SUR SA VIE ET SES OEUVRES
(Voir page 29.)
Le précieux document que nous plaçons sous les yeux du lecteur existe à la Bibliothèque impériale , dans un portefeuille où nul n’aurait songé à l’aller chercher <2), et il y a été découvert, en 1869, par M. Léopold Delisle, qui, avec son désintéressement habituel, nous a autorisé à le publier nous-même. La pièce consiste en un cahier de quatre feuillets, dont six pages, apparemment écrites de la main de Philibert de l’Orme, renferment un mémoire en forme d’apologie, destiné à le justifier des accusations portées contre lui, et plus encore à exalter ses mérites. Ce factum, qui ne porte point de date, semble avoir été rédigé quelques mois après la disgrâce de l’auteur, postérieurement à l’enquête ordonnée au sujet de sa gestion, et vers la fin de l’année i5G2. Il est adressé à un personnage inconnu, que de l’Orme appelle cr Monseigneur ff et meilleur amy,» et qui pourrait être Christophe de Thou, président au Parlement, l’un de ses exécuteurs testamentaires.
Instruction de monsieur d’Yvry, dict de l’Orme, abbé de Sainct-Sierge,
ET CESTUI Me ARCIIITECTEUR DU Roï(3).
Pource que plusieurs crient que j’ay tant de biens en l’église et d’argent content, je désire bien que ung chacun congnoisse la vérité et les services que j’ay faict.
Pépiniériste. (i Tel est le titre qui se voit, écriL en caractères
Portefeuille de Fontette, coté XXXV, A , Bour- du temps, sur un feuillet blanc faisant partie du ffogne : Généalogie. La pièce forme les pages qo4 cahier, à 206 bis.
Pour le premier, le feu Roy <" me donna l’abbaye do Jeneton en Bretaigne, que monsieur de Rieux ne voulust pource quelle ne vallovt que nj° livres . nj' 1.
Après, l’on me donna l’abbaye Sainct-Barthelemy-lez-Noyon, que lenoit monsieur de Bayeulx, qui ne valloyt que xvij' livres . xvij' 1.
Au bout d’ung an après, le feu Roy me donna l’abbaye d’Yvry, qui esloyt afermé à treize cens livres . XIIjc i-
El le dernier bien, estant mallade en ceste ville, il me donna l’abbaye de Sainct-Sierge d’Angiers, qui est afermée ij,nv)jc 1. et voylà tout le bien que le feu Roy m’a faict, qui est de six nul livres, bien loing de conte de vingt mil livres quilz disent quil ma donne.
Et quant à l’argent, je n’ay jamais mangé une maille®, et aussi l’on ne me donna jamais estât et gaiges, ne pensions, ny aultre don que ce soit, et ay toujours mené dix ou douze chevaulx, et estoyent ordinairement sur les champs, suyvant le commandement que me faisait le feu Roy, et ceulx qui commandoyent, et tenoys maison partout où je me trouvoys, tant aux cappytaines , concierges, contrerolleurs et ni" maçons, charpentiers et aultres; tous mangoyent à mon logis, à mes propres despens, sans qu’ilz payassent, ne inoings me faire présent de la valleur d’une seule maille.
Oultre plus, tous les modelles que je faisoys faire, tant pour le service du Roy que de ceulx qui estoyent auprès de lui, l’on ne m’en payoit pas ung denier, et si j’en ay faict tel qui a couslé deux ou troys cens escuz.
Et oultre les grandes inventions, que trouvoys tous les jours, d’architecture , je me prenoys garde si diligemment aux maisons du Roy, pour les ruynes et maulvaises façons que je y trouvoys, que, si je n’eusse faict telle diligence, souvent le Roy, les princes et aultres eussent été accablez et en extrêmes dangiers de leurs personnes , pour les poultres et planchiers qu’il a fallu souvent retenir et abbattre.
D’ailleurs , du commancement que j’euz la charge des bastimens, en faisant faire les toysés, au lieu que les ouvriers espéroyent qu’il leur lust deu tant, a Fontaynebleau, à Villiers-Coterets, Sainct-Germain et aultres, que le maçon de Fontaynebleau, M* Jehan Le Breton, debvoyent xvm” livres pour avoir plus receu qu’ilz n’avoyent faict d’œuvre, et si y avoyt plus de im" mil livres d’œuvres qui ne valloyt rien, et plusieurs aultres maulvaiz mcsnaiges qui estoyent aux aultres maisons, qui seroyl long i descripre; que j’ay renconstré plusieurs foys et osé les Iarciner ®.
Quel prouiïict ay-je faict en Bretaigne que, du temps du feu roy François, à qui Dieu ayt l’âme, que le feu Roy n’estoyt que Daulphin , je visitoys tous les ans par deux foys toute la coste et forteresses de Bretaigne, et découvris de très-grandz larcins que le cappitaine de la Chaslre et le conlrerolleur Moysant faisoyent, de sorte que les Angloys cuydarent prendre Brest sans moy? car ces Messieurs armez14' de navyres et barques, de l’artillerye et pouldre et aultres monitions du Roy, qu’ilz prenoyent au chasteau.
De sorte qu’ilz dépopularent tout le chasteau, qu’il n’avoit ne monitions, ne bled, ny artillerye; et, ung jour entre aultres, leur navyre fus! prinse des ennemys, et déclairarent comme le chasteau estoyt tout desgarny, et délibérarent de le venir prendre; et vindrenl
O Henri 11. (3) Les accuser de larcin.
2) Maille ^ très-petite monnaie de cuivre, valant (4) Armaient des. la moitié d’un denier.
APPENDICES
soixante navyres angloises jusques devant le chasteau , à la portée d’ung canon. Par bonne fortune je me trouvoys à Brest, et fiz si grande dilligence à faire monter l’artillerye, et encores en faire de faulses artilleryes, pour monstrer à l’ennemy, sur les rempars, faire faire pouldre et amasser à force personnes et femmes, apourter terres et fassine, à faire rampars et tranchées, et donnoys tel ordre, faisant veoir le peuple et faisant plusieurs faulces enseignes, et planter à forces picques, et fiz si bonne mine, que rennemy ne nous assaillist point; et avois tant crié auparavant du désordre que je y trouvoys, que Monsieur d’Estampes y fist mons. Dampierre, qui estoit cappitaine, et La Geneste, qui estoit valet de chambre du feu roy, y vint, qui fist fort bien son dcbvoyr. Et veulx dire et prouver que tout le chasteau de Brest eust esté prins facillement sans moy, et 1 ennemy pouvoyt venir jusques à Nantes sans que rien l’eust empesché, pour le grand désordre qu’il y avoyt, et c’estoyt l’année Mil Ve quarante six.
Plus, je trouvoys en ces lieux de Brest que la toyse de maçonnerye coustoit au Ro\ plus de soixante li|vres], et encores ilz faisoyent plusieurs grands larcins, qui seroyent longs à dire, et si ne faisoyent rien, rien qui vaille. Et fiz si bon mesnaige que, oultre les bonnes façons de forliffier que leur monslroys, la toyse, au lieu de soixante livres, ne coustoit que dix livres, et si fiz faire plus d’œuvre en quatre ans que n’en avoyent faict en unze.
Semblables choses je fiz à Sainct-Mallo et à Conercveau (1), à Mantes (2) et aullres, et oultre plusieurs mauvais mesnaiges que je trouvoys de plusieurs, tant des cappitaines , eontrerolleurs et aultres, les trésoriers faisoyent de leur cousté, de sorte que je fiz rendre et payer au trézorier Charron trente six mil livres, qui estoyent esgarées et desrobées, et, si n’eust esté un grand seigneur qui le soustenoyt et Boys-Daulphin, j’eusse bien faict veoir d’aultres larrecins; et seroyt bien long à vouloir tout escripre ce que j’ay faict en Bretaigne.
Aussi en Picardie je descouvris si grandes faultes ; seullcment, ne bougeant de Paris, je monstroys comme ilz se debvoyent gouverner, et au calcul qu’ils avoyent faict auparavant aux toysées par ceulx qui avoyent accoustumé les faire, se trouva pour xvnj (18,000) livres de larcin , à faire les toysées seullement, sans tant d’aultres maulvais mesnaiges que l’on faisoyt, où je remédyois incontinant quant on me le eommandoit.
Plus, en Normandie, où l’on me donna une commission pour veoir des galbons que l’on faisoyt au Havre de Grâce, et visiter les navyres qui estoyent à la coste de Normandie, et arrester diligemment des vivres, comme lardz, sutres (3) et biscuitz , bray et goteron, •cordaiges et aultres équipaiges, pour pourterau camp de Boulongne, où je fiz de si grands
(4) Concarneau sans doute. Plusieurs passages de l’original sont d’une lecture extrêmement dillîcile.
lï) Nous avons vérifié sur l’original si le mot .1 1 antes était nettement écrit; nous pouvons assurer aujourd’hui que nous suivons exactement le manuscrit. Nous ne pouvons pourtant nous empêcher de faire remarquer qu’il semblerait mieux d’écrire Nantes, ville importante de Bretagne, qui pouvait être dans la limite des tournées de surveillance que
faisait Philibert de l’Orme, plutôt que Mantes, ville du Vexin français, à proximité de Paris, où on ne voit pas cpie, à cette époque, les forlilicalions aient été d’une grande importance, ou que de l'Orme ait eu jamais leur inspection dans ses attributions. Quoi qu’il en soit, nous avons cru devoir maintenir le texte du manuscrit, tout en avertissant le lecteur de nos soupçons fondés. II. L. '■:i) Cidres.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, services el prouflilz 1 espace cle quatre moys que j’y demeuroys; et après que j’euz dressé loutes choses et les procès-verb aulx et marchés que j’envoyois à monsieur le Connestable , il donna la charge à monsieur de Bois-Daulphin, à monsieur de Nollye, qu’ilz firent suivant mes mémoyres, et dont je fus bien aysc de m’en aller, car je faisoys tout à mes despens, et me cousta huict cens escus, et les autres gaignèrent de l’argent où je n’avoys pas ung lyard ; et quand je le remonstroys, l’on disoyt que le Roy me donneroyt de bénéfices.
Et au départir de là l’on me donna une aultre commission pour casser les galiares qui estoient a Roan, avec Monsieur le président Petiemort, dont nous mismes en liberté cinq cens quarante forsayres; et me fallut encores tenir maison, qui m’acheva de peyndre; et si nestoyt que je seroys trop long, je diroys plusieurs aullres commissions que j’ai faict à mes despens, et sans que tout le temps du règne du feu Roy l’on m’ayt donné une seulle maille.
Et oultre tout cecy, n’ay-je pas faict tant d’aultres services, quant ce ne seroyt que d’avoir porte en France la façon de bien bastir, osté les façons barbares et grandes commissures O, monstre à tous comme l’on doibt observer les mesures de architecture, tant que j’ay faict les meilleurs ouvriers qui sont aujourd’huy, comme ilz confessent? que l’on se souvienne comme l’on faisoyt quand je commençoys Sainct-Mort pour Mons. le cardinal du Belloy!
D’ailleurs, que l’on regarde tout ce que j’ay jamais faict, s’il ne s’est trouvé fort bien el au grand contantement de tous.
A l'ontayneblcau, la grande salle du bal, qui tomboyt, n’est-elle pas bien accoustrée. tant de lambris que de la cheminée et massonnerye et entrée des peinctures? Je n’en parle poinct : monsieur Sainct-Marlin (2) sçait son estât.
A la chapelle qui est auprès, qui tomboyt, où je fiz ce polpitre^ et coulompne de marbre, le cabinet de la Royne mère, le cabinet et chambre du Roy, au pavillon sur l’es— lang; le grand perron qui est en la basse-court, qui est une des belles œuvres que l’on sçauroyt veoir, et le vestibule en la salle du Roy, comme je vouloys faire où je faisoys les poultres de trois à quatre cens pièces, qui estoyt quasi achevé de faire, et les combles de plusieurs pièces, mais, ne congnoissant telle façon de faire, ilz ont incontinant dict que cella ne valloyl rien, où ils errent grandement, et ne falloyt dire ainsi, pourc.e qu’ilz ne s’en sçavent ayder, et n’y congnoissent rien.
Et combien de ruynes et périls fussent advenuz audit Fontayne-de-bleau sans moy, et mesmes a la grande gallcrye ; semblablement à V illiers— Coteretz , où j’ay faict ung temple, dedans le parc, de telle estime que les hommes de bon jugement sçavent bien juger, et tant d’aultres choses qui scroyent fort longues à dire!
A Sainct-Germain-en-Laye, s’ilz eussent eu patience que j’eusse faict achever le bastiment neuf, que j’ay commancé auprez des loges des bestes, je suys asseuré qu’aujourd’huy l’on neustveu le semblable, ne plus admyrable, tant pour les porlicques, vestibules, théâtres, estuves, baignières, comme le logis; mais pour ce qu’ilz ne le congnoissent, et aussi qu’ilz ne 1 eussent sçeu achever comme je l’av commancé, ils ont incontinant dict que tout ne
(l) Commissure, joint de maçonnerie. A lepoque de la Renaissance, on cessa de faire les joints aussi épais que pendant la période gothique. C’est alors •pic l'on commença aussi à poser sur cales.
(a) Le Primatice , qui était abbé de Saint-Martin . et qui, nous l’avons dit, remplaça de l’Orme comme surintendant des bâtiments.
Chaire à prêcher.
APPENDICES
valloyt rien, ce que les hommes de bon jugement congnoissent le contraire; iis confessent que la chapelle du parc que j’ay faict de neuf est fort jolye.
Et dans le chasteau, combien ay-je gardé do plusieurs grands dangiers qui fussent advenu? ! Que l’on considère partout ce que j’ay faict, soyt les ornemens et polpitre de la chapelle du chasteau, et la cloison qui y est et la lontayne, si j’ay rien faict faire qui ne soyt bien , et le pont de la Royne, pour la grande envyc que j’avoys de luy faire très-humble service.
Plus, à la Muette dudict Sainct-Germain, qui a cousté cent mil escuz, que je veulx dire esloyt perdue sans moy, et ne la pouvovt-on couvrir sans l’invention que j’ay trouvé de cliarpenterye, pource qu’elle estoyt large que l’on n’eust trouvé si long boys et si gros qu’il lalloyt. Et quant ilz en eussent encores peu trouver et l’assembler de pièces, les murailles ne l’eussent sceu porter, et encores moings si l’on l’eust voullu faire couvrir de pierre de taille, principallement le millieu qui a douze loyses de long et diz de large. Quant aux pavillvons, j’en ay faict couvrir deux de pierre de taille, et quant l’on l’eust peu tout faire de cliarpenterye. 11 demandoyt trente- six-mil livres, et je l’ay faict pour un office de M* des comptes, qui est la moictié moings b).
Et quant tout lust faict, l’on y print si grand pleisir que le feu Roy et la Royne mère, et tous ceux qui me commandarent de faire couvrir encore deux pavillyons en telle façon, qui estoyent couvertz de pierre de taille, et aultres choses, et qu’ilz me donneroycnt ung office d’auditeur des comptes, ce que j’ay faict, et n’ay poinct eu l’office, et paye la rente tous les ans des denyers que j’ay emprunclé pour ce faire.
Aussi à Saine t-Legier, en la forestz de Montfort, pour ung vieulx logis, lequel n’est-il pas bien racouslré, et la gallerye qui est faicle de neuf, avec la petite chapelle et pavillons, l’on la trouve le plus beau qu’il est possible et se p cuit achever une bien fort belle maison.
A Mousseau , pour la Royne mère, qui est cause que je trouvay l’invention de charpenterye pour le jeu de paillemaille qu’elle vouloyt faire couvrir, là ou j’avoys dressé de tant belles inventions; mais Monsieur de Ncvers et aultres me détournèrent de plusieurs belles entreprinses, et estoyent tous marrys que mad. Dame vouloyt bastir.
Aussy ce que j’ay faict à Anncth, où il y a tant de belles œuvres, c’a esté par le commandement du feu Roy, qui esloyt plus curieux de sçavoir ce que l’on y faisoyt que en ses maisons, et se courrouçoyt à moy quant je n’y alloys assez souvent. Pour ce c’estoyt tout pour le Roy(2).
Et oultre tant de belles œuvres que j’ay faict, combien j’ay donné de grandes inventions, non seullement au proufîict de Sa Majesté, mais encores pour tout son peuple, comme pour 1 invention des charpenteryes, pour les combles, que l’on peult faire de toutes sortes de boys et de toutes petites pièces.
(l) C’est-à-dire qu’on donna comme payement à de l’Orine un office de maître de comptes, qui ne valait guère que 18,000 livres. Le paragraphe suivant montre qu’après lui avoir promis de l’investir d’une charge d'auditeur à la Cour des comptes, on oublia toujours de le mettre en possession : cepen¬
dant l'octroi de celte charge n'eûl été que le remboursement des sommes dépensées par de l’Orme eu entreprenant, à ses frais, certains travaux qui lui avaient été demandés.
(î) De l’Orme s’efforce ici d’excuser, aux yeux de Catherine de Médicis, le zèle qu’il avait mis à servir
18/i TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.
Et aussy de poultres, de tant de pièces que Ton vouldra.
Semblablement l’on peult faire toutes plattesformes d’équarre et pons de telle grandeur, comme de l’entreprinse que le feu Roy voulloyt que fisse faire au port au Pect, à Sainct-Germain-en-Laye, ung pont en une arche aussi large qu’est la rivvère, qui seroyt la plus magnifique œuvre qui fust jamays veue.
Et tant d’aultres inventions si belles qui se treuventpar les mathématiques, dont je despendois*11 ordinairement argent à faire force modelles, et n’enestoys jamayspayé; voylà(comme) je peulx avoir à force argent. Et oultre cinq neveux que j’ay faict estudicr, qui m’ont cousté beaucoup, j’ay entretenu plusieurs hommes doctes, tant des bénéfices que leur ay donné que du mien propre, et n’on[t] jamays cessé d’estudier en l’architecture, ars libéraulx et mathématiques; et me faict lire souvant en l’escripture sainte. Vovlà comme je me suys gouverné, et n’ay jamays rien acquis, sinon une barbe blanche, et ay prins aultant de peine, depuis l’âge de quinze ans que j’ay commancé avoir charge, que homme sçauroyt faire: ayant eu plusieurs charges, soyt à la guerre â forti fTier et estre cappitaine en cliief, et fermé*2* plusieurs foys ; et ay servy papes, rois et plusieurs cardinaulx et grandz seigneurs; et feu Mons. de Langés, Guillaume du Belloy, Mons. le cardinal son frère, me debauchairent du service du pape Paulle, à Rome où j’estoys, et avoys une belle charge à Sainct-Martin dello Bosco, à la Callabre, et pour revenir en France; et pour toute récompense et avoyr si bien servi, l’on m’a fait tant de maulxet accusé de plusieurs infamyes dont j’ay esté trouvé innocent, et m’a on faict cousler tout ce que j’avoys jamays acquis, dont j’en remercye Dieu du tout, et en laisse à luv seul la vengence, comme je crois qu’il m’a chastié pour m’estre rendu plus subject au service des hommes que non pas à celuv de Dieu. Et au lieu que j’ay appris à édifiier des cbasleaulx et maisons, j’aprendray à édiffier des hommes. Ainsi, Monseigneur et meilleur amy, que désiriés sçavoir le contraire de ce que l’on dict, je vous ay mis la vérité d’une partie de ma vie, qui a esté aultant labourieuse que homme que ayés jamays congneu, à suyvre toujours la vertu et les vertueulx, sans jamays avoyr esté reprins*3*, ne me trouvez devant juge que à ceste heure, et je remectz le tout à celuy qui est le seul juge de tous.
Je ne veulx encores oblyer de dire que je faisoys les charges moy seul, dont l’on avovt auparavant, du temps du feu roy Françoys, quatre mil quatre cens livres tous les ans à plusieurs commissaires, tant à Fontaynehleau , Villiers-Coteretz, Sainct-Germain, la Muette et le chastcau de Boulongne, et n’en avoys pas un sonl , comme j’ay dict, et si avoys plus de charges que cella, tant de la sépullure du feu roy Françoys que j’ay faict faire, qui se Ireuve très-belle, le chasteau de Saint-Legier, l’archenac et magazin de l’artillerye à Paris, il y a beau commencement de pouvoyr fayre un bon mesnaige; aussi les escuyeries des Tournelles, qui sont fort belles, et la chappelle du boys de Vincennes, où j’ay faict faire toutes les voultes et achever; et, oultre ce, plusieurs aultres corvées, tant à Foulembray, Coussy, que l’Hostel-Dieu de Sainct-Jacques-du-Hault-Pas, que j’avoys commancé, et partout ou
Diane de Poitiers à Anet et ailleurs. Il semble donner à entendre qu’il ne pouvait qu'obéir à la volonté de Henri II. Celte volonté, du reste, lui fit. faire, à Anet, un des chefs-d’œuvre de la Renaissance. La faveur dont il avait joui auprès de la duchesse de Valenti-
nois fut évidemment une des choses qu’on mit en avant pour lui nuire dans l'esprit de la Reine mère. (,) Dépensais.
(i) Assiégé.
*3) Réprimandé.
APPENDICES
l’on m’a commandé j’ay prins de grandissime peyne, donl j’aymeroys trop mieulx les denyers et estatz que l’on eusl donné à ceulx qui eussent faict choses semblables, que tous les bénéfices que l’on m’a donné.
Et tout ce que j’ai dict cy-dessus n’est poinet pour gloyre que j’en cherche, ne honneur que j’en veuille avoyr, remectant tout à Dieu le créateur, qui est autheur de toutes choses; mays je le faietz pour les grandes calompnyes et grandes haynes que l’on continue me porter, afïin que tous les princes, seigneurs et gens d’honneur congnoissenl la vérité du faict.