MAUSOLEE DU CARDINAL MAZARIN
«Le tombeau de Mazarin était placé au fond de la petite chapelle qui existait à droite du maître autel, précisément à l’endroit où se trouve aujourd’hui la statue de Napoléon Ier; le corps reposait dans les caveaux qui s’étendent sous toute cette partie de l’édifice. Le mausolée, transporté d’abord au musée des Petits- Augustins, est aujourd’hui au Louvre, ainsi que l’inscription qui le surmontait; mais, lors du descellement ou pendant le transport, la plaque de marbre a été brisée en trois morceaux dans le sens de la longueur.
«Le bâtiment qui s’étend entre la première et la seconde cour du collège renfermait les logements de deux professeurs et de deux sous-maîtres, avec les chambres nécessaires pour les écoles de deux nations. Ce corps de logis n’a plus que deux étages. En 1800, on réunit le premier et le second, en supprimant le plancher de division, et on obtint ainsi une galerie lort élevée et éclairée par
deux rangs de fenêtres placées l’une sur l’autre. Cette galerie est aujourd’hui la salle de travail de la bibliothèque de l’Institut.
tt La seconde passait alors pour et une des plus grandes qu'il y eût dans Paris n. Elle n’était construite que d’un seul côté; un mur absolument nu la bornait à gauche dans toute la longueur. Le grand bâtiment qui s’étend à droite était, comme le précédent, partagé en chambres nombreuses, et cette distribution se retrouve encore dans une partie des logements actuels. Le rez-de-chaussée a été complètement modifié; on y voyait les deux classes de philosophie, le réfectoire, une grande salle garnie de tribunes, où les élèves subissaient leurs examens et soutenaient leurs ihèses. Le premier et le second étage étaient occupés par les principaux fonctionnaires du collège, quelques professeurs et deux sous-maîtres. Au-dessous logeaient les écoliers des deux autres nations.
0>" cour du Collège 6'eparee ou Jardin par un mur
«Deux grandes portes cintrées donnaient accès dans la troisième cour. Elle avait alors la même largeur que les deux autres; mais, pendant la Révolution,
I hôtel des monnaies s’empara de la moitié de cet espace. La cour était construite de deux côtés seulement, et au milieu s’étendait un petit parterre planté d arbres. Autour, se groupaient la cuisine, l’office, le garde-manger, l’écurie, la buanderie et les chambres occupées par les domestiques. Le parterre était soigné par un jardinier payé à l’année, et qui recevait cent cinquante livres; en 1770, les arbres, petits et malingres, qui s’y trouvaient, furent abattus et remplacés par de beaux tilleuls.
« . . . Sur l’excédent des terrains expropriés pour l’éreclion du collège, on avait construit dés maisons, qui lui appartenaient. Trois d’entre elles, s’élevaient entre le pavillon de la bibliothèque et l’hôtel Guénégaud; leur emplacement est tout indiqué. Seize autres étaient situées rue Mazarine et rue Guénégaud; l’aspect
TOUR, HÔTELS ET PORTE DE NESLE
des lieux qu’elles occupaient n’ayant subi presque aucun changement, il est facile aussi de se rendre un compte exact de leur situation.
« La première tt louchoil la porte de la cour des cuisines n qui, de ce côté, sert encore d’entrée au palais de l’Institut. Elle était suivie de six autres, qui formaient toute la face gauche de la rue Mazarine jusqu’à la rue Guénégaud. Les septième et huitième maisons étaient adossées l’une à l’autre, et faisaient le coin de ces deux rues. Les quatre maisons placées à la suite de la huitième appartenaient encore au collège. La treizième était située du côté opposé, à l’angle des deux mêmes rues; et les trois dernières s’étendaient à la suite, ayant leurs façades sur la rue Mazarine ('Lu
L’admission au collège des Quatre-Nations, le régime intérieur, les études et les questions scolaires en général ne sont point de notre ressort. Nous ne nous sommes, d’ailleurs, arrêté à cette fondation que pour ne pas interrompre l’histoire des démolitions et des constructions successives dont ce coin de Paris a été le théâtre.
Tandis que le côté occidental de l’ancien pourpris de Neslc était l’objet d’une transformation aussi radicale, la partie orientale, sur laquelle s’étaient déjà succédé les hôtels de Nevers et de Guénégaud, en subissait deux autres que nous devons raconter d’autant plus sommairement qu’elles se rapprochent davantage de l’époque contemporaine : nous voulons parler du grand et du petit hôtel de Conti , ainsi que de l’hôtel des monnaies, construits en grande partie sur leur emplacement.
Par acte passé le 3o avril 1670, l’hôtel de Guénégaud avait été cédé à Anne- Marie Martinozzi, nièce du cardinal Mazarin et veuve d’Armand de Bourbon, prince de Conti. Elle conserva d’abord cet hôtel, tel que Mansard l’avait construit; mais, peu d’années après, elle fut obligée de faire exécuter des travaux d’agrandissement, analogues à ceux que cet architecte avait imposés à l’hôtel Carnavalet, œuvre de Pierre Lescot et de Jean Bullant. En conséquence, on acheta deux maisons contiguës, qui furent appropriées à usage de résidence princière, et qui devinrent, l’une, le petit hôtel de Guénégaud, l’autre, le petit hôtel Conti. Ce dernier subsiste encore, englobé dans le pourpris de l’hôtel des monnaies; quant au premier, il a dû disparaître lors de la construction de cet édifice.
Les Conti demeurèrent propriétaires de l’hôtel principal jusqu’en 1760, époque où la Ville fut sollicitée de l’acquérir pour y transférer le siège de l’administration municipale. Le prince de Conti, nommé grand prieur du Temple et ayant dès lors le droit de loger au prieuré, se défit volontiers d’une résidence devenue inu-
ll) La Tour de Neslc et l’Inslitut, p. 18 el suis.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, tile, et des plans furent immédiatement dressés pour Ja transformer en hôtel de ville. Mais le projet, vivement critiqué, n’eut pas de suites. Nous donnons aux appendices le texte des pièces relatives à cette affaire W.
Le grand hôtel Conti servit, pendant quelques années, de garde-meubles pour le mobilier de la couronne, en attendant l’achèvement des deux palais que construisait alors 1 architecte Gabriel. Enfin, par lettres patentes du 16 avril 1765, ce provisoire fit place à une affectation définitive : le roi prescrivit d’acquérir les deux hôtels Conti et le pourpris dans lequel ils étaient enclos, pour y établir un nouvel atelier monétaire. De la rue de la Vieille-Monnaie, où il était situé primitivement, l’ancien atelier avait été transféré, au xivc siècle, dans celle qui en porte encore aujourd’hui le nom et qui s’ouvre dans l’axe du pont Neuf.
Nous avons vu, en parlant de l’hôtel de Nesle, qu’une fabrication de ce genre y avait été installée sous le règne de François Ier, et qu’011 avait utilisé, pour cet objet, le vieux moulin de la Gourdaine. Par un singulier retour, et sans que personne rappelât ce précédent, ignoré peut-être de ceux qui prirent la mesure dont il s’agit, la monnaie revint, deux siècles plus tard, dans ce pourpris de Nesle, théâtre de tant de révolutions.
Cette dernière et radicale transformation exigeait l’expropriation de te toutes les maisons particulières situées même quai Conti, jusques et y compris celles faisant 1 encoignure de la rue Guénégaudr; ce sont les termes mêmes des lettres patentes. La superficie de ces divers immeubles était de 17g toises.
Les formalités de l’expropriation et la démolition des bâtiments, sur l’emplacement desquels devait s’élever le nouvel édifice, exigèrent trois années. Le 3o avril 1771, l’abbé Terray, surintendant des finances, posa la première pierre de l’édifice; les plans en avaient été dressés par l’architecte Antoine, qui en dirigea la construction.
Le pourpris du nouvel hôtel des monnaies est de 11,000 mètres. La façade principale, qui se développe sur le quai Conti, est perçée de vingt-sept fenêtres, et consiste en un avant-corps de six colonnes ioniques, élevées sur un soubassement de cinq arcades, ornées de refends en bossages; un grand entablement, avec consoles et modifions, couronne l’édifice dans toute sa longueur. Au-dessus de 1 avant-corps est un attique, au devant duquel ont été placées six statues représentant la Loi, la Prudence, la Force, le Commerce, l’Abondance et la Paix; sur la rue Guénégaud se développe une façade latérale de 118 mètres, coupée au milieu par un avant-corps orné de quatre statues, qui représentent les quatre éléments.
Quand on compare 1 hôtel des monnaies à l’hôtel de Conti, on voit qu’il en
m Voir aux appendices, h la fin du volume.
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occupe assez exactement la place, sauf rectification de la grande ligne de façade qui est droite, tandis que celle de l’hôtel de Gonti se brisait en trois endroits. L’hôtel des monnaies, relativement à ce dernier, est donc en retrait du côté de la rue Guéuégaud, où le quai était jadis fort étroit et la descente du pont Neuf assez difficile ; mais il offre une légère avance du côté de la petite place, sur laquelle l’hôtel Conti avait son entrée. Il en occupe, d’ailleurs, les cours et les jardins , et l’architecte Antoine a pu conserver, parce qu'il ne gênait pas ses plans, le petit hôtel Conti accolé à la muraille de Philippe-Auguste.
La disposition actuelle des lieux rappelle encore, dans une certaine mesure, l’ancien état de choses. Le s cul-de-sac de Contyn a été conservé, et n’a fait qu’échanger son nom contre celui d’impasse; la petite place, qui séparait la façade de l’hôtel Conti du pavillon oriental du collège Mazarin, existe encore, bordée de constructions privées qui y furent élevées lors de la vente des terrains du petit Nesle; le quai seul a été rectifié, une première fois lors de la construction de l’hôtel des monnaies, et une seconde, au moment où fut établi le pont des Arts. Quant à l’ancien pourpris du grand et du petit Nesle, il est représenté aujourd’hui par l’espace enclavé dans les trois lignes suivantes : le quai, la rue de Nevers, avec son impasse, et l’emplacement de la muraille de Philippe-Auguste, formant, sur presque tout son parcours, séparation entre l’hôtel des monnaies et le collège Mazarin. Ce terrain historique, déjà coupé à l’est, par l'ouverture de la rue Guénégaud, est menacé de l’être à l’ouest, par un projet de voie publique tendant de la place Sainl-Germain-des-Prés au quai Conti et à la rue du Louvre; opération qui en consommerait le morcellement.
PORTE DAUPHINE