CHAPITRE Y
Sommaire : Origine el dénomination primitive de la porte de Buci. — Concession qui en est faite
à l'abbaye de Saint-Germain-des-Pres. — Changement de nom et appellations diverses.
Événements dont cette porte a été' le théâtre. — • Fermetures et réouvertures successives de la
porte de Buci. — Réparations et reconstructions. — Additions d’ouvrages de défense.
Travaux d'assainissement exécutés aux abords de la porte. — Circonstances qui en amenèrent la démolition.
Située dans l’axe du chemin qui conduisait devant la principale entrée de l'Abbaye, la porte Saint-Germain, appelée plus tard porte de Buci, s’ouvrait à l’extrémite de la rue Saint-Andr.é-des-Ars et établissait une communication assez directe entre le bourg Saint-Germain, le Petit-Pontet la Cité. Elle a donc eu, de bonne heure, une certaine importance, et il en est parlé dansplusieurs documents des xme et xive siècles. L’origine de sa première appellation n’est pas douteuse; quanta celle de la deuxième, nous renvoyons le lecteur à l’article de la rue de Buci, où nous 1 avons indiquée, en exposant les diverses formes données à ce nouveau vocable : Buci et Bucy, Bussy, Bissy, Buxi et Buxy (').
L établissement de la porte dont il s’agit est contemporain de la construction du mur d enceinte; ce fait résulte non seulement des textes de Bigord et de Guillaume le Breton, mais encore d’une charte que cite Du Breul et dont nous avons déjà parlé!2). Au moment où l’on bâtissait la muraille, Philippe-Auguste, voulant indemniser les religieux de Saint-Germain-des-Prés des emprises qu’il avait laites sur leur territoire, leur donna la porte encore inachevée, et leur concéda en même temps les revenus qu’elle devait produire après son achèvement. Elle n était, en effet, pas encore terminée, à 1 époque où cette transaction eut lieu (i 209), et le roi, en la donnant à 1 Abbaye, eut soin de stipuler que celle-ci devrait la tenir en bon état, en renouveler la toiture quand cela serait nécessaire, et n y épargner ni le merrain ni la tuile : Quando conslructa fuerit, abbas Sancti Gcrmani débet eam totarn de novo cooperire de merreno et tegula, et tenere in tali statu quod non depereat W.
M. A. Bonnardot, qui cite ce texte, fait remarquer avec raison que la porte Saint-Germain, au moment où elle fut cédée aux religieux, avait ou devait
Volume du Bourg Saint-Germain, p. 37. — <*> DuBrihh,, p. 382.— (J> Charte citée précédemment et imprimée par Du Breul , p. 382 .
avoir un toit en charpente recouverte de tuile, puisque les religieux sont obligés de rétablir cette toiture, quand besoin sera : denovo cooperire. Faut-il en conclure que la porte Gibard et la seconde porte Saint-Germain, ou des Cordeliers, étaient couvertes de la même façon? On inclinerait à le croire, au moins en ce qui concerne cette dernière, étant admis le système de construction uniforme qui dut être adopté pour la construction de l’enceinte. Quanta la porte Gibard , flanquée de deux grosses tours, et à la porte de Nesle, ouverte postérieurement aux autres , on ne saurait affirmer quelles furent couvertes en merrain et en tuile.
Au moment où elle fut cédée à l’Abbaye, la porte prit le nom de Saint-Germain, parce quelle conduisait au monastère et qu’elle devenait la propriété des religieux ; plusieurs titres des xm° et xivc siècles lui donnent en effet cette dénomination. Mais à quelle date précise prit-elle le nom de Buci ? S’il faut en croire du Breul, le changement de dénomination eut lieu en i.35o, ou 1 3 5 2 , époque où 1 Abbaye vendit la porte, ou plutôt céda et transporta le traité fait avec le roi, aux mêmes clauses et conditions. L’acquéreur était Simon de Buci, conseiller du roi et probablement parent de l’évêque Matifas de Buci, qui gouverna l’église de Paris dans la seconde moitié du xme siècle. Ce nouveau possesseur, substitué aux droits et devoirs des religieux , s’engagea en outre, dit du Breul, à leur payer une rente annuelle et perpétuelle de vingt livres parisis, moyennant quoi il dut etre autorisé à percevoir les revenus que donnaient les entrées W. 11 peut paraître étonnant, dit M. A. Bonnardot, qu’une porte de ville soit l’objet d un don et dune vente; de tels agissements sont , en effet, absolument contraires aux usages modernes. Mais, au moyen Age , la notion de l’État n’existait pas ; les abbayes étaient des individualités puissantes avec lesquelles la royauté comptait, et les personnages qui entraient, comme Simon de Buci, dans les conseils du souverain, pouvaient etre considérés comme ses délégués dans la possession et la régie dune porte de ville.
S'il était naturel que la porte Saint-Germain prît le nom de son nouveau propriétaire, il ne l’était pas moins que l’ancienne dénomination passât a la porte des k Cordèles 11 ou tr frères Meneurs ti , laquelle permettait également de se rendre à l'Abbaye par le chemin ou rue des Boucheries. Llle la porta depuis lors, et cependant on la trouve encore appelée porte des Cordeliers, de même que celle de Buci, comme la rue Saint-André-des-Ars qui y conduisait, est quelquefois designée pai le vocable de Saint-Germain.
Une dernière dénomination a été donnée à la porte dont nous nous occupons : Guillebert de Metz, dans sa Description de Paris , mentionne cia porte d Orléans,
(n Du Breul, loco cil.
emprez laquelle est l’issue de Nele, où est au dehors le pré appellé aus clersffi». Il s’agit évidemment de la porte de Buci, puisque le descripteur ne la nomme pas ailleurs et qu’il la désigne suffisamment par ses aboutissants. Mais comment lui donna-t-on, dans la première moitié du xvc siècle, le nom d’Orléans? Elle le devait au voisinage du grand hôtel situé à l’extrémité occidentale de la rue Saint-Andrédes-Ars et ayant, précisément à cette époque, appartenu au duc Louis d’Orléans, que Jean sans Peur fit assassiner; Valentine de Milan, sa veuve, y demeurait au moment où elle demanda justice du meurtre de son époux. On comprend donc que Guillebert de Metz, écrivant peu après ce tragique événement, ait donné à la porte de Buci le nom de l’hôtel dont elle était voisine W.
Le Journal d’un bourgeois de Paris ne mentionne qu’une seule porte Saint-Germain , et il paraît désigner sous ce nom celle qui était voisine du couvent des Cordeliers: c’était, dit-il, la seule ouverte, en 1A18, avec la porte Saint-Denis. Cependant comme la porte de Buci était encore, à cette époque, appelée porte Saint-Germain, il n’est pas impossible que le bourgeois de Paris l’ait eue en vue quand il dit que, en l’année 1622, tries Arminaz estaient au costé de la porte Sainct Jacques, de Saint Germain, de Bordelles jusques à Orléans». L’incertitude dans laquelle ce texte laisse le lecteur a conduit du Breul et plusieurs autres historiens à placer la trahison de Périnet-le- Clerc et l’entrée des Bourguignons dans Paris à la porte de Buci plutôt qu’à celle des Cordeliers.
De fait, le texte du Journal peut s’appliquer à l’une et à l’autre de ces entrées de Paris : <t Dieu , y est il dit, qui scet les choses abscondées, regarda en pitié son peuple et esveilla Fortune, qui en sursaultse leva comme chose estourdie, et mist les pans à la saincture, et donna hardement à aucuns de Paris de faire assavoir aux Bourguignons que ilz, tout hardiement, venissent le dimanche ensuivant, qui estait le xxixc jour de may, à heure de mynuyt, et ils les mettroient dedens Paris par la porte Saint Germain, et que point n’y eust de faulte, et que pas ne leur fauldroient pour mourir, et que point ne doublassent fortune, carbien sceussent que la plus grande partie du peuple estait des leurs. En icelle sepmaine s’esmeurent les Bourguignons de Pontoise, et vindrent au jour dit à heure en Gamelles, et là comptèrent leurs gens, et ne se trouvèrent que environ vi ou vnc chevaulx, quant fortune leur dist que avec eulx seroit la journée. Adonc prindrent cuer, et hardement, et vindrent à la porte Saint-Germain, entre une heure et deux devant le jour», etc.l31
(‘! Voir l’édition que nous avons donnée de la Description de Paris par Guillebert de Metz dans l'ouvrage intitulé : Paris et ses historiens aux xiv' et xv1 siècles, p. aa3 et aok.
- Voir, à l’articledela rue Saint-André-des-Ars,
la monographie de l'hôtel . ou séjour, de Navarre et d’Orléans.
Journal d’un bourgeois de Paris , édition publiée par Alexandre Tüetey, p. 87, 88 et i63.
Les Bourguignons se rendent de Pontoise à r Gamelles d , c’est-à-dire dans la vaste plaine que se partageaient les censives de Saint-Germain et de Sainte-Geneviève; ils suivent, pour arriver de Gamelles sous les murs de Paris, l’un des deux r chemins des vaches» qui portent aujourd’hui les noms de rues de Grenelle et Saint-Dominique. Cette dernière voie les aurait conduits, par le chemin qui est devenu plus tard la rue Taranne, sous les murs même de l’Abbaye, dont ils auraient été obligés de longer les fossés : il est donc plus probable qu’ils suivirent le et bas chemin des vaches» représenté aujourd’hui parla rue de Grenelle, et qu’ils continuèrent leur marche par la trgrant rue du Four et de la blanche Oye», qui était alors la principale artère du bourg Saint-Germain. Mais, arrivés au Pilori qui était situé au centre du carrefour, ils pouvaient prendre ou la egrant rue Saint Germain, dicte des Boucheries», ou la ruedu Pilori continuée par celle de la porte de Buci. Le texte du Journal et l’étude de la configuration des lieux n’apportent donc aucun argument décisif.
Malgré l’autorité qui s’attache à l’érudition de du Breul et à la sagacité de Jaillot, M. A. Bonnardot penche pour la porte des Cordeliers; il ne tient compte ni d’une tradition orale selon.laquelle la porte de Buci aurait été appelée, pendant quelque temps, r porte des Anglois», ni de l’existence d’une borne placée à l’extrémité orientale de la rue Saint-André-des-Ars , et sur laquelle on croyait voir sculptée l’effigie de Périnel-le-Cierc
Si ce petit monument, tout informe qu’il était, existait encore, on pourrait y voir un témoignage matériel de la trahison de Permet, et en tirer un argument en faveur de la porte de Buci.
Comme plusieurs autres portes de Paris, celle de Buci a été ccestoupée», c'està-dire fermée à diverses reprises, en temps de guerre ou de trouble, puis rouverte et réparée. Murée, dit-on, après l’entrée des Bourguignons, elle serait demeurée plus d’uu siècle en cet état, puisqu’on ne la rouvrit, selon Jaillot, qu’en 1 5 3 o et, selon du Breul, qu’en i5Zi2. D’autres historiens placent cette réouverture à l’année î 538.
Corrozet, auteur contemporain, nous apprend qu’alors » on feit ouverture delà porte de Bussy bastie toute de neuf », et que cc à ceste occasion les grands seigneurs, mesme ceux de la Justice, et les bourgeois feirent bastir hors d’icelle porte... grand nombre de beaux hostels et riches maisons'21».
11 ne faudrait peut-être pas interpréter l’assertion de Corrozet dans le sens d’une réfection totale : la porte de Buci pourrait bien n’avoir été que réparée plus ou moins complètement. I.es deux tours dont elle était flanquée paraissent avoir subsisté jusqu’au temps de du Breul (1612), puisque cet auteur raconte que Simon
(1) Dissertations archéologiques sur les anciennes enceintes de Paris, p. 2 & 9. , 2 û 3 . — <2) Corrozet, édition de i532 , foi. 161.
PORTE DE SAINT-GERMAIN, DITE PLUS TARD PORTE DE BUCI. 91 de Buci la fit réparer, recouvrir, et prit à rente tria maison qui est au-dessus de ladicte porte et les tours qui la costoyenlV) ». Cette maison, c’est le pavillon surmontant la baie de la porte; quant aux tours, elles la côtoyaient encore au moment où écrivait du Breui.
Lors du creusement des fossés, après la bataille de Poitiers, la porte de Buci dut subir quelques modifications : on la disposa pour recevoir les flèches d’un pontlevis, et un peu plus tard, dit M. A. Bonnardot, on y ajouta de nouvelles constructions, probablement des ouvrages extérieurs, tels que ravelin et barbaca ne ’2:.
Bouquet, dans son Mémoire, rapporte que, vers i465, un cordier du nom de Simon Aubert rcavoit à louaige la porte de Bussy et les allées des murs depuis laditte porte aux galeries de Neelle, tant hault que bas, pour y filer de son mestier l3)». Moins d’un siècle plus tard, en mars 1 5 5 8 , dit Sauvai, nie logis de la porte de Bussy, avec les allées des murs jusqu’à l'hostel de Nesle et deux tours estans esdits murs», avait été baillé par la Ville aux capitaines et archers, a pour y édifier, bastir et entretenir buttes et autres choses nécessaires et convenables pour l’exercice du jeu de l’arc M».
Il y a tout lieu de croire que la porte de Buci et sa voisine, la porte des Cordeliers, furent l’objet de quelques travaux, au moment où l’on creusa la tranchée. Les guerres de religion, succédant à celles que François Ier et Henri II eurent à soutenir contre les Impériaux , rendirent nécessaires l’établissement d’ouvrages nouveaux en avant des portes, pour former une seconde ligne de défense, au cas où la première aurait été emportée.
Les pont-levis, les barbacanes etravelins, dont on constate la présence à plusieurs entrées de Paris, datent de cette époque. A la porte de Buci, ces ouvrages, s’ils ont été exécutés, n’ont eu qu’une courte durée; car, sauf le pont-levis , on ne les distingue point sur les plans contemporains.
11 est fréquemment lait mention de la porte de Buci dans les Registres du Bureau de la Ville : tantôt il s’agit de diverses réparations à faire au pont-dormant ou au pont-levis, à la toiture du pavillon ou aux tours flanquant la porte; tantôt il est question du «curement et nettoiement de l’égoust du fossé», ainsi que des mesures à prendre pour en empêcher l’obstruction. La proximité du bourg Saint- Germain et 1 habitude que les « manans et habitants» de ce bourg avaient prise de
m M. A. Bonnardot (p. s43) prend au pied de la lettre l’affirmation de Corrozel : il pense que la porte fut reconstruite , non pas sur le même emplacement, mais rrun peu plus vers l'ouest.»
(2) Il est question de ces travaux dans les fragments de comptes de Philippe d’Acy, payeur des œuvres de la Ville, fragments dont nous avons déjà
cité quelques extraits : il s’agit de rr couvertures faictes sur les portes et les tournelles qui sont entre la porte de Saint-Victor et celle de Bucy.n ( Mémoires de la Société de V histoire de Paris et de V Ile-de-France , t. IV, p. 290.)
(3) Mémoire de Bouquet, p. 194.
(4) Saüval, III, 63o.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, se débarrasser de tous leurs résidus en les jetant dans les fossés produisaient une accumulation continuelle d’immondices sur ce point. De la porte des Cordeliers à celle de Nesle, la pente est à peu près nulle, en sorte que la porte de Buci, se trouvant entre les deux, était la plus incommodée.
Indépendamment des travaux d’assainissement qu elle faisait exécuter par mesure ordinaire de voirie^, la Ville mettait à profit toutes les occasions qui se présentaient pour remédier au mal : c’est ainsi qu’elle avait toujours soin d’ajouter aux cahiers des charges dressés en vue d’opérations spéciales — tels que le percement et la continuation de la rue Dauphine, la construction de la porte de ce nom, la réfection des portes de Buci et de Nesle — une ou plusieurs clauses concernant l'établissement d’égouts dans les fossés, leur nettoiement, la pose de grillages destinés à prévenir les dépôts d’ordures , et en général l'assainissement de tout le pourtour de la ville La fréquence des ordonnances et mandements rela- I i fs à ce sujet fait pressentir la prochaine destruction de l’enceinte et des divers ouvrages dont elle se composait, ouvrages devenus inutiles pour la défense; la muraille, les fossés, les allées des murs n’étaient donc plus que des occasions de dépense et des causes d’insalubrité.
Cette inutilité, en ce qui concerne la porte de Buci, ressort d’une singulière permission accordée par la prévôté des marchands et attaquée par les jurés de la chapellerie ; la Ville avait permis, ttpar charité, au sieur de Cuisy , chappelier, d’establir ses chappeaulx soubz le portail, entre la porte et le pont-levis de la porte de
;|> Nous citerons, parmi plusieurs autres documents de ce genre, un mandement du i3 septembre 1 6 1 4 , adressé à Augustin Guiliain , maître des œuvres pour refaire promptement et sans délay travailler à la tranchée nécessaire pour l'escoullement des eaux croupissantes dans le fossé des portes de Nesle et de Bussy, pour esviler les inconvéniens que les exalations des dictes eau es puantes et corrompues pourroient apporter aux bourgeois et liabilans dudict quartier. . . Et pour esviler que à l'advenir les immondices des quartiers voisins des dielz fossez n’y soient poussez et avaliez par les boueurs..., ledit Guiliain fera faire, par le serrurier de la ville, des grilles et barreaux de fer à maille, de la largeur jugée nécessaire, et iceulx faire mettre aux trous et ouvertures par lesquels les esgoustz et eaues plu vialles entrent esdielz fossez.» (H 179b, fol. 279.)
:’) Les deux traités faits avec Edme Ravière, tant pour la construction de la porte et le prolongement de la rue Dauphine que pour la réfection de la porte de Nesle, contiennent des clauses relatives à la désobstruclion et à l'assainissement des fossés de
la porte de Buci. Le second cahier des charges notamment contient les stipulations suivantes: w El d’autant que la ville faict despence de plus de deux cent livres par an, l’un portant l’autre, àl’entretenement du pont-levis de la porte de Bussy, qui 11e sert qu’à incommoder le peuple au passage, à cause des chesnes de fer, garde-fous et flesches qui empeschent les passants de s’échapper, joinct les grandes puanteurs quy ne se peuvent souffrir en cet endroit, l'entrepreneur sera tenu faire une bonne et forte voûte de pierres de taille, au lieu du dict pont-levis, qu’il raccordera au canal du fossé; ce fait, remontera icelluy canal vers la porte Saint - Germain ... , et sera tenu rellever le pavé de la rue de Bussy . . . , et faire un adoucissement pour passer avec facilité à la dicte porte par dessus l’arcade, au lieu du pont-levis... et fera mettre à toutes les ambouschures dudict canal de bonnes et fortes grilles de fer, pour empescher à l’advenir que les boueurs et autres personnes n’avallent les boues dans icelluy canal, comme ils le font journellement.» (H 1807, 25o
et 25 1).
PORTE DE SAINT-GERMAIN, DITE PLUS TARD PORTE DE BUCI. 93 BucyW», et la corporation des chapeliers y voyait une atteinte à ses privilèges. La porte maudite, la porte scélérate, «estoupée et muréen pendant si longtemps, pour avoir livré passage aux Bourguignons, alliés des Anglais, était donc devenue un vulgaire étalage de chapeaux !
Le mouvement de construction, auquel avait donné lieu le prolongement delà rue Dauphine, allait, d’ailleurs , enserrant chaque jour plus étroitement la porte de Buci. C’est en 1 G 3 9 seulement que la Ville avait traité avec Edrnc Ravière pour continuer la rue Dauphine jusqu’au chemin sur les fossés, et, le 1 y janvier 1 64 1 , elle s’opposait a à la vente et adjudication en cour de Parlement, de six eschoppes et boutiques basties entre la porte de Bussy et ladite rue Dauphine, sur des places à ladite ville appartenant l!h.
Ces places ne pouvaient être que des dépendances de l’allée des murs et du fossé contigu à la porte de Buci , puisque le mur auquel s’adossait la porte Dauphine n’était point encore démoli.
L’urgence de cette démolition et la nécessité de combler les fossés de la porte de Buci se faisaient, d’année en année, plus impérieusement sentir. Nous avons relevé, dans les Registres du Bureau de la Ville , une ordonnance rendue par la prévôté des marchands, sur le rapport de Jean Dorvial, tt préposé au curement et nettoyement de l’égoust de la porte de Bussy qui se descharge en la rivière, proche le collège des Quatre-Nationsu, et constatant que «plusieurs propriétaires des maisons voisines dudit égoust y avaient les descharges des fosses d’aysances desdites maisons; ce qui estoit une des principalles causes de l’engorgement dudit égoust l’h.
Cette ordonnance est du 18 novmebre 1672; elle précède donc de très peu de temps la mesure générale prise pour le comblement des fossés, le renversement de la muraille, la démolition des portes et la vente des terrains de l’allée des murs, c’est-à-dire pour la destruction de tous les ouvrages de l’enceinte. Plusieurs pièces extraites des Registres du Bureau de la Ville M , ainsi qu’un compte de 167/1, cité par Bouquet dans son Mémoire^, parlentde « la place ou estoit la porte de Bussy n.
M. A. Bonnardot, dont ou connaît les patientes recherches, déclare n’avoir «jamais rencontré de dessin particulier, ni d’estampe concernant cette porte n. Les plus anciennes vues que nous en ayons sont celles que donnent le plan de Braun, dit aux trois personnages, dressé vers 1 5 3 0 , c’est-à-dire avant la reconstruction dont parle Gorrozet, et la Tapisserie ( 1 5 1 2-/10) , ou plutôt la Grande Gouache qui
Registres, etc., H 1806, fol. 35 g. (4) Nous les avons groupées en un appendice col-
<a) Ibid. , H 1806, fol. 87. lectif placé à la fin du volume.
(5) Ibid., H 182/1, fol. 109 et 110. (5) Mémoire, etc., p. 277.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, eu avait reproduit ie dessin en le modernisant. Ces deux documents icbnographiques ne laissent voir la porte de Buci que très confusément : autant qu’on peut en juger, c’est une baie entre deux tours reliées par un pan de muraille. Même aspect sur les plans de Saint-Victor (i55o) et de Truschet (i55a); le pontlevis est très apparent, les tours sont crénelées, et en avant de la porte s’étalent deux pâtés de maisons formant le point de départ de la rue de Buci. Belieforest ne paraît pas tenir compte de la reconstruction (1575) mentionnée par Corrozet : la porte, figurée sur son plan, est toujours une baie flanquée de deux tours crénelées, telles qu’011 les voit sur ceux de Saint-Victor et de Truschet.
A dater du xvne siècle, les figurations ichnographiques de la porte de Buci sont un peu moins fantaisistes. Quesnel et Vassalieu (1609) la représentent sous la forme d’un pavillon quadrangulaire dans lequel est pratiquée une baie : ici, le pavillon est crénelé et sans toiture; là, il est surmonté d’un toit pyramidal. Mérian ( 1 6 1 5 ) et Melchior Tavernier (1 6 3 0) figurent également la porte de Buci sous la forme d’un pavillon flanqué, à droite, d’une tourelle, à l’intérieur de laquelle rampe l’escalier à vis. Le fossé paraît comblé en partie, et sur sa berge extérieure s’alignent les maisons destinées à former le côté oriental de la rue Neuve-des-Fossés, ou des Fossés-Saint-Germain (de l’Ancienne-Comédie). Gomboust ( 1 G 5 a ) et Jean Boisseau (1 6 5 4 ) montrent la porte de Buci encore debout, à quelques pas de la moderne porte Dauphine. C'est toujours le pavillon quadrangulaire dessiné par les topographes du commencement du xvne siècle ; mais Boisseau la représente flanquée de deux tourelles.
A partir de 1672 , date de la publication du plan de Jouvin de Rochefort et de la destruction systématique des vieilles enceintes, la porte de Buci et sa voisine ne figurent plus sur les représentations ichnographiques de la ville transformée: la vieille enceinte, ses portes, ses tours, ses allées et ses fossés sont définitivement condamnés.
PORTE DES CORDÈLES.