‹ Topographie historique du vieux Paris (volume 5)Chapitre 48 sur 206 · J A G 0 B U S C01TIER · texte numérisé non relu

J A G 0 B U S C01TIER

MILES ET CONS1LIARIUS AC VICE PRESES CAMERAS COMPOTORÜM PAR1SIENSIS

AREAM EMIT ET IN EA ÆDIFICAVIT

anno M GGGG XG.

Cf Si maintenant, dit le docteur Chéreau, ouvrant indiscrètement les portes, nous pénétrons dans ce manoir, nous pourrons admirer tout a notre aise les richesses qui y étaient accumulées. Nous traversons donc la grande cour, dont 1 entrée ouvre sur la rue Saint-André-des-Arts; nous tournons à droite, et, au rez-de-chaussée, nous avons les cuisines, deux grandes pièces désignées sous les noms de salle basse et salle haute, et une autre petite pièce, ou garde-robe, n’ayant pour meubles qu’une cr couche à piliers et en bois de chêne ».

Dans la cuisine, nous pouvons admirer un grand haton garni de tréteaux; une table de cuisine; deux bancs; une petite bancette; une grande armoire en chêne à six guichets; deux chenets garnis de conlre-rotiers; une crémaillère; un autre petit chenet servant de chambrier; deux grands controtiers; deux chaudrons; une marmite.

La salle basse, celle dans laquelle le seigneur du lieu se tenait habituellement, et où il recevait ses familiers, nous présentera : une table en noyer portée sur des tréteaux; six chaises rondes également en noyer n servant à asseoir à table n; un dressoir en chêne à deux guichets, orné de sculptures représentant des feuillages; une cuvette en bronze «servante rafraîchir le vin», et montée sur un pied en bois; deux grands bancs, dont l’un à dossier eL à coffre, l’autre garni d’un prêche et d’une marche; une table; la cheminée ornée de deux chenets à quatre pommes en cuivre; devant celte cheminée, une grande tapisserie «de même verdure»; enfin un tableau dans un cadre de bois doré et représentant Adam et Eve.

Dans la salle haute, que nous appellerions aujourd’hui une chambre à coucher, le mobilier se compose : d’une table en chêne; de quatre chaises, dont deux carrées et ce propres à écrire à table», et deux autres basses; quatre escabelles à goussets; un buffet; huit placets recouverts en tapisseries; deux chenets en fer dans la cheminée; et enfin un lit, qui devait faire très bonne mine ici, car il était tout en chêne; les piliers en étaient artistement tournés, et le dossier couvert de velours vert et de broderie avec franges de soie rouge, tranchant agréablement sur le ciel, qui était en coutil blanc rayé. Une paillasse, un bon lit de plumes, un matelas et une couverture de «drap blanc», complétaient la couche du maître.

Après avoir ainsi visité le rez-de-chaussée, nous rentrons dans la grande cour; nous nous engageons dans la tourelle placée à l'encoignure qui sépare les deux corps d hôtel; nous franchissons quelques marches disposées en colimaçon, et nous arrivons ainsi au premier étage, qui ne contient pas moins de huit pièces et une galerie. Suscité par la curiosité, nous prenons notre carnet, et voici les objets d’ameublement que nous y inscrivons:

i° Dans une première chambre située immédiatement au-dessus de la grande salle du rezde-chaussée : deux coffres-bahuts, sculptés à feuillages; un dressoir en chêne, armé de ses deux guichets et sculpté pareillement à feuillages; deux grands chenets ccà pommereaux de cuivre», brillant dans la cheminée; des tenlures formées par un tapis de Turquie et par huit pièces de

vieille tapisserie, v personnages et verdures»; un tableau dans un cadre de cuivre dore', représentant l’image de la vierge Marie; enfin deux lits en bois de poirier, à montants tournés, ornés d’un œil et d’un dossier, mi-parti velours et de salin blanc et violet.

2° Dans une petite chambre à feu, contiguë à la dernière : une table de bois de chêne, ployante et portée sur tréteaux; un dressoir à guichets, sculpté en rosettes; uu coffre en chêne; trois chaises, dont deux basses recouvertes de drap vert; de nombreuses tapisseries rtà bêtes et oiseaux »; un tableau représentant la vierge Marie; une couchette à piliers ronds, dont les panneaux étaient recouverts de drap, et le ciel formé par une belle tapisserie.

3° Dans une autre chambre ayant vue sur la rue Saint-André-des-Arts : deux tables en noyer, dont l’une à pied en forme de patte de griffon; deux tréteaux; une chaise pour écrire à table, regarnie de sa barre»; un banc; un petit dressoir de cuir; une grande chaise rempaillée; deux lits tout garnis, dont un sans piliers.

k° Troisième chambre donnant sur la cour. Il y avait là : deux tables en bois; deux tréteaux à pattes; un banc à dossier très élevé et fourni de deux coffres fermant à clef; un petit dressoir à guichet; un grand bahut formant coffre; deux lits en bois de noyer.

5° Dans une petite étude : comptoir de chêne, couvert de lapis vert; petit coffre; chaise carrée, «à asseoir à table»; une escabelle à goussets; deux lits, dont un «façon de sauvaiges» et l’autre garniture verte.

Quant au grenier, aux caves, à l’iiôtel dit à potence et aux autres constructions qui s’élevaient au pourtour de la cour de Rouen, nous sommes obligé de les abandonner, quoique tout cela conlîntdes choses notables à enregistrer. Des coffres-bahuts en chêne, au nombrede plusde trente; des lits à piliers ou sans piliers; des bancs; un beau bahut sculpté, sur toutes ses faces, de fleurs de lis; deux grandes armoires, l’une à quatre guichets, l’autre à fenêtres coulisses; une chaise basse en bois de noyer, dorée en dessus et couverte de satin rouge; des tapisseries «à verdures et à bêtes»; des chaises à dossiers bas, garnies, par le fond et sur le côté, de velours cramoisi; un vieux bureau; un petit cabinet en marqueterie, renfermant sept layettes; quatre tableaux peints sur toile, dont deux représentant la crucijîcation , le troisième la vierge Marie, et le quatrième la figure de deux petits enfants; enfin une foule d’ustensiles propres à la cuisine : coquemaris en cuivre, bassin pour laver les mains, bassinoires, cuillères, poêlons, casseroles, chandeliers, réchauds, lèche-frites , broches, trente écuelles d’étain , deux pots de chambre, etc., etc.

C’est dans la maison de l’Eléphant que mourut Jacques Coytier, dans les derniers jours du mois d’aout de l’année i5o5. Il fut enterré en l’église de Saint-André-des-Arts, dans une chapelle qu’il avait consacrée a saint Nicolas. »

Ici se termine l’intéressant travail du docteur Ghéreau. Nous reverrons, dans la monographie de l’église de Saint-André-des-Ars, la chapelle de Jacques Coytier, détruite, comme tout le reste de l’édifice et comme cette curieuse maison de l’Eléphant , dont la conservation eut été si désirable. Ainsi que la plupart des vieux hôtels de cette rue, le logis du médecin de Louis XI a fait place à des maisons du xvue et du xvme siècle qui, à leur tour, sont vieilles aujourd’hui. Le peu qui reste aujourd’hui de la maison de l’Eléphant n’est visible que de la cour ou passage de Rouen. L’un de nos anciens collaborateurs, II. Legrand, a laissé une note, prise sur place, que nous transcrivons ici, tout en la reproduisant dans l’article relatif à la rue du Jardinet :

RUE SAIN'T-ANDRÉ-DES-ARS

«Quand on a pénétré dans la première cour, du côté du passage ou cul-de-sac de Rouen, on voit un hôtel du xvi” siècle, mais dont les soubassements sont plus anciens. A gauche, à la porte encorbellée de l’Iiôtcl, conduisant à un escalier, on remarque un puits, dont la margelle saillit de son épaisseur, sur le pavé de la cour. C’est le puits de la maison de Jacques Coytier, le mire ou physicien de Louis XL n

Ce sont là de bien faibles restes; mais il importe de conserver le souvenir des choses, quand les témoignages matériels disparaissent. Le Comité des Inscriptions parisiennes avait eu la pensée de faire apposer en cet endroit une inscription commémorative; il est regrettable que le projet n’ait pu être mis à exécution.

Allée au long du jardin de l’hôtel de Rouen. — L’origine de cette allée est indiquée dans le procès-verbal des experts chargés, en i485, de lotir les terrains du séjour d’Orléans, pour en opérer la vente : «Disons que, sur les portions du grand jardin d’iceulx premier et deuxième lot, se prendra, de la longueur d’icelles deux portions, au long des allées et édifices de l’hostel de Rouen, une allée de deux toises de large, qui demeurera commencer à toujours entre Iesdits lots pour y aller et venir à toute heure ... et avoir issue en la rue du Chapperon. v

Cette allée n’est autre chose que le cul-de-sac, ou impasse de Rouen, qui débouche effectivement à l’extrémité méridionale de la rue de l’Eperon, mais qui a pour continuation directe la rue du Jardinet. Nous en parlons plus amplement à l’article de cette dernière voie. Il résulte du procès-verbal des experts que cette allée n’existait pas, comme limite séparative des deux hôtels, avant le morcellement du séjour d’Orléans : elle ne fut créée que pour donner un débouché postérieur, ou rue de desserte, aux maisons à construire sur les deux principaux lots du séjour..

Maison sans désignation, formant l’angle oriental des rues de l’Eperon et Saint- André. Avant le xvi“ siècle, dit Rerty, elle était comprise dans la maison suivante; et, de fait, les lignes qu’il a tracées sur son plan font parfaitement comprendre qu’elle constitue un démembrement.

Maison de la Statua ( i 3 8 o ) , dont le pourpris s’étendait en profondeur jusqu à la rue du Cimetière-Saint-André. Avant que la maison précédente en eût été détachée, elle devait probablement son nom à quelque statue de vierge, de saint ou de sainte, comme on avait l’habitude d’en mettre à toutes les maisons d angle. Elle appartenait, en 1 5 A 3 , à Mc Du Tillet, greffier.

Maison du Ron Piiïs, «appellée ainsy d’ancienneté n, dit un titre de 1A7A, et ayant appartenu à Jean Boyleau. Le plan de Berty la lait aboutir à la rue du Cimetière-Saint-André, où elle est limitrophe de celle de « l’Abbé de Saint-Augustin 11, laquelle formait hache dans le pourpris de la Maison de la Statua.

Maison sans désignation, ayant même profondeur, c’est-à-dire aboutissant également à la rue du Cimetière.

Hostel de l’Image Nostre-Dame (iA3i), ayant été acheté, en i3Ag, par Guillaume de Boissy, et appartenant dès lors au collège de ce nom. Il avait alors la même profondeur que les doux maisons précédentes. Plus tard, la partie postérieure donnant sur la rue du Cimetière en fut détachée. Un membre de la famille de Tliou acquit, en 1 5 5 5 , les bâtiments en laçade sur la rue Saint-André, et quatre ans plus tard, dit une note de Berly, tt toutes les maisons aboutissant à celle du collège furent achetées par de Tliou ».

Grand hostel dl Collège de Boissï, d’ancienneté Le Dauphin (i3i8), et depuis la Maison des Claustres (i 583) , du nom de ses nouveaux propriétaires. Comme les maisons de la Statua et du Bon Puys, il aboutissait à la rue du Cimetière- Saint-André et appartenait à Godefroy de Boissy, fondateur du collège de ce nom. En 1 37 8, pendant qu’on démolissait l'hôtel, on trouva un trésor d'or et d’argent, sur lequel le Prévôt de Paris prétendit avoir des droits; mais, ayant appris que le lieu était en haute justice de l’Abbaye, il fit remise du trésor aux religieux de Saint-Germain-des-Prés W.

Le grand hôtel du collège de Boissy et celui de l’Image Notre-Dame furent baillés par le collège, en 1 i/17, à Claustre et à sa veuve. De là le nom donné au premier de ces immeubles.

Maison de la Corne de Cerf (îAag). ayant la même profondeur que celle du Dauphin et aboutissant, comme elle, à la rue du Cimetière-Saint-André, sur laquelle elle portait la même enseigne.

Maison sans désignation, ayant une largeur moindre, mais s’étendant également de la rue Saint-André à celle du Cimetière.

Maison de l’Ymaige saint Jehan l’Evangéliste (1 543) ou peut-être de saint Jean- Baptiste, à raison de sa situation à l’angle gauche du portail de l’église Saint-André, où elle aurait occupé l’emplacement d’un ancien baptistère. On sait que Saint- Jean-le-Rond était accolé, dans les mêmes conditions, à la tour méridionale de

(î) Du Breul raconte le fait dans les termes suivants : rrEn l’an mil trois cens septante huict fut trouvé un trésor d’or et d’argent, en démolissant l’ hostel du Daulpliin, sis dans Paris en la rue de Sainct-Germain, maintenant dite de Bucy , et appartenant aux escolliers du collège de Boissy. Sur lequel

trésor le Procureur du Roi fit arrest; mais avant cogneu que c’estoit en la haute justice des abbés et convent de Saint-Germain-des-Prez, se désista, consentit mainlevée, et fut ledit trésor livré audit abbé par le Prévost de Paris Hugues Aubriot. » (Les Antiquité z de h ville de Paris, éd. de 1639, p. 335.)

RUE SAINT- ANDRÉ-DES-ARS

la façade de l’église Notre-Dame. Adolphe Berty a relevé, en effet, à la date de i5o5, la mention suivante : a Sainct-Jelian, tenant à l’église Sainct-Andry et aboutissant à la maison où est le petit huys de ladicte église (l). n

Lucarne d’une maison de la place Saint-André-des-Ars.

Cette maison, qu’on trouve qualifiée c V hôtellerie en i5/i3 et qui aboutissait à la rue du Cimetière, bien qu’elle fût d’une extrême étroitesse, fut acquise, en 1609, par les marguilliers de Saint-André, non rcpour élargir l’église d, comme le dit Berty, mais pour en dégager un peu l’entrée, que les constructions voi-

;|> Il semble résulter de ce lexle que la maison où se trouvait la petite porte de l’église Saint-André était distincte de celle de l image saint Jean. Il faudrait admettre alors l’existence d'un bâtiment en

arrière sur la rue du Cimetière, le peu de largeur de la bande de terrain sur laquelle l’Image saint Jean était bâtie excluant toute possibilité de construction accolée.

lui'r.mtnic natïosacc.

154 TOPOGRAPHIE HISTORIQUE DU VIEfJ-X PARIS,

sines obstruaient complètement h), Ce marché, pour la démolition, porte la date de 1 G 1 7 . Ou obtint ainsi une ttruellen, dont Bcrly a inscrit le nom sur son plan.

Église Saint-André-des-Ars. Nous consacrons plus loin un chapitre spécial à cet édifice.

Maison presbytérale ( i 5 3 i ). Berty, qui ne la ligure pas sur son plan, nous apprend, dans ses notes, qu’en i éi 6 3 elle s’étendait sur les deux rues, celles de Saint-André, sans doute, et du Chevet-Saint-André, qui formait l’extrémité méridionale des rues de la Barre, Hautefeuille et de la Vieille-Plâtrière. 11 faut croire quelle était accolée au chœur de l’église, et par conséquent à l’angle occidental de la rue du Chevet, puisque la maison suivante est indiquée, par Berty, comme rt faisant le coin est de la rue Hautefeuille n.

Dans ses notes relatives à la rue des Sachettes, des Deux-Portes, ou du Cimetière-Saint- André, Berty place la maison presbytérale à l’angle de celte rue et de celle du Chevet. Pour qu’elle pût en même temps faire le coin de cette dernière voie cl de la rue Saint-André-des-Ars, il fallait qu’elle s’étendît derrière le chœur et dans toute la largeur de l’édifice. C’est ainsi seulement que l’on conçoit le presbytère de Saint-André faisant à la fois le coin de la rue du Cimetière et de la ügrant rue Saint-Germain - u.

.Maison sans désignation , formant l’angle oriental des rues Saint-André et du Chevet. Il se pourrait qu’elle eût été divisée et que la maison presbytérale de Saint-André eu eût occupé une partie. Cependant, il n’était pas dans les habitudes d’autrefois de séparer, par une rue, le presbytère de l'église dont il dépendait.

Maison sans désignation ( 1 5 2 3 ) , n’ayant formé probablement qu un seul immeuble avec la maison suivante. A la date ci-dessus indiquée, elle était la propriété de J. Seguin.

Maison de l’Ijiayge saint Jehan, signalée en i5a3 comme appartenant au même propriétaire.

Maison de la Longue Allée (1/17G), ayant, comme son nom 1 indique, une plus grande profondeur que les précédentes.

1 La démolition ne fut que partielle, à en naissance, malgré les mutilations quelle a subies, juger par la lucarne que nous reproduisons et Voir l’article consacré à la rue du Cimetière-

qui caractérise parfaitement le style de la Re- Saint-André.

RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARS

Ces quatre immeubles touchaient, par le fond, au pourpris de la vaste Maison de l’Èchiquier ayant façade sur les rues Poupée et de Mâcon.

Maison sans désignation (1 ù 7 6) , faisant le coin occidental des rues Saint-André et de Mâcon; elle aboutissait, par le fond, au cr bourdeau 11 de ce nom.

Maison du Gros Tournons, formant l’angle oriental des rues de Mâcon et de la Clef, prolongement de la rue Saint-André-des-Ars, ou plutôt trait d’union entre cette dernière voie et celle de la Huchette.

Maison du Corbeau (i/i3o), aboutissant, comme la précédente, au pourpris du Chêne vert.

Maison de l’Escu d’Orléans, paraissant, d’après le plan de Berty, avoir fait partie de celle de I’Image saint Martin, ou du Chêne vert, laquelle se prolongeait, en retour d’équerre, sur la rue de Mâcon.

Maison de l’Ymaige saint Martin (i4io), n’ayant qu’une étroite façade sur la rue de la Clef et se prolongeant vers la rue de Mâcon, dans les mêmes conditions que la maison précédente. L’une et l’autre, après avoir été séparées au commencement du xvie siècle, furent de nouveau réunies, en 1662, sous l’enseigne du Chêne vert.

Maison de la Gaulée ( 1 488), 11’ayant formé, à la fin du xivc siècle (i3c)o), qu’une seule propriété avec les deux maisons précédentes, sous l’enseigne de I’Ymaige saint Martin.

Ces disjonctions et ces réunions, qui sont très fréquentes dans l’histoire de la topographie parisienne, contribuent à jeter quelque obscurité sur l’ancien parcellaire.

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