MARIE DE PIERREV1VE, DAME DU PÉRON ET LES DAMES COMPTABLES
(Voir p. 7 et suiv.)
Catherine de Médicis avait pour intendantes et femmes de confiance des dames de sa Maison. Mme du Pérou ou du Perron a été la plus connue, parce quelle a figuré dans les travaux du palais et du jardin des Tuileries. D’autres dames étaient préposées à la Chambre aux deniers de la Reine mère. Nous avons trouvé et nous donnons, dans cet Appendice, quelques pièces qui prouvent ce que nous avançons : ce n’était, point une exception, c’était une règle dans la Maison de Catherine, qui employait des femmes sous la haute direction de ses conseillers et comptables, et sous la sienne propre qu’elle exerçait souvent R).
Nous trouvons dans le Registre des Archives de l’Empire coté KK 1 19 le compte et la mention suivante :
Chambre aux deniers de la Royne inere du Roy pour une année finye le dernier jour de décembre Ve LXIL
M° Pierre de Picquet, receveur, etc.
Et à la fin du compte, après la somme totale, on lit fol. xlv :
Deniers payez par ced. Trésorier par vertu 1 de la Royne tant pour droielz de Livrées qi Chambre aux deniers et comme il s’ensuyt.
A Dame Marie de Pierrevive , dame du Peron à elle ordonnée par lad. Dame en son ordomT M.V'LXI signée de sa main et Fizes secrétaire durant les mois de mars, apvril, may etjuing, et deebre. de l’année de ced. compte, Qui est
«du Roy, présent comptable, La somme de Huict ffcens livres tz. A luy ordonnée pour ses gaiges «à cause de sad. Commission durant l’année com- «inencée le premier jour de janvier Mil cinq cens ffsoixanle dix et finie le dernier jour de décembre irensuivant aud. an, temps de cedict compte, Laquelle somme de Huictc livres Irz. led. présent «recevr a prinse et retenue par ses mains des derniers de sad. receple, cy . vuj\ I. tz .»
M. Berty a eu connaissance de ce registre.
(l) Ce fait est expressément confirmé par une. curieuse nomenclature conservée aux manuscrits de la Bibliothèque impériale ( Collccl . Delmnarre, l. CXXXI, fol. 10 v") : Noms de Messieurs les surinlenduns des baslimens du Roy, tirez, des comptes de Trésorerie des baslimens. 11 y est dit : m566. Dame
M en suyvant les ordonnances particulières ie pour augmentation de despence de lad.
et Ermentiers (.s/c), La somme de ijcLxx livres e donnée à Fontainebleau le xn,e j. de mars de ses finances, pour son droict de Livrée juillet, aoust etsepbre., octobre, novembre à raison de xxx 1. par mois, durant lesquelz
«Marie de Pierrevive, dame du Perron, l'une des « dames ordinaires delà Chambre de la Reyne inere «■du Roy, ordonnoit des bastimenls du chasteau des «Tuilleries, suivant l’advis de M" Philibert de «Lorme, qu’elle avoit commis pour visiter lesdits «bastiments. «
Le Journal de l'Esloiile (Edit. Michaud et Poujoulal, t. I p. 37) parle d une façon assez cavalière de cette favorite de Catherine. Elle avait épousé Gondi, seigneur du Perron; venue d’Italie avec lui, après quelques années passées à Lyon dans des affaires de banque, elle s’établit définitivement à la Cour, où la fortune l'attendait et la combla. Par l’un de ses trois fils, le maréchal de Retz , elle fut la bisaïeule du fameux abbé de Gondi , cardinal de Retz. (Communication de M. Ed. Fournier.)
lad. dame n’auroit pour aulcunes causes voulu estre employé aux escroues qui se font par chacun jour pour la despence de la Chambre aux deniers comme il est faict pour les aultres dames et damoiselles de sa maison, parceque le plus souvent lad. dame du Peron n’est de sa suitte mais en divers lieux ou il plaist à sa Ma10 l’envoyer pour son service, et dont neanlmoins elle veult lesd. droictz luy estre payez et continuez à commancer du premier jour dudict mois de mars selon que plus à plain est contenu par ladicte ordonnance. Par vertu de laquelle ladicte somme de ijcLxx 1. luy a esté payée comme par deux ses quictances, la première du XIIIlmo jour d’aoust V'LXIII et la ijmc du XXVIIIe février Mil Ve soixante quatre cy rendues, appert. Pour ce cy . ijcLXx 1.
(Renvoi en marge avec la note qui suit, rectifiant cetle somme qui est barrée :) ix“l 1.
Par ordonnance de la Royne par elle signée en papier et par quietz. de la partie prenante montant ix" 1. tz. le tout veu est lad. somme de ixxx 1. tz. passée et le surplus montant mjXïx 1. tz. reiyé et supersedé jusques à six moys pendant lesquels apportant quiclance vallable sera faict droict.
Et au-dessous, d’une autre main, ajouté cette note :
Desquels il a aporté quictance de lad. dame du Peron signée de sa main, mise en l’ann. du compte LXC III.
Et en fin des comptes de chaque année se trouve un arrêté ainsi conçu :
Le présent compte a esté ouy, examiné et cloz au Bureau de la Chambre des Comptes de la Royne mere du Roy, séant au lieu du Petit-Nesle, par nous gens des comptes de lad. dame soubzsignés, le trois1"0 février Mil Ve soixante troys. [Signé en original) Dutillet. Hesselin, Doursat, De Beauvais.
Dans le même registre, au compte du même M° Pierre de Picquet, pour l’année comm. le ier janvier i562 et finie le dernier jour de décembre 1 56 3 (sic), on trouve aux recettes:
Receptes des deniers lirez du fonds de la recepte generalle pour convertir et employer tant en la despense de Chambre aux deniers de mad. dame que de madame sœur du Roy.
Faict compte . de la somme de Lxxvinj1" ijc njsx j 1. xij s. vnj d\ obolle pieté tournois
prinse et tirée des fonds de la Recepte generalle de lad. Dame suivant l’estât de ce à luy faict pour convertir et employer en la despence de la Chambre aux deniers tant de sa maison que de mad° Marguerite, seur du Roy, durant Tannée de ce compte commençant et finissant comme dessus, qui est Assavoir Lxxvjm livres tournois pour la despence de lad. Chambre aux deniers, ijra vmjc xxj livres xnj s. mj den. tournois pour la passe d’icelle Chambre aux deniers et njc lx livres pour les livrées de madame Duperon , l’une des dames de la Royne qui ne sont comprinses es escroues faictes et signées pour la despence de ladicte Chambre aux deniers, le tout revenant à lad. prern0 sonT de Soixante dix neuf mil neuf
'] Les escroues étaient des fiches de parchemin sur lesquelles on inscrivait chaque jour les dépenses , et qui devaient être signées par les personnes inscrites; on les attachait avec un lacel de fil ou de
soie, et chaque mois elles étaient relevées et contrôlées sur le compte au vray de la maison de la Reine. C’est là sans doute l'origine du mot écrou encore employé dans les greffes des prisons.
APPENDICES
cens quatre vinglz ung livres douze solz et huict deniers obolle pieté tournois. Pour ce cy en recepte . lxxix"1 ijc iiij”j 1. xij s. vnj d. ob. p. tz. etc.
Et en dépense, même registre, fol. lvjj v°, se lit :
Deniers payez par ced. Trésorier pour les droietz et Livrées d’aucunes personnes lesquelz n’ont esté comprins es escroues de lad. Chambre aux deniers, et ce suyvant la Recepte faicte par ced. Trésorier pour cest cflect et portée par l’estât general de lad. dame.
A dame Marie de Pierrevive, dame du Peron et d’Ermentieres (sic), La somme de Trois cens soixante livres tournois à elle ordonnée par lad. dame, Rendue sur le compte prochain precedent que recepte cy devant faicte pour cest effect, Laquelle somme lui a esté payée comme par sa quictance cy rendue appert. Pour ce cy la somme de. . . . iijclx 1. tz.
Dans le registre KK 1 1 8 , au fol. xxx v°, on trouve au compte de l’argenterie de l’année 1 556 :
A Matburin Lussanet, orfevre, Trois mil douze livres dix solz dix deniers tournoiz (pour
deux mirouers faitz en table de Moyse {I)), etc . en vertu de l’ordonn. de madame du
Peron , gouvernante de Monseigneur d’Orléans.
Plus bas :
A Jean Baptiste Gondy Quatre vingts seize liv. tourn.
Madame du Perron mourut en î 67/1 ,âge'e de soixante et quinze ans environ , puisque, d’après le P. Anselme, elle s’était mariée en 1 5 1 6 . Cette même année 1 57 et jusqu’en 1687, nous trouvons l’Evêque de Paris surintendant des bâtiments du Louvre (Mss. de De Lamarre , t. CXXXI, fol. 1 0, Bibl. imp.). Madame du Perron avait cédé l’ordonnancement des payements des travaux du Palais à Pierre de Gondi, le second de ses trois fds, alors évêque de Paris (1670); mais elle avait gardé la direction des travaux d’art et le soin d’acheter les terres ou maisons pour l’achèvement du Palais. Cet ensemble d’attributions était trop lourd pour son âge.
Dans le même registre nous rencontrons les noms des dames préposées aux menues dépenses de l’argenterie et autres de l’intérieur de la Maison de la Reine.
II est question, au folio XLvj, de M"° du Goguier, dans un article curieux par les détails qu’il donne sur la manière de calculer à cette époque.
A Lambert Hauteman orfevre. . . . Quatre cens neuf livres sept solz trois dens. tz. Assavoir mjxx xvij 1. ij s.vij d. tz. pour ung marc deux onces d’argent à xvnj I. x s. tz. le marc pour emploier à faire njc gectons aux armes et devises de lad. dame, qui ont servi durant la présente année à Messire de Nevers1 (2) et contrerolP de lad. argenterye et à Mademoiselle du
(1) C’est-à-dire montés sur charnières et pouvant se plier en se fermant comme un dvptique.
(2) tr Messire Jacques Spifane , évesque de Nevers , rr conseiller et superintendant des maisons, domaine «et finances delà Royne, a inscrit pour une somme de "Trois cens quatre vingts dix neuf livres dix "huict solz huict deniers lournoys,» au compte de dépense de M"'du Goguier, durant les mois d’avril, mai et juin 1 558. (Bibl. imp. mss. FR 1 0896.)
Dans le registre coté KK 1 1 3 des Archives de l’Empire, années i5Ô2 à 1 5 5 5 , on trouve celle mention :
"Mc Raoul Spifane, tresaurier et paieur de la "compaignie des Cent genlilzhommes de l’hostel "du Roy, sous la charge et administration de Mes- "sire Claude Goullier, chevalier de l’Ordre, grand "escuier de France, seigneur de Boisy, leur cappi- "tayne.*
Goguier à calculler les despenses d’icelle. — Lxvij s. vj d. tz. pour ung cachet d’argent à manche d’yvoire pour servira AI' de Nevers à cacheter lettres de lad. dame. — vij I. xs. tz. pour ung aullre grand cachet baillé aud. srde Nevers pour sceller lettres. — lxv s. tz. pour la façon. — vj I. xvnj s. tz. pour la peine du graveur qui les a gravez. — vij I. x s. tz. pour ung aultre grand cachet d’argent aux armes et devises de lad. dame , poisant troys marcs six groz. — lxv s. tz. pour la façon. — vj 1. xvnj s. tz. pour la peine du graveur qui l’a gravé, etc.
Plus bas, même folio:
A Madamoiselle du Gauguer (sic), l’une des damoiselles de chambre d’icelle dame, La somme de Quatre cens livres pour l’argenterye.
Au-dessous :
A Madamoiselle du Goguyer ( sic ), au controlle de l’argenterye, Quatre cens livres.
Au clerc de lad. dam,le du Goguier Cent livres tourn*.
Et ce compte de l’Argenterie de la Reine se termine ainsi, au folio 58 :
Somme des partyes contenues en ce présent roolle de la demie année finie le dernier jour de décembre dernier passé, Dix neuf mil Trois cens soixante douze livres dix neuf solz cinq deniers tournoiz.
Somme totalle des partyes contenues es deux roolles cy dessus du faict de despence de l’Argenterye de la Royne et pour l’année entière finie le dernier jour de décembre dernier passé, Vingt huict mil cent soixante sept livres trois solz sept deniers tournoiz. Faict et arresté au bureau de ladicte Argenlerye tenu par nous Françoise de Bresse, dame d’honneur d’icelle dame, présent M° Helye de Odeau contrerolleur d’icelle Argenterye. A Villiers Costerestz, le dix huict' jour demay, L’an Mil cinq cens cinquante sept. (Signé en original) Fiuncoyse de Bresse, de Odeau.
Sur cette demoiselle du Goguier, voici ce que nous trouvons dans les registres originaux de la trésorerie de la reine Catherine (Bibl. imp. mss. FB 10896) :
Estât de la recepte faite par Claude de Beaune, damle du Goguier, l’une des dames de la Chambre de la Boyne, commise à la recepte gen1' et distribution des deniers mis es coffres de lad. Dame, Provenans tant du revenu ordinaire que extraordinaire des terres d’icelle dame que autrement, durant l’année commancant le premier jour de janvier Mil Ve cinquante sept et finissant en décembre ensuivant Mil Ve cinquante huict :
En février 1667, Me Helyas de Odeau, contrerolP de lad. dame (Catherine de Médicis).
Nous donnons, comme exemple de la formule de validation employée par la Beine, celle apposée, avec sa signature originale, au bas du compte, avec le contre-seing de Fizes, conseiller.
Somme toute xxxvij'" vjc Lxj 1. vnj s. tz.
Nous Caterine, par la Grâce de Dieu roine de France, Certifions à noz amez et feaulx les gens de noz comptes et tous autres qu’il appartiendra Que des deniers provenuz de nostre domaine tant ordinaire que extraordinaire de noz terres et seigneuries que autrement, en quelque maniéré que ce soit, il en a esté mis en noz coffres durant les mois de Janvier,
APPENDICES
février et mars, Avril , may et juing derniers passez, que la somme de Trente sept mil six cens cinquante six livres huict solz tournoiz, Contenue en trois fueilletz de ce présent caier que nous avons faict arrester et verilïier par les gens de nostre Conseil, De laquelle somme de Trente sept mil six cens cinquante six livres huict solz tourn8, Nous voulons nostre chere et bien aînée Claude de Beaune damle du Goguier, l’une des dames de nostre chambre, Ayant la charge, garde et administration de nozd. coffres, estre tenue quitte et deschargée par les gens de nozd. comptes et partout ailleurs où il appartiendra sans aucune difficulté rapportant la mise par le menu de lad. rccepte et ces présentés signées de nostre main. Car tel est nostre plaisir, nonobstant quelsconques ordonnances et lettres à ce contraires. Faict à Nantheulh, le vujmc jour de juillet , l’an Mil cinq cens cinquante huict. (Signé en original) Caterine, (et plus bas) Fizes.
Les mots en italiques marquent ceux qui ont été ajoutés au moment de la signature.
Les autres certificats de validation, au nombre de quatre, sont rédigés à peu près dans les mêmes termes, et nous jugeons inutile de les transcrire ici.