ACTUELLEMENT RUE DE NESLE
Cette rue, d’origine relativement moderne, fait partie du groupe de voies publiques percées à l’occasion de l’achèvement du Pont-Neuf. Les historiens de Paris en ont peu parlé : oElle fut ouverte en 1607, dit La Tvnna, et fut ainsi nommée l’année suivante, à la naissance de J. B. Gaston de France, second (ils de Henri IV. 11 Le jeune prince reçut, en effet, le titre de duc d’Anjou, qui avait été porté avant lui et le fut encore après (1 * 3L
Du Breul, qui écrivait au moment où la rue fut ouverte, est aussi court et aussi précis : te Or, après que le Pont-Neuf eut esté proche de hastir, plusieurs nouveaux bastimeus furent faits. . . Et, entre autres, en l’Université, a esté hastie de neuf la rue Dauphine. . . , accompagnée de trois ou quatre autres nouvelles rues, et, le long d’icelles, grand nombre de maisons belles et spacieuses,
(1) La rue de Nesle, ou d’Anjou , a été complète¬
ment omise par Adolphe Berty.
(3) A propos du litre de duc d’Anjou, l’un des historiens de Paris, Sainl-Foix, rappelle certaines réflexions d’Étienne Pasquier, qui ne sont point applicables au prince dont le nom fut donné à la nouvelle rue; les voici :
ffTous les princes de la maison de France, qui ont porté le litre de comtes et de ducs d’Anjou , sont devenus rois et dans des royaumes où il n’y avoit guère d’apparence qu’ils régneroient. En effet, Charles, frère de saint Louis, chef de la première diran che d’Anjou, et Louis, frère de Charles V, chef de la seconde , furent l’un et l’autre
appelés, par des événements singuliers, à la couronne de Naples et de Sicile. Charles-Robert d’Anjou . vulgairement Charobert, devint roi de Hongrie, el joignit à ce royaume la Dalmatie, la Croatie, la Serbie et la Bosnie. Henri III qui, le premier, après l’extinction de ces deux branches d’Anjou, avoir porté le titre de duc d’Anjou, fut roi de Pologne.’'
Saint-Foix ajoute : n- Pasquier, s’il avoit vécu de nos jours, auroit vu une nouvelle branche d’Anjou sur le trône d’Espagne et des Deux-Sicilesn. ( Essais historiques sur Paris, IV, 97 et suiv.)
Par une exception singulière, Gaston de France, second fils de Henri IV, ne monta sur aucun trône; il reçut seulement en apanage le duché d’Orléans.
d’une telle structure et ordonnance, que la vue extérieure seulement en est fort
agréable M. n
La rue d'Anjou est une de ces «trois ou quatre autres -n; elle a été ouverte, ainsi que ses voisines, à travers les jardins de l’hôtel ou collège des abbés de Saint-Denis. Ces jardins étaient, en effet, fort étendus et touchaient au pourpris des Augustins. Il fallut donc négocier, tant avec ces religieux qu’avec l’abbaye royale de Saint-Denis, pour opérer les percements que nécessitait l’achèvement du Pont-Neuf. Ces négociations et les entreprises de voies qui les motivaient sont exposées à l’article de la rue Dauphine, la plus importante du groupe <2>.
Pour éviter les inconvénients résultant de l’homonymie, la rue d’Anjou a dû, en 1877, échanger son ancienne dénomination, qui ne la localisait point, contre celle de Ncsle, qui a l’avantage de rappeler la tour et les deux hôtels de ce nom, ayant existé dans son voisinage.
La rue de Nesle, dont l’extrémité orientale débouche dans la rue Dauphine, se continue, à son extrémité occidentale, par celle de Nevers, qui la prolonge, en retour d’équerre, jusqu’à la Seine.
CÔTÉ SEPTENTRIONAL
(d’Orient en Occident).
JUSTICE ET CEN SITE DE SAINT-GERM AIN-DES-PRÉS
On ne distingue que deux maisons anciennes et notables de ce côté de la rue; les autres ont été construites dans la seconde moitié du xvuc siècle et au xvme. Elles ont peu ou pas d’importance.
Maison d’Hercule portant le monde, ayant façade sur la rue de Nesle ou d Anjou, ainsi que sur la rue Dauphine. Un marchand de drap prit, dit-on, cette enseigne sous le règne de Louis XVI.
Maison de la Reine Blanche, ou plutôt l’un des nombreux immeubles auxquels on a donné cette dénomination, à tort ou à raison. Elle paraît avoir existé avant le percement de la rue : ce qui fait supposer qu’on y accédait par la ruelle de Nevers.
(1) Théâtre des Antiquitez de Paris, p. 367.
(3; Ainsi que nous le faisons remarquer à l'article de la rue Dauphine, la ville n’eut point à intervenir dans l’ouverture de la rue d’Anjou : le percement avait lieu, en effet, à travers le
jardin du couvent des Augustins et celui de l’kôlel des abbés de SainL-Denis; les tr récompenses « dues pour l’expropriation de ces biens de mainmorte, furent payées par l'entrepreneur, sur l’ordre du roi.
QUAI DES AUGUSTINS
CÔTÉ MÉRIDIONAL
(d'Occident en Orient).
Maison sans désignation, où Ion montre encore un passage souterrain, par lequel Marguerite de Bourgogne pénétrait, dit la légende, dans l’enceinte de la tour de Nesle. 11 est impossible de contrôler aujourd’hui l’exactitude de cette allégation.
Maison également sans désignation, formant l’angle de la rue Dauphine et ayant, selon la chronique galante, servi de lieu de rendez-vous à la belle Gabrielle, pour recevoir les visites du Béarnais.
L’historien n’a rien à voir dans ces traditions plus ou moins douteuses; aussi doit-il se montrer très sobre dans la description d’une rue sans passé topographique et sans importance réelle.