PORTE GIBARD, D’ENFER OU DE SAINT-MICHEL
Ainsi, de même que l’établissement des Chartreux dans les ruines du vieux château de Vauvert en avait chassé les démons, l’imposition du vocable de Saint- Michel à la porte nouvellement réparée purifia la rue d’Enfer et acheva de purger la région de toute inlluence diabolique.
Moins crédule que du Chesne, Sauvai donne à l’appellation dont il s’agit des motifs plus raisonnables : « Charles VI, qui fit rebastir cette porte, la nomma, dit-il. Saint-Michel, non seulement parce que cet archange avoit été choisi pour patron du royaume, mais aussi à cause qu’une de ses filles portoit ce nom-là, qui naquit en 1 3 9 i W. 11
Du Chesne place cette naissance à l’année i4oi , et convient qu’elle n’a pas peu contribué à la nouvelle dénomination de la porte. M. A. Bonnardot®, qui a recueilli et discuté ces diverses opinions, conjecture que la naissance de la princesse eut lieu le 2g septembre, jour de la fête de saint Michel et pense que, rc à cette occasion , on féminisa le nom du saint, coutume assez bizarre, mais dont 011 a plus d’un exemple ((l) * 3 *h n
Au temps où écrivait Guillebert de Metz ( 1 434), la porte n’était plus désignée par le nom de Gibard, et il y avait peu de temps qu’elle avait pris celui de Saint- Michel. Ce descripteur la mentionne, en effet, dans les termes suivants : a la porte d’Enfer, que l’on appelle maintenant la porte Saint Michel Wj.
Nous devons enfin mentionner une quatrième dénomination assez peu connue, donnée à la porte dont il s’agit : de ne sais, dit Sauvai, où l’auteur de la vie de saint Dominique a lu que la porte Saint Michel s’appeloitla porte de Narbonne; il le dit sans garant (5>. * Si elle a jamais porté ce nom , elle le devait très probablement au collège fonde, en 1 3 1 7, par Bernard de Farges, archevêque de Narbonne, et situé dans la rue de la Harpe, à une centaine de toises plus bas. Il se peut, dit M. A. Bonnardot, que cet établissement ait, du moins pendant quelque temps, cest-à-dire à 1 époque de sa nouveauté, communiqué le nom de Narbonne à la porte dont il était voisin.
Tout porte à croire que la porte Gibard, d’Enfer ou de Saint-Michel, avait été bâtie sur le modèle de celles de Buci et des Cordeliers; elle devait donc présenter à peu près le même aspect. Sauvai affirme, à tort, qu elle fut reconstruite sous le régné de Charles \I. Il est possible, comme nous l’avons dit pl us haut, que la muraille, les tours et les portes de l’enceinte de Philippe-Auguste aient été modifiées sur la rive gauche, et appropriées aux nécessités militaires créées par l’artillerie. En
(l) Sauval, I, p. 36 .
!) Diss. arch. sur les enceintes de Paris, p. 282.
(3) On peut en citer trois, pour les anges et ar¬
changes seulement : Gabrielle, Rafaëla et Michelle.
(4) Voir notre édition de Guillebert de Metz dans la collection générale de l’histoire de Paris ( Paris et ses historiens aux xiv' et xve siècles, p. 222).
(5) Sauval, I, p. 36.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, renonçant à poursuivre la muraille dite de Charles V dans la région méridionale de Paris, on dut ajouter quelque chose aux parties de l’ancienne fortification jugées insuffisantes, et c’est ainsi qu'on fut amené à faire, principalement aux portes, des réparations et additions assez considérables pour mériter le nom de reconstruction. On crut préalablement devoir munir la porte Saint-Michel d’une avant-porte, c’est-à-dire d’un ravelin et d’une barbacane; on ajouta sans doute à ces ouvrages extérieurs un pont-levis précédant le pont-dormant; enfin, on put modifier le couronnement et les moyens de défense des tours, mais on ne les transforma point en bastides carrées , comme celles qui fortifiaient la nouvelle enceinte sur la rive droite. Les vieux plans représentent, en effet, les deux tours de cette porte avec la forme ronde quelles conservèrent jusqu’à leur destruction, du moins vers la campagne, côté que nous montrent ces plans anciens. Or l’agencement extérieur des maisons voisines de la porte influa sans doute sur ces dispositions, comme il arriva sur tout le parcours de l'enceinte et aux approches des tours, où les propriétaires riverains touchèrent aux détails de la fortification, avec ou sans autorisation pour le faire; mais il est tout à fait improbable que la porte ait été reconstruite en entier, sous le règne de Charles VI, avec des tours cylindriques, alors que le système des bastides rectangulaires avait prévalu pour la nouvelle fortification de la rive droite (1).
La porte Gibard fut, comme celle de Buci, l’objet d’un don royal. En avril 1817, Philippe le Long en fit présent aux Jacobins, dont le couvent touchait à l’enceinte. La donation comportait, sans doute, ainsi que celle de l’archet Saint- Merri (*), la perception du revenu que produisaient les entrées. Ce 11 est pas, d’ailleurs, la seule faveur dont aient joui les Jacobins; nous énumérerons plus tard les concessions qu ils obtinrent du roi et de la Ville.
Les événements dont la porte Saint-Michel fut le théâtre ne sont pas nombreux, elle ne comptait point parmi les quatre principales entrées, auxquelles on suspendait les membres de certains suppliciés; elle 11e livrait pas, comme la porte Saint- Jacques, passage aux grands cortèges; toutefois, les hauts personnages qui allaient visiter les Chartreux se rendaient au monastère et en revenaient par cette voie. Le Journal d’un bourgeois de Paris, qui contient une ioule de menus détails, 11e renferme rien qui soit relatif à la porte Gibard, si ce n est que, en 1 an 1 4 1 0 ,
(1) Philippe d’Acv, dans ses comptes dont nous avons reproduit plusieurs fragments, mentionne plusieurs fois la porte d’Enfer, comme ayant été, en 1 36 6 , l’objet de divers travaux de réparations. O11 y transporte, rrde derrière les Augustins, xxix muis, ix septiers de chaux.;» ce qui indique un chantier d’une certaine importance. On y conduit
rrgrans quarreaulx de grès» ; on s’occupe d’y « lever et haucier les murs.» ( Mémoires de la Société de l’histoire de Paris et de l’ île -de- France , t. IV, p. 281, 282, 295.)
(2) Voir les notes ajoutées au texte de Raoul de Presles dans Paris et ses historiens aux xivc et xvc siècles.