‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 160 sur 206 · RELATIVES A L’EXECUTION DU TROJET DE L’ARCHITECTE LE VAU · texte numérisé non relu

RELATIVES A L’EXECUTION DU TROJET DE L’ARCHITECTE LE VAU

L’an mil six cens soixante deux, le lundy dixiesme jour de juillet, sur ce qui a esté présenté au Bureau de la Ville que l’on pre'tendoit, suivant et en conséquence d’un arrêt du Conseil, construire et édifier sur le losse de Neesle, et que les entrepreneurs dudict édiffice avoient dessein d’anticipper sur la rivière..., nous, Prévost des marchands et Eschevins de la ville de Paris, nous sommes transportez sur ledict fossé de Neesle et le long de la rivière, où estant, aprez avoir vu le plan de ladicte construction, desseing des entrepreneurs d’icelle, et examiné les lieux en présence des sieurs Petit, Gamard et Noblet, architectes du Roy, qui ont considéré les lieux et promis donner leur advis par écrit sur la commodité ou incommodité de ladicte construction;

Avons mandé par devant uous Nicolas Mouslier, l’un des maistres des pontz de cette Ville, Honnoré Hellot, Noël Chapelain, Pierre Lesguillier, Cristophle Felot et Nicolas Connard, marchans voicturiers par eaux, forains, Philippes Richomme, Nicolas Semestre, Jean Sagerret, Jean Hubert, Antoine Ta vernier et Guillaume Tavernier, maistres passeurs d’eaux à Paris; lesquels ont unanimement dict que le desseing proposé, s’il avoit elfect, ruinerait la navigation, mesmes les maisons qui sont en cette Ville sur le bord de la rivière, d’aultant que, dans le temps des grandes eaues, la rivière estant reserrée et n’ayant pas son cours, à l’endroit dudict fossé de Nesle, ladicte rivière gonflera et que, dans le temps des glaces, les glaces prendront en très peu de temps, ce qui causera infailliblement la perle de tous batteaux et marchandises, tant précieuses que autres, qui se trouveront dans lesdietz temps des grandes eaues et glaces, ez port de l’Ecolle; qu’il est d’ailleurs nécessaire que le quay que l’on prétend construire soit à l’allignement de celuy nouvellement faict devant l’hostel de Guénégaud, en sorte qu’il y ait vingt quatre piedz de là pour le tirage des chevaux; aultrement il y n’auroil aucune assurance dans les portz pour la conservation de batteaux, ce qui obligerait à chercher des ports au-dessous, du pont des Thuilleries à ChailloL, joint que la rapidité de l’eaue empeschera le montage des batteaux, qui serait rendu jusques à impossible, sy ce dernier avoit lieu; et ont signé.

Faict les jours et an que dessus, en présence de nousdietz Prévost des marchands et Eschevins, ainsy qu’il est cy devant dit.

Le jourdhuy, dixiesme jour de juillet mil six cens trente deux, nous soubzsiguez ayant esté mandez en l’Hostel de cette ville de Paris, par Messieurs les Prévost des marchands et Eschevins, pour donner nos advis sur les propositions et desseins que leur avoient esté présentez pour la construction de certains bastimentz, sur et le long du quay Malaquest joignant la porte de Nesle, et depuis icelle jusques à l’entrée de la rue de Seyne, après avoir examiné sur les lieux la commodité ou incommodité que le rétrécissement de la rivière et cet allignement proposé, en avançant dans le courant d’icelle, causeraient infailliblement, estant certain que, lors des grandes eaues, plus le canal est eslroit, plus elles renflent au-dessus et se deschargent dans les rues et caves de la Ville, ce qui cause les innondations; et, dans les eaues moyennes, lorsque la rivière est marchande, son cours se trouverait si gras que ledit rétrécissement, et elle serait si fort rejeltée

du costé du Louvre, par le coude et l’allignement dudict quay proposé, que les batteaux ny seroient pas en assurance , outre que le reste du courant de la rivière , par ou doibvent monter les batteaux au Pont Neuf et au dessus, se trouverroit si estroit et si rapide qu’il faudrait emploier des forces et des fraiz extraordinaires pour les y monter, et qu’on ny pourroit sufire quand la rivière seroit. grosse ;

De plus, lors du dégel et courant des glaces, elles seroient toutes rejettées par ledit nouveau quay sur les batteaux du coslé du Louvre, qui en seroient fort endommagez, el en péril de faire naufrage par la compression et heurtement desdictes glaces, de façon que ledict rétrécissement du canal de la rivière, qui se feroit à l’endroit où il est nécessaire quelle soit le plus large, à cause du port de touttes les marchandises arrivant, et qui causeroit une rapidité où le plus grand calme estaussy nécessaire, pour y tenir les batteaux en repos etseureté et donner facile passage à ceux qui \eullent monter, ne pourroit estre que très préjudiciable à la navigation et commodité publique, sans parler des innondations ausquelles il pourroit aussy contribuer en faisant renfler et regorger l’eaue dans la Ville; sy bien que nous n’estimons pas qu’on doive rien anticiper sur le lict ou courant de ladicte rivière en cet endroicl là, mais que l’on doit continuer le quay eucommancé du costé du Pont-Neuf, suivant son allignement en droitle ligne jusque à la tour de Neesle, et depuis icelle le conduire aussy en ligne droilte jusques à la rue des Petits Augustins, laissant au devant de laditte rue un quay de la largeur de dix à douze toises, conformément aux desseins cy-devant arrestez par Nosseigneurs du Conseil et du Parlement, et les allignements donnez en consecquence aux propriétaires des maisons baslies sur ledict quay;

Et quant à ce qui concerne la disposition de deux grands pavillons proposez à bastir sur ledit quay, en advançant vers la rivière, l’un vers la tour de Nesle, icelle comprise, l’autre au devant de la rue de Seyne qui en serait bouchée, nous estimons que cela seroit fort préjudiciable à la décoration dudit quay et au bel aspect de toute cette advenue, qui seroit couppée et interrompue de part et d’autre par les deux pavillons, au lieu de, ladite tour estant abattue, on pourra voir au bout du Pont-Neuf jusques au pont Rouge, tout le long du quay, et d’iceluy en montant on verra toujours l’isle du Palais et la Saincte Chapelle, qui font une des plus belles veues et perspectives de l’Europe, de façon que, sans avoir esgard aux maisons des particuliers qui sont sur ledict quay, nous croyons qu’il est de l’interest publicq de conserver celte décoration, sans qu'il soit faict aucune advence ny saillie considérables de baslimens sur ledit quay, tant pour n’oster pas cette belle veue, que pour n’occupper pas le chemin et le passage destiné à quantité de carrosses qui passent incessamment par cet endroit là;

Pour les autres observations qu'on pourroit faire touchant les incommoditez qu’on recevroit, sy la rue de Seyne estoit bouchée ou du moins coudée par ce bout là, suivant le dessein proposé, d’aullant que c’est de l’interest de quelques particuliers et du fauxbourg Sainct Germain, nous n’en parlons pas, nous contentant de donner notre présent advis pour ce qui concerne le publicq, auquel nous adjoustons que ce beau dessein peut estre exécuté avec la mesme décoration el embellissement pour l’aspect du Louvre, sans changer aucune chose, en se retirant seullemanl en dehors et mettant les pavillons dans l’allignement, ou avec quelque saillie raisonnable hors des maisons dudict quay, en quoy la despence des places qu’il conviendroit achepter pour cela seroit compensée par l’espargne qu'on feroit des grands fraiz à bastir dans le courant de la rivière, et pour ne boucher pas la rue de Seyne, ny achepter des maisons pour y faire une rue en esquaire;

On pourroit faire de costé du pavillon une grande arcade, et en feindre aultant du costé de la Tour de Nesle; ce qui ne change rien au dessein ny au bel effet que cette façade peut, causer à la vue du Louvre.

Faict et délivré ledit jour et an que dessus, et a signé Petit, ingénieur ordinaire du Roy.

APPENDICES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES

Ce jourdhuy dixiesme jour de juillet mil six cens soixante deux, nous soubzsignez, ayant esté demandez en l’hoslel de cette ville de Paris par Messieurs les Prévost des marchands et Eschevins, pour donner nos advis sur les propositions et desseins qui leur avoient esté présentez pour la construction de certains hastiments et places, sur et le long du quay Malasquet joignant la porte de Nesle, et après avoir examiné sur lesditz lieux la commodité ou incommodité que I execution desdicts desseins pourroit apporter au publicq, notre avis est que le quay, proposé par ledict dessein pour estre construict quatre à cinq toises plus avant que la Tour de Nesle dans le canal de la rivière, ne peut estre faict sans incommoder entièrement la navigation, à cause du retraicissement de ladite rivière, et que ladite saillie et advance dudictquay, soustenantet arrestant le cours naturel de ladite rivière, rejetteroit ladite eau du costé du Louvre, non seuilement dans les moyennes et grandes eaues, mais du temps des glaces, avec sy grande impétuosité que le port du costé du Louvre se rendroit inutile, et que les balteaux marchans n’y pourroient pas demeurer sans de grandes incommoditez, ladite rivière se trouvant beaucoup plus rapide par la compression, les ponts sur icelle pourroient souffrir et seroient en danger pendant l’hiver;

Et pour faciliter celte affaire, nousjugeons à propos que les quaysencommancez soient continuez suivant l’allignement des maisons le long dudit quay, pour former une rue le long d icelles maisons, de dix à douze thoises de large, ainsy qu’elle a esté arrestée et al lignée par les arreslz du Conseil et de la Cour, avec tous les propriétaires desdiles maisons; en quoy faisant, ladicte rivière aura son cours naturel, et ladicle Tour de Nesle se trouverra hors d’iceux, laquelle estant abattue, ainsy qu’il a esté arreslé, la place qu’elle occupe en dedans ladicte rivière donnera une très grande liberté à ladicte navigation et au cours de l’eau;

Et louchant ce qui regarde la disposition de deux gros pavillons, de dix à douze thoises de large, que l’on nous a marquez sur les lieux, ainsy qu’ils estoient sur îesdicts desseins, et posez au millieu de ladite rue, entre le mur dudict quay et les maisons basties le long d'iceluy, appartenantes à plusieurs particuliers et habitants d’icelle, comme aussv de destourner le bout de la rue de Seyne et celle du fossé pour tourner autour d’un desdils pavillons, et que lesditz pavillons et baslimens empescheraient que toutes les maisons desdits particuliers habitant le long de ladite rue n auraient plus la voue du Louvre et de la rivière, qu’ils ont accoustumé d’avoir de leurs maisons;

Notre advis est que la voye publicque soit libre, et qu’il ne soit faict aucun bastimenl sur icelle qui puisse empescher non seulement la veue mais la liberté publique, et que ce qui passeroit pour un ornement seroil une dillormité et très grande incommodité et entièrement à rejetter, d auilant que le plus bel ornement de la Ville est celuy de la veue le long de l’eau et des quays, laquelle ne doibt point estre bornée, et les plus desgagées sont sans difficulté toujours les plus considérables et les plus belles ;

Et tout ce que dessus certifiions estre nos advis, lesquels avons jugé justes et raisonnables, ci inclux.

Signé, les jour et an que dessus;

Et au plus ce seroit aussy entièrement ruyner les desseins qui ont esté cy devant arrestez au conseil, de faire abattre les maisons qui sont entre la rue de Seyne et de Tournon, pour faire une rue despuis le palais de Luxembourg au travers de ladite rue de Seyne, laquelle on regarderoil depuis ledict palais du Luxembourg jusques au Louvre, qui est un embellissement très considérable audict palais de Luxembourg et du Louvre.

Ainsy signé G. Gamard.

Les Prévost des marchands et Eschevins de la ville de Paris, qui ont veu le plan et dessein

du bastiment à faire dans le fossé et sur le rempart de Nesle, après quils se sont transportez suites lieux, et ouy plusieurs marchans voituriers par eaue, mesmes anciens passeurs d’eau de Ville, sur la commodité ou incommodité de l’exécution dudict dessein, et veu le rapport des sieurs Petit et Gamard, architectes du Roy, et ouy le procureur du Roy et de la Ville en ses conclusions,

Remonslrent très humblement au Roy que, sy le dessein estoict suivy conformément au plan par eux veu, il iroict à la ruyne d’une grande partie des maisons de celte Ville, qui sont sur le bord et le long de la rivière, et boucheroit le passage du quay, qui est très nécessaire pour la descharge et voicture des marchandises qui sont mises à terre le long d’icelluy, et causeroit, dans le temps des grandes eaues, des inuondations en cesledite Ville, comme aussy, au temps des glaces, la perte des batteaux de marchandises, qui seroient garrez ez ports de l’Ecolle, au moyen du retraicissement que l’on prétend faire de la rivière en cet endroict; ce qui feroit que les marchans, par la crainte qu’ils auroient de la perte de leurs marchandises et batteaux, seroient nécessitez de chercher des portz ailleurs vers Chaillot, ce qui ne seroit pas seullement incommode ausdietz marchandz, mais grandement préjudiciable du publicq.

C’est pourquoy ilz supplient très humblement Sa Majesté qu’il ne soit rien pris dans sa rivière, ny sur lesdits quays, pour la construction desdits édiffices, et affin d’éviter ausdites pertes et laisser la navigation libre pour la commodité publicque.

Fait au bureau de la Ville, le douziesme jour de juillet mil six cens soixante deux.

( Registre II 1816, f0> 55a et suiv.)

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