JARDINS DES TUILERIES. — FÊTES DONNÉES DANS LES JARDINS
(Voir p. 53.)
Nous trouvons dans le Registre original de la Bibliothèque impériale coté FR 10,399, de l’année 1571,1111 compte de travaux de jardiniers faits pour préparer un théâtre où devait avoir lieu une fête. O11 lit au fol. Z19 :
Autre despence faicle par led. présent Comptable (de Verdun) a cause des deniers par luy paiez aux jardiniers et manouvriers qui ont arraché les arbres et bayes qui estoienl dedans le jardin de la Cocquille, en vertu des ordonnances de Monsr l’Evesque de Paris, intendant desd. bastimens, cy après rendues, Par vertu desquelles sera cy apres faille despense selon et ainsi qu’il s’ensuict :
A plusieurs ouvriers et manouvriers jardiniers La somme de Cens dix neuf solz tourn* a eulx ordonnée par led. sieur Evesque de Paris en son ordonnance signée de sa main le buictiesme jour d’octobre Mil cinq cens soixante et dix, pour avoir par eulx besongné et travaillé pour ladicte damcRoyne, durant la sepmaine commen1 le Iundy second jour d'octobre et finissant le samedy (sic) septiesme jour dud. mois d’octobre ensuivant, a arracher les arbres et bayes du jardin de la Cocquille, à costé du grand jardin du Pallais de Sa Majesté, pour y faire ung Teatre au bout de la carrière, et dont les noms et surnoms sont a plain contenus et declairez en ung roolle en papier signé et cerl. par led. de Chapponay, controlleur general des bastimens dud. Pallais, le septiesme jour d’octobre Mil cinq cens soixante et dix , ainsy qu’il appert de lad. quictance passée pardevant lesd. Vassart et Vvert. notaires royaulx au Chastellet de Paris, le buictiesme jour d’octobre oud. an Mil cinq cens soixante et dix. Pour ce cy en despence lad. somme de . exix s. tz.
A plusieurs manouvriers et jardiniers La somme de Cent seize solz tourn8 a eulx aussy pareillement ordonnée par led. sieur Evesque de Paris en son ordonnance signée de sa main le quinziesme jour d’octobre Mil cinq cens soixante et dix, pour avoir par eulx besongné et travaillé pour lad. dame Royne, durant la sepmaine coinm1 le lundy neufviesme jour d’octobre et finissant le samedy qualorziesme jour dud. mois ensuivant, a arracher les arbres et bayes du jardin de la Cocquille au bout de la carrière, a picquer chevaulx a
APPENDICES
costé du grand jardin du Pallais de Sa Majesté, pour y faire ungTeatre, et dont les noms et surnoms sont a plain contenus et declairez en ung roolle en papier signé et certifié par led. de Chapponay, controlleur general des bastimens dudict Pallais, le quatorziesme jour d’octobre Mil cinq cens soixante et dix, ainsy qu’il appert de lad. quictance passée par devant lesdictz Vassart et Yvert, notaires royaulx aud. Cbaslcllet de Paris , le quinziesme jour dud. mois d’octobre oud. an Mil cinq cens soixante et dix. Pour ce cy en despense lad. somme de . cxvj. s. Iz.
A plusieurs manouvriers et jardiniers La somme de Huict livres tourn* à eulx pareillement ordonnée par lcd. sieur Evesque de Paris en son ordonnance signée de sa main le vingtiesme jour d’octobre Mil cinq cens soixante et dix, pour la sepmaine finie le samedy vingt et uniesme jour d’octobre Mil cinq cens soixante et dix, tant a arracher les arbres, bayes et aultres choses du jardin de la Cocquille appartenant à Sad. Mald assis au bout de la carrière, a picquer les chevaulx de son Pallais lez le Louvre a Paris, que a replanter lesd. arbres et faire une baye pour la closture dud. grand jardin dud. Pallais du costé du Rempart, et dont les noms et surnoms sont a plain contenuz et declairez en ung roolle en papier signé et certilïié par ledict de Chapponay, contlcur general des bastimens dud. Pallais, le vingtiesme jour d’octobre Mil cinq cens soixante et dix, ainsy qu’il appert de la quictance passée pardevant lesd. Vassart et Yvert, notaires royaulx audict Chastellct de Paris, le vingt deuxiesme jour dud. mois d’octobre oud. an Mil cinq cens soixante et dix. Pour ce cy en despence ladicte somme de . . . vnj 1. tz.
Somme des deniers payez aux ouvriers qui ont besongné au jardin de la Cocquille. . . . . xix 1. xvj s. tz.
Dans un autre compte du même Comptable on trouve l’emploi fait des arbres arrachés dans le jardin de la Coquille et la désignation précise de l’endroit où ils se trouvaient, et où par conséquent lut établi le théâtre.
A plusieurs ouvriers jardiniers qui ont besongné et travaillé audict grand jardin desnommez en ung roolle en papier signé et certiffié par led.de Chaponay [sic), contrer' susd. le vingtiesme jour d’octobre Mil cinq cens soixante et. dix, La somme de Sept livres quinze solz tournoiz a eulx ordonnée par led. sieur Evesque de Paris en son ordonnc° signée de sa main le vingt huictiesme jour d’octobre Mil cinq cens soixante et dix, pour avoir faict la closture du grand jardin dud. Pallais de Sa Ma'c lez le Louvre a Paris, du bois vssu des arbres qui ont esté arrachez du jardin de la Cocquille joingnant le grand jardin, Ainsv qu’il est contenu et declairé plus au long en lad. cerlifiication dud. de Chaponay signée de sa main , Par vertu desquelles ordonc° et certillication cy rendues paiement a esté faict comptant par led. comptable, ainsy qu’il appert de leur quictance passée pardevant lesd. Vassart et Yvert, notaires royaulx du Chastellct de Paris, le vingt huictiesme jour d’octobre Mil cinq cens soixante et dix, escripte au bas desd. ordonnce et certiff*. Pour ce cy en despcnce lad. somme de . vij 1. xv s. tz.
A plusieurs ouvriers jardiniers qui ont besongné et travaillé aud. grand jardin desnommez en ung roolle en papier signé et certilïié par led. de Chaponay le unziesme jour de novembre Mil cinq cens soixante et dix, La somme de Six livres dix sept solz six deniers tournoiz à eulx ordonnée par led. sieur Evesque de Paris le unziesme jour de novembre Mil
cinq cens soixante et dix par son ordonn" signée de sa main . Pour avoir besongné et travaillé aud. grand jardin dud. Pallais de Sa Ma1' lez le Louvre a Paris, pour le parachèvement de la haye qu’ilz ont encommencée a faire depuis le logis des Clochesjusques a la porte pour entrer dud. jardin en la Carrière du costé du faulxbourg de Sainct Honnoré, durant la sepmaine finye le dixiesme jour de novembre Mil cinq cens soixante et dix , Ainsy qu'il est plus au long contenu et dec.lairé en lad. certiffication dud. de Chaponay, Par vertu desquelles ordonn" et certiffication paiement a esté faict comptant par led. comptable, ainsy qu’il apport de leur quictance passée pardevant lesd. Vassart et Yvert, notaires royaulx dud. C lias lellet de Paris, le douziesme jour dud. mois de novembre oudict an Mil cinq cens soixante et dix, escripte au bas de lad. ordonnance cy rendue. Pour ce cy en despence lad. somme de . vj I- xvij s. x d. tz.
Somme . nij“ b xvij s. vj d. tz.
Somme desd. payes aux ouvriers et manouvriers qui ont travaillé au jardin des Thuilleries . ixTxxvuj 1. xv s. vj d. tz.
Il résulte de ces comptes que l’emplacement choisi pour ces sortes de fêtes se trouvait dans le jardin de la Coquille, tenant au jardin des Cloches et à la Carrière ou au Manège, du côté de la rue Saint-Honoré, hors du grand jardin, dont on le sépara par une haie dans le courant de novembre 1670. C’est donc la première fête que Catherine de Médicis donna dans son nouveau Palais des Tuileries. Nous n’avons pas de détails sur ce théâtre et cette lète.
Au reste, Catherine avait l’habitude de ces représentations théâtrales, dans lesquelles figuraient des grands seigneurs et dames de sa maison, et dans les Comptes de l’argenterie de la Reine de 1 55 G on trouve le détail très-curieux des vêlements qu'elle lit faire dans les premiers mois de cette année pour la tragédijc représentée au château de Blois.
Lorsque, un an environ après la Saint-Barlhélemv, les ambassadeurs de la diète de Pologne vinrent, au commencement d’août 1 5 7 3 (voir t. 1, p. go : l’hôtel d’Anjou, rue des Poulies) , offrir la couronne au duc d’Anjou depuis Henri 111 (1), la Reine mère donna un magnifique ballet dans ce théâtre richement orné. Brantôme, dans ses Dames Illustres, dit de cette fête : a Comme aussi elle en fit une fort belle ( dépense ) à l’arrivée des Polonois c;i Paris, quelle festina fort superbement aux Tuileries121; et après, dans une grande salle -• faicte à poste ( exprès ) , et toute entourée d’une infinité de flambeaux (3), elle leur représenta
O Mémoires de V Estât de France sons Charles IX, 1 578, in-8°, t. III. p. 2.
(-) et Us furent, lit-on dans les Mémoires de l' Estât de France (t. III, p. 2-3), magnifiquement reçus rrel traités. La Heine mère, enlr’aulres, leur fit rr un banquet aux Tuileries, avec des appareils de rr grands frais de rochers, théâtres, salles, et toutes rr sortes de passe-temps, descrits en vers latins par -r Jean Dorât, poêle du Roy et imprimez à Paris. »
M. Éd. Fournier a pu retrouver ce livret très-curieux de Jean Dorât : Magnificentissimi Spectaculi a llegina regum maire m hortis suburhanis editi, in Henrici regis Poloniœ inviclissiminuper renunciatigratulationem , Descriptio. Io. Auralo . Poêla Regio , Auc-
tore. Parisiis, ex oflicina Federici Morelli Typographi Regii, m.d.lxxiii. cum privilegio regis, in-h°.
La ligure de cette salle, au moment du ballet et avec les seize danseuses , se trouve dans le livret latin de Dorât. Il avait parlé ainsi de cette construction de verdure dans l’élégie préliminaire :
Ecquis agris arces, palatia misant hortis?
Regia quis sylvis alria pomiferis?
IJnde recens tectum virides snbiere columnæ?
Unde rudis sculptum sylva lacunar agit?
Non morlalis opus slruit hacc monumenla taboris :
Numen inest aliquot, quod slruit ista, Jocis...
Le banquet s'était sans doute donné dans une
APPENDICES
«le plus beau ballet quy fust jamais faict au monde (si je puis parler ainsi), lequel fut «composé des seize Dames et Damoiselles des mieux apprinses des siennes, qui comparurent «dans un grand roch tout argenté Ù), où elles estoient assises dans des niches en forme «de nuées de tous coslez. Ces seize Dames représentèrent les seize provinces de la France, «avecque une musique la plus mélodieuse qu’on eut scu voir; et après avoir faict dans ce « roch le tour de la salle par parade comme dans un camp, et après s’estre faict voir ainsv, «elles vindrent toutes à descendre de ce roch, et s’estant mises en forme d’un petit batail- «lon bizarrement inventé, les violons montant jusqu’à une trentaine, sonnans quasv un «air de guerre fort plaisant, elles vindrent marcher sur l’air de ces violons, et par une «belle cadence, sans en sortir jamais, s’approcher et s’arresler au pardevant Leurs «Majestés, et puis après danser leur ballet si bizarrement inventé, et par tant de tours, «de retours et détours, ’d’enlrelaceures et meslanges, affrontement et arrest, qu’aucune «danse jamais ne faillit se trouver à son tour ni à son rang : si bien que tout le monde «s’esbahit que , parmy une telle confusion , un tel désordre, jamais ne faillirent leurs ordres, «tant ces Dames avoicnl le jugement solide et la retentive bonne, et s’estoient si bien ap- «prinses. Et dura ce ballet bizarre pour le moins une heure, lequel estant achevé, toutes «les Dames représentant lesdictes seize provinces que j’ay dictes, vindrent à présenter au «Roy, à la Reyne, au Roy de Polongne, à Monsieur son frère, et au Roy et Revne de Na- «varre, et autres grands et de France et de Polongne, chascune à chascun une plaque toute «d’or, grande comme la paulme de la main, bien esmaillée et gentiement en euvre, où «estoient gravés les fruietz et singularités de chaque province, en quoy elle estoit plus fer- «tilc('2), comme en la Provence des citrons et oranges, en la Champagne des bleds (3), en «la Rourgongne des vins, en la Guyenne des gens de guerre, grand honneur certes celuy- «là pour la Guyenne; et ainsy consécutivement de toutes les autres provinces. 55 (Communication de M. Ed. Fournier.)
C'est à peu près à celle époque (voir p. 5 2) que la Reine mère commença à abandonner le projet d’achever les Tuileries; mais les jardins étaient bien avancés, le mur de clôture terminé; il n’y avait que le rempart qui permettait de voir dans le jardin; mais à cette époque on ne pouvait dominer de ce rempart, qui coupait le terrain entre le Louvre et les Tuileries, que les jardins du côté oriental, tandis que le grand jardin se trouvait sur la face occidentale vers les champs de la Culture-l’Eveque et Chaillot. C’est dans cette partie, et non dans le petit jardin,
autre salle aussi faite exprès. Sauvai , après avoir parlé des fêtes du duc de Joyeuse en 1 58 1 , ajoute (t. 11. p. 689): «Aux Tuileries ces pavillons de bois «couverts d’ardoises, qu’on voit encore çh et là , «sont des restes d’une galerie qui fut faite exprès.» Sauvai peut se tromper. Pour les noces de Joyeuse rien ne se Ht aux Tuileries : le tournoi se donna , suivant l’Estoille, «en la belle et grande lice dres- «see et bastie au Jardin du Louvre;» et le ballet comique de la Reine se dansa dans la salle du Petit- Bourbon. Si les pavillons dont il parle sont le reste d’une galerie de fêle, cette galerie doit être, à notre
avis, celle qui fut dressée pour les réjouissances en l’honneur des ambassadeurs de Pologne, les plus magnifiques sans contredit que le parc des Tuileries ait vues du temps de Catherine. (Communication de M. Ed. Fournier.)
O La figure de ce rocher se trouve dans le Livret de Dorât.
(î) Chaque plaque, surmontée d’un distique latin , est figurée dans le Livret.
W Brantôme, exact pour le reste, se trompe ici : c’est la province du Nord, Belgica, qui aune gerbe de blé pour attribut; la Champagne n’a qu’un lévrier.
<|ue se trouvait le Dédains , dessiné sur le plan de Du Cerceau, et qui était formé de palissades de toutes espèces d’arbustes propres à former une sorte de muraille impénétrable aux regards. C’est de ce Dédains que le poète Guillaume du Peyrat, dans un des sonnets de ses Essais poétiques , disait en 1 5q3 :
Verdoyant labyrinthe, honneur de ce pourpris,
De ce pourpris royal, le jardin de Cybèle,
Où ses entons, nos rois, sur la saison nouvelle,
A mille passe-temps esballoient leurs esprits.
On dit que ce fut aux Tuileries, dans les jardins, que le complot de la Saint-Barthélemy (a3-26 août 1672) se trama d’abord entre Catherine elle duc d’Anjou, loin du roi Charles IX, qu’on laissait dans le Louvre, et puis enfin avec le Roi lui-même W. Quand, après le coup d'arquebuse tiré sur Coligny, les chefs huguenots vinrent au matin demander justice à la Reine mère, elle était déjà dans le jardin des Tuileries. Sur /’ après-dîner, quand il fallut tout résoudre, elle revint aux Tuileries encore, et cette fois, non-seulement avec le duc d’Anjou, mais avec le Roi®, Gonzague, Tavannes et le comte de Retz. (Communication de M. Éd. Fournier.)
On attribua a diverses causes la détermination de Catherine d’abandonner les Tuileries: ce ne pouvait être le manque d’argent, puisqu’elle entreprit ensuite l'hôtel de Nesle ou d’Orléans vers Saint-Eustache et diverses autres maisons et châteaux (voy.p. ôa , note). Loys Guyon, plus indulgent que Mézeray, dit que Catherine se départit de ses grands projets pour la construction des Tuileries par humilité et repentance : rr Lorsqu’elle estoit régente, écrit-il, combien que fusl frpourvcue d’un bon jugement et dame d’honneur, si est-ce qu’elle se laissa persuader à certains tf flatteurs de Cour que pour rendre sa mémoire à la postérité éternelle, devoit édiffier quelque "beau palays, à quoy elle acquiesça avec beaucoup de longues persuasions : mais elle 11’eul ff jamais veuc la seconde partie de son basliment hors de terre, qu elle se repentit , disant qu elle «recongnoissoit bien que c’esloit une vraie et pure vanité de s’immortaliser par des monumens
« caducs et et subjects a ruine dans peu d’années, et laissa cette entreprise . ( Diverses
leçons, iGo4, in-i2,p. 708-707.)
11 est certain que Catherine de Médicis avait une confiance aveugle dans les astrologues et devins de toute espèce; cependant nous pensons qu’elle n’avait point la superstition des jours ou des dates néfastes, comme les i3 du mois et les vendredis. Nous avons eu en main les notes journalières de ses changements de résidence et de ses voyages pendant plusieurs années, el I on peut y faire la remarque que bien souvent elle se mettait en mouvement ces jours-là. Quant à ce que dit Loys Guyon, il suffit de lire les comptes des bâtiments de la Reine mère après I abandon des Tuileries , pour se convaincre de la gratuité de cette supposition.
Henri III n’était point un bâtisseur, mais il entretint les Tuileries et 11e laissa point de continuer lentement la Galerie du bord de l’eau.
•'Le Roy, dit Lippomano®, n’aime pas àbaslir; d’abord les guerres luy ont trop couslé, puis "il aime mieux prodiguer l’argent à ses serviteurs, afin qu’ils baslissent eux-mesmes. v
C’est lui qui lit revivre les lettres patentes de Charles IX, relatives aux Restes des Comptes, qu il appliqua (i5 mai 1578) exclusivement aux travaux des Tuileries; mais alors Catherine les avait abandonnés, el employait ses ressources à d’autres édifices. Henri III embellit et augmenta médiocrement le parc el le palais des Tuileries, mais il ne les abandonna point. Il ohéis-
|; Mémoires de Tavannes, collection Petitot, i,esé- l. I, feuillet io3. Les mémoires du temps 11e sonL ne, t. XXV, p. 996. pas tous d’accord sur ces détails.
J; Mémoires de l’Estat de France sous Charles IX, ' Relut. des Ambassadeurs Vénitiens, t. Il , p. 58 1 .
APPENDICES
sail , malgré ses embarras, à la préoccupalion évidente que les derniers Valois, et Henri IV luimèmc, eurent de communiquer sûrement du Louvre aux Tuileries, eu cas d’émeute sérieuse. Le roi se trouva bien de cette précaution, lorsqu’au mois de mai 1 588, assiégé par l’émeute, serré de près dans le Louvre, où on voulait le prendre et tuer ses conseillers sous ses yeux'1', il n’eut de refuge que dans les Tuileries, pour tenir conseil pendant quelques jours encore®, et s’éloigner enfui sans être inquiété de trop près®. Ce fut dans’ l’Écurie des Tuileries qu’il pul monter à cheval , et que sa suite s’empara , comme elle put, des chevaux qui s’y trouvaient.
L’époque de la Ligue, surtout au moment du siège de Paris par Henri IV, fut désastreuse pour le Palais et pour le Jardin des Tuileries qui, placés hors des murs, se trouvaient exposés sans défense à toutes les attaques. Aucun historien, pas même l’Estoille, n’a parlé des ravages dont ils eurent à souffrir, mais on les connaît par une intéressante Élégie de Guillaume du Peyral . qui, pour celle lacune de l’histoire, se trouve être un excellent chroniqueur, en ne voulant être qu’un poêle®. Il dit :
O Cliamps-Elysiens, terrestre paradis,
Thuileries, séjour de ma Muse jadis!. . .
Lieux de moy tant aymez, berceau de mon enfance, Où, partant de Lyon, le lieu de ma naissance, J’arrivay lendrelet, las! que je fus transv De vous voir l’autre jour Thuileries ainsy,
Comme un pauvre cercueil, tristes, passées, défaites, De vous voir en l’estai où maintenant vous estes;
La plus part de l’armée esloil dans les fauxbourgs,
Et dedans vostre encloz tout esloit à rebours;
On n’y voyoit partout que mainte barricade,
On n’y oyoit siffler que mainte canonnade;
Mille et mille soldards d’un desbord furieux Ravageoient à l’envy ce lieu délicieux;
L’un y rompoil un buis, l’autre coupoit un arbre,
Et l’autre en desroboil tout le jaspe et le marbre.
Je m’escriay soubdain : r Compagnons, mes amis, r Arreslez-vous tout beau, il ne vous est permis "Dans ce jardin royal de faire aucun ravage, rrDessus nos ennemis desployez vostre orage. . . r Mais quoy, je les allois, las! en vain conseillant,
Le soldard do nature est toujours insolent.
( Coimnunirntion de M. Iid. Fournier.)
i ) Procez-verhal d’un nomme Nicolas Poulain , Lieutenant de la Préooslé de l’Isle de France, dans les Archives curieuses , ire série, l. XI, p. 3iG.
(2) Mémoires sur l’histoire de France , collection Petitot, 1" série, t. XX. p. 210. — Les Barricades ,
mai 1 853 , Revue rétrospective , janvier 1 835 , p. 3 7. Archives curieuses. 1” série, l. XI, p. 3 5 9 . Guillaume du Peyrat, gentilhomme lyonnois, Essais poétiques , Tours, Jamet-Meltayer, 1 5 9 3 . petit in- 1 2 , Elégie XV.
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