ENCEINTES, TOURS, PORTES, POTERNES
FOSSÉS, ALLÉES DES MURS SUR LA RIVE GAUCHE DE LA SEINE, DANS LA RÉGION OCCIDENTALE DE L’UNIVERSITÉ.
Sommaire : Le clos de Laos coupé par l'enceinte de Philippe-Auguste. — Obscurite's que présente la question des anciennes enceintes de Paris. • — ■ Conditions requises pour affirmer l’existence d’une enceinte. — Hypothèse d’une première enceinte sur la rive gauche de la Seine. — Arguments des partisans et des adversaires de cette hypothèse. — Sauvai , Toussaint du Plessis, Le Beuf, Le Clerc du Briliet, Jaillot, Dulaure, de la Mare, Maupcrché, Ramond du Poujet, A. Bonnardol, Adolphe Berty. — Tracé conjectural de cette enceinte. — Conclusion probable. — Enceinte dite de Philippe-Auguste sur la rive gauche. — Témoignages contemporains. — Expropriations, travaux de construction, mur de clôture, tours, portes, poternes, allées des murs, fossés et autres accessoires de l’enceinte. Travaux exécutés par ordre de Charles V. — Dégradation des murs, comblement des fossés, dons, locations, ventes de diverses parties de l’enceinte. — Faiblesse de l’enceinte comme moyen de défense.
Nousavons dit, dans le chapitre précédent, comment le clos de Laas fut coupé, vers la fin du XIIe siècle et au commencement du XIIIe, par le mur fortifié que fit construire le roi Philippe-Auguste. L’établissement de la nouvelle enceinte fut un évènement topographique considérable : il eut, en effet, pour conséquence d'enclore dans la ville une portion du sol appartenant à l’abbaye et de motiver la création de deux paroisses urbaines, Saint-André et Saint-Côme, qui formèrent plus tard la circonscription d’un quartier — celui de Saint-André-des-Ars — et partie d’un autre — celui de Saint-Germain-des-Prés. — 11 importe donc de s’y arrêter, avant d’entreprendre l’histoire descriptive de la région. C’est par une série d’enceintes, en effet, que Paris s’est incorporé la censive de l’Abbaye; de suburbain qu’il était d’abord, ce vaste territoire est devenu successivement et de proche en proche partie intégrante de la ville. Il y a bientôt sept siècles que ce mouvement d’assimilation a commencé, et nous l’avons vu, il y a peu d’années, s’étendre jusqu’aux limites extrêmes de la donation de Childebert D) : c’est une raison de plus pour en rechercher les origines.
(1) L’enceinte fortifiée sur la rive gauche a enclos dans Paris une partie de la censive de Sainte-Geneviève, laquelle continuait, vers le midi, celle de Saint-Germain-des-Prés.
La question des enceintes de Paris, assez négligée par les anciens historiens, a été, au contraire, fort étudiée par les topographes contemporains. Les documents à laide desquels on a cherché à [élucider sont de divers ordres; les textes, les comptes, les plans, les substructions mises au jour par les fouilles et les analogies que fournissent les études d’archéologie comparée, concourent, dans des proportions diverses, à laire la lumière sur les obscurités que présente le problème. Cependant, pour la période ancienne et en particulier pour les temps antérieurs au xnc siècle , bien des points restent encore dans l’ombre.
Lun des chercheurs qui ont le plus contribué à préparer une solution, M. A. Bonnardot , place modestement cet aveu en tête de ses Dissertations : c L’histoire des clôtures qui ont précédé celle de Philippe-Auguste est fort obscure; je doute qu elle puisse jamais être dégagée des ténèbres qui l’enveloppent, sans la découverte fortuite de quelque ancien manuscrit, ou l’exhumation d’une continuité de débris matériels cachés jusqu’ici sous le sol. La solution complète de cette curieuse question est réservée, je l’espère, aux archéologues de l’avenir. *
Il s’est écoulé trente années depuis que ces lignes sont écrites, et le problème, du moins en ce qui concerne la région que nous étudions, semble encore tout aussi insoluble. A-t-il existé, sur la rive gauche de la Seine, une muraille, un lossé, un vallum, un travail quelconque de défense, avant l’enceinte de la fin du xuc et du commencement du xme siècle ? En l’absence de cet c ancien manuscrit-' et de cetle c continuité de débris matériels n considérés comme pouvant seuls aider au dégagement de la vérité, nous ne pouvons qu’exposer les idées émises sur ce point, les discuter et nous ranger à l’opinion la plus probable.
L’afîîrmative a été soutenue avec plus ou moins de force par Sauvai, Toussaint du Plessis, Le Beuf, Le Cler du Brillet, Jaillot, et Dulaure. La négative a pour adhérents de la Mare, Mauperché, Bamond du Poujet, A. Bonnardot et Adolphe Berty.
Sauvai, se fondant sur un document dont il n’indique pas la source et ne donne pas le texte, ce qui en infirme singulièrement la valeur, parle en termes fort vagues d’une clôture qui aurait embrassé la place Maubert et son voisinage, depuis le Petit-Pont jusqu’à la rue de Bièvre. Bien que cette prétendue clôture, en admettant qu’elle ait jamais existé, soit en dehors de la région qui nous occupe, nous la mentionnons, parce qu’on l’a étendue hypothétiquement vers l'occident et lait aboutir à un point de la berge du fleuve, à travers le clos de Laas. Le croie des carrefours" dont parle Sauvai (*), et qui 11e serait, en somme, qu’une sorte de livre de la taille pour le Paris suburbain, a pu indiquer les murs des clos Mauvoisin et du Chardonnet, sans qu’on puisse en induire l'existence d’une fortifica-
Antiquités de Paris , I. 99 et 3o.
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lion quelconque. Aucun des auteurs qui ont tenté d’indiquer la ligne de cette prétendue clôture n’a pu, dit M. A. Bonnardot, s’expliquer, même approximativement, ni sur la date de la construction, ni sur l’époque où elle a disparu; de plus, on n’a jamais rencontré le moindre débris qui pût être considéré comme un jalon.
A défaut de constats matériels, on s’est appuyé sur des textes. On a cité d’abord la charte apocryphe relative à la fondation de l’abbaye Saint-Vincent par Cliildebert. Ce document, dont la critique moderne a démontré la fausseté, contient le passage suivant: cœpi instruire templum inurbe Parrhisiaca prope muros civilalis. Mais , en admettant même l’authenticité de la pièce , les mots in urbe Parrhisiaca n’auraient pas de sens, puisque le bourg Saint-Germain a été, jusqu’en i55i, considéré comme étant extra urbem et ne faisant point partie de Paris. D’ailleurs, ainsi que l'a fait remarquer M. A. Bonnardot, les murs de ville dont il est question peuvent fort bien avoir été ceux de la cité ou de la rive droite, et l’expression prope, comme notre mot près, est assez élastique pour exprimer une distance de plusieurs centaines de toises.
On a aussi tiré argument d’un second passage de la même charte : à propos d’une donation faite par Cbildebert, il est dit que le moulin, objet de cette libéralité, est situé inter portam civitatis et turrim. Les partisans d’une ancienne enceinte sur la rive gauche regardent cette porte et cette tour comme ayant appartenu aux murs de ville mentionnés plus haut, et ils en concluent que l’enceinte a réellement existé. Mais on objecte, d’autre part, que le petit Châtelet a toujours été considéré comme une porte et comme une tour; le moulin dont il s’agit pouvait donc être contigu au Petit-Pont et au petit Châtelet, et il ne résulterait point de ce passage une preuve en faveur de l’enceinte contestée.
A l’appui de cette hypothèse, on a cité également une phrase de la Vie de saint Martini crite par Sulpice Sévère vers la fin duivc siècle. Il y est dit que ce saint, revenant de Tours à Paris, et par conséquent traversant, pour arriver au Petit- Pont, les faubourgs de la rive gauche, rencontra «à l’entrée de la ville n un lépreux qu’il guérit en l’embrassant. A l’endroit où le miracle se serait accompli, on aurait élevé une chapelle formée de branches d’arbres, laquelle aurait encore existé au temps de Clotaire I".
Sur ce fait un des partisans de l’enceinte, Toussaint du Plessis, a construit une nouvelle hypothèse. Il suppose gratuitement qu’une entrée implique une porte, comme si l’on ne qualifiait pas d’entrée les premières maisons d’une ville ouverte, ou le commencement des faubourgs d’une ville fermée. Il prétend, en outre, identifier le chétif oratoire dont parle Sulpice Sévère avec la chapelle Saint-Yves, qui était située à l’angle des rues Saint-Jacques et du Plâtre et qu’on n’a jamais représentée comme attenant à une porte ou à une muraille. De cette entrée, que
Toussaint du Plessis appelle porte du Lépreux, l’enceinte aurait suivi, à l’orient, la rue du Plâtre ou celle des Noyers, pour aboutir au cours primitif de la Bièvre, représenté par la rue de ce nom; à l’occident, elle se serait dirigée parallèlement aux rues de la Parcheminerie ou du Foin , pour aller, dans le sens des rues Serpente, du Jardinet, de l’Éperon ou de la Cour-de-Rouen, rejoindre soit la rue Pavée, soit celle des Augustins, qui l’aurait conduite à la Seine.
Toussaint du Plessis, que M. A. Bonnardot cite et discute , paraît avoir soupçonné le peu de solidité de son hypothèse; il n’ose affirmer que cette enceinte ait consisté en un mur de clôture: « Peut-être, dit-il, ny avoit-il là quun simple fossé, qui aura été comblé par succession de temps, ou un mur si foible qu’il sera facilement tombé de lui-même, sans qu’on se soit jamais mis en devoir de le relever, à moins qud naît été abattu jusqu aux fondements par le normand Ragenaire, ou Renier, en 8Ù5 ; car, dit un savant académicien (Bonamy), Saint- Julien-le-Pauvre et Saint-Séverin, c’est-à-dire les deux quartiers dont ces églises étaient le centre, étaient encore réputés faubourgs sous Louis le Jeune 'd. n
Ce texte est loin de militer en faveur de l’opinion émise par Toussaint du Plessis : outre que les destructions opérées par les Normands fournissent un argument par trop commode aux amateurs d’hypothèses (témoin l’étymologie donnée au mot Laos désignant le clos et 1 église Saint-André 1 auteur dont nous nous occupons se réfute lui-même, en disant que les deux édifices religieux les plus anciens de la région, Saint-Julien-le-Pauvre et Saint-Séverin tt étaient encore réputés faubourgs sous Louis le Jeunes. Si, vers le milieu du xue siècle, deux églises (ou deux quartiers) sensiblement plus rapprochées de la Seine que ne l’était Saint-Yves, passaient pour être situées hors de la ville, comment expliquer que cette dernière ait pu être contiguë à une porte de la cité, et que la tradition ne s’en soit pas conservée ?
Sans prendre ouvertement parti dans la question, Le Beul a fourni un dernier argument aux tenants de l'hypothèse que nous exposons. Dans l’une de ses Dissertations®, il cite un passage d’une ancienne vie de sainte Geneviève écrite en latin, et dont le manuscrit original remonterait au vie siècle. Selon ce document, la sainte aurait été inhumée in basilica in monte sita, juxla nova mœnia Pansii in monte Loculitio. te Toute la valeur de ce document, dit avec raison M. A. Bonnardot, repose sur l’époque précise du manuscrit; or cette époque est sujette à controverse. Le Beuf lui-même avoue que, à en juger par les caractères, il était du xr siècle, n Le judicieux auteur des Dissertations archéologiques sur les enceintes de Pans ajoute
(') Toussaint du Plessis, Nouvelles annales de ^ Voir 1 article relatif à la rue Saint-André-des-
Paris, p. 33 et 77. Ars, où cette étymologie est discutée.
Nouvelles annales de Paris , p. 78.
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que le latin de cette vie de sainte Geneviève, dont il n’a pu juger que sur l’imprimé, lui a paru et trop correcte pour un écrivain du vi° siècle, et il incline à croire que l’œuvre est du commencement du xuic, alors que l’enceinte de Philippe- Auguste venait d’être achevée; ce qui expliquerait parfaitement l’expression nova mœnia. On ne comprendrait pas, en effet, qu’une muraille antérieure à celle-là eût gravi, comme elle, la montagne Sainte-Geneviève et occupé exactement le même emplacement.
Le continuateur du Traité de la police semble s’être rendu compte de cette impossibilité; tout en admettant, en principe, l’existence d’une enceinte méridionale antérieure à celle de Philippe-Auguste, il reconnaît qu’te il seroit essentiel d’en connoistre les bornes, ou du moins d’en désigner quelques-unes d ; mais il faut convenir, ajoute-t-il et que jusqu’ici l’on n’a point découvert de vestiges de cette enceinte ou du moins qu’on les aura méconnus si l'on en a trouvé, prévenu qu on étoit qu’il n’y en avoit point eu (Pu.
C’est donc avec une certaine défiance et en faisant ses réserves que Le Cler du Brille! adhère à l’hypothèse de Sauvai.
Après avoir résumé les arguments fournis par les historiens en faveur d’une enceinte antérieure à celle de Philippe-Auguste sur la rive droite, il conclut ainsi :
et Tout ce que l’on peut dire, par comparaison à l’enceinte opposée, c’est quelle aurait dû s’étendre depuis la rivière de Bièvre , qui tomboit alors dans la Seine un peu au-dessus de la place Maubert, jusques vis-à-vis le pont Neuf, renfermant les églises de Saint-Julien-le-Pauvre, de Saint-Séverin et de Saint-André-des-Arts; encore faut-il faire deux remarques essentielles : i° Que cette enceinte aurait été fort resserrée du côté de la place Maubert, n’étant pas probable quelle renfermât aucune partie du territoire appartenant à l’abbaye de Sainte-Geneviève, qui s’étendoit jusques à l’entrée du prieuré de Saint-Julien, suivant une bulle d'innocent 111 , de l’an 1202, pour cette abbaye, où les bornes du bourg de Sainte-Geneviève, de ce côté-là, sont indiquées; il est vraisemblable aussi que l’abbaye de la sainte étoit elle-même, comme les autres grandes abbayes, environnée de bonnes murailles, pour y être à couvert du pillage dans les temps de troubles et pour y donner retraite aux habitans de son bourg; 20 Que les seigneurs de Garlande, si puissans au commencement du xn° siècle, avoient un château de leur nom au lieu où est la place Maubert; c’est du nom de ce château que la rue Gallande, qui y conduisoit, a pris le sien; ce château étant assez proche du prieuré de Saint-Julien, qui devoit aussi avoir un enclos d’une certaine étendue, parce qu’il étoit considérable, à en juger parce qui reste de son ancienne église; on peut supposer qu’il joignoit l’enclos du château et qu’ils formoient l’enceinte de ce côté là jusqu’au petit Châtelet, soit qu’on eût abattu les murs de la ville dont il est parlé
"> T. IV, p. 399.
dans la Vie de sainte Geneviève, pour faire les murs de ces édifices, ce qui ■ n’auroit point été sans exemple, soit qu’ils leur servissent de clôture; cela paraît assez naturel W. -n
Jaillot, critique judicieux, admet, comme Le Cler du Brillet, la possibilité plutôt que la réalité d’une enceinte méridionale antérieure au xue siècle, et il emprunte ses arguments à Sauvai; son opinion n’ajoute donc rien aux raisons données par 1 auteur des Antiquités de Paris. Mais Dulaure, groupant avec soin toutes les probabilités, et mettant les présomptions à la place des faits, arrive presque à faire accepter son hypothèse : il insiste particulièrement sur le Château- Gaillard , dont nous parlerons à l’article du quai Conti , et sur la tour des Bernardins, considérés comme les deux extrémités de l’enceinte; il tire également parti des deux barres ou barrières de la rue des Sachets et de la rue de la Vieille- Plâtrière, et incline à voir une enceinte coupée par une porte, là où une rue change de nom. Bien que cet historien ne fasse pas autorité, nous croyons devoir rapprocher son texte de celui de Le Cler du Brillet.
«La ligne de l’enceinte méridionale, dit Dulaure, devait partir du bord de la Seine qui avoisinait les bâtiments et dépendances du couvent des Grands-Augustins. Sur cette rive, il a existé depuis longtemps un vieil édifice qui ne fut démoli que sous le règne de Louis XIV. Cet édifice, ou espèce de fortification, était remarquable par une tour ronde. Il a porté le nom de Château-Gaillard; il était isolé et on ignore le motif de sa construction; on ne s’en servait nullement, excepté Brioché qui y a donné quelquefois le spectacle de ses marionnettes.
«De ce point fortifié, qui correspondait alors à la pointe de l’île de la Cité et servait à sa défense, la ligne d’enceinte atteignait la rue Saint-André-des-Arts. Là se trouvait une porte indiquée par le nom de la Bam; deux rues voisines du couvent des Augustins portaient le même nom; c’était à la barre que l’on percevait les droits d’entrée.
«Ce mur aboutissait ensuite à la rue de Hautefeuille, qui portait anciennement le nom de la Barre, nom qui indiquait une autre porte. De la rue Hauteieuille, le mur devait suivre la direction de la rue Pierre-Sarrazin et traverser la rue de la Harpe. Cette rue était coupée là, puisqu’elle portait deux noms : depuis la rue Saint-Séverin jusqu’à celle des Matburins, elle se nommait rue de la Herpe, ou de la Harpe, et depuis la rue des Mathurins jusqu’à la place Saint- Michel, elle recevait les noms des hoirs d’Harcourt, de Saint-Cosme, etc.
«De ce point, le mur devait se diriger à peu près comme la rue des Mathurins et aboutir à la rue Saint-Jacques. Sur cette rue, et dans l’espace qui se trouve
fl) Traité de la police, t. IV, p. 4oo.
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entre l’extrémité de la rue des Mathurins et celle de la rue du Foin, devait se trouver une porte. Il en existait certainement une dans cette rue qui, depuis longtemps, était une voie publique, une voie royale, h grande rue. Lorsque, dans sa partie supérieure fut établie une chapelle de Saint-Jacques, cette partie en reçut le nom, ainsi que ceux de Saint-Benoît, de Saint-Mathelin ; la partie inférieure conserva celui de rue du Pelit-Pont. Cette différence dans les dénominations données à une même rue me fait conjecturer que la partie inférieure, séparée par une porte, était dans la ville, et la partie supérieure dans le faubourg. Cette conjecture s’appuie encore sur le fait suivant : il existait autrefois, près et au dehors des villes, une maison religieuse qui servait d’hospice ou d’hôtellerie aux étrangers. L’église Saint-Julien-le-Pauvre et les bâtiments qui en dépendaient avant l’établissement de la seconde enceinte étaient destinés à cet usage dans la rue Saint-Jacques, qui était une des principales entrées de Paris; lorsque cette seconde enceinte fut établie, une autre hôtellerie ou hospice fut fondée sur cette rue, au delà et près de l’enceinte nouvelle. Cet hospice était l’aumônerie de Saint- Benoît.
cDe la porte Saint-Jacques, le mur d’enceinte suivait évidemment la direction de la rue des Noyers, jusqu’à la place Maubert, où se trouvait une autre porte qui ouvrait sur la voie qui conduit à Sainte-Geneviève, à Saint-Marcel. De là, le mur, se prolongeant entre les rues Perdue et de Bièvre, aboutissait à la rive gauche de la Seine, vers le point de cette rive appelé les Grands-Degrés, point qui correspondait à l’extrémité orientale de 1 île de la Cité.
«En cet endroit de la rive était une tour nommée tour de Saint-Bernard et tournelle des Bernardins, qui devait terminer 1 enceinte. Cette tour est indiquée par des articles de deux comptes du domaine de Paris, l’un de l’an 1Ô62, et l’autre de ilxq 5; ils en fixent la position sur la rive de la Seine, près du point de celte rive appelé les Grands-Degrés, et aux extrémités des rues Perdue et de Bièvre : te Maison sise au port Saint-Bernard, devant la rue Perdue, tenant par et derrière à la tour dudit Saint-Bernard. Maison sise en la rue par laquelle on va tt du pavé de la place Maubert à la tournelle des Bernardins faisant le coin d’icclle ttrue, du côté du pavé de ladite place Maubert, et aboutissant par derrière à tria rivière de Seinen (Sauval, Antiquités de Paris, 111, hi 1 ) PL
Il n’y a évidemment rien en matière d’archéologie conjecturale de plus spécieux que ce passage de Dulaure : pour qui veut se contenter de présomptions et négliger les textes, ainsique les constats matériels, l’argumentation de cet auteur semble assez probante. Mais les objections ne font pas défaut. II y a d’abord celle du commissaire de la Mare, qui se contente de passer sous silence la prétendue
(l) Histoire physique, civile et morale de Paris, II, 56 et suiv.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, enceinte méridionale antérieure à celle de Philippe-Auguste : « Avant le règne de ce monarque, il y avoit déjà, dit-il, deux clostures de Paris, l’une dans l’intérieur de l’Isle, qui renfermoit l’ancienne Ville, et l’autre aux environs de son premier accroissement, du côté du nord h), n On peut inférer de ce texte et de l’omission calculée qu’on y remarque, que De La Mare n’admettait point l’existence d’une clôture sur la rive gauche, avant celle des xuc et xm” siècles.
Mauperché et Hamond du Poujet, contemporains de Dulaure, sont beaucoup plus explicites : et Au midi de la Cité, dit ce dernier, ce qu’on a appelé le quartier de l’Université ne fut enclos de murs que sous le règne de Philippe-Auguste, et c’est contre la commune opinion que Sauvai soutient le contraire (2L n Quant à Mauperché, dont le travail a été publié presque en même temps que la première édition de celui de Ramond du Poujet, après avoir cité le texte de Raoul de Presles, duquel il résulte que la partie de la rive gauche voisine du palais des Thermes tt commença lors à estre premièrement habitée n, il s’exprime ainsi au sujet de l’enceinte hypothétique :
(r Quoique rien n’annonce, dans le récit de Raoul de Presles, qu’il y ait eu des murs au delà des maisons élevées au midi de Paris, il a plu à Sauvai, Piganioi et Jaillot de le vouloir, et c’est ainsi qu’ils les ont établis. Du Petit-Pont, dont ils les font partir, ils les conduisent à la place Maubert, qu’ils renferment dans cette enceinte, et les font finir à l’endroit où est aujourd’hui la rue de Bièvre. 11 y a apparence qu’ils se sont déterminés sur un ancien rôle des carrefours, duquel il résulte que les proclamations des jurés crieurs finissoient au Petit-Pont et à la place Maubert; ce qui a fait croire que ces deux lieux étoient les limites de cette clôture, l’usage des jurés crieurs étant de ne pas sortir de la ville, et tels cris n’ayant jamais été faits dans les faubourgs. Tout ceci n’est que des présomptions, et il n’est pas possible d’en conclure qu’il y eût une clôture au midi de Paris W. •»
Ces conclusions sont à peu près les mêmes que celles de M. A. Bonnardot; après avoir fait remarquer que les deux tours dont on arguë, celle de la rue Saint-Victor et celle des Bernardins, pouvaient fort bien nôtre que des tourelles attenant à des habitations et contenant des vis, ou escaliers circulaires, genre de tour fort commun à Paris et ailleurs, il fait remarquer avec raison que rien ne montre ces tours attenant à une enceinte dont 011 n’a jamais montré un seul débris, n Les prétendues preuves alléguées en faveur de l’existence de cette clôture, dit-il en terminant, courent grande chance de n’être que des méprises; nulle chronique, nulle charte ne cite positivement un mur ou une porte de ville de ce côté de
1‘! Traité de la police, liv. I, titre 6 , p. 73. — (,) Notice sur les anciennes enceintes de la Ville de Paris, p. 10. — (3) Paris ancien, Paris moderne, p. 77 et 78.
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Paris, et la moindre découverte matérielle n’est jamais venue jeter le plus faible jour sur cette obscure matière W. »
Adolphe Berty était l'un des adversaires résolus de l’hypothèse qui admet l’existence d’une enceinte mérovingienne ou carlovingienne sur la rive gauche. Nous l’avons souvent entendu s’exprimer sur ce point, et les notes que nous avons pu recueillir dans ses papiers ne laissent, malgré leur confusion, aucun doute sur l’opinion qu’il s’était faite. Autant il tenait pour une enceinte sur la rive droite, bâtie antérieurement à la construction de la muraille de Philippe-Auguste, autant il trouvait dénuée de preuves la thèse soutenue par Sauvai, Toussaint du Plessis, Le Beuf, Le Cler duBrillet, Jaillot et Dulaure, en faveur d’une fortification mérovingienne, ayant couvert les faubourgs du midi, «N’est-ce pas, écrit-il, quelque chose de très probant que cette absence même de toutes preuves, surtout lorsqu’on la compare au nombre des indications retrouvées pour la rive droite? Pour notre part, il nous semble matériellement impossible que, si la supposition que nous combattons était fondée, nous n’en eussions trouvé aucune trace dans la multitude de litres, de toutes les époques, qui nous ont passé par les mains v
Cette conviction, chez le savant topographe dont nous continuons les travaux, s’appuyait sur ce que les mathématiciens appellent, a la preuve par l’impossible u. Aux yeux de Berty, une enceinte mérovingienne, ou carlovingienne, sur la rive gauche, n’avait pas sa raison d’être; on ne pouvait donc avoir eu aucun motif de la construire : «Avant la fin du xiic siècle, ajoute-t-il, et l’histoire est là pour le constater, les clos de Laas, Sainte-Geneviève, Saint-Symphorien , Bruneau, Mauvoisin ou de Garlande, de Chardonnet, de Tiron, de Saint-Étienne-des-Grès, etc. n’étaient pas bâtis; de sorte que les quelques rares maisons qu’on pouvait alors rencontrer dans ces régions devaient se borner à celles qui étaient sans doute situées le long de la voie principale, voie romaine de Lutetia à Genabum, ou groupées dans les environs de l’abbaye Saint-Geneviève, et aux pauvres habitations semées çà et là et servant à abriter les cultivateurs des clos (3). n
L’étude que nous avons faite des deux régions du bourg et du faubourg Saint- Germain prouve que la période rurale a existé, pendant plusieurs siècles, dans la région occidentale de la rive gauche, représentée aujourd’hui par des quartiers florissants. Il en a été de même dans la partie orientale; les nombreux clos entourant celui de Laas offraient., à l’époque mérovingienne et carlovingienne, un aspect identique; qu’y avait-il alors à défendre, dans ce suburbium, et quelle nécessité d’entourer d’une fortification des terres, des vignes, des prairies divisées en clos
(1) Dissertations archéologiques , p. 26 et 27. — (2) Notes manuscrites non classées par l’auteur. — ;3) Notes manuscrites non classées.
ayant eux-mêmes leurs murailles, ou clôtures? C’est la conclusion à laquelle arrive Adolphe Berty :
«Bien différent du faubourg septentrional déjà florissant, dit-il à la fin de sa note, le faubourg méridional ne méritait pas qu’on le défendît; c’est pour cette raison qu’il n’a point dû être fortifié. Ce fut seulement lorsque Philippe-Auguste, par une grande pensée d’avenir, le fit entourer de remparts, que ce faubourg commença à prendre une importance qui devint fort vite considérable. Il l’aurait, suivant toute apparence, acquise beaucoup plus tôt, s’il avait été auparavant ceint de murailles. Or, c’est un fait authentique que, à la fin du xi' siècle, il était à peine habité. On ne saurait citer l’indication d’une seule de ses rues avant 1190, quoique l’on ne puisse douter que ses grandes artères existassent alors: mais ce n’étaient alors que des voies rurales et non des rues; ce qui prouve bien que le quartier tout entier, ne renfermant encore presque exclusivement que des champs et des vignes, ne possédait pas la sécurité que lui aurait procurée et que lui procura plus tard une enceinte W, «
Rejetant a priori 1 hypothèse de 1 existence d’une enceinte mérovingienne ou carlovingienne sur la rive gauche, Berty n’a point discuté les arguments tirés des tours et des barres sur lesquelles s’appuie l’opinion contraire. S’il était entré dans ce détail, il neût point manqué de faire remarquer que les barres des rues des Sachets et de la Vieil! e-Plâtrière étaient des marques de juridiction ou des limites de censives, que les tours dont on a parlé et que personne n’a vues se rattachaient soit aux portes Saint-Victor et Saint-Bernard, comme ouvrages en arrière, soit à des habitations privées, soit à des travaux de défense pour couvrir les rives du fleuve, ainsi que les deux Châtelets. 11 eût insisté particulièrement sur un point d attache que les constructeurs de la prétendue enceinte n’auraient pas manqué d utiliser : nous voulons parler du palais des Thermes, que tous les tracés, même celui de Dulaure, laissent en dehors, tandis qu’il était si naturel d’y appuyer une muraille, ainsi qu’on la fait pour le palativm ou castrum de Hautefeuille, lors delà construction de 1 enceinte de Philippe-Auguste. Enfin il n’eût pas, aussi facilement que Le Beul, passé sur 1 absence de constats matériels : cSi ces murs n’existent plus, si Ion n’en a vu aucun vestige, c’est à leur peu de solidité, dit cet historien, quil faut s’en prendre (A. n Un tel argument est comme celui qu’on tire des incendies allumés par les Normands : il prouve trop ou trop peu.
Le lecteur a maintenant sous les yeux toutes les pièces du procès : d’une part, des textes ambigus ou mal interprétés, des présomptions et pas un seul argument
Notes manuscrites non classées. — p| Dissertations, I, 33.
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décisif; d’autre part, des raisons tirées de la configuration dos lieux, de leur état avant le xnc siècle, tel que l’attestent les plus anciens documents, raisons corroborées par l’absence de toute pièce probante et de tout constat matériel. Dans cette situation, un topographe prudent ne peut que se renfermer dans la négative, en attendant la découverte d’un et manuscrit ancien n ou l’exhumation d’une «continuité de débris n, double condition que M. A. Bonnardol regarde comme absolument indispensable pour affirmer l’existence d’une enceinte mérovingienne ou carlovingienne sur la rive gauche.
Entre cette enceinte hypothétique et celle de Philippe-Auguste, en faveur de laquelle abondent tous les genres de preuves, se placerait celle de l’an 900, que Le Cler du BrilIeL a imaginée; mais comme cette opinion 11e repose sur aucun argument qui vaille la peine d’être discuté, nous ne nous y arrêterons point; c’est une pure conjecture.
L’existence de la muraille dite de Philippe-Auguste est, au contraire, un fait attesté par une masse de documents, tels que les chroniques contemporaines, les comptes de la Ville, les vieux plans, les anciennes estampes, des portions de murs, détours, et autres débris dont le nombre va diminuant chaque jour, mais qui, au siècle dernier, étaient encore assez « continus « pour permettre à un archéologue de restituer le périmètre de cette enceinte. Le seul point douteux est celuici : la clôture, dite de Philippe-Auguste, est-elle entièrement et exclusivement son œuvre? N’existait-il rien sur le parcours de cette muraille avant que le monarque donnât l’ordre de commencer les travaux, et n’a-t-il rien été fait après lui pour compléter cette ligne de défense?
Bonamy, se fondant sur un prétendu devis ou compte des frais du mur élevé sur la rive gauche par les ordres de Philippe-Auguste — pièce dans laquelle il est dit que l’enceinte du midi est accompagnée de tournelles ayant la même épaisseur que celles du vieux mur de la rive droite, cum lornellis de spissiludine velcris mûri ex parle Magni Ponlis — en conclut que le demi-cercle du nord, qualifié de vieux mur, ne saurait être la partie septentrionale de l’enceinte de Philippe-Auguste, et admet, ainsi que nous l’avons dit plus haut, une fortification antérieure, qui aurait été seulement réparée par ce monarque, et sur le modèle de laquelle il eût fait construire le mur de la rive gauche11'. Discuter cette opinion serait hors de propos, puisque nous n’avons à nous occuper ici que du demi-cercle méridional, et, en particulier, du quart de cercle compris entre la tour de Nesle etla porte Gibard.
On sait que le mur de la rive droite fut commencé le premier. Rigord, historien contemporain, place à l’année 1190 l’ouverture des travaux: Rex precepit
n) Mémoires de l’Académie des inscriptions , t. XXXII.
eliam eivibus Parisiensibus quod ciuitas Parmi, quam Pcx rnultum diligebal, muro oplimo, cum tornellis clecenter aplatis et portis, diligentissime clauderetur; quod brevi temporis clapso spatio complelum vidimus. Sur la rive gauche, les travaux 11e furent commencés que dix ans plus tard, et l’on s’explique parfaitement alors que le mur septentrional ait servi de modèle. Rigord dit, en effet , codem anno (121 1 ) Piex totum in circuilu circumsepsit, a parte auslrali h). Le breve temporis spalium dont il est parlé plus haut, à l’occasion du mur de la rive droite, fut plus court encore pour celui de la rive gauche, puisque en 121 1 tout était terminé. Guillaume le Breton , qui refit et continua en vers la chronique latine écrite en prose par Rigord, confirme tous les détails donnés par son devancier
L’achèvement de cette enceinte sur les doux rives, et particulièrement sur celle dont nous nous occupons, suivantdeprès le grand accensement de 1 179, ordonné par Hugues V, abbé de Saint-Germain M, détermina un vif mouvement de construction dans une région vouée jusqu’alors à la culture et dépourvue de moyens de défense. Quand ils se virent à l’abri des rôdeurs de grands chemins et protégés contre toute déprédation par une bonne muraille munie de tours et de portes bien closes, les propriétaires et les locataires à cens firent construire à l’envi. C’est précisément ce qu’avaient voulu l’abbé Hugues et le roi Philippe-Auguste. Rigord, témoin de ce mouvement, en parle dans des termes qui s’appliquent surtout au territoire de la rive gauche, lequel était alors un grand vignoble : Maximum tore amplitudinem infra murorum ambitum concludens, et possessores agrorum et vi.nearum compellens in terras illas et vineas ad edificandum, in eis nouas domos habitaloribus loearent, vel ipsimel nouas ibidem domos conslruerent, ut Iota civitas usque ad inuros plena domibus viderelur ^ . Tout concourt donc à nous représenter la fin du xii1' siècle et surtout le commencement du xm° comme la date du peuplement de la région que nous allons décrire. Le lecteur verra plus tard, dans le détail de cette description, que les plus anciennes mentions de rues, de maisons, d’hôtels, de couvents, d’églises, de collèges, etc., 11e remontent pas au delà de cette époque.
La construction de l’enceinte de Philippe-Auguste donna lieu à deux opérations distinctes : une expropriation des immeubles bâtis ou non bâtis qui se trouvaient sur son parcours, et un travail de maçonnerie comprenant deux murs reliés entre eux par un blocage de moellons noyés dans le ciment.
Au témoignage de Rigord et de Guillaume le Breton, l’acquisition des terrains se fit aux dépens du roi, qui indemnisa, sur son trésor privé, les propriétaires dépossédés : damna sua que per hoc boulines incurrebant fisco proprw compensabat Pi,
'l;' Rigord, De g es lis Augusti Philippi.
(J) Guillaume le Breton, Plùlippide, 1. XII.
(3) Voir à l’art, de la rue Sainl-André-des-Ars.
(,|) Rigord, loco cilato.
(5) Ibidem.
ENCEINTES
dit Rigord; quant à Guillaume le Breton, il exprime la même idée en trois vers :
Cujuscumque domus, fundus, seu vinea, propter Fossas aut turres periit, seu menia, damni Totius pretium patiens a Itepe recepiD1'.
Les expressions Jiscus cl pretium ne doivent pas être prises dans un sens trop étroit : les bourgeois de Paris, que la nouvelle muraille protégeait dans leurs intérêts, durent contribuer, sinon aux frais d’expropriation, du moins aux dépenses de construction. D’autre part, le roi fit quelques échanges qui diminuèrent, dans une certaine mesure, les sommes à payer. Dans la région qui nous occupe, du Breul cite notamment un acte de 1 aoo , contemporain de 1 achèvement du mur sur la rive gauche, aux termes duquel Philippe-Auguste donne à l’abbé de Saint- Germain, pour l’indemniser des emprises faites sur les terres de sa censive, une porte de ville non encore achevée, qu’il nomme postemam murorum nostrorum®.
On trouve dans un grand nombre d’actes l’expression «murs du Roy » ou et murs le Roy n ; mais on rencontre également, dans les anciens registres des comptes de la Ville, ces mots cries murs de la Ville ti ; ce qui permet desupposer que les frais de la nouvelle clôture furent partagés entre les bourgeois de Paris et le monarque. Celui-ci n’était d’ailleurs, dit Rigord, nullement obligé d’indemniser, en nature ou en argent, les propriétaires du sol sur lequel il élevait sa muraille: en qualité d’ouvrage de défense, la nouvelle clôture constituait une servitude que les possesseurs et locataires du sol devaient subir. Rigord, interprète du sentiment public à cette époque, dit formellement que Philippe-Auguste les indemnisa, parce qu’il préféra Y équité au droit.
Les terrains qu’il fallut occuper pour établir la nouvelle enceinte dans la région que nous éludions — c’est-à-dire du bord de la Seine faisant lace au Louvre, points où s’arrêtait le demi-cercle de la rive droite, jusqu’aux abords du château de Hautefeuille — faisaient partie du clos de Laas, ainsi que des terres de Gibard et confinaient au a fisc -n d'Issy, domaine de l’Abbaye. L’accensement de 1 17g venait précisément de morceler ces terrains pour les mettre en valeur, le fond demeurant, en qualité de bien de mainmorte, la propriété des religieux do Saint-Germain-des-Près. Ce fut donc avec eux et leurs locataires à cens que Philippe-Auguste eut à traiter. Ceux ci furent indemnisés par le roi ,ftsco proprw : ils perdaient en effet, leur droit de jouissance, et l’on ne pouvait rien leur donner en échange; ceux-là, au contraire, reçurent, comme nous l’avons dit. leur «récompenses en nature : la porte de Buci, encore inachevée, leur fut cédée, avecles revenus y attachés, comme l’archet Saint-Merri l’avait été, un siècle auparavant, à l’abbé de Saint-Denis PL Les détails de cette expropriation ne sauraient être précisés : Rigord
(1) Philippide , 1. XIII. — 'T'; Antiquités de Paris , p. 38a. — (3! Paris et ses historiens aux nv' et xvf siècles , noies ajoutées au texte de Raoul de Presles.
et. Guillaume le Breton eu ont dit tout ce qu’il paraît possible d’en savoir. Ce qui nous importe, c’est de suivre le tracé de la fortification nouvelle, de décrire les tours qui la flanquaient et les portes dont elle était percée, après avoir toutefois expliqué la composition et le mode de construction de cet ensemble.
M. A. Bonnardot, qui a beaucoup vu, beaucoup comparé, beaucoup discuté, et qui a fait preuve d’une véritable sagacité dans l’étude de cette difficile question, expose d'abord ce qu’était la muraille, et Elle se composait, dit-il, de deux murs reliés entre eux par un blocage de moellons noyés dans un ciment assez tenace. Les faces de ces deux murs de soutien étaient formées de pierres de petit appareil, équarries, mais inégales dans leurs dimensions. Le plus grand nombre de ces jiierres avaient environ vingt-sept centimètres en carré, terme moyen; elles étaient de nature calcaire; mais leur surface est devenue, à l’air, presque aussi dure que le grès, et a contracté une teinte d’un gris foncé W. i> M. à. Bonnardot a constaté 1 intercalation , dans l’appareil général, do pierres d’une autre dimension et d’une autre nature, par suite des nombreuses réparations dont la muraille a été l’objet; mais il a remarqué également — et plusieurs archéologues ont fait après lui la même observation — que les blocs du revêtement primitif dominent encore assez pour permettre de reconnaître le mur et de le distinguer des constructions voisines.
Maupercbé, dont M. A. Bonnardot a utilisé les travaux, tout on rejetant plusieurs de ses conclusions, a conslaté, de son côté, que les fondements de la muraille consistaient en un massif de caillous réunis par un ciment dur et ferme Ce blocage , enfermé dans les deux murs formant les faces interne et externe de la clôture, lui donnait une épaisseur moyenne d’environ trois mètres à fleur de sol, et de deux mètres trente centimètres à une hauteur de trois ou quatre toises au-dessus des fondations. Les portions qui en subsistent encore sur la rive droite présentent généralement cette épaisseur, là où les riverains n’ont pas aminci la muraille pour en utiliser les matériaux. Sur la rive gauche, moins exposée aux incursions que 1 autre rive, les fragments encore conservés — notamment celui qui se voit dans un jardin dépendant jadis du Petit-Boncourt et dominant aujourd hui la partie déclive de la rue Clovis — semblent d’une construction moins serrée et moins homogène.
La hauteur de cette fortification paraît n’avoir pas été uniforme sur tout son parcours. Dans la région que nous étudions, le terrain s’élève en pente douce, depuis la rivière jusqu’à l’ancienne porte Gibard, et le mouvement s’accentue davantage à partir de l’ancienne porte des Cordeliers. Il semble donc que ces différences de niveau ont dû motiver des différences de hauteur. Si l’on tient compte,
Dissertations archéologiques j p. 28. — (î) Ibid., p. 29.
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RESTES DE L ' ENCEINTF