‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 42 sur 206 · PORTE GIBARD, D’ENFER OU DE SAINT-MICHEL · texte numérisé non relu

PORTE GIBARD, D’ENFER OU DE SAINT-MICHEL

Sommaire : Origine, importance et dénominations successives de la porte Gibard. ■ — ■ Mode de construction et aspect. • — Additions aux ouvrages primitifs. — Événements dont cette porte a été le théâtre. — Utilisation d’un reste de tour ayant fait partie de la porte Sainl-Michel pour la distribution des eaux d’Arcueil. — Devis des travaux à exécuter. — - État des concessions servies par le château d’eau de la porte Saint-Michel. — Marché de la porte Saint- Michel. — Fausse porte Saint-Michel.

La porte qu’on a désignée successivement sous ces trois noms était la quatrième du demi-cercle méridional de l’enceinte de Philippe-Auguste, à partir de la tour de Philippe-Hamelin , non compris la porte Dauphine, d’origine moderne. Elle avait été percée dans i’axe de la rue de la Harpe, ancienne voie gallo-romaine de second ordre conduisant au palais des Thermes, et constituait une entrée de Paris, moins importante sans doute que la porte Saint-Jacques, mais assez fréquentée par la population de la banlieue du sud-ouest. On sait, en effet, que le chemin de Vanves et de Chevreuse y aboutissait, après avoir contourné les murs du château de. Vauvert, où s’établirent les Chartreux.

La construction de la porte Gibard eut lieu entre les années 1200 el 121 1 ; peut-être fut-elle achevée un peu plus tard, comme celle que Philippe-Auguste céda aux religieux de Saint-Germain-des-Prés, pour les indemniser de l’emprise faite sur leur censive; mais, au témoignage de Rigord, l'ensemble de la fortification fut promptement terminé, ctbrevi tempore complété rn 11.

Le nom qui lui fut donné tout d’abord était celui du territoire au milieu duquel elle était située. Le propriétaire ou locataire à cens de ce terrain se nommait Gibard, Gibart, Gibert ou JubeH; 011 trouve, en effet, ces quatre variantes dans les titres. Dans un acte de i23o, c’est-à-dire presque contemporain de la construction de la porte dont il s’agit, on lit ttportam de GibardoW 11; des lettres patentes de 1272 disent rcportam Gibardi^n. Un acte de 1281 mentionne et quatre mesons en la rue si corne en va de sainct Estienne des Grès à la porte Gibert 3) r,. Enfin, la taille de 1 3 1 3 donne à la porte le nom de Jubert, qui doit être une altération de Gibert et Gibard.

(I) Do Breul, p. 5 1 5 . — (S) Félibien, Preuves, 1,293. — (3) Ibid. , p. io3

Mais, si le territoire de Gibard a servi ordinairement à désigner la porte dont nous nous occupons, le chemin ou rue d’Enfer, qui s’étendait au delà dans la campagne, lui a valu peu après une seconde dénomination. Nous n’avons point à rechercher ici les causes de cette appellation Enfer; nous les avons exposées ailleurs W, et nous renvoyons le lecteur à ce que nous en avons dit. Dans un contrat de vente de 1 a 46, la porte Gibard est nommée hoslium pour ( estium ) Ferli; un autre titre, postérieur de quelques années, donne de Ferto; un document de 1271 contient les mots hoslium Ferri; dans l’acte de fondation du collège d’Harcourt ( 1 3 1 1 ) on lit porta Inferni; même locution dans la donation de la porte faite aux Jacobins, en 1317V2); enfin des lettres patentes de 1 3 6 5 l’appellent en français porte ( l’Enfer M.

Le mot Enfer se justifie, avons-nous dit, par la dénomination du chemin parallèle à la rue Saint-Jacques et conduisant au château de Vauvert M. Celui de Fer serait motivé, dit Jaillot, par l’apposition de plaques de ce métal sur les panneaux de la porte, pour la fortifier.

Quoi qu’il en soit de ces conjectures, les deux mots fer et Enfer se retrouvent sur plusieurs plans relativement modernes, ce qui prouve qu’ils étaient restés en usage, même après l’adoption d’un autre vocable.

L’appellation la plus moderne est celle de porte Saint-Michel. Elle la devait, dit Sauvai après Corrozet, à Charles VI qui la lui avait imposée, en la faisant reconstruire. Mais pourquoi ce nom donné à la porte nouvelle, plutôt que l’un des deux sous lequel l’ancienne était connue? Ici se présentent diverses explications, entre lesquelles il faut faire un choix. On a dit que la porte d’Enfer, ou Gibard, avait pris, à partir de la lin du xivc siècle, le nom de Saint-Michel, parce qu’elle donnait entrée dans la rue de la Harpe, laquelle conduisait au pont Neuf, ou pont Saint-Michel, ainsi appelé lui-même à cause du voisinage de la chapelle du Palais, placée sous l'invocation de l’archange saint Michel. La construction de ce pont fut en effet terminée en 1387, c’est-à-dire quelques années avant la réparation de la porte, et il se pourrait que cette coïncidence eût influé sur la dénomination appliquée à ces deux ouvrages.

Du Ghesne, contemporain de du Breul et enclin, comme lui, à tenir compte des superstitions populaires, rattache, par un certain côté, le nom de la porte Saint-Michel à l’histoire fabuleuse du Diable de Vauvert : et Charles VI , dit-il , voulut que cette porte fust, par contrariété, appelée Saint Michel, du nom de ce glorieux archange qui précipita le chérubin apostat dans l'abysme de l’Enferl5). n

11 Voir vol. du Bourg Saint-Germain , p. i33. m Du Breul, p. 5oi .

Ibicl. , p. 5o3.

Corrozet semble faire du mol Enfer une cor¬

ruption de Vauvert : «-la porte à' Enfer, ou Vauvert , dit-il, que Charles VI feit nommer porte Saincl- Micheln, f1 i38, v°.

(5) Antiquité i des villes de France, p. i38.

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