PORTE G1BARD, D’ENFER OU DE SAINT-MICHEL
point même où s’élevaient les portes : non seulement, en effet, la Ville n’avait à payer ni expropriation ni indemnité pour adosser ces fontaines, puisque les dépendances des portes lui appartenaient; mais encore elle transformait en réservoir les restes des tours, des pavillons et des pans de murs des portes supprimées, ce qui réduisait de beaucoup la dépense. Il paraît donc certain que plusieurs fontaines de la même époque, celle des Cordeliers, par exemple, qui touchait à la porte Saint-Germain, celle du Temple, qui était voisine de la première porte de ce nom, celle de Montmorency, qui marquait l’endroit où l’enceinte bastionnée, dite de Richelieu, coupait la rue Montmartre, étaient, comme celle de la porte Saint-Michel, alimentées par un réservoir installé dans une tour ou dépendance quelconque de la porte; ce qui constitue un point de repère absolument exact.
Voici le devis des travaux que Julien Pourrat exécuta pour approprier à cet usage ce qui restait d’une des tours de la porte Saint-Michel :
«Et premièrement, la charpenterie du comble garny de sablières en platte forme sur les murs, au pourtour de ladicle tour, de sept ihoises de long, vingt poulces de largeur, quatre poulces d’espoisseur, au-dessus desquelles sablières sera assemble' une maistresse ferme, garnie de deux chevrons, de trois toises de long chacun, ou environ, quatre et six poulces de grosseur, ung entrect de dix pieds de long, cinq et six poulces de gros, un poinson de neuf pieds sept poulces de gros, quatre jambettes, deux aisselliers, le tout des longueurs qu’il appartiendra suivant le plan qui sera baillé à mes dictz sieurs.
Item, sera faict la charpenterie de cinq fermes communes, chacune ferme garnie de deux chevrons, ung entrect, deux aisselliers, quatre jambettes, le tout des longueurs que l’autre ferme cy devant escripte, et de quatre et six poulces de grosseur aux deux noullets, qui seront renversez sur le comble du vieulz logis, garny de entrects et embranchements comme il appartiendra.
Item, sera Faict la charpenterie d’un charron de crotippe, garny d’un entrect, un aissellier, deux jambettes, le tout des longueurs qu’il appartiendra et des grosseurs cy devant escriptes.
Item, sera faict la charpenterie de dixhuictdemy fermes dans la crouppe, garny d’un entrect, ung aissellier, une jambette, le tout des longueurs qu’il appartiendra et grosseurs susdictes.
Item, sera faict la charpenterie du plancher, lequel sera garny de onze sollives de treize à quatorze pieds de long et une poutre de trois thoises de long au dessoubz de la cloison qui faict séparation de la tour et du vieux logis, au dessus de laquelle sera mis un potteau pour susporter la poultre qui porte le comble du vieux logis au dessus.
Ce que certifions à vous mes dictz sieurs estre véritable tesmoing, mon seing cy-mis.
Faict ce quinziesme jour de mars mil six cens vingt quatre; signé Julien Pourrat.
Du vingt troisiesme jour de mars mil six cent vingt quatre. Le dict jour, Messieurs les prevost des marchans et eschevins de la ville de Paris ont faict marché avec Jullien Pourrat, maistre des œuvres de charpenterie de la Ville, pour faire par le dict Pourrat les ouvraiges de charpenterie qu’il convient faire pour la Ville à la porte Sainct Michel, pour le faict des fontaines de Rongis, et cy devant mentionnées, moyennant le prix et somme de trois cens livres tournois le cent, à la charge pariceluy Pourrat de travailler promptement aus dictz ouvrages et de les faire bien et deuement; dont il sera payé par le receveur de la dicte Ville en vertu des ordonnances
et mandements des dictz sieurs prevost des marchands et eschevins; ce que le dict Pourrat a promis faire Oh v
Le château d’eau ou réservoir de la porte Saint-Michel alimentait un assez grand nombre de fontaines publiques et de concessions privées. Un état de distribution, dressé en 1669, donne la liste des concessionnaires, telle qu’elle avait été arrêtée, l’année d’avant, par le Bureau de la Ville. On lit dans les Registres du Bureau : ttLe h octobre 1 G 6 8 , nous nous sommes rendus au regard de la prise d’eau à la porte de Saint-Michel, où nous avons reconnu que toutes les eaux appartenant à la Ville s’y rendoient, et que la distribution s’en faisoit tant aux fontaines publiques qu’aux particulières, suivant ce qui en avoit esté réglé et accordé à chacun d’eux. 11 (H 1821, f° 11 5.)
Vient ensuite l’état général de distribution : nous n’en extrayons que la partie relative au réservoir de la porte Saint-Michel W.
A la suite de cette transformation, l’emplacement de la porte Saint-Michel fut bientôt envahi par les maisons qui se construisirent .adroite et à gauche, sur les terrains de l’enceinte et des fossés. Les rues des Francs-Bourgeois et Saint- Hyacinthe, en particulier, l’enserrèrent, en dedans et en dehors de la muraille, ne laissant en avant et sur l’emplacement des ouvrages extérieurs qu’une place sur laquelle fut établi le tt marché de la porte Saint-Michel i>. L’écriteau qui désignait cette place a été conservé et encastré dans une maison moderne faisant l’angle du boulevard Saint-Michel et de la rue de Médicis.
Le marché delà porte Saint-Michel avaitété concédé par le roi à la dame Claire de Beaufïremont, comtesse de Flaix, dame d’honneur de la reine. Il devait être établi k sur une place estant hors la porte Sainct Michel, entre la rue d’Enfer et
(1) Registres du Bureau de fa Ville, H 2829.
(': Estât de la nouvelle distribution et concessions d’eaue provenant des sources de Rungis, accordées aux communautés , monastères , collèges et particuliers en la présente année M DC LXIX,
Au regard de la porte Sainct Michel.
Poiir Monsieur le Prince, cent quarante quatre lignes:
Pour Madame la Duchesse d’Eguillon, soixante douze lignes;
Pour le publicq dans la ville, trente six lignes;
Pour le publicq dans le faubourg Saint Michel, vingt lignes;
Pour les Jésuites du collège de Clermont, trente six lignes;
Pour la maison de Sorbonne, vingt quatre lignes;
Pour l’hospital de la Charité, vingt lignes;
Pour l’hospital des Petites Maisons, vingt lignes; Pour l’hospital des Incurables, douze lignes;
Pour les Jacobins du Grand Couvent , six lignes ;
Pour le noviciat des Jésuites , douze lignes;
Pour les Carmes deschaussez , dix lignes;
Pour l’abbaye Sainct Germain des Prez ,
Monsieur l’Abbé et la prison, douze lignes ;
Pour le college d’Harcourt, quatre lignes;
Pour Madame la Princesse de Conli, six lignes; Pour Monsieur de Liancourt , six lignes ;
Pour Madame de Périgny, quatre lignes;
Pour les Petits Augustins, six lignes.
(Registres du Bureau de la Ville, H 2822, f1 687 et suivants.)
PORTE GIBARD, D’ENFER OU DE SAINT-MICHEL, le fossé de la Ville, contenant quarante pieds de large sur quatre vingts pieds de long. . . , pour y vendre touttes sortes de marchandises s. Le maître des œuvres de la Ville fut chargé d’examiner le terrain et de donner son avis. 11 constata que l’emplacement proposé et faisant deux encoignures, l’une sur la rue d’Enfer, et l’autre surla rue du Fossé, l’estendue d’icelle place, jusques au poteau de bois séparant les l'auxbourgs Sainct Michel et Sainct Germain, pouvoit contenir environ vingt toises de long sur neuf de large. . . ; que cette place se réduisoit en triangle suivant l’aUignement des encoigneures des dictes rues d’Enfer et du Fossé; quelle deviendrait peu suffisante pour l’establissement d’un marché, à moins que d’outrepasser l’aUignement des dictes rues d’Enfer et du Fossé, ce qui serait grandement embarrasser l’arrivée et la sortie de la dicte porte Sainct Michel et tenir les abords d’une grande ville dans un embarras et un désordre continuel, d’autant que par cette place arrivent et passent grand concours de forestiers et toutes les marchandises messagères, carrosses et coches d’Orléans et des autres provinces qui sont le long de la Loire, et, de plus, presque tous les matériaux venant des carrières d’Arcueil et près des fauxbourgs Sainct Jacques et Sainct Michel, de sorte qu’il est bien difficile que la commodité publique s’y puisse rencontrer, lorsque cette place sera toute occupée de traiteaux et d’estaux en forme de petites bouticques pour y débiter les denrées u.
Malgré ce rapport défavorable, le Bureau de la Ville, ne voulant pas désobliger une et dame d’honneur de la Roynen, émit l’avis que ersoubz le bon plaisir du Roy et de Nosseigneurs de son Conseil, on pouvoit accorder à la dicte dame de Flaix la place quelle demande et lui permettre d’y establir un marché en tout l’espace qu’elle peut contenir, à l’allignernent des rues d’Enfer et du Fossé, et s’y faire poser le nombre de tretteaux, de bouticques et bacquets que la dicte place peut contenir^. ( Registres du Bureau de la Ville, H 1816, f°* 108, 109, 110 et 111.)
Le marché ne put être maintenu intégralement en cet endroit. Peu de temps après, on en transléra une partie sur la place du pont Saint-Michel, et, par contre, on déplaça certains ccéteaux, tréteaux, eschoppes et bouttiques installés sur le pont, pour les rétablir près la porte Saint Micheh'hn
Le seul point de repère qu’ait conservé extérieurement la porte Saint-Michel était la fontaine de Santeuil, dont nous venons de marquer l’emplacement, et dont nous qjarlerons plus amplement à l’article de la rue de la Harpe. Une partie de ses puissantes subslructions est restée dans le sol, et l’ingénieur Belgrand les a rencontrées en construisant la galerie d’égout qui passe sous le boulevard. Nous en avons nous-même constaté l’existence au point précis ou s’élevait la fontaine.
1 ; Voir, pour l’historicpie de ces diverses installations, les articles relatifs au pont Saint-Michel, à la rue de Hurepoix et au quai des Auguslins.
Nous ne terminerons pas cette monographie de la vieille porte Gibard sans dire un mot de la trfaulse porte Saint Michel n que montrent les plans des deux derniers siècles, et qui n’a pas échappé à l’attention de M. A. Bonnardot. Cette fausse porte avait été ménagée au point où aboutissait la tranchée du faubourg Saint-Germain; c’était une simple barrière reliant entre elles les deux parties de cette fortification coupée par la rue d'Enfer, et incorporant à la ville ce qui existait alors du faubourg Saint-Michel,