RUE DES GR ANDS-AUGUSTINS
I hôtel et le collège forent vendus 66,000 livres, et détruits en même temps, pour faire la rue Dauphine, la rue Christine et la rue d’Anjou. En 1610, le Parlement condamna Louis de Lorraine, abbé de Saint-Denis, à donner tous les ans soixante-dix-huit livres de rente au bureau des pauvres, à cause de l’aliénation de son collège, et à faire bâtir ou acheter un autre hôtel pour lui et ses successeurs abbés. En 1611, il acquit la maison de Caumartin, située rue de l’Échelle du Temple * h).
Jaillot, après avoir cité Sauvai, outre Du Breul et Félibicu, résume topographiquement leur récit et reconstitue en quelques lignes tout le groupe des propriétés de l’abbave de Saint-Denis dans la région de Saint-André-des-Ars : « L’hôtel ou collège de Saint-Denis renfennoit, dit-il, tout l’espace compris entre les rues Contrescarpe et Saint-André, et celui où l’on a depuis ouvert les rues d’Anjou et Christine; et de l’autre côté de la rue des Grands-Augustins, une grande maison, avec jardins, qu’on appeloit encore, en 1 G 3 5 , la Maison des Trois chantes Saint- Denis, ensuite l'Hôtel des charités Saint-Denis d
Si étendu que paraisse avoir été le périmètre de l’enclos dans lequel les abbés de Saint-Denis établirent leur hôtel et leur collège, il allait, en réalité, plus loin que 11c le dit Jaillot, et Berly a eu raison de le prolonger, par delà la rue d’Anjou, jusqu’à la ruelle de Nevers. Sa limite septentrionale était donc celle du pourpris de Nesle. Le petit séjour de Navarre et d'Orléans, sur l’emplacement duquel ont été construits le grand elle petit hôtel de Lyon, la maison du connétable Gillon Le Brun et celle qui appartint plus tard à Me Benoît Piédalet, puis à un sieur Sédille, formaient autant d'enclaves dans ce vaste enclos.
Les historiens de l’abbaye de Saint-Denis et ceux de l’Université ne disent rien de ces écoliers : ils ne nous apprennent pas s’ils étaient théologiens, décrétâtes ou artiens ; s’ds appartenaient tous à l’abbaye comme novices, ou si quelques-uns étaient séculiers (3L
France, estant encore en troubles». L’année 1 43 1 fut , en effet , l’une des plus sombres de notre histoire : c’est la date de la prise et du martyre de Jeanne d’Arc.
Un second événement, d’une certaine importance, eut lieu, un siècle plus tard, au même hôtel : ce fut l’entrée solennelle du cardinal Louis de Bourbon- Vendôme, abbé de Saint-Denis et lieutenant du Roi, reçu pompeusement, en celte dernière qualité, par le Prévôt des marchands , les JÉcbevins et tout le corps de Ville.
(1> Fklibien, T, p. Ô0G-Ô07.
(ï) Rech., etc., Quart. S'-Andrc-des-Arts , p. 20.
(3J Dom Bouillard semble cependant insinuer que les écoliers du collège de Saint-Denis s’occupaient d’études religieuses : tr Mathieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, dit-il, désirant contribuer, autant qu’il lui était possible, à l’instruction de ses religieux, voulut aussi leur bâtir une maison, ou collège, dans le territoire de Laos, derrière le jardin des religieux de la Pénitence.» L'historien de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés affirme avoir puisé ce renseignement dans le Gartulaire de Saint- Denis à l’année 1263.
Du Bouliay et sou continuateur, M. Charles Jourdain, ne les mentionnent même pas. C est probablement parce que le collège de Saint-Denis, fondation toute monastique, n’était point agrégé à l’Université. Le régime auquel les boursiers de Saint-Denis étaient soumis devait, nous le répétons, être analogue à ceux des écoliers des collèges de Vendôme, de Cluny et des Bernardins, logis destinés à recevoir les jeunes sujets envoyés à Paris pour y étudier, et retourner ensuite à la maison mère après avoir pris leurs degrés.
S'il fallait en croire Rabelais, le collège de Saint-Denis aurait aussi donné asile à des étudiants profanes; le grand railleur, qui a tant ridiculisé l’enseignement universitaire et exalté celui de Ponocratès, a peut-être logé son héros au collège de Saint-Denis, parce que cet établissement ne relevait pas de l'aima parons^.
L’hôtel-collège de Saint-Denis fut, dit L dant la Ligue, et c’est là, selon lui, que de cannibalisme qu’il raconte tout au long c’est-à-dire l’abbé de ce monastère, était.
,'1 Voici le passage auquel nous faisons allusion : cr En ces mesmes jours, un sçavant homme, nommé Thaumaste, ouyant le bruit et renommée dusçavoir incomparable de Pantagruel, vint du pays d’Angleterre en cesle seule intention de voir Pantagruel, et le cognoistre, et esprouver si tel estoit son sçavoir comme en estoit la renommée. De faict, arrivé à Paris , se transporta vers l’hostel dudict Pantagruel, qui estoit logé à l’hostel Saincl-Denis, et pour lors se pourmenoit par le jardin, avecques Panurge, philosophant à la mode des péripatéliques.» (Pantagruel, liv. II, chap. xvm.)
Voici le passage où le lait est raconté et accompagné de réflexions peu favorables à la Ligue :
frFinalIement, la nécessité croissant, deux ou trois jours devant la levée du siège, les lansquenets, gens de soi barbares et inhumains, mourans de male rage de faim, commencèrent à chasser aux enfans comme aux chiens, et en mangèrent trois: deux à Phoslel Sainct-Denis et un à l’hostel de Palaiseau; et fust commis ce cruel et barbare acte dans l’enceinte des murailles de Paris, tant Tire de Dieu estoit embrasée sur nos lestes ! Ce que tenant du commencement pour une fable, pour ce qu’il me sembloit que hoc ét at atrocius vero , j'ai trouvé depuis que c’estoit vérité, confessé et tesmoigné par la propre bouche des lansquenets. De moi, j’ai ouï tenir cetle proposition à un grand catholique de Paris, qui estoit du Conseil des Neuf, qu’il y
Esioille, occupé par les lansquenets pense serait passée, en 1090, une scène dans sou Journal®. «M. de Saint-Denis i> , dit L’Estoille, -t frère de M. de Guise n;
avoit moins de danger de s’accommoder d’un enfant mort en telle nécessité, que de recognoislre le Béarnois, estant hérétique comme il estoit, et que de son opinion estoient tous les meilleurs théologiens et docteurs de Paris, et entre autres, monsieur son curé, qui estoit celui de Saint-André-des- Ars. » (Journal de L’Estoile, août i5go, édit, de 1880 , t. V, p. 52.)
Ce récit, popularisé par la Henriade , a été versifié en latin par un certain de Caux de Cappeval . Calculs Cappavallis , qui publia, en 1772, une amplification verbeuse de la scène de cannibalisme dont il s’agit. La mère affamée tue son dernier enfant :
El super unus erat puer, bac de clade supersLes.
Conscendit furibundn toros, cullroque minaci
Devovet ilia caput tendentis braebia nati.
Les lansquenets, qui rôdaient autour de la maison, y pénètrent et voient le cadavre de l’enfant, ainsi que la mère qui en préparait un horrible mets.
J uxta fumantem sese fort obvia formai»
Corporis, et mulier perfusa cruoribus ardet.
Ils frappent cette mère dénaturée : le bruit de l'événement se répand dans la ville; le peuple accourt, etc. Nous n’avons mentionné celle anecdote que parce qu’elle se rattache à l’hôtel de Saint- Denis, résidence du cardinal de Lorraine et lieu de réunion des ligueurs.