RUE DES ÉTUVES
La rue Mignon, qui est à peu près parallèle à celles de la Harpe, de la Barre et de la Vieille- Plàtrière (Hautefeuille), se prolongeait primitivement jusqu’à celle des Cordeliers, traversant ainsi la ruelle du Paon, ou de 1 hôtel de Reims, avant sa transformation en impasse, et passant entre les collèges de Bourgogne et des Prémontrés. Elle changeait de nom dans sa partie méridionale et s appelait, en i 2 55 , et rue aux Estuves, viens qui dicilur aux Estuves ® n. L établissement de bains qui lui avait valu cette dénomination dépendait delà maison appartenant à Pierre Sarrazin et acquise par les Prémontrés, en î 9.52 (voir les rues Hautefeuille, Pierre- Sarrazin et des Cordeliers).
Du Breul et Félibien , auxquels nous devons la publication de la pièce de î a55 , en reproduisent une autre de l’année suivante (i 256), où il est spécifié que Jean de Beaumont, bourgeois de Paris, vend également aux religieux du Prémontré une maison sise in vico Stujfarum *3h
L’agrandissement de l’hôtel de Reims et la permission, obtenue par le premier président le Maistre, de disposer du sol de la ruelle du Paon, à son extrémité
"I Antiquités de Paris. I. p. i 73. — w Noie de lierly. — |J| Félines, Preuves, t. I, 200, p. hqi.
IÎÜE DES ÉTUVES.
orientale, pour y laire bâtir une agrandies ainsi que des écuries, amenèrent la suppression de la partie de la rue Mignon comprise entre celle du Jardinet et la nouvelle impasse, tt Quand on fonda, dit Sauvai, le collège de Prémontré en 1 2 5 5 , il étoit environné de quatre rues, l’une qui passoit de la rue des Cordeliers en la rue Mignon, à travers la ruedu Petit-Paon, entre ce collège et celui de Bourgogne, et qui est condamnée depuis tant de teins que nos pères ne se souviennent pas de l’avoir vue; l'autre, que le premier président Le Maistre boucha d’une grange et de ses écuries, et qui se nomme la rue du Petit-Paon, quoique ce ne soit plus qu’un cul-de-sac et venant de la rue du Paon à la rue Hautefeuilleh). n
Adolphe Berty a fait figurer la rue des Etuves sur son plan, en pointillé, et avec cette mention : a Portion de rue supprimée. 11 Cette portion une fois incorporée dans les dépendances de l'hôtel de Reims, il ne resta plus qu’un tronçon de voie se soudant, en équerre, à la (truelle de Bains r, qui, de la sorte n’était point encore une impasse. Elle ne tarda point à le devenir, par la suppression de la rue des Etuves.
Géraud a cru reconnaître cette dernière voie dans celle que le Livre de la Taille de 1292 appelle crue au Princen, supposition qui n’a rien de déraisonnable, puisque cette voie touchait de très près à l’hôtel de l’archevêque de Reims, consécrateur des rois et prince de l’Église.
Adolphe Berty, qui avait relevé cette mention dans le même rôle, pense qu’il laut l’appliquer à la rue ou ruelle du Paon, devenue plus tard une impasse. On peut assigner deux motifs à cette préférence : d’abord la ruelle dont il s’agit bordait le pourpris de l’hôtel sur une bien plus grande longueur; puis elle a porté le nom de nrue a larcevesque de Rainsr, dénomination qu’on 11e trouve point appliquée à la rue des Étuves.
Jaillot parle d une troisième appellation qu’il dit avoir rencontrée dans un acte de i3oô; ce document énoncerait une «rue de Sainct-Cosme et Sainct-Damian *, qui ne serait autre que la rue des Étuves. Mais il semble dillicile d’admettre cette identification : la rue des Étuves, passant entre les collèges de Bourgogne et des Prémontrés, débouchait dans la rue des Cordeliers vers le milieu du collatéral nord de l’église de ce monastère, à cent mètres environ de celle de Saint-Côme; d’autre part, la rue des Cordeliers portait, à son extrémité orientale, le vocable de Saint-Côme, ce qui eut lait confusion avec la rue des Étuves.
M. A. Franklin, dans ses études sur le plan de la Tapisserie, a fait remarquer que la rue dont nous nous occupons n’est point inscrite au rôle de la Taille de
Antiquités de Paris , I, p. 1 86.
1 3 1 3 ; elle ne pouvait effectivement y figurer puisque, dans un acte de 1 année 1296, lu par Adolphe Berty, elle est nommée voie bouchée, viens obluralus. Ce dernier assure avoir constaté, avant l’ouverture du boulevard Saint-Germain, «des traces du passage de la rue dans la disposition des maisons de cette régions.
Les étuves étaient assez nombreuses à Paris, au moyen Age; il en existait notamment deux fort importantes dans la région que nous étudions, entre l’abreuvoir Mâcon, la Seine et la rue de la Huchette. Sur d’autres points de la ville, dans les quartiers des Lombards, Saint-Honoré, du Beau-Bourg, de la Cité et de la place Maubert, ces établissements ont donné leur nom aux rues, ruelles et impasses dans lesquelles ils étaient situés '1.
Quelques étvmologistes, abusés par la ressemblance, ont confondu le mot stuffw, étuves, avec l’expression stojjfw , étoffes, et ont rangé dans la série des rues où il existait des étuves, la rue des Ecoujfes, sise au quartier Saint-Antoine. Les escoffles, escouflles, escoujjfcs et étouffés, du latin moffula, étaient des peaux de mouton servant au vêtement et, par extension, des étoffes de laine.
L’un de nos anciens collaborateurs, H. Legrand, qui avait étudié la question des étuves à Paris, pensait que la tradition des bains s’était perpétuée dans le voisinage du palais des Thermes, et que les étuves des rues Pierre-Sarrazin, Mignon, de la Huchette, de Bièvre notamment, étaient une réminiscence des bains gallo-romains établis dans la résidence impériale. On commença, dit-il, à construire dans les cloîtres des lavatoria; puis, à partir du xu" siècle, on substitua aux bains d’eau pure ceux de vapeur, que les Croisés avaient importés d Orient. Bientôt il s’établit des étuves publiques, l’agencement des maisons du temps ne comportant point une installation de ce genre pour les particuliers peu aisés. Les étuves se spécialisèrent de bonne heure; dans la Cité, par exemple, celles qui étaient situées en la ruelle dite ndesEstuves Saint Michel v, à l’extrémité de la rue de la Barillerie, avaient la clientèle du Palais de justice; elles étaient qualifiées ttestuves pour les gens de robe, procureurs et autres escholiers et membres de la bazoche v.
A la pointe occidentale de la Cité, il existait un îlot, dit ile des Bureaux , où les rois firent construire un ctostel des Estuvesn entouré de jardins que la Seine inondait fréquemment; ces étuves étaient réservées exclusivement aux habitants du palais. Celles qui touchaient à l’abreuvoir Mâcon, celles des rues de Bièvre, Mignon et Pierre-Sarrazin étaient surtout fréquentées par les écoliers. Les bourgeois et marchands allaient soit aux étuves situées dans le cul-de-sac de ce nom, entre
(1) Voir la Description de Paris par Guillebert de Metz, dans Pans et ses Historiens aux xtv' et xv’ siècles.