RUE DE E’ABREUVOIR-MÂCON, OU DU CAGNARD
Cette voie, qui a disparu depuis plus d’un siècle, n’était autre chose qu’une descente au petit bras de la Seine, en aval de la ruelle des Trois-Cbandeliers, et en amont du point où a été construit le pont Saint-Michel. Elle continuait, en plan incliné, jusqu’à la rivière, la Bouderie orientale; l’autre, la Bouderie occidentale, a pris plus tard le nom de rue Mâcon, parce que les comtes de Mâcon y avaient leur hôtel. Le même motif a lait appliquer cette dénomination à la descente qui conduisait à l’abreuvoir, ainsi que le dit Jaillot 0).
L abreuvoir Mâcon est mentionné dans la transaction qui eut lieu, en 127a, entre Philippe le Hardi, fds de saint Louis, et les religieux de Saint-Germaindes-Présl2'. Il s’agissait de déterminer les limites précises de la justice de l’Abbaye, et I abreuvoir Mâcon fut indiqué comme la limite orientale de cette justice : « A cuneo adaquatorü Malisconensis , eundo directe ad portant Sancti Germani, a dextera parle usque ad Secanam. «
Jusqu à la construction du pont Saint-Michel ou sPont-Neufn, qu’il ne faut pas confondre avec celui qui fut terminé sous le règne de Henri IV, l'abreuvoir Mâcon ne fut réellement qu’une ruelle conduisant au bord de l’eau. A la fin du xivc siècle, on lui donna le nom de te rue Neuve n, sans doute parce qu’il était voisin du tt Pont-Neuf t, construit, selon Du Haillon et Du Breul, par le célèbre prévôt
’ Voici le texte de cet auteur : et Lu rue de la vieille Bouderie ayant porté le nom de Mâcon , on le donna également au passage qui fuit la continuation de cette rue jusqu’à la rivière, et par lequel on nienoit abreuver les chevaux des comtes de Maçon; ce qui lui fit donner le nom quelle porte
encore aujourd’hui.» (Recherches critiques, etc. Quartier Saint-André-des-Arts, p. 96.)
C2) La pièce, datée deSaint-Germain-en-Laye, au mois de février 1272, a été publiée par D. Bouillard. ( Histoire de V abbaye de Saint-Germain-des-Prés , Pièces justificatives , n° 97.)
de Paris, Hugues Aubryot. Mais ce n’est pas la seule dénomination qu’on lui ait appliquée. <t Le petit peuple, dit Jaillot, lui a souvent donné le nom de Cagnard, mais mal à propos. Cagnard est un vieux mot qui signifie un lieu sale, plein d’immondices et d’ordures, tels que sont ceux qu’on voit au-dessous des maisons qui sont sur les ponts et sous les arches sous lesquelles l’eau ne coule pas. Ces lieux sont ordinairement très malpropres et servoient quelquefois de retraite, pendant la nuit, aux fainéants, vagabonds et gens sans aveu, qu’on appeloit aussi cagnards par cette raison®. v
Dans les temps modernes, la voie dont nous nous occupons a porté simultanément plusieurs noms. Le plan de lîullet et Blondel ( i 6 7 G ) 1 appelle nrue de l’Abreuvoir-Mâcon, ou le Gagnait. n , et un terrier de 1682, cité par Sauvai, la nomme crue du Renard® d. L’auteur du Dénombrement de Parts imprimé chez Valleyre, nomme cette rue Petit quai Bignon, dit encore Jaillot : la raison de cette dénomination anticipée était le projet de quai conçu par Jérôme Bignon, prévôt des marchands, pour la régularisation de la rive gauche de la Seine, à partir du pont Saint-Michel. O11 sait que le quai, projeté depuis longtemps, n’a été établi que sous le premier Empire, et qu’au nom de Bignon ont été substitués ceux de Saint-Michel et de Montebello.
La rue de l’Abreuvoir-Mâcon , modifiée lors de l’ouverture de celle du pont Saint-Michel, a disparu vers la fin du siècle dernier. Avant la reconstruction du pont et l’ouverture du boulevard Saint-Michel, elle était représentée par l’entrée du quai et la ligne de maisons descendant vers la rue de la Huchette. Aujourd'hui les trottoirs orientaux de la place Saint-Michel en occupent l’emplacement.
CÔTÉ ORIENTAL
(du Sud au Nord).
CENSI VE ET JUSTICE DE SAI\T-GKRMAIN-DHS-PRHS.
Maison des Buefs, dans la partie de la rue touchant au carrefour de l’abreuvoir
Recherches critiques, etc., Quartier Saint- André-des-Arts , p. 96. — On sait que Pasquier, dans ses Recherches de la France (liv. VIII , ch. xlii), donne de ce mot une plaisante étymologie; en parlant des ft ruffians, caimans et bélistres n qui couchaient sous les ponts, il dit : «On les nommoil cagnardiers , parce que tout ainsv que les canards, ils vouaient leur demeure à l’eauë.» Borel, dans son Nouveau Thrcsor des recherches et antiquités gau¬
loises (]>. 70), prétend que le mot vient de canis et que «il dénote des gens qui vivent en chiens».
0> Antiquités de Paris , III, GGG. Il v a là sans doute une erreur : les éditeurs de Sauvai auront lu Renard au lieu de Cagnard : ou plutôt ils auront confondu les Éluves à femmes de la rue de P Abreuvoir-Mâcon avec celles de la ruelle du Chat-quipêche, dénommée également rue des Routicles et du Renard.