‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 109 sur 206 · RUE DES ÉTUVES · texte numérisé non relu

RUE DES ÉTUVES

les rues des Lombards et des Ecrivains, soit à celle de l’ Arbre-Sec, soit à celle de la ruelle de l’Arche-Marion.

On voit que ces sortes d’établissements s’installaient surtout, dans les voies étroites et dans les impasses. Il en existait aussi en dehors de la ville, dans le voisinage de l’enceinte et des portes; celles-là, placées loin du centre et dépourvues de surveillance, dégénérèrent promptement en lieux de débauche, surtout quand elles étaient voisines des lupanars. Dans le Beau-Bourg, en particulier, où Guillebert de Metz nous apprend que eavoitdes fillettes en cul-de-sac», des étuves avaient été créées dès le xuie siècle, par un bourgeois du nom de Geoffroy, d’où le nom de Gaufridus de Balneolis , auquel succéda celui de rue des Etuves; elles lurent envahies par les et fillettes» qui en étaient voisines, et l'on dut prendre des mesures de rigueur pour arrêter le désordre. Il n’avait pas encore cessé au commencement du \vic siècle, puisque Maillard, célèbre prédicateur du temps, tonne contre les étuves corruptrices des mœurs.

Les étuveurs parisiens formaient une corporation, dont les statuts ont été enregistrés par Etienne Boileau; il leur était enjoint de ne pas faire l’ouverture de leurs étuves avant le jour, afin d’éviter que les personnes qui s’y rendaient fussent attaquées par les voleurs; ou leur interdisait de chauffer les dimanches et jours de lète; enfin on leur recommandait de ne recevoir ni lépreux, ni gens mal famés, ni femmes de mauvaise vie.

CÔTÉ ORIENTAL

(du Nord au Sud '.

JUSTICE ET CEN SI VE DE SAINT-GERMAIN- DES-PRES

Dépendances de i.'Hôtei. de Reims. Cet hôtel, qui s’étendait primitivement entre les rues du Paon , du Jardinet et la et ruelle de l’Ostel », devenue plus tard l’impasse du Paon, s’annexa, vers la fin du xin° siècle, les terrains qui le séparaient delà rue de la Vieille-Plâtrière; on y construisit divers bâtiments de service, et l’on y ménagea sans doute une issue sur cette dernière rue.

Terrain sans désignation sur le plan, mais ayant dû être couvert par la maison de Jean de Beaumont, bourgeois de Paris. Cette maison attenait, en effet, à la maison de Pierre Sarrazin et aboutissait à la rue de la Vieille-Plâtrière. Elle fut acquise, en 1256, par les religieux de Prémontré, pour être jointe à leur collège. Nous citons le contrat d’acquisition dans la monographie de cet établissement. (Voir rue Hautefeuille.)

Terrain sans désignation sur le plan, mais ayant certainement fait partie de la

maison de Pierre Sarrazin, vendue aux Prémontrés en 12 52 , par Gilette de Houzel, bourgeoise de Paris, veuve de Pierre Sarrazin. Nous citons également l’acte de vente dans la monographie du collège des Prémontrés.

Partie postérieure du collège des Prémontrés, lequel se trouvait délimité par trois rues, avant la suppression de celle des Etuves.

CÔTÉ OCCIDENTAL

( tlu Sud au Nord ).

Partie latérale du collège de Bourgogne, bordant la rue, depuis celle des Cordeliers jusqu’à la ruelle de ttl'ostel de Rainsn, appelée plus tard cul-de-sac du Paon.

Dans ce pourpris ont existé cependant, à l’état d enclaves, trois immeubles bâtis, que le plan ne mentionne point et qui sont:

La maison du Chauldron ;

La maison du Havre;

La maison ou Couvent de Saint-Thierry.

Cette dernière était parfois confondue avec celle du Havre, qui faisait le coin de la rue des Étuves et de la ruelle de l’hôtel de Reims. Dans la direction des Cordeliers, les bâtiments du collège, affleurant la voie publique, ne permettaient aucune autre construction. 11 est probable qu’ils s’étaient substitués aux maisons suivantes, dont la localisation précise est impossible, faute d’indications sullisantes :

Maison des enfants d’Adam le Romain;

Maison de Marguerite du Celier;

Maison de Nicolas le Romain;

Maison de Richard du Porche;

Maison d'Agnès de Vitri;

Maison de Denise des Champs;

Grange et jardin de Gilette du Celieii.

RUE GIT-LE-COEUR

Toutes ces maisons furent vendues, en juillet 1 2 55 , aux religieux Prémontrés, par Guilherma ou Guillemette, abbesse de Saint-Antoine-des-Champs, pour être incorporés dans le pourpris du collège. L’acte de vente les désigne et les localise approximativement: crNovem domos sitas Parisius, juxta domum Fratrum Minorum , in vico qui dicitur ns Estimes, n Vu le peu d’étendue de terrain qu’elles occupaient, il y a lieu de croire que c’étaient de petites maisons de jardiniers et de cultivateurs, comme il en existait un grand nombre dans cette région avant le grand accensement de 1 i 79 et la construction de l’enceinte de Philippe-Auguste. La ce granchen et le jardin de Gillette du Gelier ne furent acquis par les Prémontrés et annexés au pourpris de leur collège qu’en 1 a 8 5 .

Neuf ans plus tard, eut lieu la confirmation de la vente par le payement des droits de finance auquel elle donna lieu. Nous trouvons, dans les notes de Bertv, le texte même de la quittance.

et 1 394. Noverilis nos, noïo (nomine) domini régis et pro eo, récépissé et. babuisse a religiosis v iris , abbate et convcnhi monasterii Premonstratensis ducentas deeem libras et quindecim solides Turonenses pro finalôe facta nobiscum ab iisdem religiosis de domo sua Parisiensi, ad opus scolarum lolius ordinis Premonstratensis applicata, sita ultra Parvum Pontem, prope domum Fratrum Minorum, in vico Stupharum, ab opposite vici de Hautefeuille , faricnle cuneum vici Fratrum Minorum et vici Stupharum, tendenle ex illo latere usque ad domum Tbesaurarii Belvacensis (Beauvais) , contigua ex altéra parte cuidam parve ruelle, que clausa est ad presens, et a parte posteriori dornui episcopi Remensis, super novem parvis domibus, de quibus dicti religiosi suam domum conslruxerunl et edificaverunt. a

N. B. Le lecteur devra se reporter aux rues de Hautefeuille et des Cordeliers, pour compléter l’histoire topographique des collèges de Prémontré et de Bourgogne, dont nous n’avons pu qu’indiquer la formation et les accroissements, par l’acquisition d’immeubles en bordure sur la rue des Étuves.

RUE GÎT-LE-COEUR

SUCCESSIVEMENT DÉNOMMÉE GUY-LE-QUEUX, GUY-LE-CONTE, GUILLE-QDEÜLX, GUY-LE-PREUX OU LEPREUX, GILLES-LE-QUEUX ET GILLES-COEUR.

Le nom primitif de cette voie paraît avoir été celui d’un cuisinier qui y demeurait au commencement du xme siècle.

Dans une charte de iai5,du fonds de Saint-Germain-des-Prés, elle est énoncée viens qui est juæla masuram Guinonis Coci. Ce Guy le Queux avait peut-être

été cuisinier du Roj, comme l’était alors un nommé Odon, son voisin, et probablement son parent.

Dès 1275, on trouve la rue dénommée Guy le Queux ; vicus qui vocalur vicus Guidonis cuci (Cartulaire de Saint-Étienne-des- Grès); vicus qui dicilur Guidonis coci , portent presque tous les titres, jusqu’à la fin du xvi° siècle. Dès le xivc, on avait, du reste, altéré ce vocable; 011 lit, en e 11 e I Gui le Comte, dans des titres de 1097 et 1Z12/1; d’autres offrent les variantes qui suivent: Gilles Queux, Guille Queulx (1 54o) , Villequeux Gui et Le Preux ou Lepreux. Dans les cerisiers du règne de François Ier, 011 trouve rue dicl Lequeux; Corrozet dit Gilles le Coeur, et les titres latins de son temps portent Ægidius Coquus. Enfin, l’orthographe moderne, Git-le-Cœur se lit sur quelques plans; ce qui a donné l’idée d'une enseigne-rébus, transformée en obscénité par une substitution de mot.

Dette plaisanterie de mauvais goût a sans doute fait supposer que la rue Gîtle-Cœur avait été l'un des lieux assignés à la prostitution par les anciens édits qui la parquaient en certains endroits. Rien, dans les vieux titres, ne désigne cette voie comme ayant été le siège d un lupanar. Elle était, d ailleurs, trop rapprochée de la rue de Mâcon, ou de la Bouderie occidentale, qui avait la spécialité de cette triste industrie.

De tout ce qui précède, et contrairement aux hypothèses de plusieurs historiens de Paris, il résulte que la rue dont nous parlons ne doit nullement son nom à l’un des membres de la famille du célèbre et malheureux argentier dé Charles Vil D).

Dans le Livre de la Taille de 1 298 , on trouve la mention d’une rue du Jardin de Monseigneur Hue de Bonile, qui faisait partie de la paroisse Saint-André. Placée entre les rues Pavée et de l’Hirondelle, cette voie 11e peut être que celle dont nous nous occupons. La maison du personnage en question n’est autre, en effet, que l’hôtel d’Arras, dont nous parlerons plus loin, et que nous avons longuement décrit à l'article de la rue Saint-André-des-Ars.

La rue Gît-le-Cœur est une des rares voies parisiennes que les percements modernes n’ont pas encore entamées; elle a conservé en grande partie, non point son aspect ancien, mais la physionomie qu’elle présentait au xvne et au xvinc siècle.

11 Sauvai avait donné à celte hypothèse l'appui dants de ce Jacques Cœur, le jouet de la fortune, de sa vaste érudition : r On croit , dit-il , que le nom et qui sert d’un si bel exemple, s (Antiq. cle Paris , de Gilles Cœur lui vient de quelqu’un des descen- I , p. 1 3 9 . )

RUE GÎT-LE-COEUR

CÔTÉ ORIENTAL

(du Nord au Sud).

JUSTICE ET CENS1VE DE SAINT-GERMAIN-DES-PRES

PAROISSE DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS

Maison des Evêques de Chartres (i 3oo), de Sancerre (i3g4). Vendu par le connétable Louis de Sancerre à Monseigneur Guérard Dathys ( alias Guérart Dutliies), archevêque de Besançon, cel hôtel devint la Maison des Évêques de Besançon, en 1397. Dans l’année 1Ô18, alors qu’on le qualifiait de Maison des Évêques de Clermont, il fut confisqué sur Martin Gouge de Charpaigne, évêque de Clermont, au profit de Jacques de Montberon , maréchal de France, et, en iôa3, il subit une nouvelle confiscation, de laquelle bénificia Guy le Bouteiller, seigneur de la Boche-Guyon.

Ici, lacune dans la liste des propriétaires de cette résidence, jusqu’à ce que Dauvet, maître des requêtes, en devienne l’acquéreur et y annexe une maison « vis-à-vis la descente de la rivière n, c’est-à-dire en face de l’un des abreuvoirs du quai des Augustins.

La duchesse d’Etampes occupe, à son tour, ce logis et engage François Ier à se l’adjuger, moyennant une juste et préalable indemnité au propriétaire. La maison épiscopale se transforme alors en Palais d’Amour, communiquant à I’Hôtel de la Salamandre, sis rue de PHirondelle.

Au commencement du xvnc siècle, ce voluptueux palais, dont on retrouve l’entrée principale au n° 5 de la rue Gilles-Cœur, s’appelait f Hôtel d'O, et appartenait à celui des membres de la famille Séguier qui, ayant quitté la robe de maître des requêtes pour l’épée, prit le titre de marquis d’O.

Quand Louise-Marie Séguier, fille de ce marquis de nouvelle création, épousa Louis-Charles d’Albert, duc de Luynes, elle lui apporta en dot I’Hôtel d’O, que la voix publique proclama dès lors Hôtel de Luynes, et qui figura, pendant un siècle, au nombre des belles résidences de Paris, ainsi que le prouve une estampe contemporaine, dont nous offrons une reproduction.

En 1671, l’hôtel de Luynes tomba, en majeure partie, sous le marteau des démolisseurs ; sur son emplacement, livré à la spéculation, s’élevèrent des demeures moins somptueuses et des maisons de rapport.

Hôtel Berrier (1G71), logis nouveau, formé d’une des parties de l’hôtel de Luynes, que l’on avait conservées, et à laquelle on adjoignit des bâtiments annexes, ainsi que le constate un topographe contemporain :

«Dix lots étant faits par Albert de Luynes, duc de Chevreuse, l’année 1671,

l'un convint à Berrier, secrétaire du Conseil, et de nouvelles constructions commencèrent, mais en respectant le plus possible les anciennes. Berrier, lieutenant de police, hérita donc, rue Gît-le-Cœur, du logis de son grand-père. n

Hôtel de Saint-Louis, ci-devant de Nivernais (1689). Le topographe que nous venons de citer, le désigne ainsi :

c Un hôtel, nouvellement dit de Saint-Louis, s’étendait rue de l’Hirondelle et comprenait sans doute i.a Salamandre, mais avec une entrée rue Gît-le-Cœur; il fut adjuge en 1689 au duc de Nivernais, ministre dhtat, lieutenant general, académicien, v

Maison de l’Hirondelle, faisant le coin méridional de la rue de ce nom. Adolphe Berty la qualifie de tt maison sans désignation », cependant elle paraît avoir eu pour enseigne le nom de la rue adjacente, i523. (Voir rue de 1 Hirondelle.)

Maison de l’Image saint Joseph ( 1 5 3 G ) .

Maison sans désignation (i5a3), contiguë à la Maison de l Étoile d Or.

Maison de l’Étoile d’Or, formant l’angle de la rue Saint-André-des-Ars. Cette maison et celle qui la précédait vers 1 orient et sur la rue Saint-André-des-Ais constituaient, dans leur indivision, la Maison de l’Estoille dOr, en 1/16G.

CÔTÉ OCCIDENTAL

(du Sud au Nord).

Hôtel d'Arras (1/122), ayant eu pour enseigne l 'Image Notre-Dame, faisant le coin occidental de la rue Gît-le-Cœur et s’étendant le long de cette rue jusqu’au quai des Augustins.

L’hôtel, qui avait son entrée principale sur la rue Saint-André-des-Ars, a été l'objet d’une première étude à l’article de cette voie; nous y renvoyons donc le lecteur. Cependant, comme sa façade latérale et ses dépendances bordaient la rue Gît-le-Cœur, nous tronquerions le parcellaire de cette rue, si nous ne résumions point ici notre monographie antérieure. Voici d abord une note recueillie pai Adolphe Berty :

tt 1 Zi Zi 3 . Ung grant liostel à deux testes sur rue, long sur la grant rue Sainct Andry des Ars, etl’aultre l'este sur la rue Guy Lequeux, au coing duquel liostel, faisant division desdicts deux Testes, est posé l’ymage Nostre-Dame, avec une court pavée de pierre de rabot, et au bout d'icelle court a uug grant corps d’hostel contenant plusieurs chambres, salles, galeries, courts, puis, cuisines, caves, celiers

RUE GIT-LE-COEUR

et estables et ung grant jardin, au derrière duquel y a plusieurs treilles et arbres portant fruits, avec une grante galerie, où y a au-dessus une terrasse pavée de pavement de pierre de lyaiz, etc. . . nommé vulgairement l’hostel d’Arras , dont la maîtresse entrée est en la rue Saint-Germain-des-Prez, tenant ledict ostel tout au long et le coing de la rue Guy-Lequeux, et ayant issue en icelle rue Guy- Lequeux, aboutissant par derrière et ayant issue audict jardin sur le chemin qui va du pont Sainct-Michel en l'église Sainct-Augustin.

«Item, un aultre contigu, rue Sainct-Germain, faisant le coing de la rue Gogain , et depuis nommée la rue Pavée avec dépendances assises en la rue Pavée. *

Cet immeuble aristocratique était la résidence des évêques d’Arras, quand ils ne demeuraient point en leur diocèse, et c’est à eux qu’il devait son nom.

Avant i A 2 2 , date antérieure à celle de la description que nous venons de reproduire, le Compte des confiscations de la ville de Pans nous apprend que 1 hôtel d’Arras avait appartenu à M. Gérard de Montagu, évêque de Paris, et cela sans perdre sa dénomination première. A cette époque et sous le régime de l’occupation anglo-bourguignonne, l’immeuble fut confisqué sur le prélat parisien qui tenait pour Charles VII, et fut donné à un grand seigneur anglais, le comte de Salishury, qui en eut la jouissance sa vie durant. Après la mort de ce personnage, Louis de Luxembourg, évêque de Thérouanne, chancelier de France, occupavitdictam domum, disent les titres du temps. Le Compte des confiscations, de 1/127 ** iù34, que nous avons déjà cité à l’article de la rue Saint-André-des-Ars, contient cette mention significative : « L’hostel d’Arras, qui fut à M. Gérard de Montagu, jadis évêque de Paris, sis en la rue Saint-André-des-Ars, faisant le coin de la rue Villequeux, de laquelle maison le comte de Jaly-Fleury (1) a joui pendant sa vie et, depuis son trépas, M. Louis de Luxembourg, évêque de Thérouenne, chancelier de France. «

Nous devons limiter ici cette histoire résumée de l’hôtel d’Arras, <à l’époque où les confiscations jettent le plus grand trouble dans la topographie parisienne. La suite des vicissitudes que cet immeuble eut à subir est racontée à l’article de la rue Saint-André-des-Ars.

Hôtel MoxTnoLOx (i53/i). Le rapprochement des dates induirait à croire que la maison, construite en i53Zi, sur l’emplacement de l’hôtel d’Arras, 11’est autre que l’hôtel Montholon. Quelle que soit la date de son édification , cet hôtel se loca-

(l) Nous avons déjà fait remarquer que rr Jaly-Fleury» est un e francisation du nom anglais Salisbury L’identité du personnage ainsi dénommé ressort du texte latin, où il est appelé Dominus Thomas de Monte Acuto, cornes de Salisbury.

lise, ce semble, lui-même par l’importance de son développement et l’ancienneté de son architecture. Un chercheur moderne le désigne dans les termes suivants :

rt Après la rue Gît-le-Cœur, ancien logis de l’un an moins des Montholon, père et fds, qui furent gardes des sceaux au xvic siècle. Propriétaire au même endroit en 1 65o : Ingrand, conseiller au Parlement de Metz, et puis son fils, intendant du commerce. Locataire en 1 7 g 3 : Billaud-Varennes, qui organisa le système de la Terreur M. n

D’après Sauvai, l’hôtel qui nous occupe fut la demeure, non pas uniquement de tt l’un des Montholon, mais des deux gardes des sceaux *.

«Les gardes des sceaux de Montholon, dit l’auteur des Antiquités île Paris, ont logé à la rue Saint-André, au coin de la rue Gilles-Cœur, dans un logis séparé en deux maintenant et occupé par un cordonnier et un autre artisan (2). 11

Mais comment reconnaître l’hôtel seigneurial des Montholon dans un logis étroit habité par deux ouvriers ? Cette disproportion entre la haute qualité des deux personnages et la petitesse de leur habitation 11c laisse pas que d’inspirer quelques doutes à l’historien topographe. D’autre part, l'affirmation de Sauvai est confirmée par Saint-Foix. L’auteur des Essais historiques sur Paris insiste également sur l’étroitesse de la maison dont il s’agit :

k Montholon, dit-il, logeoit, avec toute sa famille, au coin de la rue Saint- André-des-Ars et de la rue Gille-Cœur, dans une maison où il n’y avait qu’une salle et une petite cuisine au rez-de-chaussée, deux chambres au premier étage, deux au second et un grenier au troisième (’Ld

Il n’y a que deux explications possibles de cette singularité. La première, c’est que le logis plus que modeste dont parlent Sauvai et Saint-Foix, fut habité par les Montholon avant leur élévation aux grandes dignités (4); la seconde, c’est que les deux historiens de Paris se sont trompés d’angle, et ont confondu la maison de l’Étoile d’or, sise au coin oriental des rues Saint-André-des-Ars et Git-lc-Cœur

1 1 ' Les anciennes maisons de Paris , etc. , par Le Feüve.

r:) Antiquités de Pairs , II, p. i5o.

Essais historiques, etc., IV, p. 35 , 3 G.

François de Montholon, premier du nom, s’était fait une grande réputation comme avocat, et avait été chargé de la cause du connétable de Bourbon contre François Ier et la reine mère, procès dont la perte jeta le prince dans la révolte. Nommé avocat général en i53a, Montholon devint garde des sceaux en i542 , et mourut l’année suivante.

Il accompagna, dit Saint-Foix, François Ier à la Rochelle, ou une sédition avait éclaté, et reçut en présent, du Roi, l’amende de deux cent mille livres infligée aux Rochelois. Mais il leur en fit généreusement remise, « à la condition qu’ils feraient bastir en leur ville un hospital pour les malades».

François de Montholon, deuxième du nom, fils du précédent, fut également garde des sceaux, et Jacques de Montholon, son petit-fils, compta parmi les meilleurs avocats de son temps.

RUE GUÉNÉGAUD

avec l’hôtel occupant l'angle occidental. Les deux immeubles n’étaient séparés, en effet, que par la largeur de cette dernière voie. Cette seconde explication parait être la plus probable, à en juger par l’aspect de la maisonnette qui subsiste encore. Nulle trace de l’architecture de la Renaissance dans cette construction; on y reconnaît., au contraire, la maçonnerie du xv° siècle, et le tout répond trait pour trait au signalement donné par Sauvai et Saint-Foix.

Maison sans désignation, tenant à l’encoignure nord-ouest de la rue Gilles- Cœur (point initial du quai des Auguslins).

RUE GUÉNÉGAUD

Le percement de cette voie se rattache aux vicissitudes de l’hôtel et du pourpris de Nesle. Prévu et proposé dès l’année 1 5 5 2 , lorsque Henri II résolut d’aliéner ce domaine, il ne fut exécuté qu’ environ un siècle plus lard, lorsque Henri de Guénégaud, ministre et secrétaire d’Etat, se fut rendu acquéreur de la plus grande partie de l’hôtel de Nevers, dont l’existence avait été si éphémère.

Louis de Gonzague, en prince qu’il était, 11’avait point été ménager du terrain; il s’était taillé, dans la partie orientale du pourpris de Nesle, de magnifiques jardins limités par la rue ou ruelle qui prit le nom de l’hôtel. Henri de Guénégaud fut plus modeste; il borna son jardin, de ce côté, à la ligne représentée par la façade latérale de l’hôtel de la Monnaie; d’autre part, la princesse Marie de Gonzague de Elèves, désirant vendre le plus avantageusement possible les terrains situés en dehors du loL acquis par Guénégaud, obtint qu’une rue serait ouverte entre le quai de Nevers, à la descente du Pont-Neuf, et le chemin sur les fossés, depuis rue Mazarine.

Cette voie prit naturellement le nom du personnage qui venait de faire bâtir un logis magnifique sur l’emplacement de l’hôtel de Nevers, et dont le jardin bordait la rue sur une partie de son parcours. Toutefois cette dénomination 11e lui fut pas donnée immédiatement : sur le plan de Gomboust, daté de 1603, la rue, encore peu bâtie sans doute, 11e porte aucun nom; mais 011 lit : s R. Guénégaud n sur celui do Rullet et Blondel qui est de 1676.

Gomboust indique nettement la situation et le parcours de la nouvelle voie : elle part du quai de Nevers, presque en face du Château-Gaillard, longe les maisons en bordure du quai, ainsi que le mur de fond de l’hôtel Guénégaud, coupe presque à angle droit une rue projetée entre la place faisant face à l’hôtel et

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, les rues de Nevers et d’Anjou, auxquelles elle devait fournir un débouché ; puis elle vient buter contre la muraille, à quelques pas d’une des tours de l’enceinte de Philippe-Auguste.

Le prolongement de la rue de Guénégaud, jusqu’au chemin sur les fossés, était naturellement subordonné à la démolition de la muraille et au comblement du lossé. Cette mesure se lit attendre quelque temps encore, et, dans l’intervalle, de nombreux abus en démontrèrent la nécessité. Les Registres c lu bureau de la Ville contiennent à cet égard plusieurs pièces intéressantes; nous n’en mentionnons que que quelques-unes.

Le 1 5 décembre 1G60, des lettres du Roi déclaraient qu'il fallait, te pour le bien de ladicte ville, que l'on continuast, le long de l’ancien fossé de Nesle, le dessein de la porte Dauphine, qui est de voûter l'égoust qui passe dansledict fossé, etque les bastimens encommencez soient continués jusque la nouvelle porte qui sera construite ,2), et que, pour l’ornement, décoration et embellissement de ladicte ville, la maison, ou mazure, appelée le Chasteau-Gaillard, et quelques autres eschoppes et maisons qui sont le long du quay construit de neuf entre le Pont- Neuf et la Tour de Nesle, soient abattues (3i. v

Il s’agissait, on le voit, de régulariser la rue Guénégaud à ses deux extrémités : considérée jusque-là comme une voie privée, ouverte pour délimiter les jardins du ministre et faciliter la vente des terrains restant de l’ancien pourpris de Nevers, elle entrait dès lors dans le domaine de la grande voirie. La Ville lui ménageait un double débouché, d'une part, sur le quai, tt en réservant quatre cens thoises accordées à M. Duplessis de Guénégaud, à prendre au derrière et joignant l’orengerie de son bostel, et encore cent trente thoises qui seront prises vis-à-vis la rue de Guénégaud, destinées pour la continuation d’icelle au travers dudit fossé W»; d'autre part, sur les anciens fossés de Nesle, en continuant « le dessein de la porte Dauphine d et en voûtant tr l’égoust qui passe dans ledict fossé n, de manière à permettre la continuation des (t bastimens encommencez n.

Le percement de la rue Guénégaud a donc eu deux phases, comme celui de la rue Dauphine : arrêtée par l’allée des murs, la muraille et le fossé, cette voie n'a pu joindre le chemin longeant la contrescarpe qu'au moment où la construction du collège des Quatre-Nations donna, sur toute la rive gauche, le signal de la destruction de l’enceinte de Philippe-Auguste.

fli Cette voie est encore représentée aujourd’hui par l’impasse Gonti, qui en est l’amorce occidentale; on ne voit pas trace de son existence à la jonction des rues de Nevers et d’Anjou.

(ï) 11 s’agit de la reconstruction de la porte de

Nesle, confiée à Edme Ravièrc. Voir l’article relatif à cette porte.

(3Ï Registres du bureau de la Ville, H 1 8 1 5 , fol. 576 et suiv.

<*>' Ibid.

RUE GUÉNÉGAUD

Depuis lors, la rue Guénégaud est restée, comme voie publique, ce qu’elle devint à ce moment. La construction de l’hôtel Conli et de celui des Monnaies en modifia le côté occidental ; mais le côté oriental n'a subi aucune modification appréciable. Les historiens de Paris s’en sont peu occupés; Jaillot seul résume en quelques lignes les faits topographiques que nous venons d'exposer ('h

CÔTÉ ORIENTAL

(du Nord au Sud)

JUSTICE ET CENSI VE DE SA1NT-GERM AIN-DES-PRES

PAROISSE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS

Maison i>’angle, formant le coin de la rue et du quai, en face du Château- Gaillard, et occupant l’emplacement d’une maison qui appartenait, en 1 3 3 2 , à Jean Renier, bourgeois de Paris et apothicaire. Cette maison fut hypothéquée à l’occasion de la fondation du collège des Lombards l'2h Jean Datlelin, dit Briocher ou Brioché, y donnait, vers 1G70, ainsi qu’au Château-Gaillard, des représentations qui attiraient la foule. Un siècle plus tard, ce théâtre minuscule, dont les acteurs étaient des marionnettes, était devenu, sans doute après plusieurs métamorphoses,

Le Petit Dunkeüque, boutique de itclincaillerie*, ainsi nommée probablement à cause du cliquetis que faisaient les marchandises en s’entrechoquant, et qui rappelait le carillon de Dunkerque. Ce magasin fut longtemps à la mode et fit grand tort à la galerie des Merciers, au Palais. Les étrangers de distinction 11e manquaient pas de le visiter et, quand la czarine héritière, épouse de Paul Ier, vint à Paris, en 1781, elle crut devoir y aller, pour faire ses acquisitions.

Les autres maisons bâties sur le côté de la rue n’ont pas d’histoire, et les modernes auteurs d’éphémeridès 11’ont guère fait que relever les noms des personnages qui les ont habitées. C’est ainsi qu’ils logent au n° 9 le député Camus, ancien avocat du clergé, architecte de la République, puis organisateur et garde des Archives nationales. Mais le caractère essentiellement topographique de cet ouvrage ne nous permet pas d’entrer dans cette voie, qui nous conduirait, d’ailleurs, jusqu’à l’époque moderne et aux personnalités contemporaines.

Au point où s’arrêtait la première section de la rue Guénégaud, s’élevait une tour appartenant à l’enceinte de Philippe-Auguste et incorporée, comme les autres, dans la muraille. L’immeuble dans lequel elle est englobée porte aujourd'hui le n° 99; on l’aperçoit à demi enfouie sous un appentis et dans une écurie t’L

!n Recherches critiques, etc. Quartier Saint-Gennain-des-Prés , p. 54. — 1 Voir à l’article du quai Conli. — Voir le chapitre relatif aux Enceintes , tours, tournelles , portes , poternes et allées des murs.

CÔTÉ OCCIDENTAL

Les plans de Gomboust (1 052) et de La Caille (171 A) ne montrent, sur le côté occidental d’une moitié de la rue Guénégaud, que le mur du jardin de l’hôtel auquel elle doit son nom. Un peu au delà, se trouvait l'aboutissant de la rue figurée par Gomboust et restée à l’état de projet. Sur remplacement de ce débouché et de ses deux angles, ainsi que dans la partie de la rue conquise sur l'allée des murs, l’enceinte et le fossé, on a construit, postérieurement à 1672, plusieurs maisons qui ont abrité diverses célébrités.

La rue Guénégaud avait auparavant donné asile à la troupe errante de Molière, alors que, n’ayant pas de domicile fixe, elle allait de jeu de paume en jeu de paume. Elle ne fit là, d’ailleurs, qu’un séjour éphémère; après avoir accepté ou payé l’hospitalité du ministre, dont l’hôtel renfermait un petit théâtre oùfutrépétée Pomme, le premier des opéras français, elle dut transporter ses pénates plus loin. Dulaure a raconté ces pérégrinations h) et, après lui, de nombreux chercheurs ont constaté les mêmes faits.

Le côté occidental de la rue Guénégaud, compris d’abord dans le pourpris du Grand Nesle et de l’hôtel de Nevers, a été fourni successivement par les murs des jardins Guénégaud et Conti, puis par ceux du Garde-Meubles et de l’hôtel des Monnaies. 11 suffit à donner une idée des phases diverses par lesquelles a passé ce coin de terre, l’un des plus tourmentés de la région parisienne où il est situé.

(l) ff En novembre 1673, l’année môme de la mort de Molière, elle jouai l dans un local de la rue Mazarine, et sans doute dans le jeu de paume du Bel air, où l’opéra ‘avait pris naissance. C’est là que. le 3 juillet 1673, fut donnée la première représentation du Comédien poêle , pièce de Montfleuri et de Thomas Corneille.

rr Bientôt après, la troupe royale éleva un théâtre dans le voisinage, rue Guénégaud, dans l’hôtel de ce nom, et y débuta par la tragédie de Phèdre et par le Médecin malgré lui.

ffLorsqu’en 167/1 on s’occupa de l'agrégation du collège de Mazarin aux collèges de l’Université, les

docteurs de Sorbonne exigèrent, comme condition préliminaire, que le théâtre de la rue Guénégaud fût transféré ailleurs .

ff Malgré ces plaintes et ce concert de réprobation , la troupe royale se maintint dans I’Hôtel de Guénégaud; et le Roi, par seslellres du 2 2 octobre 1 680 , réunit à cette troupe les comédiens français de ITIôtel de Bourgogne.

frLa troupe, par cette réunion devenue nombreuse, chercha un emplacement plus spacieux que celui de ITIôtel Guénégaud.» ( Histoire de Paria, t. VII, p. 92 et suiv.)

RUE DE LA HARPE

RUE DE LA HARPE

Mutilée à ses deux extrémités, la rue de la Harpe n’offre plus aujourd’hui qu'une image imparfaite de ce qu elle était autrefois. Au nord, avant l’ouverture du boulevard Saint-Michel, son point de départ était les deux Bouderies, formant, avec la rue Saint-Séverin, une sorte de carrefour analogue à celui que produit la rencontre de cette dernière rue avec celles du Petit-Pont, Galande et Saint- Jacques. Au midi, elle aboutissait à la place intérieure de la Porte ou du Marché- Saint-Michel, précédant la porte de ce nom. Desservant le palais des Thermes, mettant en communication l'un des deux ponts de la rive gauche et le palais de la Cité avec une entrée de Paris, elle offrait une circulation considérable; c’était, après la rue Saint-Jacques, la plus grande artère de la région de l’Université. On ne doit donc point s’étonner du nombre et de l'importance des établissements qui se sont formés le long de cette voie.

Parallèle à la grande voie romaine de Lutetia à Genabum et à la voie secondaire que représente la rue Hautefeuille, la rue de la Harpe longeait le palais des Thermes; ce qui permet d'affirmer qu elle dut se peupler de bonne heure. Elle a pu, jusqu’aux incursions des Normands, demeurer à l’état de chemin limitant, à l'orient, le clos de Laas et les terres de Gibard, ainsi que restaient, à l’état de sentier, les rues Serpente, du Battoir, Pierre-Sarrazin, Poupée, des Deux-Portes, des Poitevins, et autres passages transversaux pratiqués au milieu du clos de Laas. Mais, après le départ de ces ravageurs, elle a dû participer, l’une des premières, au relèvement de la région suburbaine, et ce qui le prouve, c’est qu'au moment de la construction de l’enceinte , dite de Philippe-Auguste, une porte fut ménagée dans Taxe de cette rue, comme on en ouvrit deux autres à l’extrémité des rues Saint-André-des-Ars et des Cordeliers. Les trois voies dont il s’agit comptaient donc, dès lors, parmi les plus importantes de ce quartier.

Un autre événement dut contribuer plus tard à la prospérité de la rue de la Harpe : c’est la construction du pont Saint-Michel, la formation de la place précédant ce pont et la régularisation des abords du fleuve auquel conduisait autrefois la ruelle de l’abreuvoir Mâcon.

Les diverses circonstances que nous venons do rappeler ont dû laisser quelques traces dans les écrits contemporains; mais ces documents ne nous sont pas parvenus, et la plus ancienne mention que nous trouvions de la rue qui nous occupe, ne remonte pas au delà de 1 182. Encore s'applique-t-elle à la partie haute de cette voie, qui a été pendant longtemps tout à fait distincte de la partie basse. Pour désigner le lieu où se trouvait la vigne dans laquelle a été construit l’hôtel de

Clermont, on se sert de la formule Apud Gibardum; ce qui implique l’existence, à l’état de vignoble, de ce territoire, un peu avant la construction de l’enceinte de Philippe-Auguste.

La communauté juive de Paris acheta, à une époque que l’on ne saurait préciser, des terrains tien Gibardu et «en Laasi; pour y fonder des écoles, un cimetière et peut-être l’une de ces synagogues que Philippe-Auguste transforma en églises (1'. La rue de la Harpe longeait ces établissements; ce qui lui fit donner le premier nom par lequel nous la trouvons désignée : La Juiverie et la vieille Juiverie, dénominations semblables à celle d’une rue de la Cité où les Juifs avaient une synagogue, qui subit la transformation dont nous venons de parler et devint l’église de la Madeleine.

La partie basse de la voie, comprise entre le palais des Thermes et les deux Bouderies, a seule porté d’abord le nom de « Juiverie n, de rue des Juifs et de rue de la Harpe; un contrat de vente fait, en 12A7, par Adeline de Beauvais la désigne sous le nom de : Viens Cithare in Judearia (2). Dix ans plus tard, on trouve Viens Judeorum (21, ce qui implique l’existence de maisons d’habitation; dans plusieurs actes de 1262 et des années suivantes, on rencontre les expressions : Viens Judeorum et Cithare , Viens qui dicitur vêtus Judearia. Ces deux désignations sont employées concurremment, ainsi que le prouve ce passage d’un nécrologe de Notre-Dame, mentionné par Jaillot : Domus in Judearia ante domum Cithare ; ce qui prouve que les mots Judearia, Juiverie constituaient la dénomination antérieure, et que la maison de la Harpe, Domus Cithare, est venue plus tard fournir une nouvelle appellation. Le nom de rue de la Harpe prévaut à partir de la fin du xiuc siècle, et ce nom provenait d’une enseigne, comme le prouve le texte que nous venons de citer.

Le cartulaire de Sorbonne (1270) contient d’autres mentions analogues : Viens Harpe, Herpe, et Viens de Citliara (1 28/1) ; mais 011 ne trouve plus d autres appellations, à partir de ce moment, si ce n’est la périphrase imaginée par Guillot pour le besoin de ses vers: l’auteur du Dit des rues de Paris (idoo) désigne celle qui nous occupe sous le nom de «rue as hoirs de Harecourtu , par allusion au collège de ce nom <3); mais on ne rencontre cette dénomination nulle part ailleurs W; ce n’est qu’une fantaisie de rimeur; encore 11e s’applique-t-elle qu’à la partie supérieure de la rue dont il nous reste à parler.

(l> ]n quocumque loco schola vol synagoga fuisset, Ecclesias fecit sacrari pro synagogis.

( La Philippide, poème de Guillaume le Bbbtos.)

(2) Grand Pastoral , cité par Jaillot ( Quartier Saint- André-des-Arts).

■3> Cartulaire de Saint-Elienne-des-Grès , cité par Jaillot ( Quartier Saint-André-des-Arts).

(i) La fondation du collège d’Harcourt est de l'année 1280, voir la monographie que nous en avons rédigée.

RUE DE LA HARPE

Le nom de Gibard, Gibarl ou Gibert, qui est demeuré pendant longtemps attaché à la porte d’Enfer ou de Saint-Michel, a dû désigner également la voie qui y conduisait, témoin l’expression apnd Gibardum que nous avons citée plus haut; mais la fondation de l’église de Saint-Cosme et Saint-Damien (122/1), qui fut l’une des conséquences de la construction de l’enceinte de Philippe-Auguste, vint fournir une nouvelle dénomination à la partie haute de la voie qualifiée de Juiverie et de Viens Cithare, dans sa partie inférieure. De nombreux actes cités par Du Breul W, des pièces de 1 a 5 û , 1262, 1 27g , insérées dans le cartulaire de Sorbonne, mentionnent le Viens Sanctorum Cosme et Damiani. Sauvai n’a pas contesté le fait : il s’est borné à accuser Du Breul de n’avoir point cité ses sources (2); mais Jaillot, avec sa conscience habituelle, a lavé de ce reproche le vieux Bénédictin; cil suffisait à Sauvai pour s’éclaircir, a-t-il dit, de lire les actes mêmes cités par Du Breul; la rue de la Harpe y est nommée rue Saint-Côme, ainsi que dans plusieurs autres actes 11 <3b

Les deux appellations ont été simultanément en usage pendant un certain temps : dès la fin du xuic siècle, la partie supérieure de la voie était désignée par le nom de la Harpe et de la Herpe; ce qui tenait, croyons-nous, à la situation de cette maison de la Harpe, Domus Cithare, dont nous avons parlé plus haut, et qui était devant les écoles des Juifs, ante scolas Judeorum, c’est-à-dire entreles rues Serpente et Percée. Elle commandait ainsi aux deux parties de la voie, et a dû leur donner son nom dès le milieu du xin' siècle. Jaillot, qui la mentionne, n’a pas prêté à ce fait une attention suffisante; en indiquant «la seconde maison à gauche, au-dessus de la rue Mâcon d, comme celle où pendait l’enseigne qui a donné son nom à la rue, il a oublié qu’une seconde et une troisième maison de la Harpe, contiguës l’une à l’autre, ou « entretenantes n , comme on disait autrefois, existaient dans la direction de l’église Saint-Côme, et qu’elles étaient beaucoup mieux placées que la première pour imposer leur vocable à la partie haute comme à la partie basse de cette voie.

L’ancienne division de la rue en deux tronçons distincts a subsisté toutefois assez longtemps, puisqu’on en trouve encore trace dans la première moitié du xvue siècle. Le Procez-verbail de 1 6 3 6 , que nous avons déjà cité, énumère les voies du quartier et mentionne séparément les deux parties de la rue dont il

Le Beuf ( Histoire de la ville de Paris et de tout le diocèse, t. Il, p. 507) la mentionne, mais il n’indique pas d’autre source que le Dit de Guillot.

(2) D. Bouillart et, après lui, Félibien racontent tout au long les circonstances qui amenèrent l’établissement des deux paroisses de Saint-Cosme et de Saint-André, dont le territoire se trouvait détaché de celui de la paroisse de Sainl-Sulpice, par la

construction de la nouvelle enceinte. Voir le résumé des différends qui surgirent à cette occasion entre le Boi , les évêques et les abbés de Saint-Germain et de Sainte-Geneviève, dans notre monographie de l’église de Saint-Cosme et Saint-Damien.

(3) rrLe P. Du Breul affirme quelle s'appeloit anciennement la i*ue Saint-Côme, sans dire d'où il l’a appris.» (Antiq. de Paris, I, p. i4i.)

TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, s’agit, en leur donnant le nom qu elles portaient autrefois : rcRue de la Harpe, en laquelle avons trouvé grande quantité de boues et immondices seiches, collées contre les murs d’icelle rue; Rue Saint Cosme, entièrement orde, salle et pleine d’immondices M. d Nous n’ignorons pas que l’extrémité orientale de la rue des Cordeliers a porté autrefois le nom de Saint-Côme; mais Gomboust, dont le plan est postérieur de seize ans seulement au Procezr-verbail de nelloyement que nous venons de citer, donne le nom de rue des Cordeliers à la voie tout entière; ce qui nous autorise à croire que les visiteurs de 1 636 ont bien entendu désigner par le nom de Saint-Côme la partie supérieure de la rue de la Harpe.

Jusqu’à l’époque de l’ouverture du boulevard Saint-Michel, la rue de la Harpe n’avait pas subi d’importantes modifications : la destruction de l’ancienne porte Gibard lui valut une fontaine, celle de Santeuil; la reconstruction de la Sorbonne et la formation d’une place devant cet édifice lui donnèrent un nouveau débouché; plus tard, la réunion des collèges d’Harcourt et de Justice en un seul établissement détermina la construction d'une façade en retrait de l’alignement; enfin le dégagement du palais des Thermes et l’ouverture de la rue Racine s’opérèrent au moyen de quelques démolitions, celle de l’église Saint-Côme en particulier. Mais, en dépit de ces transformations partielles, la rue avait à peu près conservé son ancien aspect.

Le percement du boulevard Saint-Michel, décrété en 1 8 5 5 , pour la partie comprise entre la place du Pont-Saint-Michel et la rue de Médicis, et en i85ç) pour celle qui s’étend entre la rue de Médicis et l’avenue de l’Observatoire, a totalement bouleversé cette ancienne voie. Du tronçon qui porta originairement le nom de la Herpe et de la Harpe, il ne reste plus aujourd’hui que le côté orientai, compris entre la rue Saint-Séverin et l’ancienne rue du Foin, englobée par le boulevard Saint-Germain. Quant à la partie supérieure, celle de Saint-Côme et des hoirs d’Harecourt, elle n’existe plus que dans les souvenirs et sur les anciens plans : le boulevard Saint-Michel l’a complètement absorbée.

CÔTÉ OCCIDENTAL!2

(du Nord au Sud).

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