TERRASSES DU PALAIS DES TUILERIES
(Voir la planche p. 11.)
Nous donnons ici une petite coupe de la disposition des terrasses du palais des Tuileries, du côté des jardins. Aujourd’hui ces terrasses ont disparu, mais il en restait encore une à peu près
APPENDICES
intacte il y a une vingtaine d’années : c’était la terrasse située au midi du pavillon central. La terrasse de gauche, vers le nord, avait été bouchée il y a environ trente-six ans. Au temps de Louis XIII, le pavillon central était en retraite sur le motif du rez-de-chaussée, et se trouvait ainsi précédé d’une terrasse qui faisait communiquer facilement celles des galeries latérales. C’est sous Louis XIV qu’on élargit le pavillon jusqu'à mettre ses étages supérieurs à l’aplomb du portique du centre; mais les terrasses latérales continuèrent à subsister. On remarquera dans le croquis ci-joint, qui a été relevé exactement avant la destruction de ces parties de l’édifice ancien, qu’un certain nombre de marches donnaient accès à celte terrasse des deux extrémités.
Nous avons tenu à donner ce détail parce que les diverses vues et plans de cette partie des Tuileries ne sont pas d’accord pour le couronnement de l’appui de ces terrasses. Dans plusieurs anciennes gravures on voit nettement des balustrades à balustres avec des personnages derrière, de façon que l’on doit supposer nécessairement que le sol praticable de la (errasse est au niveau du dessus de la corniche des portiques. Cette disposition paraît rationnelle à première vue, et c’est en ellet le parti qui a été adopté dans la plupart des édifices de la Renaissance et notamment dans ceux qui ont été construits par Philibert, de l’Orme. Mais une circonstance nous empêchait de suivre, sans contrôle, cette voie : il y aurait eu, en effet, un grand vide entre les voûtes du portique et le dallage de la terrasse, et des gargouilles, placées au niveau du dessous de l’architrave, nous indiquaient que le niveau du sol de ces terrasses avait dû se trouver toujours en contre-bas du dessus de la corniche. Du Cerceau, dans son élévation de cette face du palais, n’a pas mis de balustrade.
Nous pouvons assurer maintenant que cette disposition , peut-être un peu étrange, d un gardecorps formé par la partie la plus large d’une corniche assez saillante, était, il y a peu d années, et a toujours été celle que Philibert de l’Orme avait d’abord adoptée. On la comprend du reste, et nos hésitations en présence de certaines restitutions de cette partie avec balustrades étaient
précisément causées par cette considération : qu’avec la largeur des galeries et conséquemment de leurs terrasses, si l’architecte avait ajouté la hauteur normale d’une balustrade «à la hauteur obligée de l’entablement de son ordre inférieur, il aurait désagréablement et disproportionnellement coupé le motif de son premier étage, inconvénient qu’il évitait en supprimant cet appendice et en laissant régner sa corniche nue. Cette intention d’effet perspectif se lit dans l’élévation géométrale de cette façade du palais, comme nous l’avons restituée; le soubassement des baies du premier étage, en retraite sur les galeries, est sans autres ornements que des tables saillantes; tandis que les couronnements de toutes ces baies, enrichis de frontons d’une grande richesse d’ornementation, commencent à se dégager suffisamment d’en bas à la distance convenable pour l’angle visuel passant sur le dessus de la corniche des portiques.
On sait que, du temps de Philibert de l’Orme et jusqu’à Louis XIV, une rue, celle qui était nommée des Tuileries, longeait la façade occidentale du palais, et se trouvait limitée de l’autre côté par le mur de clôture du grand jardin. On pourrait supposer que Catherine de Médicis avait l'intention de supprimer cette voie gênante de communication, et la disposition des arcades des galeries ouvertes semble indiquer ce projet. Les panneaux d’appui qui ferment le bas des arcades paraissent, en effet, pouvoir être supprimés sans inconvénient; et dans les vues de Sylvestre et de Mal. Ménian, dont nous parlions tout à l’heure, les baies sont figurées ouvertes jusqu’en bas. Mais nous avons conservé ces panneaux dans notre restitution, comme M. Rerty l’avait fait lui meme, parce que l’existence de la rue des Tuileries nous paraît impliquer l’impossibilité d’une pareille suppression dans les premiers temps de la construction du palais.