’Espagne et la Savoie retardèrent les travaux, et qu’on ne mit décidément la main à l’oeuvre qu’en i6o3; à l’appui de cette opinion, il a cité une lettre de Henri IV à Sullv, en date du a mars de cette année, où le Roi recommande rr de continuer à faire ccadvancer, tant qu’il. . . sera possible, les transports des terres de la galerie du r Louvre, allin que les maçons puissent besogner, estimant qu’ils donneront ordre, rr ce pendant, à leurs matériaux, de façon qu’ils advanceront bien la besogne, quand cia place sera nette desdictes terres (l';n néanmoins, nous rappelant la pensée qui inspirait Henri IV et le passage cité plus haut du Supplément aux Antiquités (le Paris, nous avons toujours été disposé à croire que le xvie siècle ne s’acheva pas sans qu’on entreprit les premières travées à la suite du pavillon de Lesdiguières(si , attendu que la construction de ces travées était nécessaire pour que la galerie donnât issue hors de la Ville. Deux pièces, signalées!’) depuis que nous avons émis cette idée, prouvent que les travaux de maçonnerie de la Grande Galerie,
(l) Recueil des lettres missives de Henri IV, l. VL, p. 89. — Dans une autre lettre, datée du 8 avril suivant, Henri IV dit : frJ’ay esté bien aise d’apff prendre. . . que l’on continue en la plus grande « diligence qu’il se peut mes bastimens du Louvre fret de Saint-Germain.» ( Ibid. p. 69.) Dans la nouvelle édition de son Histoire du règne de Henri IV, M. Poirson, qui a eu, par anticipation, connaissance de notre travail, rejette (t. IV, p. 53 1) l’opinion que nous avons émise sur l’époque où l’on commença la seconde partie de la Grande Galerie, et prétend même que les travaux ne furent sérieusement entrepris qu’en i6o3. Il n’en donne du reste aucune raison autre que la lettre du 2 mars, dont chaque mot, dit-il, lui paraît justifier son assertion. Nous sommes plus que jamais d’un avis opposé, car, ayant vu démolir la galerie et constaté la manière dont elle a été bâtie, nous n’imaginons pas quelles furent, en dehors de celles du rempart, les terres qu’il fallut transporter pour procéder à l’avancement de la construction. Nous sommes sur, en effet, que. partout, à l’exception d’un point, pour asseoir les fondations et monter les murs, on n’eut qu’à pratiquer de simples tranchées, dont les déblais, rejetés sur la berge, étaient trop peu consi¬
dérables pour causer de grands embarras et mériler une mention spéciale dans les lettres du roi. Il en était très- différemment à la hauteur du rempart; car là, et là seulement, il y avait une masse considérable de terres à enlever afin que les maçons pussent cr besogner, » et la première chose à obtenir, c’était que la place fût rr nette des dictes terres.» En outre, dans l’hypothèse adoptée par M. Poirson, Henri IV aurait, de i6o3 à 1607, c’est-à-dire en quatre années, conduit à bonne fin une section de la galerie 11’ayant pas moins de 220 mètres de longueur, et les ressources de ce monarque ne lui permettaient guère d'obtenir un pareil résultat. Si, au contraire, on admet que l'érection de l’édifice, entre le pavillon Lesdiguières et de Flore, eut lieu en sept années, on reconnaît qu'en i6o3 les travaux, marchant avec régularité, devaient avoir précisément atleinL le rempart, comme nous le supposons; et ce n’est certes pas là une présomption peu fondée.
(2) Conf. notre notice sur les deux galeries du Louvre , dans La Renaissance monumentale en France , p. 12.
Elles ont été acquises par la Bibliothèque de la Ville, et nous en publions la copie, Append. XI.
confiés à six. entrepreneurs, furent commencés au plus tard le 1" avril 1600, en vertu d’un marché passé le 7 mars précédent. Ce marché portait que, moyennant 29,000 écus, payables par semaine, le lot de travaux adjugé aux entrepreneurs serait conduit à bonne fin dans l’année même; mais, dès le mois de juillet, il s’éleva, à l'occasion d’un refus de payement, des difficultés qui contraignirent les entrepreneurs à se déclarer déliés de leur engagement. En même temps que la galerie, 011 avait aussi commencé une cage d’escalier hors d’œuvre, élevée sur la contrescarpe même du fossé. Presque entièrement oublié aujourd’hui, cet édicule, dont les planches du Carrousel de Sylvestre donnent l’aspect, n’a été détruit qu’à la fin du règne de Louis XV. Rectangulaire en plan, flanqué de six pilastres, et coiffé d'un comble en croupe à frontons, il mesurait deux toises deux pieds en largeur ainsi qu’en saillie*1'.
kiiovement Au tcr janvier 1608, la Grande Galerie du Louvre était avancée à ce point
" i .«'s! ) qu'on pouvait la parcourir d’un bout, à l’autre, puisque, dans les Mémoires de
Sully, ses secrétaires lui disent : «Nous commençons cette année 1608, comme « nous avons fait quelques-unes des précédentes, par la devise des jetions d'or que « vous présentastes au Roy, le premier jour de l’an . . . Vous le trouvastes comme te il entroit dans sa Petite Galerie*2' pour passer à la Grande, et de là aux Tuille- «ries, où il vous mena promener.» Mais il est surtout hors de doute que la galelerie était complète en 1609, car on lit encore dans les mémoires de Sully . pour cette année : « Comme vous fustes entré dans la cour ... et que vous fustes monté ren la chambre du Rov, vous trouvastes qu’il estoit entré en sa gallerie, et de e l'une en l'autre passé aux Tuilieries, où vous ne le pustes attraper qu’il ne lust rdesjà sur la grande terrasse des Capucins, près de la petite porte, pour aller «ouyrla messe*3'.» La galerie est effectivement représentée entière sur le plan de Quesnel et sur celui de Vassalieu. publiés en 160g. Ce dernier porte, en outre, 1 indication suivante : «Henri IV, qui règne à présent, a avancé en telle sorte celte «architecture parfaite, que la galerie joint maintenant, n La note implique à la fois que le fait était accompli et qu’il était récent.
Boileau et Morel ; Infiniment plus simple que la décoration de la première moitié de la Grande
Pncurpiies L’Heureiiï . Galerie, la décoration de la seconde ne paraît avoir subi aucun retard dans son achèvement14'. Les magnifiques chapiteaux composites des pilastres de l'ordre colossal sont, au dire de Sauvai, l'œuvre des nommés Boileau et Charles Morel.
I; La longueur totale de la Grande Galerie, depuis l’axe de la Petite jusqu’à l’axe du pavillon de Flore, est de 24o‘ 3P ou 6 68'n-73 .
lî) Sully nomme ailleurs la Petite Galerie rrpre- -mière galerie," parce quelle était la plus proche de la chambre du Roi.
I OEconomi es royale s, t. II. p. 22*2 b, 287 Bet288A.
II Les sculptures des tympans 11e furent faites que postérieurement à îhtio. Les guichets du Carrousel datent de 1769. et celui de la rue Saint- Thomas. dont l’origine doit être contemporaine de celle de la galerie, a été ouvert au public en 1 6 4 3 .
TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VI EVX PARIS