PRÉPARÉE PAR FEU M. A. BERTY
Sommaire de ea notice. — Considérations générales sur l’opportunité des fouilles du vieux Louvre. — Eléments de la restitution. — - Première erreur. — Deuxième erreur. — Comparaison des dimensions données au Louvre. — La Grosse-Tour. — Son pont-levis. Bâtiments du Louvre primitif. — Bâtiments de Charles V. — Le passage au Donjon. La
Grande-Vis. — Aile orientale de Charles V. — Les tours extérieures. — Observation sur l’ancien sol du Louvre. — Les portes de l’ancien Louvre. — Les marques de tâcherons. — Les courtines; description. — Les fossés extérieurs. — Le pont-levis oriental. — Le mur d’enceinte de Philippe-Auguste. — L’hôtel de Bourbon. — La tour du Coin. — Conclusion. — Résumé.
Lorsque nous avons sollicité 1 autorisation d’entreprendre les touilles du Louvre1'1, en annonçant, ce que l'événement a confirmé, que les substructions «lu château se trouveraient presque sous le pavé, nous ne nous sommes pas dissimule un moment combien était redoutable l’épreuve à laquelle tout notre travail allait être soumis. Nous n’ignorions pas que, dans le domaine de l’architecture du moyen âge, la faculté de restituer est extrêmement restreinte, et que, le plus souvent, ce qu’on imagine n’est nullement conforme à la réalité. Dans nos travaux habituels, nous procédons avec assurance, parce que la difficulté se borne ordinairement à fixer l’identité d’emplacements déterminés, et non à inventer des contours; mais nous nous gardons d’aller au delà, même dans les cas où les titres nous fournissent des données sur les dispositions ichnographiques des propriétés, attendu que ces données ne comportent jamais de sérieuse traduction graphique. Par rapport au vieux Louvre, la situation était sensiblement différente. Essayer d’en reconstituer les élévations, c’eût été entreprendre une tâche impossible, puisque l’on ne soupçonne même pas le nombre des baies de 1 édifice; mais chercher à en retracer le plan n’avait en soi rien d’irrationnel. En effet, si la plupart des détails consignés dans le livre de Sauvai sont commu-
(l) Elles ont été commencées le 27 août 1866 , et se sont terminées le üà décembre suivant. On n’y a pas remué moins de mille mètres cubes de terre.
Considéra lions générales
l’opportunitédes fouilles du vieux Louvre.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, nement faux et. parfois singulièrement propres à égarer, quelques-uns cependant sont exacts et peuvent etre utilisés. Nous possédions d ailleurs quelques documents manuscrits qui nous semblaient dignes de confiance, et l’ensemble des diverses vues du château, malgré leur peu de fidélité, formait un faisceau d informations dont il y avait espoir de tirer un parti assez satisfaisant pour que le lecteur enlievil. au moins ce qu avait été ce Louvre si mal connu, ce Louvre que nous avions mission de lui dépeindre.
Nous nous décidâmes donc à en publier un plan restitué, avec la conviction que des études plus approfondies, jointes à des renseignements nouveaux et authentiques, devaient établir combien ce plan était moins éloigné de la vérité que celui de notre devancier, M. de Clarac, sur l’inexactitude duquel nous étions surabondamment édifié. Dans la suite, et lorsque le temps d’amender notre travail était passé, une occasion s étant ollerte de trancher définitivement les questions qui nous avaient tant préoccupé, nous l’avons saisie avec empressement, considérant comme un devoir de servir les intérêts de la science plutôt que d’épargner à notre amour-propre le risque d’un échec, toujours possible en pareille matière. Nous ne croyons pas avoir sujet de nous en repentir, et peut-être le lecteur voudra-t-il bien être de cet avis, après avoir parcouru les pages qui vont suivre.
On se rappelle que, pour déterminer les dimensions du vieux Louvre, dont les historiens nous paraissaient avoir considérablement surfait la grandeur, nous imaginâmes de replacer successivement tout ce qui occupait jadis le terrain entre les deux points dont nous étions sûr, c’est-à-dire entre le coin oriental de la rue des Poulies et 1 aile occidentale du château , ayant la même assiette que l'aile correspondante de l’édifice moderne.
La possession de sept éléments était nécessaire pour atteindre le but : il hillail connaître les largeurs de la rue des Poulies à son entrée, de l’hôtel de Bourbon et de la rue d Autriche, la profondeur des jeux de paume appuyés au mur de Philippe-Auguste, la distance de ce mur à l’aile orientale du Louvre, la profondeur de cette aile et la largeur de la cour qu’elle limitait du côté de l’orient. De ces sept éléments, tous fort incertains pour la génération actuelle, nous avons restitué le dernier avec une différence de 1-77 seulement, et retrouvé les quatre premiers avec une précision extrême. En effet, il résultait de 110s calculs (voir pages 1 35 et 1 06 du I" volume) que la muraille d’enceinte devait passer à 35 toises 2 pieds 10 pouces, ou 6g mètres h centimètres de la façade intérieure de l’aile occidentale du palais11*; et cest de 6g mètres 18 centimètres12* qu’était distant de ce
'> Il y avait, du coin oriental de la rue des Pou- toi1 5' 5""; si l'on retranche le premier chiffre lies jusqu’au parement extérieur de la muraille, du second, il reste bien 35‘ 5P 5'", ou 6g", ah. 6g a1* yF , et jusqu à I aile occidentale du Louvre (s* Ce chiffre n’est pas rigoureusement maillé-
point l’unique fragment du mur d'enceinte qui ait été mis au jour par les fouilles.
L’angle sud-ouest de l'hôtel de Bourbon, découvert exactement à 54 toises a pouces de son angle sud-est, est une autre preuve matérielle de ce que nous venons de dire.
Les cinquième et sixième données du problème à résoudre nous avaient fait défaut, et l'obscurité de l’une produisait l’obscurité de l’autre. Sauvai, dont nous nous méfions sans cesse, et avec trop de raison, rapportait que le fossé avait une largeur de 5 toises 8 pieds; mais il ne nous apprenait pas si un chemin de. ronde longeait le fossé, ou si le rempart formait contrescarpe. Obligé de prendre un parti, nous avons admis, au hasard, qu’il n’y avait point de chemin de ronde, tandis qu'il en avait réellement existé un de plus de 3 mètres, et cette méprise, en nous faisant reculer le fossé vers l’orient, nous a conduit à la plus grande erreur que nous ayons commise. On va voir combien elle est excusable.
Nous savions par Gorrozet que l’aile orientale renfermait la chapelle du roi Première erreur, (voirp. 1 35, 1. 1), et Sauvai affirme que cette chapelle avait 4 toises 1/2 de large. Il était donc naturel de conclure que l’aile était profonde d’environ 7 toises. Mais l’assertion de Sauvai est fausse : la chapelle ne pouvait être large de 4 toises 1/2 , puisqu'il n’y avait pas même un écartement de 3 toises entre les murs de l’édifice dont elle faisait partie. Le texte de Sauvai nous a donc suggéré une première inexactitude de q pieds. Une seconde, de 3 pieds, découle de ce que (circonstance improbable) le mur extérieur de l’aile était plus mince de om,ga que le mur analogue de l'aile occciden taie, le seul qui nous fût connu. Ces deux causes réunies nous ont conduit à exagérer la profondeur de l’aile, qui était de g1”, 9 3 ou 5 toises 0 pied 6 pouces, et non de 7 toises, comme nous l’avions supposé.
Il est clair que nous eussions été mis en garde contre un tel résultat si nous avions été prévenu de l’existence du chemin de ronde. Nous 11e nous fussions pas non plus fourvoyé si , à l’exception d'une , toutes les vues de la façade extérieure du Louvre de la Renaissance n’en avaient représenté la dixième fenêtre comme complète et séparée de la tour d’angle par un trumeau apparemment large d’une dizaine de pieds; disposition dont l’impossibilité est maintenant évidente. Dans cette hypothèse, la dixième fenêtre eût été contiguë à la tour; aussi semble-t-on n’avoir construit qu'une moitié de baie, de façon à laisser une partie de mur plein entre cette demi-baie et la tour(l). Sur le tableau de Zceman, cette particularité, exprimée très-confusément., il est vrai, se dessine néanmoins quand on est pré-
malique, parce que le mur a été retrouvé dans un état d’excessive dégradation; mais l’écart possible, par rapport h la dimension de 69*" ,o4 , ne saurait excéder on,,9.o, et peut être entièrement nul. En tout cas, il était assurément devant la courtine
du chateau, par suite de la direction légèrement biaise «pie prenait le rempart à partir de sa brisure et en se rapprochant de la Seine.
(l) Voir la nouvelle épreuve du Louvre de la Renaissance, où cette disposition est figurée.
venu; mais qui pourrait la distinguer autrement, surtout en présence d’une série de témoignages contraires W?
Nous éprouvons d’autant plus de regret de nous être éloigné de la vérité, que nous 1 eussions infailliblement entrevue sans une malheureuse faute de copiste, qui a singulièrement contribué à nous la dissimuler. D’après un article des comptes (n° 43), il y aurait eu entre la tour de la Fauconnerie et la tour du Milieu, vers les jardins, une distance de dûc-huit toises trois pieds; si nous avions été averti qu’au lieu de 18 toises il fallait lire quatorze W, nous eussions compris immédiatement que le nom de tour du Milieu devait être pris à la lettre, et notre écart n’eût point dépassé un mètre. Mais, là encore, nul ne pouvait soupçonner qu’il y avait une indication erronée.
Deuxième erreur. Notre seconde erreur de quelque importance est moins grave que la première :
elle consiste à avoir augmenté d’environ y pieds la profondeur de l’aile septentrionale, qui était de 1 1 ,n,3 h ou fi toises h pieds î o pouces. Nous avons été trompé par des causes analogues à celles que nous avons exposées en parlant de l’aile orientale : l’ignorance de l’épaisseur réduite du mur extérieur; la probabilité d’une identité de dimensions avec l'aile méridionale opposée; le nombre de ces largeurs de h toises 1/2 si fréquemment signalées par Sauvai, qui n’en mentionne aucune de 2 ou de 3 toises 1/2 ; enfin l'invraisemblance d’une disparité de profondeur entre les quatre ailes. Quant au surplus des inexactitudes que comporte notre plan restitué, et que, du reste, nous relèverons en passant, elles sont trop insignifiantes pour nous valoir des reproches mérités. Il est bien manifeste que, lorsque Sauvai est demeuré notre guide unique , nous n’avons point endossé la responsabilité de ses continuelles bévues, et que, en l’absence de tout renseignement, nous n’étions point apte à deviner des agencements absolument imprévus, comme ceux du fossé de la Grosse-Tour et de la Grande- Vis (3), dont les archéologues les plus éminents avouent ne s’être jamais fait une idée tant soit peu juste.
roii,|>nriiisnii La principale thèse que nous ayons soutenue dans notre travail, c’est que tous
des dimensions -lonnées nu Louvre.
Si M. Berty avait eu plus de temps pour revoir son texte et les rectifications opérées, par ses ordres, sur les planches dont il est question dans ce paragraphe et dans la note qui l’accompagne en renvoi , il aurait reconnu certainement que les dix baies de fenêtres existaient réellement et devaient exister dans la façade méridionale du Palais du Louvre. Des mesurages ont prouvé que leur espacement était un peu différent de celui qui est indiqué aux plans du premier volume, et qu’entre le pavillon du Roi, vers l’occident, et la vieille tour, vers l'orient, les murs de refend et les baies
devaient être placés comme nous l’avons fait dans les planches rectifiées que nous joignons à ce volume. Le lecteur ne s’étonnera donc pas de trouver, dans toutes les planches qui représentent, en plan ou en élévation, cette façade du Louvre, les dix baies entières comme elles s’y voyaient réellement. — H. b.
(2) Il est à croire que le manuscrit original portait en chiffres romains xim toises, et qu’on aura lu xviii toises, par inadvertance.
(d) Voir p. 1 1 1 , 1 1 5 et 1 1 8. Voir également fessai de restitution de la Vis et de la partie centrale de l’aile septentrionale, au temps de Charles V. p. 1 5o.
TOPOGRAPHIE HISTORIQVE DV VIEVX PARIS
Plan et élévation des contreforts buttant la contrescarpe
FOVILLES DV LOVVRE
les historiens postérieurs à Sauvai, eu copiant cet auteur, avaient prêté au vieux Louvre des proportions d’un tiers trop fortes. Trente-six heures n’étaient point écoulées, depuis le moment où les ouvriers s’étaient mis à l’œuvre, que déjà l’on était édilié sur la vérité de notre opinion M. Nous avions dit (p. 1 37, t. I) que
(l) Voir la planche rectifiée, t. I, p. 129, ainsi que le plan général des fouilles , en tête de la IIe partie de ce volume, intitulée «Fouilles du Louvre,») et les deux coupes de ces fouilles, p. 1 1 5.
On y peut constater, sans parler des dimensions que donne le texte de M. Berly, et pour nous borner à une simple explication des lignes du tracé, que, si la Grosse-Tour ne se trouvait pas au milieu de la cour du château telle que l’avait faite la partie ajoutée par Charles V, c’est-à-dire les ailes orientale et septentrionale, elle devait avoir cette situation, ou à peu près, quand ces deux ailes n’existaient point encore. Ces deux côtés de la cour de la forteresse étaient simplement fermés par des courtines et des tours engagées, semblables à celles qui flanquaient le mur d’enceinte de la Ville, construit aussi par Philippe- Auguste. Rien n’empêcherait de supposer que la face intérieure de ces courtines était garnie d’appentis destinés à remiser ou abriter les engins de guerre qui composaient l’artillerie à celte époque. C’est, au reste, l’opinion que M. Berty a émise dans son travail; et rien, ni dans Sauvai, ni dans les autres auteurs, 11e vient contredire cette supposition. Les ailes occidentale et méridionale étaient seules composées de solides bâtiments élevés d’un étage seulement au-dessus de la courtine crénelée. D’après plusieurs documents cités dans le premier volume de cet ouvrage, il est à croire que les tours d’angle s’élevaient seules à une plus grande hauteur, et que les tours du milieu dépassaient de fort peu la hauteur de la courtine, si même elles la dépassaient. Dans la planche du plan du vieux Louvre en 1610 (t. I, p. 228), planche dont une nouvelle épreuve rectifiée par les fouilles est placée dans ce volume , on voit que l’aile bâtie par Pierre Lescot s’arrêtait alors à l’escalier dit de Henri 11 et se rattachait à la tour d’angle la plus voisine, celle du nord-ouest, que nous avons pu restituer, d’après un dessin de Cellier (voir L. I, p. i34), au moyen d'un reste de l’ancien bâtiment de Philippe-Auguste. On y peut voir aussi que le fossé intérieur de la cour du château , qui environnait et isolait la Grosse- Tour, était d’une grande largeur, et que Charles V avait dû faire un raccord très-sensible dans la partie septentrionale, et briser la circonférence du parapet
et de la muraille de la contrescarpe au-dessous, pour pouvoir placer la façade intérieure de l’aile du nord, dans laquelle se trouvait la fameuse Vis d’escalier ainsi que le passage du Donjon à la môme aile, par-dessus le fossé. Ce passage, dont l’emplacement se trouve aujourd’hui fixé, avait une longueur égale à la moitié du diamètre du Donjon au ras du sol, et s’appuyait sur les contre-forts reliés à la façade de l’aile septentrionale et portant de fond dans le fossé, non tout à fait dans l’axe de la tour du milieu du nord, et à côté de la cage de la Vis. Une pareille portée n’était pas tellement forte qu’on 11e puisse aujourd’hui s’expliquer l’existence d’une seule arche : les culées pouvaient parfaitement résister à la poussée, aussi bien du côté du Donjon que du côté de l’aile ajoutée par Raymond du Temple. A celte époque, le fossé n’était pas rempli, et tous les parements du même temps, de la partie extérieure de la cage de la Vis (du côté du vieux Louvre) jusqu’au raccord fait dans le mur de la contrescarpe, vers l’orient ou le milieu de la cour actuelle, sont exécutés avec un soin et même un luxe de précautions qui rassurent parfaitement sur leur puissance et leur solidité. Cette partie septentrionale avait été destinée par Charles V à des salles ornées d’une manière remarquable, au dire des historiens du temps. Il résulte de la disposition de ce côté de la cour intérieure du château à l’époque de Charles V et de Charles VI que, le passage étant intercepté par le fossé, les piles de contre-forts, au nombre de six, qui sont placées de chaque côté de la partie centrale occupée par la Grande-Vis et l’arche de passage, conlre-buttaient les retombées des voûtes de cette aile, tout en permettant d'accéder à couvert à un vestibule qui réunissait et le passage et l’entrée de l’escalier. Cette disposition, entièrement différente de toutes celles qu’on a adoptées en interprétant les données de Sauvai , devait produire un fort bel effet, et justifie les .témoignages d’admiration que lui ont prodigués les historiens du temps.
INous ferons remarquer, comme M. Berty le fait lui-même, que la construction polygonale tracée à l’orient de la Vis, vers le centre de la cour actuelle, et qui semble, à première vue, destinée à faire peu-
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, ia cour du château avait, de l’est à l'ouest, une largeur d’environ 22 toises ou h 2 nl , 8 y ; le chiffre réel était, en moyenne h 2m,5i; différence : trente-six centimètres , soit 777 d’écart. Les auteurs, ayant donné la dimension de 32 toises 5 pieds, se sont trompés de plus de 2 1 mètres. Nous avons dit également (p. 1 38 , t. J) que la
danl au motif de la Vis, n’est certainement pas du temps de Charles V. Lorsque François Ier fit raser la Grosse-Tour, sans doute afin de dégager la cour du palais qui cessait d’être une forteresse, il dut nécessairement couper l’arche de passage , mais il laissa subsister la cage de la Vis. C’est alors sans doute qu’il fit élever cette autre sorte de tourelle; et, comme la maçonnerie du soubassement dans le fossé n’est pas liée à l’ancienne, et qu'il n’existe aucun pavement terminé, on voit bien que le fossé était comblé et qu’on jugeait inutile défaire, pour cette partie, ce que Raymond du Temple avait fait poulies soubassements de l’autre portion destinés à être en vue.
On a rencontré des traces d’amorces de constructions sur la partie méridionale du fossé du Donjon, regardant l’entrée principale et la Seine; mais on 11e saurait dire avec certitude si c’était là que se trouvait primitivement le pont-levis donnant accès au Donjon, ou s’il avait été placé vers le nord là où les travaux de l’aile de Charles V auront fait disparaître tout vestige de ce pont. Tout semble indiquer que les restes de maçonnerie qui existent vers le midi , et qui ne sont pas exactement dans l’axe de la principale entrée et du Donjon, appartiennent à une époque postérieure à celle de Philippe-Auguste, mais antérieure au comblement du fossé. L’étendue même de ces restes de maçonnerie tendrait à faire croire qu'à un moment donné on voulut remédier à l’exiguïté de la cour en élargissant l’entrée principale de la tour aux dépens du fossé, désormais inutile pour la défense. Ce fossé pouvait être couvert d’un pont plus ou moins large facilitant le développement des cortèges.
On a fouillé d’un côté du Donjon de manière à atteindre l'assiette des fondations, et l’on a reconnu quelles reposaient sur la couche sablonneuse qui s'étend dans toute cette région et semble avoir été d’une résistance suffisante pour porter le poids de la tour. Si le pavillon de Flore, aux Tuileries, a fait céder cette même couche, on pourrait peut-être attribuer cette différence de résultat à l’existence, sous ce pavillon, du lit de l’ancien cours d’eau qui
a été rencontré dans les fouilles récentes de la reconstruction des Tuileries sur le quai, comme nous l’avons dit en note, page 92.
La nature de ces substruclions du Donjon du vieux Louvre, la largeur remarquable du fossé qui l’entourait, nous ont suggéré quelques réflexions qui ne seraient point à leur place ici, mais que nous réservons pour le troisième volume de cet ouvrage, comprenant l’explication des plans d’époque de la région du Louvre et des Tuileries.
L’aile orientale regardant l’aile construite par Perrault, du côté de Saint-Germain-l’Auxerrois, paraît avoir été primitivement fermée par une simple courtine crénelée1"5, dans laquelle, entre les deux tours engagées et rondes qui en occupent le milieu, s’ouvrait une étroite poterne qui communiquait par un pont dormant et un pont-levis menant à une baie ouverte dans la muraille d'enceinte de la Ville. Là existait sans doute une sorte de tête de pont ou barbacane ayant issue dans la rue d’Autriche. 11 ne reste pas trace de cette muraille ni de la barbacane, les vestiges en ont sans doute été emportés par les travaux de la citerne dont nous avons parlé. Mais des fouilles pratiquées dans le jardin extérieur du palais, vers le quai du Louvre, ont donné le pan coupé du mur de l’hôtel de Bourbon, repère précieux qui s’est trouvé d’ailleurs d’accord avec les données deM. Berly. Malheureusement, la tranchée pratiquée sur le quai, il y a quelques années, pour rétablissement de l'égout collecteur, a détruit la subslruction de la porte du Louvre, qui eut été un autre repère important. Nos recherches n’ont abouti à aucun résultat, les ouvriers ayant démoli ces substruclions sans y altacher aucune importance.
Dans la poterne de la face orientale, on a rencontré, encore entier, le caniveau en pierre qui recevait et jetait dans le fossé les eaux de la cour du château. Cette poterne , à l’intérieur, débouchait sur une partie très-étroite du pourtour de la contrescarpe du Donjon, et cette portion des bâtiments construits par Charles V paraît avoir été destinée à des locaux de service. On a retrouvé, dans
On a les comptes de démolition des créi
cour mesurait, du nord au sud, environ 27 toises ou 5a'”, 62; elle mesurait en moyenne 52m,77; différence : quinze centimètres, soit yjy d’écart. Les auteurs, ayant écrit 34 toises 3 pieds 2/1 pouces, se sont trompés d'une quinzaine de mètres. Leur méprise a été sur ce point centuple de la nôtre W.
Ce sont des dimensions moyennes qui viennent d’être indiquées, parce que l’édifice n’était pas exactement un rectangle sur la cour: l'aile de l’orient avait i”',2o en longueur de plus que celle de l’occident, et celle du nord excédait l'aile du midi de om,52. Il en résultait que l’angle nord-est était légèrement aigu (88°), et que les ailes opposées n’étaient point strictement parallèles. Le Liais de la courtine vers la ville avait été aligné sur le mur d’enceinte de Philippe-Auguste, ce qui confirme leur contemporanéité; quant à la déviation de l’aile septentrionale, ou n’en saisit pas la raison.
Sauvai assure que la Grosse-Tour cr faisoit le centre de la cour du Louvre; -n mais u cn»»~ l’assertion est tout à fait inexacte : la Grosse-Tour*'2' était placée à des distances inégales et très-différentes des quatre ailes qui l’entouraient. Sauvai, au contraire, est dans le vrai en attribuant à la tour une circonférence de vingt-quatre toises ou /i6m,77, car on arrive à un chiffre presque identique en restituant jusqu’au niveau du sol le soubassement, en façon de cône tronqué, qui servait de base à l’édifice. Ce soubassement avait un fruit de om,2ig par mètre, et se composait d’un massif en blocage, revêtu d’un parement d’assez grand appareil. Fondé immédiatement sur le sable, h Gm,86 en contre-bas de l’ancien sol '3!, il 11e renfermait d’autres cavités ,!1 que celles d'un puits circulaire, dont nous avons renoncé à chercher le fond, et d’une descente ou fosse de r retrait, n large de om,82, ayant
le remblai, les poutrelles, poinçons et conîre-fiches que la coupe BC indique (v. les planches p. 121 et 1 26). C’est sur le talus de l’une des tours de cette poterne qu’ont été trouvées les marques de tâcherons dont nous donnons plusieurs images p. 1 3o, et plus loin , p. 1 38 , un dessin de grandeur naturelle.
La coupe AA donne le relevé des substructions parallèlement à l’aile occidentale du Louvre, depuis l’aile méridionale vers la Seine jusqu’au guichet du côté des Tuileries. On y voit les contre-forts de l’aile de Charles V et le culot d’encorbellement d'une petite vis attachée au passage du Donjon. A droite se trouvaient un caveau voûté , et enfin le fossé extérieur et sa contrescarpe.
La coupe BC , perpendiculaire à la précédente et parallèle à l'aile méridionale du Louvre vers la Seine, passe par la poterne orientale; et son pont, sur le fossé extérieur du château, coupe le Donjon de manière à traverser le puits et la fosse, et s’ar¬
rête «h l’aile de Pierre Lescot , en coupant le mur de contrescarpe du Donjon derrière le trottoir du parterre. — H. L.
(1) Il importe qu’on le remarque, les chiffres que nous donnons comme véritables n’ont point été recueillis par nous, mais par M. Ch. Laflbrgue, sous-inspecteur des travaux du Louvre, qui était chargé de dresser le plan des substructions découvertes, et qui a opéré avec des soins minutieux. On ne nous accusera donc point d’avoir arrangé les faits au profit de notre vanité.
(î) Voir la planche p. 111.
(3) La hauteur de ce sol, auquel nous rapporterons toutes nos hauteurs , nous a été donnée par des renseignements qui seront indiqués plus loin.
(4) On a sondé au centre, jusqu’à une profondeur de plus de 3 mètres , sans rencontrer autre chose qu’une maçonnerie très -dure, qui ébréchait le trépan.
Son pont-levis.
les parois lisses et soigneusement dressées. Plusieurs indicés dénotent que le retrait était resté en usage longtemps après la démolition du Donjon, dont les matériaux consistaient en pierre de Moulins, lambourde et banc-franc.
Le lossé entourant la Grosse-Tour pouvait avoir une profondeur de (1 mètres, et il é.tail d’une largeur considérable, qui faisait que l’ensemble du Donjon, occupant près des deux tiers de la cour, l'encombrait de la manière la plus incommode. La contrescarpe1", construite en lambourde et roche de Montsouris, avait peu de fruit, et ne paraît pas avoir été couronnée d'un cordon à la naissance du gardeloir Dans sa partie nord-est, elle était concentrique avec la tour, dont elle était distante de iom,5g ou environ; elle ne s’en éloignait que de io”,2o dans sa partie occidentale, en décrivant une courbe irrégulière; elle paraissait avoir été décrite de trois centres principaux. Près de l’aile du nord, elle avait subi, au xiv“ siècle, un remaniement qui en avait diminué le rayon à 7“, 75 sur un point, et transformé le haut du talus en paroi verticale131.
En dégageant le périmètre de la Grosse-Tour, ou a rencontré, soudées à la partie regardant le sud, cinq assises qui étaient en retraite les unes sur les autres, et figuraient ainsi un encorbellement131. Elles furent prises, au premier abord, pour les restes d’un portique placé au bout du pont traversant le fossé; mais un examen plus attentif a rendu cette opinion inadmissible. Les assises, formées de caillasse des carrières de Moulins et laissées à l’état brut, avaient des formes tellement irrégulières qu’elles ne peuvent avoir été destinées à être en vue. Elles n’étaient pas même susceptibles d’être (aillées, et avaient été relancées après coup. Cependant elles faisaient queue dans l’ancienne maçonnerie, comme si elles avaient servi à supporter un poids, en se projetant dans le vide; état de choses inconcevable après le comblement du fossé. Il y a là une énigme dont le mot nous échappe; ne voulant point nous perdre dans les hypothèses, nous ne saurions mieux faire que de reproduire tous les aspects des assises, afin de laisser au lecteur la faculté de s’édifier lui-même.
Sauvai rapporte, avec une grande vraisemblance, que l’on accédait à la Grosse-
Voir les planches p. 1 1 5 eL 12-2.
'3) Voir ci-dessus les planches p. 1 1 5 el p. 1 18. — On peut remarquer que cette reprise de la contrescarpe septentrionale du Donjon, au xiv* siècle, avait pour but de faciliter rélargissement du batiment construit de ce côté, et, de plus, par ce rétrécissement du fossé, on rendait possible l'établissement de l’arche de passage du palais au Donjon. La supposition que ce passage aurait été en bois nous semble tout à fait gratuite el inutile; le maître de l’œuvre, Raymond du Temple, avait assez d’habileté pour jeter une seule arche el répondre
de sa solidilé, car les culées étaient suffisamment puissantes. C’est pourquoi on ne saurait trouver trace d’une pile de milieu. Au reste, nous ne pensons pas qu'aucun texte vienne préciser ou indiquer, môme légèrement, quelle était la nature des matériaux. Ce qui aurait fait supposer que le pont était en bois, ce serait la longueur de la portée; mais nous croyons que, dans la mesure trouvée, 7"', 70, dont il y aurait à retrancher les saillies des contreforts, il n’y a rien d’impossible a le supposer en pierre. — H. L.
(•1) Voir la planche p. 123.
Ligne de niveau du dessus des piédestaux, du res de chaussée .
Lafforcue del .