GRANDE ÉCURIE DES TUILERIES
(Voir p. 10 ci-dessus.)
La grande Écurie des Tuileries était, avons-nous dit, construite en 1 5 68 ; elle l’était même dès 1 566 , car, le 18 août 1 566 , Guillaume Vaillant, maître charpentier cl bourgeois de Paris, soumissionna , au prix de 5, 220 livres tournois, la charpente des combles, suivant le devis dont voici le texte, et qui a été découvert par M. Lebrethon dans les archives de Me Trépagne, notaire.
ci C’est le devis des ouvraiges de charpenterie qu’il convient faire pour la Rovne, mère du Roy, ausd. escuries de son palais que l’on bastisl de neuf hors la Porte Neufve; contenant les dites escuries trente toises de long et quatre toises de large dans euvre(1); et au bout des dittes escuries ériger ung pavillon contenant quatre toises de large et de sept a huit toises de longueur ou environ; faire le plancher de la chambre et garde-robbe dudit pavillon. garny ledit plancher de poultre droite, de lembourdes et sablières le long des murs, peuplé de solives et d’aiz d’entrevoulx ; faire la charpenterie du comble en pavdlon, ou bien ainsy qu’il plaira ordonner.
& Item. Convient faire la charpenterie de quinze travées de comble à escuries, garnies de maistresses fermes qui seront au droit des arcz. Et pour la façon desdites maistresses fermes, seront faictes en tiers points avec une ance de panier par dedans euvre, ou ainsy qu’il plaira ordonner, faictes de plusieurs aiz scinlrez. Et à chacune maistresse ferme sera mis trois aiz joinctifs en liaison, chacun de neuf poulces de largeur, mis en besongne, et ung poulce et demy d’époisseur, sans comprendre le desgauchissement pour dresser les aiz; et chacune maistresse ferme sera garnie d’un poinçon de six poulces de grosseur et de sept à huit poulces de largeur, comprises les bosses et alégement qu’il fauldra faire ou qu’il sera advisé pour le mieulx, garny d’un entref de quatre poulces d’espoisseur et de
Ces dimensions sont semblables à celles des plans.
APPENDICES
<hx poulces de hault, qui sera assemblé à tenon et morloise dans les poinçons des maistresses fermes, qui sera par le milieu au dessous des arcz qui seront entaillez et embrevez sur les bernes, ou ainsy que sera advisé pour le mieulx. Et au dessus du tiers-poinct sera assemblé ung feste et soufeste de cinq à six poulces de grosseur, avec les liens en croix Sainct-André, si s’en peult faire, suivant la hauiteur qui se trouvera entre les festes et soufestes, et entre les maistresses fermes sera assemblé plusieurs fermes portans entref au dessus de lance de panier, de deux aiz joinctifs en liaison, et de l’eschantiHon comme cydessus, espassé trois à la latte. Et toutes les fermes poseront sur une sablière servant de p latte-forme , de sept poulces d’espoisseur et de neuf poulces de largeur; et toute lesdite ferme ( sic ) seront assemblées à tenon et mortoize dedans les sablières. Et pour l’admortissement du comble sera mis des chevrons garnis chacun d’un entref, et de la roideur qui sera advisé pour le mieulx; et les diclz chevrons porteront le feste, et seront assemblez sur chacune ferme; et sera mis au pied des fermes, à la hauiteur de l’entablement, des coiaulx, et faire tous les passaiges des lucarnes là où il sera montré ou ainsy qu’il sera advisé pour le mieulx. Et toutes les fermes seront liées et fermées au droict des joinctz avec des bernes, chacune d’ung poulce et demy d’espoisseur et de trois poulces et demy de largeur, pour mectre les coings et clefz là oii il apartiendra d’en avoir.
e/tem. Fault faire la charpenterie d’un pavillon tenant à l’escurie, contenant quatre toises dans euvre ou environ, sur sept à huit toises de long ou environ; faire ung plancher garny de pouïtre de dix sept à dix huit poulces de gros et de la longueur qu’il apartiendra, retaillé en trois sens, et les refeu i lie (1) pour porter les lemhourdes, qui auront quatre poulces d’espoisseur et dix poulces de hault, et sablières au long des murs, qui auront six poulces d’espoisseur et dix poulces de hault; et ledit plancher sera peuplé de solives, tant pour la chambre que pour la garde-robhe, espassé tant plain que vuide, de cinq à six poulces de grosseur, retaillez et rabotiez en trois sens, et enfoncez de leur espoisseur dans les lemhourdes, et de la longueur qu’il apartiendra; et au dessus desdites solives sera mis des aiz à l’endroict de chacun entrevoulx, qui auront ung poulce d’espoisseur et neuf poulces de largeur, rabotté par dessoubz et de la longueur qu’il apartiendra.
*Item. Fault faire ung comble au dessus dudit plancher, qui sera faicten crouppe, de la lacon et ordonnancé comme celluy des escuries, ou ainsy qu’il plaira ordonné; et faire les chevalletz des lucarnes et passaiges des cheminées où il sera advisé pour le mieulx.
Le tout faict bien et deuement au dict d’ouvriers et gens ad ce congnoissans, en fournissant tout le boys, engins et cordage et peine d’ouvrier.
Delorme.
C est également des archives de Me Trépagne que proviennent les deux pièces suivantes^, dont 1 une a trait aussi à 1 écurie, et l’autre se rapporte au jardin des Tuileries. On remarquera que dans la première, dalee du 12 septembre 1669, il est parlé de la dame du Péron, en termes qui confirment ce que nous en avons dit.
Entailles pour appuyer les lambourdes. — ' Elles ont été publiées par M. Jal, dans son dictionnaire,
«Jehan Petit, nTpainctre, demourantà Paris, rue des Deux Boulles, confesse avoir faicl marché par ces présentes à haulte et puissante dame, Madame Marie de Pierrevive, dame du Péron^I et d’Armentieres , dame ordinaire de la chambre de la Royne, commise par Sa Magcsté à l’intendance et faire les marchés des bastimens du palais de Sad. Magesté lez le Louvre, à ce présente; et la présence de noble homme Messire Philbert de Lorme, abbé de S1 Siergue et architecte du Roy, et M° Guillaume de Chaponnay, contrerolleur desd. bastimens dud. palais, aussi à ce présens, de paindre, dorer et estoffer pour ladicte Magesté, bien et deuement, au dict d’ouvriers et gens en ce congnoissans, les deux grandes targes et armoiries de la magesté du Roy et de la Royne, faictes de pierres de taille, aux deux encoigneures du pavillon du bout de TEscurye dud. palais, du coslé vers le grand jardin d’icelluy palais, le tout painct à huille de deux imprimeures en sorte que la pierre soit bien et deuement trempée et imbibée de ces imprimeures à huille, et pardessus lesd. imprimeures, le tout paindre, estoiïer et dorer des couleurs et ainsy qu’il apartient; blasonner les escussons desdictes magestez des couleurs, doreures et ainsy qu’il est requis et nécessaire est; au pourtour de l’escusson où sont lesdictes armoiries de la magesté du Rov, un ordre (3) garni d’entrelacs et coquilles dorées ainsy qu’il apartient, et au pourtour de Tescusson où sont les armoiries de ladicte magesté de la Royne, les branches de lorier aussy dorées; le champ de la première grande large sur lesquelles sont lesd. escussons desd. armoiries painct de couleur blanc de séruse, la seconde large d’argent, les bordures et bandes au pourtour desd. grandes targes et rolleau d’en hault d’icelle grande targe et les patenostres au pourtour desd. targes, avec les pennaches d’iceulx et pareillement les cordes, houppes et festons de fruictaiges pendans aux coslés desd. escussons, et les couronnes impérialles tant en dedans qu’au dehors, le tout doré d’or de ducat, le tout bien et deuement assis et estoffé, ainsi qu’il apartient, et pardessus lesd. doreures, paindre et donner couleur auxd. feuilles de lorier et fruictaiges, ainsy qu’il apartient, seront ainsy qu’il a esté et sera cy-après advisé et ordonné par le sr Abbé de Sainct-Siergue. Et pour ce faire, quérir, fournir et livrer par ledict Petit huilles, painctures, or fin de ducat, asur et toutes aultres estoftés à ce nécessaires, bonnes, loyales, marchandes, bien et deuement assises et appliquées ainsy qu’il apartient; faire les eschalTaulx et toutes autres choses à ce nécessaires, moyennant le prix et somme de quatre vingt cinq livres tourn. pour les ouvraiges de painctures, estolîemens et doreures; et sera baillé et payé and. s' Petit parle commis au payement du bas liment de lad. Magesté, au feur et ainsy qu’il fera lesd. ouvraiges, lesquels il a promis, sera tenu, promet et gaige faire bien et deuement au dict d’ouvriers et gens en ce congnoissant, le plus tost que faire se pourra; et se aidera led. Petit des eschalfaulx qui y sont à présent qui ont servi aux maçons et sculpteurs, promettant et obligeant comme pour les propres affaires du Roy. Faict et passé en l’an Mil Ve soixante sept, le douzme jour de septembre. Yver.»
A la pièce qui précède nous joindrons la mention d’un autre marché, aussi trouvé par M. Lebrethon, par lequel, à la date du i3 août 15^3, on s’engage, envers Guillaume de Chap-
M. Jal a lu du Perche; mais il doit s'être !) Couches, impressions,
trompé, ce qui eût été constaté sur l’original même Celui de Saint-Michel,
si Ton avait pu le retrouver.
APPENDICES
ponay, à livrer, dans le délai de huit jours, branches et de feuilles de lierre de l'année, au prix de seize livres tournois le cent de bottes, mesurant chacune trois pieds de tour, et rendues au jardin des Tuileries, où ce lierre était destiné à faire * festons et ornemens.»
' Pierre le Noslre - jardinier marchand de fruicts "1, bourgeois de Paris. . . confesse avoir laid marché. . . à noble homme escuyer messire Anthoiné Nicolas, chevalier, seigneur Derville... président en la Chambre des comptes, ordonnateur, en l’absence de monseigneur Pevesque de Paris, des bastimens et jardins du parc de sa Magesté de la Royne mère du Roy. . . pour la bonne culture, fumer, amender, ensemeure et entretenement de toutes façons, bien deuement et continuellement. . . six parterres desd. jardins, dont quatre d’hortolaiges et les deux autres d’arbres. . . Faict et passé l’an Mil Ve LXXII (1 5ya ), le. . . »
Cette pièce a été insérée par M. Berty dans les Appendices relatifs au Palais des Tuileries, a cause du nom de Le Nostre que portait ce jardinier parisien. C’était sans doute un des ancêtres du fameux architecte des jardins de Louis XIV. Ce rapprochement est d’autant plus intéressant que, en i65o, le directeur des jardins du Roi était Claude Mollet, ou Molet, jardinier d’Anet, dont nous avons un Traité des plans et jardinages. (Voir pages g3 et 96.) H. L.