RUE DE L’ABREUVOIR- MÂCON, OU DU CAGNARD
Mâcon, et faisan L le coin de la rue de la Huchette; indiquée par Bertv comme renfermant des
Estuves à femmes, dans la partie aboutissant à la Seine.
Nous ne connaissons que de nom la partie de cet immeuble appelée Maison des Bœufs; mais nous sommes un peu plus renseignés sur celle qui renfermait les Etuves el sur le rôle que ces établissements de bains jouaient au moyen âge. Nous en parlons plus loin à l’article de la rue des Etuves, et nous y renvoyons le lecteur. En ce qui concerne plus particulièrement la rue de l’ Abreuvoir-Mâcon, nous devons constater, avec Félibien et De Lamare, qu elle fut la première où le vice alla se réfugier, sous prétexte de bains, lorsque les mœurs publiques obligèrent saint Louis à tempérer la rigueur de ses ordonnances.
re II eût été à souhaiter, dit Félibien, que ce monarque eût pu maintenir, dans toute son étendue, la loi qu’il avoit faite contre les femmes débauchées . . . . ,mais l'excès de la corruption rendoit cette loi impraticable, surtout à Paris. 11 en fit une autre, la même année, par laquelle il ordonna que tt ( ouïes les femmes folles de leurs corps el commîmes fussent mises hors des maisons particulières. . . .; on donna un
nom infâme aux lieux où elles furent obligées de se retirer . Toutes les bonnes
et grandes rues leur furent interdites; on relégua les mauvais lieux dans celles de l'Abreuvoir-Mascon, de la Bouderie, du Froid-Mantel, près le Glos-Bruneau , de Glatigny, de Baillehoé, de Ileuleu, Chapon, Champ-Fleuri, à la Cour Robert de Paris, et en Tyron ù). v
Les tt estuves à femmes n de l’abreuvoir Mâcon étaient donc un lupanar déguisé.
CÔTÉ OCCIDENTAL
(du Nord au Sud).
CENSIVE ET JUSTICE DE SAINT-GERM AIN-DES-PRÉS. PAROISSE DE SAINT-SÉVERIN.
Partie postérieure des maisons en façade sur la rue du Pont-Saint-Michel et figurées au nombre de onze ou douze, depuis le carrefour de l’abreuvoir jusqu’à l’entrée du pont. Ces maisons, qui n’avaient qu’une façade très étroite et fort peu de profondeur, remplacèrent sans doute les logettes primitives où les femmes de mauvaise vie s’étaient réfugiées, lorsque la construction du et Pont-Neuf n, ou pont Saint-Michel, amena l’ouverture d’une large voie destinée à lui servir de débouché. C’est alors, selon toute apparence, qu elles cherchèrent un asile dans la maison des tt estuves à femmes v (voir la rue du Pont-Saint-Michel).
(1) Histoire de la ville de Pans, I, 343 , 345.
RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS
Cette rue, qui commence aujourd’hui à la place formée par la démolition de 1 église Saint-André et se termine au carrefour où aboutissent les rues Dauphine, de Buci , Mazarine et de l’Ancienne-Comédie, avait jadis pour point de départ l’extrémité septentrionale de la Bouderie orientale et conduisait à la porte de Buci, située à la hauteur do la rue Contrescarpe-Dauphine (aujourd’hui rue Mazet). On l’a confondue primitivement avec celle de la Huchette, qui en était, il est vrai, un démembrement : l’une et l’autre, en effet, faisaient originairement partie de cette voie dont nous avons déjà parlé et qui conduisait du Petit-Pont de la Cité au bourg Saint-Germain. Elle traversait, dans toute sa longueur, un terrain planté de vignes, qui se nommait Laos aux xnc et xiif siècles, et que les religieux de l’abbaye de Saint-Germain, auxquels il appartenait, identifiaient avec cette vigne, où s’élevait un oratoire dédié à saint Andéol. On sait que le roi Childebert avait acheté toutou partie de ce terrain, qui formait jadis les jardins du palais des Thermes, pour en laire don au monastère de Saint-Vincent, comme il est dit dans la charte de fondation de ce couvent h).
Il n’est plus possible aujourd’hui de déterminer avec précision les limites du clos de Laas : selon toute apparence, il avait pour bornes: au nord, la berge du petit bras de la Seine; au sud, la petite voie romaine représentée aujourd’hui par la rue de 1 Ecole-de-Médecine; au couchant, les terrains qui ont été coupés plus tard par l’enceinte de Philippe-Auguste; au levant, la rue de La Harpe et une partie de la rue Hautefeuille PL 11 ne semble pas qu il se soit étendu beaucoup plus loin vers le sud. Toutefois, en admettant, avec plusieurs historiens, que le clos de Laas représentait, en tout ou en partie, les jardins de l’Arx ou palais des ! hernies, ou inclinerait à reculer les bornes de ce territoire vers le midi et vers 1 orient. 11 semble que ces jardins devaient faire face au palais dont ils dépendaient et en joindre les bâtiments. Les deux petites voies qui les traversaient et qui sont représentées aujourd’hui par les rues Hautefeuille et de l’École-de- Médecine, pouvaient n’en point former la limite : on ne comprendrait pas, en effet, que ces jardins, lieu de plaisance pour les habitants du palais, eussent été situés plus bas vers la Seine que le point où se trouvait l’édifice, et en eussent été
(l) Voir le texte de cette charte dans le volume du Bourg Samt-Germam , p. 337. Voir également le chapitre préliminaire du présent volume, où nous identifions le clos de Laas avec les jardins de \'Arx.
(î) La question de « l’angle rentrant», que nous avons déjà examinée à propos des jardins de VArx ,
n’a pas été résolue pur Adolphe Berlv : on 11e saurait affirmer si cet angle résultait soit d’une délimitation primitive, soit des acquisitions laites par Childebert, soit enfin de la création de censives ayant ultérieurement diminué l’étendue de celle de Saint-Germain-des-Prés.
RUES A INT- A NDRE-DE S- AR S
séparés par une certaine zone de terrain. Ils devaient au contraire, et selon toute apparence, être contigus à la résidence impériale et s’étendre vers le sud, soit jusqu’au théâtre récemment découvert aux abords de la rue Racine, soit même jusqu’aux constructions romaines dont on a retrouvé les substructions sous le sol des rues Soulllot et Gay-Lussac.
Dans cette hypothèse fort vraisemblable, les terres de Gibart, qui ont valu à la porte d’Enl'er ou de Saint-Michel le premier nom par lequel on l’a désignée, auraient été un démembrement des jardins de 1 ’Arx, démembrement opéré au profit d’un acquéreur ou locataire à cens, du nom de Gibart, ou Gibert, à une époque que l’on ne saurait préciser. Ce qui corrobore cette opinion, c’est que la censive de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés se prolongeait au delà de l’enceinte de Philippe-Auguste jusqu’au point où elle rencontrait celle de Sainte- Geneviève; les terres de Gibart ne devaient donc point primitivement former solution de continuité entre la partie haute et la partie basse du fief de Saint-Germain.
Quoi qu’il en soit et pour nous borner aux origines de. la rue Saint-Andrédes-Ars, le percement et le lotissement des terrains du clos de Laas paraissent n’avoir été opérés que dans la seconde moitié du xu' siècle. DuBreul, Félibien et dom Bouillard1') disent que, en 1179, l’abbé Hugues V <2), voulant fonder son anniversaire, bailla le clos à bâtir. Les premières constructions durent s’élever le long de la voie allant du Petit-Pont à l’Abbaye, et en bordure des sentiers qui venaient y aboutir. C’était, en effet, la partie du clos de Laas la plus rapprochée de la Cité, la plus voisine des écoles de la rue du Fouarre, et l’on se rend compte ainsi de la rapidité avec laquelle les terrains furent accensés. Tout le groupe de la rue Saint-André (rues de l’Hirondelle, Gilles-le-Queux, du Cimetière-Saint- André, de l’Eperon, Pavée, des Grands-Augustins, etc.) date de cette époque.
En affirmant que la rue Saint-Audré-des-Ars s’est d’abord appelée rue de Laas. ainsi que la rue de la Huchette, Jaillot s’est appuyé sur la tradition et la vraisemblance, plutôt que sur des documents écrits : la petite voie romaine que représentent ces deux rues, traversait, en effet, les jardins de YArx dans une direction oblique, pour aller s’embrancher sur une autre voie plus importante représentée par la rue de Sèvres. II est donc très vraisemblable qu’on 11’a pas distingué ori-
;l) Voici le lexte de dom Bouillard et de Félibien :
tr L’abbé Hugues, après son voyage de Home, permit à plusieurs particuliers de construire des maisons dans une partie considérable des vignes de son abbaye, plantées au territoire de Laas, entre la ville de Paris et le bourg de Saint-Germain, à condition que les propriétaires lui payeroient tous les ans, pour chaque maison, trois sols de rede¬
vance. n ( Histoire de l’abbajc de Saint-Germain-de.s- Prcs , liv. III, p. 98.)
fr Hugues V de Monceaux, abbé de Saint-Germain, aliéna la plus grande partie de ce clos ou territoire, en 1179, pour fonder son anniversaire, à la charge qu’on y bastiroit des maisons, n (Histoire de la ville de Paris , 1 , 166.)
l2) Nous avons reproduit un sceau de Hugues Y dans le volume du Bourg Saint-Germain , p. 1
ginairement les deux rues, et qu’on leur a donné le 110m du territoire qu’elles
sillonnaient.
Les plus anciennes pièces manuscrites désignent la rue Saint-André par le monastère auquel elle conduisait ou par le point d’où elle partait; nous l’avons trouvée ainsi énoncée : Via Sancli Germani de Pratis (1 20g) ; vicus per quem itur a Parvo Ponte ad Sanction Germanum de Pratis ( 1 2 5 7, 1262, 1 2 7/1 ). Depuis la fin du xiiic siècle jusque vers le milieu du xvie, 011 a écrit : rue Sainct Germain (1 297- 1/17 6) , grant rue Saint-Germain (i35g); grant rue Saint-Germain-des-Prés ( 1 5 3 1 ) .
Cette dénomination, qui prévaut depuis longtemps et qu’on applique exclusivement à la rue dont nous nous occupons, est partagée, aux xiv' et xvc siècles, avec la rue des Cordeliers, par suite de la fermeture delà porte de Buci. Les habitants de la Cité et de la rive gauche de la Seine ayant été obligés, pour se rendre à l’Abbaye et au bourg Saint-Germain, et réciproquement, de passer par la rue des Cordeliers, cette dernière voie prit momentanément le nom de Saint-Germain, au détriment de celle qui le portait d’abord. On s’habitua donc, peu à peu, à la distinguer de sa concurrente, par le vocable de l’église située à son extrémité orientale, tout en mentionnant son ancienne dénomination. On lit, en effet, dans un censier de i5A3 : te la grant rue Sainct Germain, aultrement à présent appellée la rué Sainct- Andry-des- Arcs v. Diverses variantes se rencontrent pour les deux termes de l’appellation : andrieu, andieu, ars, arcs, arts. Nous devons toutefois faire remarquer que le vocable de saint André apparaît dans les documents dès le xme siècle : nous avons trouvé la mention Vicus Sancli Andrei dans plusieurs pièces de 1226 et 12 3g.
Le Beuf, relevant dans les textes ces diverses appellations, a pensé que la rue Saint-André-des-Ars a pu recevoir deux vocables, motivés par les deux sanctuaires auxquels elle conduisait; dans sa partie orientale, elle aurait été dénommée rue Sainl-zlm/rÿ ou Saint-/! nr/neu, parce qu’elle touchait au chevet de l'église de ce nom; à son extrémité occidentale, par où elle tendait à l’Abbaye, elle aurait, au contraire, pris le nom de Saint-Germain. L’opinion n’est point déraisonnable; mais Le, Beuf a tort de l'appuyer sur un passage du Dit de Guillot: ce passage est ainsi conçu :
De la grant ruë Sainct Germain Des Prez, si fait rnë Cauvain (l);
Et puis la ruë Sainct Andri Dehors mon chemin s’estendi Jusques à la ruë Poupée.
;i) La voie appelée Cauvain par Guillot a été Goyani, en français, rue Cauvain , Gauguin et très diversement orthographiée : de 1267 à i53i, Gaugai. Voir plus loin l'article relatif à la rue de on la trouve dénommée en latin Vicus Galgani et l’Eperon.
RUE SAINT- ANDRÉ -DES- AR. S. Hy
En suivant la marche de ce descripteur, on se convainc que la rue appelée par lui rtSainct Andri r ne peut être que celle du Gimetière-Saint-André, par laquelle on allait en son temps, et l’on va encore aujourd’hui , de la rue de l'Éperon à la rue Poupée W. On longeait alors le côté méridional de l'église; depuis la démolition de cet édifice, on débouche sur la place qui en occupe le sol.
Sauvai a relevé, dans le Livre de la Taille de 1 292, une autre dénomination: rue de la Clef, et il l’applique à la partie de la rue Saint-André s’étendant de l’une à l’autre Bouderie (2). Est-ce le voisinage des ateliers où l’on travaillait le 1er qui aura valu à celte extrémité orientale de la rue une telle appellation? Le devait-elle à une enseigne de serrurier? cela n’est point invraisemblable. Ce qui l’est, plus, c’est l’explication donnée par Sauvai et renouvelée par Jaillot <3) : selon ces historiens, le nom de « rue de la Clef 11 serait une allusion à la trahison de Permet Le Clerc, qui déroba à son père les clefs de la porte de Buci et introduisit par cette porte les Bourguignons dans Paris. Or, on sait que le fait est postérieur de plus d’un siècle au Livre de la Taille de 1 292 ; il ne saurait donc constituer une explication sérieuse, le rédacteur du rôle de l’impôt n’ayant évidemment point eu le don de prescience.
11 nous reste maintenant à rechercher la raison du surnom ajouté au vocable de l’église et de la rue, des arls, des arcs et des ars. Ces trois formes ont donné lieu à divers commentaires que nous allons discuter.
On a dit d’abord que la véritable leçon était des arls, parce que l’église et la rue auxquelles on applique cette dénomination additionnelle se trouvaient à l’entrée du quartier de l’Université, où s’enseignaient les arts et où siégeait la faculté de ce nom. Une pareille étymologie est d’autant moins sérieuse que la rue Saint-André ne possédait qu’un collège, celui d’Autun, fondé au xive siècle seulement, el que l’église Saint-André n’a jamais eu, comme Saint-Côme et les Malhurins, ie caractère universitaire.
On a prétendu ensuite qu’il fallait écrire des arcs, soit parce que, à l'époque mérovingienne, il se trouvait, aux environs, des arcades remarquables, celles
(1) La rue Poupée, raccourcie dans sa partie orientale par le percement du boulevard Saint- Michel , el élargie dans sa partie occidentale aboutissant à la place Sainl-André-des-Ars, est considérée aujourd’hui comme un prolongement de la rue Saint-Sé vérin , dont elle porte le nom.
(î) rr Celte rue commence au coin de la Bouderie et finit au coin delà rue Mâcon, regardant la place du pont Saint-Michel. Elle est nommée ainsi , à cause de Périnet Le Clerc qui jeta les ciels de la porte de
Bussy par-dessus la muraille. La maison qui lui appartenoit, au coin, liil rasée, et pour marque de sa trahison . sa figure y est posée sur la borne. * (Antiquités de Paris, 1. 19 G.)
(3) rr II faut, dit Jaillot, remonter au règne de Charles VI pour rendre raison de celle dénomination. t) Et alors il raconte Pliisloire de la trahison de Périnet Le Clerc, surnommé Ferron, parce que son père était ferronnier. ( Quartier Saint-André des- Arts , p. 5 80.)
du palais des Thermes, par exemple, ou de l’aqueduc d’Arcueil amenant les eaux dans cet édifice, soit parce qu'on vendait, dans la rue Saint-André ou dans celles qui en étaient voisines, des arcs et des flèches. Celte étymologie, a-t-on dit, se justifierait par la dénomination de quelques rues environnantes qui semblent avoir été vouéesà la fabrication de certaines pièces d’armure, telles que la boucle, l’éperon, la rondelle: d’où les noms de rues des deux bouderies, de Y éperon, de la rondelle ou arondelle. Mais on n’a pas remarqué qu'une telle dénomination aurait laissé sa trace dans les titres et qu’on devrait y lire : Sancli Andrea de Archiis; ce qui ne se rencontre dans aucun document.
Plusieurs textes, il est vrai, portent le mot de Areubus; mais ce n’est point une preuve. A cette époque, les rédacteurs des actes où se trouve cette expression étaient des scribes plus ou moins lettrés, qui latinisaient purement et simplement les mots qu’ils entendaient prononcer, sans se préoccuper de leur véritable origine. Le mot arc, dérivé probablement de arx et corrompu par la prononciation, a donc été traduit par eux en arcus, et les chercheurs d’étymologies ont donné pour pendant à ces arcs les saclicUes, ou sagdles ( sagiltœ ) mot qui servait à désigner une rue voisine. Malheureusement l’explication de ce dernier terme nous est fournie par l’histoire : on sait que les sachets et les sachetles étaient des religieux et des religieuses portant, par humilité chrétienne, un sac pour vêtement; que les uns et les autres se sont établis dans le voisinage de la rue Saint-André, et que le nom a été donné aux rues où ils ont pris domicile. Il faut donc renoncer à voir- dans les sachettes, ou sagettes, des projectiles destinés aux arcs de Saint-André. C’est la conclusion de Sauvai (I, 108).
Le Beuf a mis en avant une troisième hypothèse : en lisant les mots de Arsiciis h) dans divers documents relatifs à l’église Saint-André, il a cru y voir une altération du terme arcisterium , diminutif de arx et employé dans la basse latinité^. Mais Jaillot a fait observer avec raison que l’expression arcisterium désignait seulement un endroit fortifié et non un territoire*3. On ne voit pas non plus qu’il ait pu être appliqué à une église urbaine; certains monastères, il est vrai, silués en rase campagne et exposés aux attaques des bandes armées qui couraient les grands chemins, avaient des murailles et des portes munies de ponts-levis; l’abbaye Saint- Germain-des-Prés était dans ce cas, et l’on sait que l’église de Saint-Germainl’Auxerrois était entourée de fossés. Cependant le mot arcisterium n’a jamais été appliqué à ces deux édifices qui le méritaient mieux que l’église Saint-André,
(l) Féiibien constate que le surnom Arsicium a été donné à l'église Saint-Pierre-des-Arsis, P une des petites paroisses de la Cité : wOn le trouve, dit-il, dans les litres où le style de la basse latinité s’emploie, pour marquer les environs d’un chasteau
ou d’une forteresse.’! ( Histoire de la ville de Paris, I, 1 63. )
(J) Hist. de la v. et du dioc. de Paris , p. 29. Recherches, etc. Quartier Saint-André-des- Arts , p. 11.
RUE SAINT-ANDRÉ- DES-ARS. 121
située à peu de distance de la Cité, du Petit-Châtelet, du Petit-Pont, étayant, par conséquent, beaucoup moins besoin de defense que les deux basiliques de Saint- Gcnnain.
Une autre expression, monasterium, que nous avons rencontrée dans une charte de 1295, relative à l’église Saint-André, semblerait militer en faveur de la thèse de Le Beuf, en représentant cet édifice comme un et moustier 11 fortifié. Mais, outre qu’aucun document, aucune tradition n’autorise à croire que Saint-André ait jamais été un monastère — la charte apocryphe de 553 le qualifiant seulement d oratoire — nous devons faire, remarquer que le mot tt moustier n, monasterium 1, s’applique parfaitement à une église paroissiale ou cathédrale, témoin le Munster de Strasbourg, expression qui s’est conservée en Alsace, et qui était jadis d’usage courant, ainsi que le témoigne le Journal d’un bourgeois de Paris, ou le mot se lit, à chaque page, dans le sens d’église (>).
Reste donc l’expression de Arsiciis, relevée par Félibien, expression que Le Beuf rattache au mot arcistcrium, forme altérée de arciterium, petite forteresse, et diminutif de arx. Mais si ce terme avait été détourné parfois de son acception primitive, pour s’appliquer à des églises urbaines ou suburbaines, on devrait en trouver des exemples autres que celui d’une petite église de la Cité; Saint-Laurent, par exemple, situé au nord de la ville et fort exposé aux incursions, le prieuré de Saint- Martin-des-Champs, qui avait son enceinte, le couvent de Saint-AntoineTdes- Champs, entouré d’une muraille, le monastère de Montmartre, que sa situation pouvait faire considérer comme une forteresse, n’ont jamais été qualifiés de arcistena, ou arciteria. O11 ne voit donc pas ce qui aurait pu valoir ce surnom à l’église Saint-André, si ce n’est fera du palais des Thermes, ou ce château de Haulefeuille, travail romain dont nous avons parlé dans le chapitre préliminaire, et sur lequel nous revenons à l’article de la rue Haulefeuille.
Le Beuf, esprit chercheur et fort ami des conjectures, n’avait, d’ailleurs, qu’une foi limitée dans l’hypothèse que nous venons de discuter. Après l’avoir mise en
(l) On lit dans le Journal d’un bourgeois de Paris , édit. de M. Alexandre Tuetey :
Page 5, S 7 : «Quand Pierre de Candia fui e'Iu pape, on en fist moult noble leste, et par tous les moustiers de Paris on sonnoit moult fort et toute nuyt aussi, b
Page 5, S 8, il est question du « moustier de Saint-Ladre b.
Page ai, S 33, dans une procession, quatre évêques prirent le corps de notre Seigneur Sainl- Jehan-en-Grève et «le portèrent dudit moustier à Saincle-Geneviève».
Page 56, 8 109 : «Ne ouisles oneques plus belle sonnerie à Paris. . ., que depuis le malin jusques au soir, en tous les moustiers de Paris on sonnoit, pour l’amour de la paix, b
Page 95,8 198 : «Le moustyer de Sainct-Iluislace esloit tout plain de gens, b
Pages i3a, 1 33 : «Item, à Nostre-Dame de Paris fut fait (un service pour le repos de Pâme du duc de Bourgogne), et y avoit, ou moustier, 111 mil libvres de cire. Et après ce, le firent toutes les paroisses de Paris, et estoient les moustiers encourlinez de novres sarges.»
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, avant, il semble préférer l’étymologie que Félibien avait imaginée avant lui, et qui consiste à dire que les Normands, ayant brûlé les faubourgs de Paris en général, et ceux de la rive gauche en particulier, les habitants du quartier Saint- André purent être appelés li ars , c’est-à-dire les brûles; ce qui aurait valu au territoire le nom sous lequel on le trouve désigné dans les anciens titres b).
Jaillot, dont nous combattons parfois les idées, tout en rendant justice au bon sens et à l’esprit de saine critique qui le distingue, n’a point accepté cette explication : on ne trouve point, dit-il, li as en deux mots, et, dans les locutions de ce genre, l’article est toujours distinct du substantif b). A cette objection grammaticale s’ajoute une raison historique: la rive gauche, divisée en clos et très médiocrement peuplée à l’époque des Normands, quoi qu’en dise Le Beuf, a été beaucoup moins ravagée par eux que la rive droite. Leur attaque avait surtout pour objectif le Grand-Châtelet qui défendait le quartier riche et commerçant de Paris : c’est là que le poème d’Ahbon nous les représente employant le fer et le feu pour vaincre la résistance des Parisiens. Après avoir promené la torche sur la rive droite, ils ne durent trouver que bien peu de chose à incendier sur le territoire de Laas, si ce n’est les arbres et les ceps, puisque ce terrain était alors en nature de vignoble. 11 suit de là que les rares habitants de cette région, loin de mériter, de préférence, le nom de li ars, ou autre qualification équivalente, sont en réalité les derniers qu’on aurait du appeler les brûlés.
Après avoir écarté les étymologies plus ou moins ingénieuses que nous venons d’exposer, nous n’en imaginerons pas de nouvelles : comme Du Breul, Sauvai et Jaillot, nous pensons que le surnom de la rue Saint-André, intimement lié à celui de l’église, lui vient du territoire qu’elle traversait. Nous avons exposé, dans notre chapitre préliminaire, les raisons fort plausibles sur lesquelles s’appuie cette opinion, et nous y renvoyons le lecteur.
Voici le passage où Le Beuf, après avoir proposé diverses étymologies, semble opter pour la dernière :
rrSur quoi donc le surnom de l’église Saint-André est-il fondé'? Et pourquoi son origine est-elle si inconnue, que les uns la dérivent du territoire qui s’appeloil Lias pour les as ou Laas , les autres de assisiis, d’autres des arcs ou arcades, ou des arcs, autrement dits arbalètes, d’autres des arts ?
Il est vrai qu’on peut autoriser l’étymologie d’«ssiciis , qui se trouve dans les actes de 1261 et 126/1, en disant que c’est le terme arcistcrium altéré; d’autant plus que, dans un fragment de litre du xiv' siècle, qui concerne l’abbaye de Saint-Germain, on voit arcisterium employé pour monasterium; on
y lit, par exemple, sine prœcepto abbalis aut arcisler-ii. Mais comme les Normands brûlèrent les dehors de la cité de Paris, les habitants du quartier qui commençoil vers la rue, dite depuis de la II lichette, et qui éloit fort peuplé, purent être appelés li ass, comme ils l’ont été en effet, par la raison qu’ils auroient été brûlés : de même que li arssis , ceux qui étoient voisins de l’église de Saint-Merri, lesquels avoient été également exposés aux incendies de ces barbares. Li, qui venoit du latin illi, étoit alors l’article que l’on plaçait avant assi.v ( Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris , édit. H. Cocheris, III, 29.)
(î) Recherches historiques, etc., Quartier Saint- André-des-Arts , p. 11.
HUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS. 123
En déj jouillant les archives de plusieurs établissements religieux, et en partilier celles de Saint-Germain-des-Prés, nous avons constaté qu’on a écrit Sanctus Andréas, sans autre désignation, en 1220, 122/1, 1226, et Sanctus Andréas in Laasio en 1228. Dans un cartulaire de la Grande Confrérie, daté de 1282, nous avons vu une maison ainsi désignée: meson sise en Las, et, quelques années plus tard, domo sita en Lars. L’expression de arciciis, qui milite en faveur de l’hypothèse de Dulaure('l, se rencontre en 1 2 5 4 , 1260, 126/1; 011 trouve, en 1261, de arsiciis et de assibus; en 1286, de arcubus; en 1292, de artibus, et à partir de 1296 Sainct Andry, ou Andrieu des Ars. La forme la plus ancienne, in Laasio, se rapporte évidemment à ce territoire de Laas ou Lan z, dont nous avons trouvé des mentions en 1100, 119/1, 1202, 1207, 1212, 1220, 1228 et jusqu’en ia63.
Cette forme, qui apparaît dans les deux plus vieux documents, doit être la vraie , parce qu’elle résulte d’une tradition. Plus tard, ainsi que nous l’avons déjà fait observer, les scribes latinisent et traduisent, selon leur fantaisie, les expressions vulgaires. Ainsi nous avons constaté que, presque simultanément, la terre de Laas était indiquée par les formules in arciliis et in arcubus. Une charte de 1160 mentionne une place in arcitiis super Secanam; ce qui pourrait, il est vrai, s’aopliqucr aux arches du Petit-Pont, ou à la forteresse du Petit-Châtelet, et prêterait ainsi à une nouvelle hypothèse. Dans une autre charte de 1267, il est parlé d’une maison invico quivocalur Hyrondalle de rétro magne domûs defuncti Philippi Uamelyn, que sita est in arcubus. Voilà donc deux altérations anciennes, et il n’est pas difficile de les expliquer.
On a dit d abord Saint-André de Laas, comme le prouve le texte cité plus haut ; mais ce dernier vocable, qui commençait, dès la lin du xn“ siècle, à se modifier ou à se rapprocher du radical primitif, puisqu’on lit in aarso dans une charte de 1171, achève de se transformer dans la première moitié du xm‘‘ siècle; de telle sorte que, si quelques copistes, ayant sous les yeux d’anciens titres ou connaissant bien 1 ancien nom du territoire, écrivaient encore le nom correctement, la plupart des autres scribes traduisaient à leur guise l’appellation qui frappait leurs oreilles, sans se préoccuper de l’étymologie du mot qu’ils avaient à latiniser. De même que la rue des allemandiers a été énoncée fort anciennement vicus amygdalis, le terrain de Laas, appelé Las en 1282, Ax-s et Lars en 1228 et 12 34, a donné, depuis, les traductions suivantes : de arsitiis, arsiciis et arciliis, de assibus, artibus et arcubus.
Tous les philologues ont constaté la fréquence des transformations de ce genre : la chute des consonnes, la simplification des voyelles doubles, pour la facilité de
(l; Nous l'avons exposée et discutée dans notre chapitre préliminaire.
la prononciation, ont coïncidé avec les traductions savantes des rédacteurs d’actes; ce qui a augmenté la confusion. On sait que les appropriations et les assimilations ont toujours été dans les habitudes populaires : or, il existait dans la Cité et sur la rive droite deux rues des Aasis ou Arcis W, terme offrant une assez grande analogie avec arx, ars et Lars. 11 y avait, en outre, dans la rue de la Huchette, une maison dite domus arcium, dont l’existence est constatée en iug5, en 1817, et qui remontait probablement au xnc siècle. Le nom de cette maison, voisine de la grande arche ou baiedu Petit-Châtelet, des arches du Petit-Pont, des tt cai gnards d de l’Hôtel-Dieu, proximité qui lui avait peut-être valu sa dénomination, n’a pas été sans quelque influence sur l’appellation de la rue et de l’église Saint-André. Ce que les titres démontrent, c’est qu’on a souvent confondu les deux voies, en considérant l’une comme le prolongement de l’autre : ainsi un document de 1286 désigne la rue de la Huchette par les mots des Ars et de Arcubus. Au milieu du xivc siècle, en notamment, on 11e la distinguait point encore de la rue Saint- André, et en cela 011 demeurait fidèle à la tradition qui les regardait comme une seule et unique voie; tradition confirmée de nos jours par les découvertes faites dans le sol.
Nous avons exposé, avec une scrupuleuse impartialité, les diverses étymologies proposées pour expliquer le surnom donné à la rue, ainsi qu’à l’église Saini- André, et les hypothèses basées sur ces étymologies. Sans nous rallier complètement à celle que Dulaure a proposée et que M. Albert Lenoir a cru pouvoir adopter, nous la considérons comme l’une des plus raisonnables. L’ara celsa du poète Fortunat, dont la trace se retrouve dans l’expression in Aarso (1171). ainsi que dans les termes ars et arc, l’s et lecfinals n’étant que la décomposition de la consonne x, serait donc, selon toute apparence, l’origine du surnom qui nous occupe, et il n’y a pas excès de témérité à regarder le Petit-Châtelet comme Yarcisterium ou arciterium, ayant pu servir à désigner, avec la maison citée plus haut, la rue de la Huchette, ainsi que celle de Saint-André, qui en était le prolongement.
CÔTÉ SEPTENTRIONAL
(d’Orient en Occident).
CEN’SIVE ET JUSTICE DE SAIXT-GERM AIN-DE9-PRÉS
PAROISSE DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS
Maison sans désignation, faisant face au carrefour de l’abreuvoir Mâcon et formant l’angle de la rue du Pont-Saint-Michcl.
(l) A propos de celte expression, Féli bien rappelle scrupule, à voir si le nom d'arsis , donné tant h
le mot arsicium employé dans la basse latinité, et l'église Saint-Pierre en la Cité qu'à une rue voisine
dit: -t C’est à ceux qui approfondissent ces sortes de Saint -Jacques -de -la -Boucherie peut ou doit
<le recherches , jusqu’à ne laisser dans l’esprit aucun venir de celui d' arsicium. t ( Hist . de Paris, I, 1G2.)
RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS
Maison sans désignation, 11e s’étendant, comme la précédente, qu’à moitié profondeur dans la rue de l’Hirondelle.
Maison de la Fleuh de lys (là. .), s’étendant d’une rue à l’autre, c’est-à-dire ayant sa partie postérieure sur la rue de l'Hirondelle.
Maison sans désignation, formant le centre d’un ancien immeuble qui comprenait, au xvic siècle, la maison précédente et la maison suivante. On sait que les réunions de plusieurs logis en un seul, ainsi que les démembrements d’hôtels en plusieurs corps, sont très fréquents dans l'histoire topographique du vieux Paris.
Maison du Ponc espic (1/167), qu’il faut peut-être identifier avec la maison de l’Escü de Sancerre, dont il est fait mention dans un titre de 1/1/16, et qui était contiguë à la maison suivante dite Maison du Croissant (1 à38), traversant d’une rue à l’autre, comme celle de la Fleur de lys, c’est-à-dire ayant sa partie postérieure sur la rue de l’Hirondelle.
Ces six maisons bordaient le côté septentrional de la rue de la Clef, ou extrémité orientale de celle de Saint-André-des-Ars.
Maison de l’Estoille et du Croissant (i/|3g), comprise, au xvic siècle, dans la maison suivante.
Maison, dite sans désignation dans les notes d’Adolphe Berty ( 1 638), mais portant sur le plan le nom de Maison de la Chaise et avant eu, paraît-il, cette enseigne avant 1/176. Cette maison et la précédente 11e s’étendaient qu’à demi-profondeur vers la rue de l’Hirondelle : elles confinaient à la partie postérieure de la Maison de la Souche, ayant son entrée sur cette dernière voie.
Maison du Barillet (i44o), de la Pomme de pin (1476), puis des Trois Boys ( 1 5 2 a ) , aboutissant en pointe sur la rue de l’Hirondelle.
Il résulte des comptes de la fabrique de l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie (1 444-1 45a) que Nicolas Flamel avait des rentes annuelles et perpétuelles assises sur l’hôtel du Barillet, en la rue Saint-André-des-Ars ('h
Maison des Escureurs (i44o) et des Escureulx (1476), n’ayant qu’une faible
(1) Paris et scs historiens aux xiv' et xve siècles , p. 660, dans la Collection de l’histoire générale de Pans.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, largeur sur une grande profondeur, puisqu’elle s’étendait jusqu’à la rue de l'IIi— rondelle. La double orthographe donnée à l’enseigne de cet immeuble semble indiquer un jeu de mots entre escureurs et escureulx (écureuils), comme celui qu’on trouve ailleurs entre les gras scieurs et les gracieulæ. La suppression de la lettre r, dans la prononciation, facilitait celte sorte de calembour, qui était, d’ailleurs, dans les usages du temps.
Maison du Cheval vert (1671), aboutissant aux dépendances du collège d’Autun, lesquelles s’étendaient sur la rue de l’Hirondelle. Nous avons trouvé, dans un titre de 1672, la mention suivante : « estant des appartenances du Cheval vert et dépendances du collège v.
Maison du Cocq, puis de la Bouteille (1 552), ayant dépendu de l’immeuble précédent.
Un document de i58A contient cette mention : «Maison en la rué Sainct- Andry, à l’enseigne du Cocq. v
COLLÈGE d’AutgN, fondé, en 1337, par le cardinal Pierre Bertrand, évêque d’Autun W. La fondation do cet établissement est racontée ainsi par Félibien, après Du Breul, dom Bouillard et Du Boullay :
«Pierre Bertrand, natif d’Annonay en Vivarez , évesque d’Autun, et.
Les ailleurs du Gallin chnstiana ont consacré un long arlicle au fondateur du collège d’Autun; nous y renvoyons le lecteur. Tous les historiens de Paris en ont également parlé avec éloges. Malingre énumère les diverses fondations pieuses qu’il fit, tant dans sa ville natale et au diocèse de Vienne dont elle dépendait, qu'à Paris et en d’autres lieux: rrCe fut ce docteur fondateur, dit-il, qui, n’étant encore qu’évêquc d’Autun, plaida heureusement et soutint péremptoirement les juridictions ecclésiastiques contre Maislre Pierre de Cuignières, ou du Cuignet, avocat général de Philippe de Valois qui s’efforçoit de les abolir. Le plaidoyer dudit Bertrand est au tome quatrième delà Bibliothèque des Pères , imprimée à Paris en l’an mil cinq cens quatre vingt neuf
Ce n’est pas seulement à la cathédrale de Sens, mais en beaucoup d’autres églises qu’on avait placé, sous la forme d’un mascaron grimaçant, la figure de l’adversaire du cardinal Bertrand. <r 11 estoit là, dit Rabelais, en office de esteindre avec le nez, comme au jeu de Fouquet, les chandelles, torches, cierges, bougies et flambeaulx allumés. » On l’avait donc transformé en éteignoir.
(1) rr Pierre Bertrand, évêque d’Autun, cardinal et de plus si renommé sous Philippe de Valois, pour avoir défendu avec tant de vigueur et de réputation les droits de l’église contre Pierre de Gugnières»; c’est en ces termes que Sauvai fait connaître le fondateur du collège d’Autun. Il était effectivement en grande renommée, non seulement à Paris, mais encore au chef-lieu de la province ecclésiastique dont le diocèse de Paris dépendait. On montre encore à la cathédrale de Sens, sous le nom populaire de frJean du Coignol», une figure grotesque contre laquelle les bedeaux éteignaient autrefois les cierges, en signe de mépris. Ce Jean du Coignot n’est autre que Pierre de Cugnières, avocat du roi et successeur des légistes de Philippe le Bel; son adversaire Pierre Bertrand était, au contraire, en grand honneur dans la même église : on l’avait tr pou retrait» dans un manuscrit du temps avec cette légende en vers doublement rimés, à l’hémistiche et à la fin, selon l’usage prosodique de celte époque :
Justifie et veri cupiens ego cullor haberi,
Jwo rem clcri liberlalemque tueri.
RUE S AIN T- A ND RÉ-D ES- A R S
depuis, cardinal du titre de Saint-Clément, l'un des prélats de son siècle les plus employez dans les grandes affaires, soit ecclésiastiques, soit civiles, donna au- mois d’aoust 1 3 3 7 la maison ou Fliostel qu’il avoil à Paris près de Saint-André-des-Arcs, et qu’il habitoit, ajoute Sauvai, pour servir désormais d’un college qui fusl appelle de son nom le college du cardinal Bertrand, ou d’Autun . Pour augmenter son collège, il avoit acheté quelques mai¬
sons voisines de la sienne, et pour les exempter des droits seigneuriaux, il donna cent livres d’indemnité à l’Abbaye, et transféra, sur une autre maison qu'il acheta, la rente de douze sous dont estoit chargé le fonds sur lequel estoient assises les maisons qu’il destinoit pour son college. Il en augmenta les revenus en i36i, pour suffire à l’entretien de quinze estudians, tant en philosophie qu'en théologie et en droit canon, tous nez des diocèses de Vienne, du Puy, ou de Clermont. Pierre du Colombier évosque d’Arras, son neveu du costé maternel 'h bénit la mesme année l’autel de la chapelle, en présence de Pierre de la Palu, patriarche de Jérusalem, de Gui, archevesque de Lyon, et de Jean de Précv, abbé de Saint Germain des Prez; et l’année suivante, il dédia la chapelle sous le nom de la Sainte Vierge P). . . Du Breul nous apprend qu’il y plaça du re bois de la vraie trcroix, avec plusieurs autres reliques et argenteries, comme croix, calices, enttcensoirs, livres et paremens d’autel». Nous verrons plus tard quels étaient ces livres et ces richesses artistiques, et Pierre du Colombier, ajoute Félibien, travailla beaucoup à l’ornement du mesme college. . . Oudard de Moulins, président en la Chambre des comptes, augmenta de trois bourses la fondation du collège d’Autun (3). »
Lu collège, fondé à Paris par un cardinal ne pouvait qu’être vu de bon œil par le Pape résidant alors à Avignon. Dans ses lettres, Benoit XII félicite Pierre Bertrand et approuve qu’il ait affecté tt donnim depulandam et applicandam perpetuo ad opus scolariutn, in terra et sub dominio dilectorum filiorum abbatis et con ventus monasterii Sancti Germani de Pratis, prope Parisius. . . seu alterius ipsorum etiam, si dicta domus a dictis abbate et conventu communiter sub annuo censu per emphiteosim perpetuo teneatur. »
(l) Félibien complète, dans les termes suivants, les détails qu’il donne sur les deux fondateurs du collège d’Autun : « Pierre Bertrand étoit fils d'un mire, ou médecin d’Aurillac, qui étoit allé s’établir à Annonay. Pierre du Colombier, son neveu, étoit, dit Malingre, «■ fils de Barthélemy de Colomffbier, sieur dudit lieu, près d’ Annonay, et d’une «sœur du fondateur du collège d’Autun » ; mais en l’honneur de son oncle, il quitta ce nom et s'appela Pierre Bertrand : son progrès en dignité ecclé¬
siastique fut tel qu'après avoir été successivement évêque de Nevers et d’Arras, il devint cardinal prêtre du titre de Sainte-Suzanne et évêque d’Ostie. » (î) rr Cette chapelle, dit Le Beuf, qui est sous le titre de Saint-Pierre, patron du consécrateur, est un gothique très bien exécuté dans le temps de la fondation. » L’édifice avait donc deux vocables, à moins qu’il n’y ail erreur dans le récit de Félibien. 11 était situé sur la rue de l'Hirondelle.
(3) Histoire de la ville de Paris, I, 592-59.3.
Le Pape ne se contente pas d’approuver l’affectation d’une ou de deux maisons au collège d’Autun; il autorise d’avance toute autre destination immobilière : ttaliam acquisitam ad opus dictarum scolarum licite applicare valeas et perpetuo deputare*1'. n
Les maisons acquises par le cardinal Bertrand a pour augmenter son collège n étaient situées sur les rues de l’Hirondelle et Saint-André-des-Ars. Nous avons indiqué celles qui bordaient cette dernière voie : maison du Cheval vert, du Cocq, puis de la Bouteille; sur la rue de l’Hirondelle, ce n’était probablement que des constructions de peu d’importance, comme les collèges s’en annexaient généralement sur les rues ou ruelles formant le fond de leur pourpris, témoin les dépendances du collège de Tours sur la rue des Poitevins.
Du Breul nous apprend que le collège d’Autun, tr sis en la justice haute, moyenne et basse de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés,'» ne devait cni droit, ni cens, ni rente, pour ce que, à telle condition, il a esté amorti, moyennant cinq cens livres parisis, que le susdit evesque d’Autun en paya. En outre, pour la censive foncière, qui estoit de douze sols parisis, il bailla en échange une autre maison de même valeur ».
Ce n’est pas le seul renseignement topographique que nous donne Du Breul : nous savons encore de lui que ciceluy college tient une maison assise en la rue Saint-André-des-Arcs, où pend pour enseigne le Cheval noir W, laquelle leur a esté donnée par Maistre Estienne Petit, en son vivant seigneur des comptes, et devoit, par chacun an, auxdits do Saint-Germain-des-Prés, vingt sols parisis de cens. Et, pour ce qu’elle est amortie, doit pour 1 indemnité, par chacun an à toujours, cens sols parisis de cens».
Les bâtiments du collège se composaient donc de la maison du fondateur et de celles qui y furent annexées; on y fit des appropriations, dans le détail desquelles nous ne saurions entrer; ce que nous connaissons mieux, c’est la chapelle que le plan de Bertv nous montre régulièrement orientée, c’est-à-dire ayant sa façade à l’ouest sur le pourpris de la Maison du Petit Cheval noir, et sa nef tant le long de la rue de l’Hirondelle, que sur la cour intérieure du collège. Une aile ou galerie de jonction la rattachait aux bâtiments scolaires. L époque de sa construction nous permet d’affirmer qu elle était conçue dans le style ogival dit rayonnant : cesl ce que Le Beuf appelle « un goLhiquc très bien exécute dans le temps de la fondation 7).
On remarquait, dans la chapelle du collège d’Autun, deux autels et deux
Index chronologicus dressé par M. Charles val noir figurent sur le plan de Berly; il en est
Jourdain, p. i 9.7. question dans plusieurs actes sous le nom de Mai-
(2> Les deux maisons du Grand et du Petit Ciie- sons des De x Ciievaolx. Voir ci-après, page 1 33.
RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS. 129
rc tableaux » ou tablettes à inscription. Le cr grand tableau» contenait l’inscription suivante :
Reverendissimus in Christo Pater, Dominas Petrus Bertrandi, Diocesis Viennensis ,
Doctor in utroque jure , Lector in studiis et Universitatibus Avenionensi,
Montispessulani , Aurelianensi et Parisicnsi , consequenler occupât us , certis temporibus , in officiis ecclesiasticis et secularibus Prœlatorum et Principum ;
Consiliariusque Domini nostri Francorum Régis in sua Curia et magna Caméra Parlamenti Parisius , et in Consilio suo secreto anus de quatuor Clericis tune sequentibus dictum Dominum nostrum Regem ;
Cancellarius inchjte Domine Johanne Burgundic, Regine Francie, Comitisse Burgundie,
Palatine et Atrebatensis ;
Clementiaquc divina Nivernensis deinde Heduensis Episcopus, et demum , permissione divina , tituli S. Clementis Presbjjter Cardinalis.
Du Breul, qui nous a conservé le texte de cette inscription, nous apprend qu’on voyait à la suite la mention des ce autres fondations dudit Révérendissime, consécutivement transcrites au susdit tableau».
Le ce petit tableau» était consacré à la mémoire de Pierre de Colombier, mort le 1 3 juillet 1 36 1 . On y 1 isait ces mots :
Reverendissimus in Christo Pater, Dominus Petrus Bertrandi,
Diocesis Viennensis, episcopus Nivernensis ,
deinde Atrebatensis , poslea Sancte Susane Presbyter Cardinalis et conséquente r Hosliensis et Velletrensis Episcopus,
nepos predicti Domini Cardinalis Sancti Clementis, hujus Collegii Heduensis Jundaloris.
Le même historien a relevé, sur la porte du collège d’Autun, l’inscription qui le désignait aux passants; elle était ainsi conçue :
Le collège de Maistre Pierre Bertrand, cardinal, natif d'Annonay, au diocèse de Vienne.
Aux deux côtés du portail, ajoute-t-il, sont les statues des deux susdits cardinaux, oncle et neveu, et, au-dessous, ces deux écrits gravés :
Petrus Bertrandi, Dioc. Vienn. olim Nivernensis , deinde Eduensis episcopus, et demum Tituli S. Clementis Presbyter Cardinalis;
Petrus Bertrandi , Dioc. Vienn. olim Nivernensis , deinde Atrebatensis Episcopus,
Postea tituli S. Susane Presbyter Cardinal.
Demum Ostien. et Vellelren. Episcopus,
Cardinales.
Ces inscriptions commémoratives ont le tort de ne pas mentionner la part que
prit, non point à la fondation proprement dite, mais à la consolidation de 1 établissement , un personnage nommé Oudart de Moulins, alias Oudard de Molins. Par lettres du vendredi 3 avril îioM1), l’official de Paris déclara avoir visé celles des ccmaistres, proviseurs et escoliers fondés à Paris, devant Saint Andry des Ars, par feu monseigneur Pierre Bertrand n. Il s’agissait du legs fait par le personnage que nous venons de nommer, lequel, et en son testament et ordonnance de derreniere volonté, a ordonné estre faicte la fondation de trois eseboliers au college d’Ostun scitué à Paris eriprez l’esglise de Saint Andry des Ars, et, pour vcelle fondation, laissé la somme de deux mille francs pour l’acquisition de cinquante livres parisis de rentes amorties, et en outre la somme de neuf cens frans d’or, pour faire troix chambres audict college, pour la demeure et habitation desdiz troys eseboliers -n P).
Cette dernière partie du legs de Oudart de Moulins a son intérêt topographique, et nous voyons, par les lettres de l’Oflicial, que les constructions et appropriations nécessaires ne chômèrent point, puisque ttlesdiz maislres et escolliers ont confessé et recogneu avoir employé et recouvert ladicte somme de neuf cens frans d’or, en massonnerie, bastimens et reffections de certaines maisons qu’ils ont faict faire de nouvel, joingnant leurdict college et droit devant ladicte esglise de Saint Andry d (3).
Le collège d’Autun était en pleine prospérité au commencement du xv° siècle : riche des legs du cardinal Bertrand et de ceux d’Oudard de Moulins, installe dans de bons et spacieux immeubles, héritier do la riche bibliothèque et probablement d’une partie du mobilier de son fondateur, il laisait grande figure dans le quartier de l’Université, et put traverser sans dommage la période calamiteuse du règne de Charles VI, et de l’occupation étrangère. Le nom qu’il portait lui valut peut-être la protection des Bourguignons, car nous ne voyons pas, à en juger par l’inventaire de i46a, qu’il ait eu aucune spoliation à subir.
Cet inventaire est un document fort curieux, où sont consignés l’état mobilier des salles du collège, la liste des joyaux de la chapelle et des ornements sacerdotaux, ainsi que le catalogue de la a librairie « ou bibliothèque. Hippolyte Cocheris a publié, le premier, cet intéressant document!4). M. Alfred Franklin en a reproduit ensuite la partie relative aux dix bancs, sur lesquels étaient placés et enchaînés les deux cent un volumes formant la bibliothèque de l’établissement!5).
(l) Dans ses lettres du 6 niai i4o3, le pape Benoit XIII avait déjà approuvé le legs fait par Oudart de Moulins.
2| Index chronologicns des Instrumenta de Y Histoire de V Université de Paris , dressé par M. Charles Jourdain, p. 211, 21 h.
i;i) Index chronologicns , ibid.
(4) Notes et additions au texte de Le Beuf, t. 111 , p. 291 et suiv.
Les anciennes bibliothèques de Paris, par M. Franklin, dans la Collection de l’histoire générale de Paris, t. II, p. 70 et suiv.
RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS
Lo lecteur nous permettra de le renvoyer à ces deux écrivains pour le détail de la bibliothèque, et de donner, en appendice, la nomenclature des objets d’art, d’ameublement, d’usage religieux, scolaire et commun, formant le mobilier du collège. rrDe tels documents sont fort rares, dit Hippolyte Gocheris, et, quand on a la bonne fortune de les rencontrer, il faut en tirer tout le parti possible, »
Le mobilier scolaire et usuel du collège d’Autun devait être, avec des différences en plus ou en moins, celui de la plupart des autres maisons classiques du quartier de l’Université ll) 2. 11 en était de même de ses statuts, que nous publions aux appendices, avec l’acte de fondation. Profondément empreintes de l’esprit du temps , ces pièces se retrouvent presque identiquement dans les créations scolaires de la même époque.
Il ne faut pas croire, d’ailleurs, que les règlements scolaires fussent immuables; on les remaniait, comme les constitutions monastiques, lorsque le besoin d’une réforme se faisait sentir. Ainsi le collège d’Autun, ouvert en i36i, fut, dès i3A5, l’objet d’une réorganisation accomplie par le fondateur lui-même121. La création de trois boursiers nouveaux par Oudart de Moulins dut être l’occasion d’un supplément aux statuts; il y eut, en effet, à partir de 1/10A, un arlien, un décrétiste et un théologien de plus. Le personnel comportait, en outre, un principal et un chapelain.
Nous ne suivrons point les vicissitudes do cet établissement : il sulfit de constater que, deux siècles environ après la rédaction de l’inventaire qui témoigne de sa prospérité matérielle, son personnel scolaire était le même, malgré l’augmentation des dépenses et la diminution des ressources. Il résulte du procèsverbal d’une visite universitaire, faite le 3 décembre i64a, que crie collège d’Autun avait dix-huit boursiers, dont six théologiens, six décrétistes et six artiens. Il s’en trouva un, dans le nombre, qui avait quarante ans et n’avait jamais étudié les lettres. Le principal était l’évêque de Bethléem, André de Sauzéa, qui se plaignit que les boursiers eussent ouvert, malgré lui, la maison à beaucoup d’étrangers, usuriers, entremetteurs de procès et soldais» U).
Complet quant au nombre, le collège d’Autun était donc fort déchu, au point de vue de la discipline et des études. Les règlements avaient fléchi; le principal, sorte d’abbé commendataire, ne possédait plus d’autorité sur les boursiers; la décadence était flagrante. Elle ne fit que s’accentuer davantage au xvme siècle, et une réforme était devenue indispensable lorsque, sur le rapport de M. de La-
(1) Voir aux appendices. (3) Histoire de V Université de Paris , continuation
(2) Nova ordinatio domus scholarium Domini Pétri du grand ouvrage de Du Boullay, par M. Charles Bortrandi, dans V Index- chronologie us dressé par Jourdain, p. 1 A4.
M. Charles Jourdain, p. i4o.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, verdy, le Parlement, par arrêt du 19 août 1763, le Roi, par lettres patentes du 21 novembre suivant, supprimèrent le collège d’Autun, comme et conservant seulement de faibles revenus affectés à des bourses . , et ayant depuis longtemps
fait cesser l’instruction publique Wi.
Par suite de la suppression du collège d’Autun ou plutôt de sa réunion à celui de Louis-le-Grand, les bâtiments devenus libres furent affectés, en 1766, à l’Ecole gratuite de dessin, qui fut ensuite transférée rue des Cordeliers, dans l’amphithéâtre de chirurgie, où elle est encore aujourd’hui. On vendit ces bâtiments en 1807, et les acquéreurs les approprièrent de diverses façons. Rien n'y rappelle aujourd’hui un ancien collège; la chapelle elle-même, dont il reste un contrefort et quelques substructions, est complètement dénaturée par les remaniements qu’elle a subis (2).
Maison de l’Ymage saint Estienne, accolée au collège d’Autun et n’ayant qu’une très faible largeur. Ce devait être un démembrement des deux immeubles sui-
(l) Archives nationales, M reg-. 67, fol. 80 et suiv.
(î) M. Hocliereau , le savant et infatigable conservateur du plan de Paris, a bien voulu visiter, le
Jlr/i e/ç 3o'tï?/jej lic/i. Je y 5m .
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Le collège d’Autun et ses environs d’après le plan de La Caille
L’église Saint-André-des-Ars.
Le collège de Boissy.
Les rues environnantes (Git-le-Cœur, de Hurcpoix, de l’Hirondelle, de Mâcon , Poupée, du Cimetière et Saint-Andrédes-Arts).
crayon à la main, les restes du collège d’Autun. Les relevés qu’il y a faits lui ont permis de sauver de l’oubli quelques détails échappés h la destruction. Nous en donnons ici la figuration graphique.
L’emplacement actuel du collège d’Autun et de ses environs. A, B, C, D, E, périmètre de la chapelle;
A , contrefort de la chapelle ;
E,C,G,D,K,J,I,L, bâtiments élevés sur les fondements de ceux du collège;
M, N, L, J, maison de l’Ymagc saint Etienne :
P, escalier à vis de cette maison.
RUE S A INT- A ND R É-D ES- A RS. vants, dans lesquels elle était enclavée. Le plan de Berty la figure; mais ses notes n’en parlent pas.
Maison du Cheval Nom (1 5 1 5) et du Güand Cheval Nom (î 545) ; ce qui implique la Maison du Petit Cheval Nom (î 58g) , contiguë à la chapelle du collège d’Autun; elle existait, en effet, à la suite et au fond, sur la rue de l’Hirondelle. Elle touchait au portail de la chapelle du collège d’Autun, laquelle projetait sa façade latérale sur la même rue.
Ces deux immeubles étaient, sans doute, un démembrement de celui qui, en 1 338 , était dénommé la Maison des Deux Chevaulx, et tout à costé d’Autun d, dit un titre du temps.
Maison de l’Estoille d’Or (i4A6). Assez vaste logis, que le plan de Berty nous montre divisé en trois parties. Ce morcellement a du se produire après îééh.
Maison sans désignation (i523).
Autre Maison sans désignation, faisant, avec la suivante, le coin oriental des rues Gilles-le-Queux et de Saint-André.
Maison formant l’angle oriental des rues Saint-André et Gilles-le-Queux.
Ces trois derniers immeubles faisaient, en i466, partie de la maison de lEstoille d’Or, laquelle fut divisée ii une époque que l’on ne saurait préciser, par suite de vente, d’héritage ou d’appropriation quelconque. Peut-être le démembrement ful-il opéré à la même époque que celui du grand hôtel d’Arras.
Grand HÔTEL d’Arras ou d’Artois, ayant eu jadis pour enseigne 1 Image Notre-Dame, et ayant enfermé primitivement dans son pourpris la presque totalité du terrain compris entre les rues Pavée (Séguier) , Gilles-le-Queux (Git-le-Cœur), le tt Chemin-sur-Sainne n (quai des Augustins) et la «Grant rue Sainct Germain* (Saint-André-des-Ars). Quatre parcelles en ont été détachées d’abord, mais à une époque qu’il est difficile de préciser :
i° Le Petit Hôtel d’Arras, à l’angle sud-ouest de ce vaste trapèze;
2° La Maison de l’évêque de Rodez et celle de la Nasse, qui lui faisait suite et avait vue sur la rivière;
3° Une Maison sans désignation, marquée d’un astérique sur le plan de Berty et formant l’angle du quai et de la rue Gilles-le-Queux.
13'i TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS.
Maigre ces morcellements, le Grand Hôtel d’Arras présentait encore une assez vaste surface et comptait parmi les belles résidences de cette région de Paris.
La plus ancienne mention que nous en ayons trouvée dans les notes de Berty est celle-ci: cLe Livre de la faille de i 298 parle d’une rue du seigneur Hue de Bonde, apparemment la rue Gilles-Cœur. La maison de ce Hue Bonde devait être I’Hôtel d'Auras.h
11 n’y a là que de la topographie conjecturale, sur laquelle nous ne devons point insister; ce n’est, d'ailleurs, pas le lieu d’examiner ce qu’a pu être le personnage en question; 1 article relatif à la rue Gdles-le-Queux nous fournira l’occasion d’en
parler W.
Sauvai, après avoir cité trois hôtels possédés à Paris par les comtes d’Artois, eu mentionne un quatrième leur appartenant en la rue Saint-André-des-Ars, au coin de la rue 1 illequeux®. te Le P. Lahbe, ajoute-t-il, prétend que Marguerite de Flandre, duchesse de Bourgogne, y mourut en 1/106, bien qu’il soit constant que ce fut à Arras (1 2 * * SL n
Ce ne sont donc point, comme Berty l’a écrit dans une de ses notes, les évêques d’Arras qui ont donné leur nom à l’hôtel de la rue Saint-André-des-Ars, mais bien les comtes d’Artois, successeurs de Robert III, ou plulôt de Mahaud, lille du comte Robert 11 , auquel le comté-pairie fut adjugé en 1 3og , de préférence à Robert d’Artois son neveu. Le P. Lahbe a pu se tromper en indiquant l’hôtel d’Arras ou d’Artois, comme le lieu où mourut Marguerite de Flandre, duchesse de Bourgogne, l’une des descendantes de Mahaud; mais il n’a point fait erreur en désignant cet hôtel connue une ancienne résidence do la famille de cette princesse. Et ce qui corrobore son assertion, c’est que, an moment même où les comtes d’Artois possédaient et habitaient d’une façon plus ou moins continue l’hôtel d’Arras, les évêques de cette ville avaient leur résidence en la rue Chartron au quartier Saint-Victor; Sauvai le dit positivement : irEn l’année 1 3yy, Tliieri d’Aire ou de Hérisson, évêque d’Arras, avait son hôtel en la rue Chartron «W. Le Gallia christiana fait remonter à un demi-siècle plus liant (i3a8) le séjour des évêques d’Arras en ce dernier hôtel. Il faut bien en conclure que le nom donné à celui de la rue Saint-André-des-Ars vient des comtes, et non pas dns prélats artésiens.
L’erreur doit avoir pour origine un passage de Sauvai lui-même, conçu en termes singuliers et inexactement interprété par les commentateurs; le voici:
(1) Voir la monographie de la rue Gilles-le- Queux.
(2) Sauvai n’a pas fait attention à l’orthographe
ancienne de ce mot, qui désigne évidemment la rue
Gilles-le-Queux; la mutation du G en V ou en W,
et réciproquement, est d’un usage constant au
moyen âge, pour les noms propres surtout. Il y avait, dans ces trois lettres, une aspiration qui les assimilait les unes aux autres, et qui n’existe plus dans la prononciation moderne.
(3) Antiquités de Paris , t. Il, p. ii3.
(1) II, l. II, p. 330.
RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS
«Louis de Luxembourg, évêque de Thérouenne, demeuroit à la rue Saint André des Arts, dans un certain hôtel d’Arras qu’on ne retrouve point, non plus que la rue Villequeux, dont il faisoit le coin, qui avoit appartenu à Gérard de Montagu, évêque de Paris1*1. Charles VI, depuis t4aa, le donna à Léon de Montagu, comte de Salaberi, et, après sa mort (2) * , le roi d'Angleterre en pourvut le chancelier de Luxembourg l3). n
Il résulte de ce passage que l’hôtel était passé des comtes d’Artois, non point aux évêques d’Arras, mais à Gérard de Montaigu, évêque de Paris; ce qui est confirmé par les Comptes clos confiscations, de i/i23 à 1/127 , et de 1/127 à i435. On y lit ce qui suit :
«L’hostel d’Arras, qui fut à M° Gérard de Montagu, en son vivant evesque de Paris, sis en la rue Saint-André-des-Arts, faisant le coin de la rue Villequeux de laquelle maison le comte de Jolly-Fleui'y(5> a joui pendant sa vie, et, depuis son trépas, M. Louis de Luxembourg, evesque de Thérouenne, chancelier de France |6). n
L’expression «qui futàn désigne généralement, dans les comptes dont il s’agit, une confiscation opérée par les Anglais sur les partisans du Dauphin. Gérard de Montaigu ne put être spolié personnellement puisqu’il était mort en 1/120; mais son successeur, Jean de Courtecuisse, Johannes Brevis Coxw, dans le cas où l’hôtel d’Arras lui aurait été transmis, comme propriété de l’évêché de Paris, aurait fort bien pu s’en voir dépouillé; car il était antipathique aux Anglais: « Angliœ régi semper invisus, dit le Gallia christiana, apudS. Germanum secedere coactusest. v L’année où il quitta le siège de Paris pour un autre (1/122) est précisément celle où l’hôtel fut donné à Salisburv.
Le chancelier de Luxembourg, qui le reçut après la mort de ce dernier, fut l’un
(1) Une note de Sauvai confirme celte possession; elle est ainsi conçue : «Gérard de Montaigu, evesque de Paris, n’avoit pas seulement une maison à la rue des Marmousets, mais encore h la rue Saint-André-des-Arts, au coin de celle de Villequeux » (t. Il, p. 262). L’hôtel d’Arras semble donc avoir été, pour lui, une propriété privée.
(2) On sait que ce personnage fut tué au siège d’Orléans. Le fait, longuement raconté dans les
Chroniques de Monstrelet ( t. IV, p. 2q3-3oo), a été dramatisé par Shakespeare (King Henrv Vl,first pari). Salisbury mourut le 3 novembre 1628, et Louis de Luxembourg lui succéda immédiatement dans la possession de l’hôtel d’Arras, ainsi qu’il résulte de la note suivante écrite en marge sur le
Compte des confiscations : «Dictus de Salisbury obiit,
et occupai dictam domum Ludovicus de Luceburgo
cancellarius Francie; et ideo sciatur an de propria domo habuerit donum, quia non registratur in libro chartarum».
Le don lait à Salisbury avait été, au contraire, régulièrement enregistré, ainsi qu’il résulte de cette mention marginale reproduite par Sauvai : «Ista donms fuit data per Dominum Regem Domino Thome de Monte-Acnlo, comili de Salisbury , per litteras Domini Regis, in filo serico et cera viridi sigillatas, datas Rothomagi in mense martii 1/122, que fuerunt registrale in libro chartarum.n
(3) Antiquités de Paris , t. II, p. 1 48.
{,|) On trouve dans ces Comptes la même initiale que celle du texte de Sauvai: Villequeux , pour Gillcs-le-Queux.
(5) C’est le nom de Salisbumj altéré et francisé.
(li) Sauval, Antiquités de Paris, t. III, p. 817.
des privilégiés du monarque spoliateur W; aussi lit-il royalement les honneurs de sa nouvelle fortune. Il habitait, depuis plusieurs années, l’hôtel d’Arras, lorsque, en iô35, c’est-à-dire un an avant la chute de la domination anglaise, Bedford, arrivant de Normandie à Paris, vint y prendre gîte, avec sa seconde femme, laquelle était nièce du chancelier. Le Journal d’un bourgeois de Paris mentionne la réception enthousiaste qui fut faite au Régent, sans indiquer l’hôtel où il descendit <2>. C’est sur un document conservé aux Archives nationales (Xu 1Ù80, fol. 9 à v°, g 5 r°), que M. Tuetey se fonde pour affirmer que le ttduc de Bedford et sa jeune épouse descendirent à l’hôtel du chancelier Louis de Luxembourg, oncle de la duchesse l3b r
Une note recueillie et transcrite par Adolphe Berty, mais sans indication de source, contient, à la date de i/iA3, c’est-à-dire huit ans après la descente de Bedford dans le grand hôtel d’Arras, une description détaillée de cette résidence :
<r î k A3. Ung hostel a deux festes (faîtes ou pignons) sur rue, l’ung sur la grant rue de Saint Germain des Près, près de l’église Saint André des Ars, et l’aultre
(1) François Du Chesne, auteur de Y Histoire des chanceliers et gardes des sceaux de France, s’exprime ainsi au sujet de ce favori: «Dans le registre des Chartes du Thrésor du Roy, intitulé De tempore Henrici regis Angliæ , on trouve des lettres de don fait à Louis de Luxembourg, evesque de Thérouenne, chancelier du roy d’Angleterre, de deux hostelsscis à Montreuil-sous-Bois, qui appartinrent à Charles et Jean Boitel frères, trezpassez hors
l’obeyssance de Sa Majesté . Cet homme très
cruel fut chassé de Paris avec les Angloys, le jour que cette grande ville fut réduitte en l’obéissance du roi Charles VI, nonobstant la résistence qu’il y apporta avec Simon Morbier, pour lors Prévost de laditte ville; et furent contraincts de se sauver au chasteau de la Bastille, d’où ils s'enfuirent où ils purent.» (Du Chesne, p. 443.)
Le Gallia christiana énumère, dans les termes suivants, les faveurs dont Louis de Luxembourg
fut comblé, et les services qu’il rendit : n .
Ecclesiæ Morinensi prælatus est . . a Regi-
naldo Remensi archiepiscopo contirmatus consecratusque est. Eodem anno (i4i8) factus est prolopræses Cameræ Compulorum Parisiensis. Adfuit aulem Petro Cauchon, episcopo Bellovacensi, ecclesiam suam solemniter ingredienti, anno i4-20. Biennio post, in Angliam, cum aliis proceribus, missus est, qui novas adversus Carolum VII regem
copias cogeret. Ei rex Angliæ donavil domum Parisiensem episcopi Laudunensis, qui in partibus Caroli VII stabat. Ab eodem , Ærario regio præfectus est. . . , FranciæqueCancellarius declaralus, litteris Henrici VI regis Anglorum, qui se Franciæ regem jactabat. . . Plurima ei dona largitus est Johannes dux Betbfordiensis, eique inandavit ut super Parisienses invigilaret. . . Nuptias magnæpompæ celebravit. . . ; Henrici, Angliæ regis, coronationi Luteciæ interfuit, anno i43i, et judicio lato a Petro Bellovacensi adversus Jobannam Aurelianensem, Rothomagi. . . Ducis Betbfordiæ, regni gubernatoris, vices ei commisit Henricus VI rex, regnique regimen. . ., etc.» (T. X, p. i564.)
(î) Edition publiée par M. Alexandre Tuetey dans la collection des Mémoires de la Société de V histoire de Paris et de l’ Ile-de-France , p. 3oi et 3oa.
(3) Ibid. Nous faisons remarquer, à l’article de la rue Pavée-Saint-André-des-Ars, que Louis de Luxembourg, évêque de Tbérouanne, occupait alors, comme Payant reçu en don de Bedford, l’hôtel des évêques de Laon, confisqué sur Guillaume de Champeaux, titulaire de ce siège épiscopal. La réception, dont le Bourgeois de Paris n’indique pas le lieu, peut donc avoir eu pour théâtre soit l’hôtel de Laon, soit l’bôtel d’Arras, et tous deux peutêtre, puisqu'ils n’étaient séparés l’un de l'autre que par la largeur de la rue Pavée.
RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS
feste sur la rue Guy Le Queux; au coing duquel liostel faisant division desdictes deux Testes est posée l’ymaige Nostre Dame, avec une court pavée de pierres de rabot, et, au bout d’icelle court, a ung grant corps d’oslel contenant plusieurs chambres, salles, gallerics, court, puits, cuisine, caves, celiers et estables, et un grant jardin derrière, auquel y a plusieurs treilles et arbres portant fruit, avec une grant gallerie, où y a au dessus une terrasse pavée de pavement de pierre
de lyaiz . ; nommé vulgairement l’ostel d’Arras, dont la maislresse entrée est
en la rue Sainct Germain des Prez , tenant ledict liostel tout au long et le coin de la rue Guy le Queux, et ayant issue en icelle rue Guy le Queux, aboutissant par derrière et ayant issue oudict jardin sur le chemin qui va du pont Sainct Michel en l’église Sainct Augustin ('h n
Cette description, qui comprend également le Petit Hôtel d’Aiuus, dont nous parlons plus loin, peut s’appliquer à la plupart des hôtels de cette région et de cette époque : c’était, dans de moindres proportions, ainsi que nous le faisons remarquer ailleurs, le genre de construction, de distribution et d’aménagement de l’hôtel Saint-Paul, c’est-à-dire une réunion do bâtiments séparés par des cours et des jardins, rattachés entre eux par des galeries et ayant issue sur plusieurs rues; ce qui en facilitait la vente et le morcellement.
Le grand hôtel d’Arras a survécu moins d’un siècle à Bedford et au chancelier de Luxembourg : comme il tenait ntout au long et le coing la rue Sainct Germain des Prez ii, c’est-à-dire Saint-André-des-Ars, et qu’il aboutissait, par ses jardins, ttsur le chemin qui va du pont Sainct Michel en l’église Sainct Augustin v, c’est-àdire sur le quai, on ne larda point à le lotir pour en aliéner les terrains. En 1 53ô , il était déjà morcelé, et l’on y bâtissait une maison, te II appartenait alors depuis quelques années, dit Berty, à François de Luynes, président du Parlement; François Errault, garde des sceaux, le possédait en i5A3. A cette époque, le pourpris en avait été réduit : les constructions avaient dû s’étendre sur le quai, ainsi que sur les rues Pavée et Gille-le-Queux. Depuis, elles ont envahi tout l’hôtel, n
Cette note de Berty exige une rectification; l’erreur résulte dune mauvaise lecture. Il ne s’agit pas de François de Luynes, président au Parlement, mais bien de François de Loynes, président des Enquêtes, appartenant, dit le Dictionnaire de la noblesse, à une famille noble de l’Orléanais, qui a possédé plusieurs fiefs aux environs de Paris, et rempli diverses charges, tant au Parlement qu’à la Cour des comptes. Comment François de Loyncs était-il devenu propriétaire de 1 hôtel d Ar ras? Nous ne saurions le dire; il l’avait probablement acquis parce qu il était situé dans le quartier parlementaire, etsur cette paroisse de Saint-André-des-Ars, où tant de hauts magistrats avaient leur domicile.
(n Notes classées et incorporées au texte laissé par Adolphe Berty. L’acte cité est de 1 4 43.
On s’explique mieux comment il passa à François Errault, garde des sceaux. Ce personnage qui est qualifié «seigneur de Cliamans, près de Duretal , et garde des sceaux de la chancellerie de France n , avait épousé, en i5a5, Marie de Loynes, lille deFrançois, le président des Enquêtes dont nous venons de parler, et le premier de sa famille qui se soit transféré à Paris. Comme on constate que, un un siècle plus tard, un Jean de Loynes mourut dans «sa maison d de la rue du Paon, au quartier Saint-Victor, il est naturel de penser que la famille de Loynes possédait plusieurs immeubles à Paris, et que, lors du partage qui se fit après la mort deFrançois, survenue en îSa&'d, l’hôtel d’Arras fut attribué à sa fille Marie, laquelle l’apporta en doL à François Errault (’L
A l’article de chacune des voies sur lesquelles l’hôtel d’Arras avait des aboutissants, nous en complétons la monographie, eu ajoutant les détails relatifs aux maisons qui s’élevèrent successivement sur les terrains détachés du pourpris de cette vaste résidence *3'.
La note que nous avons reproduite plus haut se termine par la mention suivante : «Item un autre hostel contigu, rue Sainct Germain, faisant le coin de la rue Gogain et, depuis, nommée la rue Pavée (P, avec dépendances assises à ladicte rue Pavée, n
Cet immeuble était le
Petit hôtel d’Abeus, ayant, à l’angle des rues Pavée et Saint-André-des-Ars. une situation analogue à celle du grand hôtel, au coin des rues Saint-André et G i lle-le-Q ueux ; ce qui permet de supposer qu’ils ne formaient originairement qu’une seule résidence délimitée par les trois rues, au sud, à l’est et à 1 ouest. L’hôtel d’Arras pouvait alors, en raison de son étendue, être comparé au séjour de Navarre, ainsi qu’aux hôtels de Laon et de Sancerre, dont nous parlons ailleurs. Nous ignorons à quelle époque il fut divisé en grand et en petit hôtel. Le plan dressé par llerty le montre réduit à un faible pourpris, au coin des deux rues; mais les cinq parcelles qui s’étendent du sud au nord, le long de la rue Pavée jusqu’à la maison de l’évêque de Rodez, semblent en avoir été détachées, puisque la ligne du fond est la même que celle du grand hôtel d’Arras, isolé de ses dépendances.
I} François de Loynes, après une carrière honorable el bien remplie, mourut à l’hôtel d’Arras et fut inhumé è Saint-André-des-Ars, près de la chapelle DuPrat.
(2) Fr. Errault fut successivement conseiller au Parlement de Paris, président au Parlement de Turin, maître des requêtes et chancelier de France après la mort de François de Monlholon. Il mourut en 1 3 6 A.
( l> Voir Quai des Augustins , rues Pavée el Gillesle-Queux.
10 11 résulte de ce texte que l’ancien nom de la rue de l’Éperon a été donné à la rue Pavée, probablement avant que celle-ci ait reçu un pavage. L’une n’était pourtant pas la continuation de l’autre. Nous hasardons ailleurs une autre interprétation.
RUE SA1NT-ANDRÉ-DES-ARS
HÔTEL D’Eu, puis DE NEVERS, ayant occupé originairement un espace considérable à l’angle occidental des rues Pavée et Saint-André-des-Ars. 11 se développait, sur une certaine étendue, le long de la rue Pavée, et aboutissait, en retour d’équerre, sur celle des Grands-Augustins (à l’abbé ou aux écoliers de Saint-Denis). Rerty le figure à l’état de pourpris irrégulier, ayant déjà subi un premier démembrement sur la rue Pavée.
En i35o, cet immeuble était la propriété des comtes d’Eu. L’année suivante, il fut confisqué sur Raoul de Brienne, comte d’Eu et de Guines, connétable de France, ci-devant conseiller de Philippe de Valois. Ce personnage, ayant encouru la disgrâce du roi Jean, qui était alors dominé par son favori Charles de la Corda, fut décapité, comme coupable de lèse-majesté, à l’hôtel de Ncsle, qu’il habitait alors, et enterré «pour l’honneur des amys d’iceluy connestable *, dit Froissard, à peu de distance des deux bétels, dans une petite cour du pourpris des Grands- Augustins M.
Les terres du malheureux connétable furent données à Louis II, duc de Bourbon, et son comté d’Eu, sans doute avec l’hôtel parisien de ce nom, à Jean d’Artois, quatrième du nom, lequel eut pour successeur médiat Philippe d'Artois, son frère, connétable de France, mort en 1897. Le comté d’Eu reste aux mains de cette famille jusqu’en 1/172, époque à laquelle, Charles d’Artois étant mort sans postérité, Bonne d’Artois, sa sœur et son héritière, porte le comté et l’hôtel à son mari Philippe de Bourgogne, comte de Nevers.
C’est sur Charles d’Artois, fait prisonnier à la bataille d’Azincourt (i/it5), qu’avait été confisqué de nouveau l’hôtel d’Eu, ainsi qu’il résulte du Compte clés confiscations de la ville de Paris, de 1 6 2 3 à 1/127. On y lit, en effet, la mention suivante : ccL’hostel d’Eu, appartenant au comte d’Eu, prisonnier en Angleterre, sis en la rue Saint-André-des-Ars. n Un autre compte, celui des confiscations parisiennes, de 1/1270 iA3Zi, contient l’article suivant : ttL’hostel d’Eu, ilem.v Cet item est d’un laconisme significatif; le propriétaire de l'bôtel d'Eu était encore de l’autre côté du détroit PL II y était si bien, en effet, qu'il y demeura vingt-trois ans, et. ne rentra en France qu’en 1 Zi38.
Nous avons dit plus haut que Bonne d’Artois avait apporté en dot à Philippe de Bourgogne, comte de Nevers, le comté et l’hôtel d’Eu. Leur fils, Jean de Bourgogne, 11’eut qu’une fille, Élisabeth, qui épousa le duc de Clèves, lequel mourut
(1) Lo bénéficiaire de la confiscation avait été Jean d’Artois, auquel le roi Jean fit don de l’hôtel en 1 35 1 , et du comté d'Eu en i352.
(î) lie voyage en Angleterre n’était pas favorable à la famille d’Eu; l’un de ses membres en fit la triste expérience sous le règne de Guillaume le Roux. Il s’agit d’un comte d’Eu, qui avait été
accusé par Godefroy Baynard de conspiration contre le Roi, et qui offrit le combat judiciaire à son accusateur, dans la plaine de Salisbury. Vaincu en présence de toute la cour, il fut cruellement mutilé par ordre du Roi : on lui arracha les yeux; son écuyer même fut fouetté et pendu (voir la préface du Livre des querelles , par Charles de Vaux).
T/iO TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS,
en 1/181. Voilà donc le comté dans la possession de la famille de Glèves, qui le conserva jusqu’en i56i, date de la mort du dernier descendant mâle. C’est peu après (i5yo) que Catherine de Clèves, l’une des deux sœurs du défunt, porta ce même comté, devenu duché-pairie, à son mari Henri Ier, duc de Guise, qui mourut en 1 5 8 8 . Il fut père de Charles, duc de Guise comme lui, lequel décéda en i64o et eut pour fils Henri, deuxième du nom, dernier possesseur du comté d’Eu, puisqu’il le vendit, en 1660, pour la somme de deux millions cinq cent mille livres, à Marie-Louise d’Orléans, fille de Gaston de France.
A cette date, l’hôtel était, depuis près d’un siècle, sorti de la maison de Clèves, alliée aux Nevers-Bourgogne. François de Clèves, qui, en 1 5 3 6 , avait obtenu de François l! 1 l’érection de son comté en duché-pairie, fut le dernier possesseur de cet ancien immeuble. Son élévation dans la hiérarchie nobiliaire le détermina sans doute à se défaire de l’hôtel, qui était construit et dans le goût gothique 11 et ne présentait point l'aspect des nouveaux édifices dus aux architectes italiens. 11 le vendit, moyennant 20,000 livres tournois, à Claude Hcnnequin, maître des requêtes, et à Louis de l'Estoile, président aux Enquêtes h).
Ces deux acquéreurs se partagèrent inégalement le pourpris de l’hôtel; le second eut la plus grosse part, et les constructions qu’il fit élever occupaient l'angle des rues Pavée et Saint-André-des-Ars.
Il dépendait, de l’hôtel d’Eu, une et peut-être plusieurs maisons, construites sur des terrains détachés du pourpris de cette résidence. Berty en fait figurer une en façade sur la rue à l’abbé de Saint-Denis.
Entre l’hôtel d'Eu et la maison des évêques de Thérouenne, qui ne lui était pas contiguë, doit se placer un immeuble dont il est question dans les notes de Berty : il s’agit d’une
Maison et jaudin ( 1 3 8 1 ) ayant appartenu, comme la suivante, à l’hôtel d’Eu, et en ayant été détachée à une époque que nous ne saurions préciser. On voit, en effet, sur le plan de Berty, qu'elle formait hache dans le pourpris de cet hôtel, par rapporté la ligne de fond limitative des propriétés en façade sur la rue à l’abbé de Saint-Denis. L’emplacement qu’elle occupait paraît réuni à celui que couvrait la maison de l’évêque de Thérouenne; ce qui implique une annexion dont nous parlons à l’article suivant.
La maison dont il s’agit fut possédée, au xv8 siècle, par Guillaume Colin, conseiller du Roi. En 1 5 3 1 , elle appartenait à M* du Tillet, greffier au Parlement, et, en i5A3, elle fut reconstruite par M8 Mathieu Chartier, qui en était alors
!) M. Le Feuve, auquel nous empruntons ces de l'auteur du Journal historique des règnes de détails, rappelle que Louis de l’Estoile fut le père Henri III et Henri IV.
RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS. IM
propriétaire. C’est peut-être le logis que Jaillot appelle à tort k l’Hôtel du chancelier Poyetu (1) , à moins que ce ne soit la
Grande Maison dite de l'Evêque ou des Evêques de Thérouenne. Adolphe Berty n’a laissé sur cet important immeuble qu’une note informe ainsi conçue : « Grande maisonqui fut, eni35i ou 1 38 1 , à Jean Labarie Aillons, évêque de Thérouanne, et auparavant à l’abbé de Jars, faisant le coin oriental de la rue des Grands- Augustins. ii Cet énoncé de situation est la seule exactitude que contienne la note; tout le reste est erroné. Nous avons donc dû rechercher quels étaient cet abbé et cet évêque possesseurs successifs de la maison.
L’abbé qui en fut d’abord propriétaire dirigeait l’une des deux abbayes du Jard et non Jars, ainsi que porte la note. Ce ne pouvait être celle de Lieu-Dieu en Jard ( Locus Dei in Jardo ), qui était située dans le diocèse de Luçon, et qu’on n’a jamais désignée par l’abréviation Jard ou Jars. Outre quelle n’a jamais eu beaucoup d’importance, il ne paraît pas probable qu’à la distance où elle se trouvait de Paris, entre la Bretagne et le bas Poitou, cette abbaye, de fondation anglaise, ait possédé, pour l’usage de ses abbés, une résidence parisienne que rien n’aurait justifiée, puisqu’elle ne devait avoir aucune affaire à traiter à Paris.
11 en est tout autrement de l’abbaye du Jard, au diocèse de Sens et à peu de distance de Melun. Cette maison religieuse, d’abord simple retraite de l’ermite Fulbert en 1171, puis prieuré reconnu par le pape Alexandre III, enfin abbaye instituée par l’archevêque de Sens, Michel de Corbeil, et transférée en 120/1, par la reine Adèle, épouse de Philippe-Auguste, dans l’un de ses domaines, fut l’objet de nombreuses et constantes faveurs. Les bâtiments en étaient magnifiques : te Opéré sumptuoso, miro œdificiorum apparatu-n, dit le Gallia christiana. On s’explique donc parfaitement que l’abbé du Jard ait eu, comme son métropolitain, un hôtel à Paris, vers le milieu du xiv' siècle.
A cette date, qui est celle indiquée par Berty, l’abbaye du Jard avait précisément pour chef un personnage considérable, Guillaume du Lys, docteur en droit canon, ami, conseiller et trésorier des rois Jean le Bon et Charles V, fonctions qui exigeaient une résidence constante à Paris. C’est évidemment lui qui habitait, en x B 5 1 , l’hôtel de la rue Saint-André. 11 y revint, après la captivité et la mort du roi Jean, mais dans des conditions bien différentes. Après avoir été collecteur général des sommes levées pour la rançon du royal prisonnier, il vit son abbaye dépouillée de tous ses biens par les partisans de Charles le Mauvais, qui occupaient Melun, et fut contraint de se réfugier, lui et ses religieux, à Paris, — ittn terni vicluv, dit le Gallia christiana , — et hors d’état de payer ses dîmes à l’archevêque de Sens!'2'.
(I) L’hôtel du chancelier Poyet n’était autre que (2) Guillaume du Lys n’en demeura pas moins celui du chancelier d’Aguesseau, en la rue Pavée. un personnage important : en i368, un an avant
Guillaume du Lys mourut à Paris, dans la maison de la rue Saint-André-des- Ars, en l’année 1 3 6 g , et c’est seulement en 1 3g î , c’est-à-dire vingt-deux ans plus tard, que nous voyons un évêque de Thérouenne en possession de l'immeuble. S'il appartenait personnellement à Guillaume du Lys, on comprend que celui-ci s’en soit défait à la suite des pertes qu’il avait subies; s’il était la propriété de l’abbaye du Jard, on comprend aussi qu’après le pillage opéré par les soldats du roi de Navarre, les religieux aient vendu la maison abbatiale de la rue Saint-Andrédes-Ars, pour relever le monastère de ses ruines.
Maintenant que nous connaissons les premiers habitants de l’hôtel, il nous reste à identifier l’évêque qui en fit l’acquisition, et dont le nom a été si étrangement défiguré par Adolphe Berty. Ici encore, le GnUia christiana va nous servir de guide. Entre les deux dates indiquées par Berty (i35i-i38i), ou voit se succéder, sur le siège de Thérouenne, Raymond Saquet, Gilles Aicelin, Robert de Genève, Gérard de Dainville et Adhémar Robert; mais il faut aller jusqu’à l’année 1 3 g î pour trouver Jean Tabari, et non Labarie Aillons, en possession du siège épiscopal de Thérouenne. Ce personnage possédait plusieurs maisons à Paris, à titre personnel, sans doute, puisqu’il les hypothèque par testament : rr Legal ecclesiœ Parisiensi, dit le Gallia christiana, duodecim libras super domibus suis Luteciœ sitis. n
Ce Jean Tabari, originaire du Limousin, clerc médecin et secrétaire du roi Charles V, avait été élevé sur le siège de Thérouenne en i386. et mourut à Paris en iôo3, dans sa maison de la rue Saint-André, peu après avoir lait, pour la fondation de son anniversaire, le legs dont nous venons de parler. Le séjour qu’il y avait fait, l’importance qu’avaient dû lui donner les fonctions exercées par lui à la cour de Charles V, valurent à sa propriété, alors même quelle passa en d’autres mains, le nom de Maison de l’Evêque i>e Tuéhouenne. C est sous ce titre qu’elle figure dans le plan de Berty.
Maison faisant le coin occidental de la rue des Grands-Augustins, ou à l’abbé de Saint-Denis. Elle était habitée, en ia63, par Gilles ou Gillou Le Brun, connétable de France. Sauvai le dit expressément en deux endroits de son livre; à la page i lib du tome second, il s’exprime ainsi : et Gilles le Brun, connestable de France sous saint Louis, demeurait à la rue Saint-André-des-Arts, dans un grand logis qui tenoil au collège de Saint-Denis, fondé derrière Ihostel de Nesle, et au cou-
sa mort, il est nommé commissaire du pape pour régler un échange à faire entre le roi et 1 archevêque de Sens, au sujet des hôtels de Sens et de Saint-Paul. Son nom figure le premier au bas de la Déclaration, avec les qualités de docteur en décrets, conseiller du roi et abbé du Jard. Cette
pièce, imprimée par Félibien dans ses Preuves (III, 659 et suiv.), ne permet pas de douter que Guillaume du Lys habitât alors sa maison de la rue Saint -André- des -Ars, l’échange à régler étant une question toute locale qu’on ne pouvait trancher que sur les lieux.
RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS. 143
vent des frères de la Pénitence de Jésus— Christ, occupé maintenant par les Augustins. Le Féron assure qu’il estoit eonnestable; Godefroy en doute*1); mais comme son hostel estoit sur le territoire de Saint-Germain-des-Prez, les titres de l’abbaye qui en font mention l'appellent Gillon, dit Le Brun, eonnestable de France, et portent qu’eu 1262 il logeoit là*2). 11
Plus loin, à la page 1 83, Sauvai revient sur la résidence de Gillon Le Brun : r II est constant, dit-il, qu’en iu63 le connétable Le Brun demeurait dans la même rue ( Saint- André-des-Ars) vers la porte Saint-Germain, dans une grande maison accompagnée de jardinages, à la façon de ce temps-là*3)». Ces te jardinages», ce n grand logis» s’étendaient entre le collège, ou hôtel, de Saint-Denis et le long de la rue qui en portait le nom jusqu’à l'allée des Murs, à l’endroit où furent établis plus tard le Petit Séjour de Navarre et l’hôtel de Lyon. La maison suivante , dont on ne trouve mention qu’au xvi° siècle, a du être construite sur un terrain détaché du pourpris de la maison de Gillon Le Brun. Nous avons constaté un fait identique sur plusieurs autres points de la rue Saint-André-des-Ars.
Après le et bon chevalier etpreudome» Gillon leBrun, il n’est plus question de la maison qu’il habitait, ou plutôt on n’en trouve pas de mention dans les litres de l’Abbaye, où Berly a constaté de nombreuses et irréparables lacunes. Il faut aller jusqu’en 1 5 2 3 pour rencontrer un nom de propriétaire : c'est celui de Mc Anthoine de Jouynes, dans la famille duquel la maison était encore en 1 ô 9 5 , puisqu’elle est dite alors appartenir (taux hoirs Jeanne de Jouynes». Dans l’intervalle, en i5A3 notamment, elle avait été la propriété de Charles de Bar et de
1 La connétablie de Gillon Le Brun est controversée, comme on le voit. On lit dans l’ Histoire des conneslables de France par Jean Le Feron et Denys Godefroy : rrGilles le Brun, sieur de Trasignies, vi voit en 125 ‘2. Il en appert par litres de cet an, bien que quelques-uns doutent s'il fut eonnestable.
Le Feron dit qu'il est appelé par Joinville Gilles le Bénin, au lieu de Gilles le Brun, et qu'il tua Mainfroid le Bastard, qui se disoit roy de Sicile, l’an 1266, et porloit d’or au chef de sable.
N. B. — Ce blason est gravé à la page 35 de l’ouvrage de Le Feron et Godefroy.
(î) Joinville, auquel Le Feron se réfère, parle en huit endroits de sa chronique, et à propos de diverses aventures, de Gilles de Trasegnies, dit Le Brun, qui était originaire de Flandre et, comme tel, étranger au royaume de France. Nous nous bornerons à citer deux passages significatifs; voici le premier :
« Il (le roi saint Louis) ama tant toutes maniérés de gens qui Dieu creoienl et amoient, que il
donna la connestablie de France a monsignourGille le Brun, qui n’estoit pas dou royaume de France, pour ce qu'il estoit de granl renommée de croire Dieu et amer. Et jecroy vraiement que leix fu il.»
Le second n’est pas moins probant : rrOr avint ainsi que, le jour de Saint Jaque (25 juillet i25o), li roys fu revenus en sa chambre, de la messe; et appela son consoil, qui estoit demourez avecques li : c'est assavoir monsignour Perron le Chamberlain, qui fu li plus loiaus boni et li plus droituriers que je veisse onques en hostel de roy ; monsignour Geflroy de Sergines, le bon chevalier et le preudome; monsignour Gilon le Brun, et bon chevalier et preudome, cui li roys avoil donnei la connestablie de France aprez la mort monsignour Hymbertde Biaugeu, le preudome.» (La Chronique du sire de Joinville, p. 10, 1 5 5 et 1 5 6. )
Après deux affirmations si positives, on ne comprend guère que «■ quelques-uns» aient pu contester à Gillon Le Brun la dignité de connétable.
Antiquités de Paris, 11, 1 46 et 280.
Gabriel de Mavillac, que des liens de parenté unissaient sans doute aux Jouynes, puisque ceux-ci en sont possesseurs un demi-siècle après.
Maison sans désignation, bâtie, ainsi que nous l’avons dit plus haut, sur un terrain détaché du pourpris de l’hôtel de Gillon Le Brun. Antérieurement à 1 5 g 5 , on n’en connaît pas les propriétaires; mais le censier de cette année, dans lequel Adolphe Berty a relevé les noms des de Jouynes, des de Bar et des Marillac, lui a permis de constater quelle appartenait alors à Mc Sédille, avocat au Parlement.
Hôtel de Lyon, ou du Lyon, comme on lit, improprement sans doute, sur le plan de Berty. On le distinguait en grand et en petit hôtel. Aboutissant à la rue Saint-André-des-Ars, sur laquelle il devait avoir sa principale entrée, et touchant à la porte de Buci, il était limité à l’occident par la ruelle des Murs, et s étendait en profondeur, vers le nord, jusqu’aux jardins des collège et hôtel de Saint-Denis. Il formait primitivement, au delà de la rue Saint-André, une dépendance du séjour de Navarre et d’Orléans, comme le séjour de Nesle se rattachait au manoir de ce nom, dont il était cependant séparé par la muraille de Philippe-Auguste, et comme la basse-cour du Petit Luxembourg se relie à cet hôtel, dont le sépare pourtant la rue de Vaugirard. Cette situation subordonnée et sa division ultérieure en deux corps d’hôtel distincts ayant entrée sur l’allée des Murs, nous ont engagé à réunir en un seul exposé les documents que nous avons pu recueillir sur cet immeuble. Le lecteur trouvera cette monographie sommaire à 1 article de la rue de la Contrescarpe-Saint-André, ou Dauphine, aujourd’hui rue Mazet.
CÔTÉ MÉRIDIONAL
(d’Occidenl en Orient).
CENSI VE ET JUSTICE DE SAINT-GERMAIN— DES-PRES
PAROISSE DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS
Grand hôtel de Navarre, puis Séjour d’Orléans. — La monographie de cette résidence princière, ébauchée seulement par Adolphe Berty, a été traitée avec beaucoup de développement par le savant bibliothécaire de la Faculté de médecine, feu le docteur Chéreau<l). Nous utilisons les travaux de ces deux érudits, et nous résumons ce que les historiens de Paris ont écrit sur cet hôtel, le plus important de la région occidentale de l’Université.
Au mois de mars 1262 (v. s.), par contrat passé devant l’officia) de Paris,
o M. Chéreau a été [‘un des collaborateurs oOî- les anciennes écoles de médecine el de chirurgie, cieux de Berty, et celui-ci lui a fourni, h titre de que sur les maisons habitées autrefois par les méréciprocité, de nombreux renseignements tant sur decins de Paris.
RUE SAINT-ANDRÉ DES-ARS
Simon de Verzellis, clerc ou chanoine de Verceil, en Italie , qui était peut-être venu, comme Dante, suivre les cours des écoles de la rue du Fouarre, acheta une maison et une tt grandie « sises en la rue Saint-André-des-Ars, qu'on appelait alors rue Pavée, car c’était l’artère la plus importante du quartier. Elle avait dû recevoir un tt pavement n au moment où fut construite la porte de Buci, qui lui donna une grande circulation, tandis que le sol des voies secondaires était tout simplement la terre nue.
Les dix maisons dont se composait cet ensemble devaient être des masures ou des constructions légères, à usage de vignerons et de laboureurs, car l’acquéreur les fit abattre et vendit le terrain, ainsi qu’une cuisine, coquina, qu il avait fait récemment bâtir, à Thibaud II, roi de Navarre et comte de Champagne, pour la somme de deux mille deux cents livres de ctprovinois forts n. On a, du roi de Navarre, une reconnaissance datée du mois de l’année suivante (1263); Thibaud déclare qu’il tient tt en roture 11 la maison achetée par lui de Simon de Venelles, clerc*1 2).
Quelque temps après, en août 1 26Û et janvier 126b, le même Thibaud, représenté par son clerc, Lambert de Lagny, achète, moyennant soixante-sept livres parisis, trois autres maisons sises : la première en la rue Saint-Germaindes-Prés, c’est-à-dire de Saint-André, à l’angle de la rue « Gavrin » *2) ou de l’Eperon, maison qui appartenait à Jean le Cirier de Petit-Pont et à Jeanne sa femme; la seconde, qui était située entre celle-ci et celle de feu Richard Lasurer; la troisième enfin, sise rue irGauvaini?. Les vendeurs de ces trois maisons étaient Christophe le Porcher et Erainbours, sa femme*3).
Thibaud de Champagne ne tarda point sans doute à faire élever des constructions dignes de lui sur les terrains qu'il avait acquis, et à la place des maisons achetées pour être démolies. Le Livre de la Taille de 1292 mentionne, en effet, parmi les contribuables parisiens, un certain Pierre de Meudon qualifié de et concierge du roi de Navarre n*4); d’autre part, le plan dressé par M. Albert Lenoir, sur les indications fournies par H. Géraud, montre un tr hôtel de Navarre « assez étroitement limité et 11e s’étendant point, comme se développa plus tard le séjour d’Orléans, sur l’emplacement compris entre les rues de l’Eperon, Saint-Andrédes-Ars et tt l’allée des Mursu. On comprend que les premières constructions ordonnées par Thibaud II n'aient pas eu l’importance de celles que les possesseurs
(1) Noies manuscrites de Bcrty.
(2) Ce mot est une nouvelle variante de la dénomination Gauguin ou Cauvain, défigurée à l’envi par les scribes. Voir, à l'article de la rue de l’Eperon, les diverses formes orthographiques que cette appellation a revêtues.
(3) Ces renseignements topographiques sont tirés
du Cartulaire des comtes de Champagne, dit Liber pontif.com, manuscrit de la Bibliothèque nationale, fonds latin n°59g3, fol. 5o6 et suivants. M.d’Arbois de Jubainville adonné des analyses de ce document dans son Histoire des ducs et comtes de Champagne (Catalogue des actes, n°‘ 92, 99,3361, 3365).
Paris sous Philippe le Bel, p. 1 58.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, successifs de l’hôtel ajoutèrent aux bâtiments primitifs. C’est plus lard seulement que le pourpris de 1 hôtel, ou plutôt du séjour, expression qui implique une résidence plus spacieuse eL pourvue de plus vastes dépendances, s’étendit jusqu’à la rue de l’Eperon d’une part, puis jusqu’à la cour, impasse ou passage, séparant l’hôtel de Navarre et d’Orléans de celui des archevêques de Rouen ('h
En 1 33o , 1 hôtel passa à Jean, fds aîné de Philippe de Valois et roi lui-même après la mort de son père. Ce prince, en montant sur le trône, céda l’immeuble à sou frère Philippe, duc d’Orléans, cinquième fils de Philippe de Valois, qui l’habita pendant un certain temps et lui donna son nom : le séjour de Navarre fut nommé alors le séjour d'Orléans. Devenu ainsi l’apanage de Valois-Orléans, l’hôtel, ou le séjour, fut, après la mort de Philippe d’Orléans, la propriété de Louis de France, fils de Charles V, plus connu sous le nom de Louis d’Orléans. C’est l’époux de Valentine Visconti, c’est l’ennemi et la victime de Jean sans Peur.
cr En î lx o î , dit Piganiol de la Force, c’est-à-dire six ans avant sa mort, il vendit cette maison à son frère Charles VI , vingt-deux mille cinq cents livres d’or, laquelle lui revint depuis, car non seulement Valentine de Milan, sa femme, y logea lorsqu’elle vint demander justice de sa mort, mais même Louis d’Orléans, son petitfils, avant que de parvenir à la couronne, en était propriétaire, en 1Ô8/1, et la vendit pour soixante livres de rente à un conseiller du Parlement, à un correcteur des Comptes et à un avocat. C’est apparemment de l’un de ces trois que Jacques Coytier acheta l’emplacement sur lequel il lit bâtir sa maison W. d
Piganiol, en esquissant à grands traits l’histoire du séjour d’Orléans, oublie de dire que Charles VI, après en avoir octroyé la propriété ou l’usage à Amé V, comte de Savoie, le céda, à titre gracieux ou onéreux, nous l’ignorons, — car entre membres de la famille royale les questions de possession et d’usufruit se confondent souvent, — à son oncle Jean, duc de Berry, qui le transmit, en îôn, à son neveu Louis, duc de Guienne.
Nous le retrouvons, un demi-siècle plus tard, entre les mains des Valois- Orléans, puisque Louis d’Orléans, qui fut roi sous le nom de I-ouis XII. le possédait dans les dernières années du règne de Louis XL II le tenait sans doute de son père Charles d’Orléans, qui passa une partie de sa vie en Angleterre, ou de son oncle, le duc d’Angoulême, aïeul de François 1er. Le g janvier i ô 8 5 ,
Voir, ci-après, à l’arlicle de la rue du Jardinet.
(î) Description de Paris, VI, 109.
Ces diverses transmissions n’ont pas été toutes mentionnées par les historiens : Jaillot, qui est ordinairement fort exact, résume en quelques lignes la partie la plus obscure de celte histoire:
cr L’hôtel de Navarre, dit-il, a appartenu à Philippe de France, duc d’Orléans, il passa à Louis d’Orléans, son petit-neveu, à Charles VI qui le donna, en i 4oo, à Amé V, comte de Savoie, ensuite au duc de Berry, puis à Louis, duc de Guienne, en 1 ki 1 . » ( Piecherches HISTORIQUES, etc., Quartier Saint- Andrédes-Arls.)
RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS
au moment do partir pour la Bretagne et de se mettre en état d'hostilité ouverte contre le roi de France, le duc d’Orléans, redoutant sans doute une confiscation, vendit le séjour de ses pères h), et, pour en assurer la prompte aliénation, il le morcela en trois lots®. Les acquéreurs furent: Guillaume Ruzé, seigneur de Beaulieu!3), appartenant sans doute à la famille qui possédait déjà un hôtel dans la rue Hautefeuille; Jean Hureau ou Hurault, avocat au Parlement, et Nicolas Violle, sieur de Noiseau!*), qui acheta la partie de l’hôtel longeant la rue de l’Eperon, et y fit construire une maison que nous avons restituée et localisée, à l’article de cette dernière rue.
La vente eut lieu moyennant soixante livres de rente, et le démembrement de l’liôiel s’opéra de la manière suivante : le séjour d’Orléans, qui présentait sur la rue Saint-André-des-Ars un développement de soixante-quatre toises environ, fut divisé en trois lots, à partir de la rue do l’Eperon : le premier, qui était de quatorze toises, échut à Violle; le second, qui comprenait quinze toises, fut adjugé à Ruzé, et le troisième, qui en mesurait trente-cinq, devint la propriété de Hureau (5>.
Nous venons de dire ce que Violle fit de son lot; c’était la partie latérale formant dépendances de l’hôtel; il y éleva une maison, dite maison Violle (rue de l’Eperon). Ruzé n’eut probablement pas besoin de construire, ayant acquis une
(l> Nous avons trouvé, dans les papiers de Berty, une note d’où il semblerait résulter que Louis d’Orléans ne vendit point son hôtel, mais qu’il se borna à le bailler à cens. Voici le texte de cette note : rr Bue Saint-André-des-Ars , 1 Ù8û. — Par le bail qui leur en avait été fait, parle duc d’Orléans, les sieurs Ruzé, Violle et Hurault (sic) alias Muraille, étaient propriétaires du séjour d’Orléans à la charge de soixante-cinq livres tournois de rente». Les mots bail et propriétaire s'excluant, il faut entendre que l’hôtel fut rr baillé à rente», avec lods et vente.
(ï) Le docteur Chéreau, dans sa monographie de l'iiôtel Coytier, nous apprend qu’il a emprunté la plus grande partie de ces détails à un acte de partage de la Maison de l’Eléphant , acte daté du 28 avril 1677, et dont il est possesseur. 11 a consulté également, outre les historiens de Paris, Moreri et le Mercure de France , l’un des censiers de Saint-Germain-des-Prés (Portefeuille S 3o55), et une liasse de pièces faisant partie des anciennes minutes de l’étude de Me Brugerolles, notaire à Paris.
(3! Guillaume Ruzé, seigneur de Beaulieu, conseiller au Parlement (20 août 1/182), mourut en i5o4. Il avait épousé Catherine Briçonnet.
(4) Nicolas Violle, d’une très ancienne famille d’Italie, sieur de Noiseau, maître d’hôtel du duc
d'Orléans, trésorier du comte de Dunois, correcteur en la Chambre des comptes (mars 1/178), notaire et secrétaire du Roi (4 août 1/189), enf>n prévôt des marchands (16 août 1/19 4), mourut en 1 5 1 8 , à l’âge de soixante-dix-huit ans, et fut enterré à Saint-André-des-Ars. Il avait épousé Catherine Poignant. Sa statue est l’une de celles qui décorent le nouvel Hôtel de ville.
(5) Ces détails précis, consignés dans le travail du docteur Chéreau et puisés par lui aux meilleures sources, sont en contradiction formelle avec le passage suivant des notes de Berty : rr Louis XI donna une partie du séjour d’Orléans à son médecin Jacques Coytier; Charles VIII le vendit en i5og, et c’est sans doute alors qu’il fut divisé en trois parties, comme il était au commencement du xvi° siècle (i5qi). Chaque tiers est devenu un hôtel.»
Il est constant, en effet , que l’aliénation et le morcellement du séjour d’Orléans sont antérieurs h l’acquisition faite par Jacques Coytier, puisque celleci ne date que de 1490. Il n’est pas moins avéré que Coytier acheta et ne reçut pas son terrain en pui don, puisque l’inscription que nous reproduisons plus loin porte expressément ces deux mots aream émit. Enfin la prétendue vente par Charles VIII en 1 5og , est tout simplement un anachronisme.
TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEUX PARIS, portion du séjour d'Orléans, en façade sur la rue Saint-André-des-Ars; il ne fit sans doute qu’isoler et approprier les bâtiments dont il s’était rendu acquéreur. Feu le docteur Chéreau identifie sa portion avec l’immeuble occupé par la maison de librairie située au n° 45 de la rue Saint-André.
Quant à H ureau, acquéreur de la plus grande partie de l’hôtel, il ne conserva pas longtemps son lot : le 27 janvier 1 48g (v. s.), il le vendit à Jacques Coytier, médecin du roi Louis XI, qui ne tarda pas à y faire élever une résidence en rapport avec sa fortune, ainsi qu’avec la haute position qu'il avait occupée à la cour. En moins d’une année, dit le docteur Chéreau, auquel nous empruntons presque littéralement la partie descriptive de son travail, on vit s’élever, sur la partie occidentale de l’ancien séjour de Navarre et d’Orléans, les constructions suivantes :
i° Un corps d’hôtel principal, en croupe sur la rue Saint-André-des-Ars, ayant vue tant sur une grande cour que sur des jardins, et composé d'un rez-de-chaussée , d’un étage et d’un grenier, le tout comprenant une cuisine, une dépense, onze chambres et un cabinet d’études;
2° Un second corps d’hôtel, en équerre sur le premier et donnant vue également sur la cour et sur les jardins;
3° Un mur de façade crénelé, dans lequel était pratiquée la principale entrée de la maison; et, derrière ce mur, en dedans de la rue, une galerie close, portée sur piliers, telle qu’on en voit si fréquemment dans les constructions du moyen âge W;
4° A l’angle formé par la réunion des deux corps d’hôtel, une tour, ou tourelle, renfermant un escalier en forme de vis;
5° Un ensemble de constructions formant l’enceinte d’une cour et consistant en dépendances importantes, telles que : un petit corps d’hôtel à pignon, et deux autres édifices contigus;
6° Deux grands jardins plantés, l'un d’arbres fruitiers, l’autre d’arbres et arbustes d'agrément;
70 Dans la seconde cour, un puits, qui existe encore aujourd’hui, avec sa margelle capricieusement découpée en tète de dauphin;
8° Une chapelle gothique.
De plus, le nouveau propriétaire de cette magnifique demeure voulut quelle s’annonçât dignement au dehors. Au-dessus de la porte principale sur la rue Saint-André-des-Ars, il fit sculpter un Eléphant chargé d’une tour, d’où la dénomination donnée à la maison. Sur la tourelle à vis, au-dessus de la porte donnant accès à l’escalier, il fit tailler un écusson portant un oranger chargé de fruits,
;l) L’usage s’en est conservé jusqu'au xvn* siècte, du mur de façade et de la porte principale du Petit
lémoin la gâterie de ce genre régnant en dedans Luxembourg, sur la rue de Vaugirard.
RUE SAINT-A ND RE-DES-A RS
ainsi que les images de ia Vierge, de saint Jacques et de saint Nicolas, avec l'inscription suivante en lettres «enfermées les unes dans les autres* :