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CHAPITRE XI

COUVENT DES SACHETS ET DES GRANDS-AUGUSTINS

Les Sachets, ou frères de ia Pénitence de Jésus-Christ, étaient issus de ce mouvement de ferveur extraordinaire qui éclata au commencement du xmc siècle, et qui donna également naissance à la famille franciscaine. L’exagération de ce mouvement produisit doctrinalement l’hérésie desFratricelles, et, dans la pratique, le mode de vie étrange que menaient les Sachets : et Ces frères de la Pénitence, dit Félibien, faisoient profession d’une austérité extraordinaire; et, parce qu’ils estaient vestus de robes eu forme de sac et sans ceinture, on les appelle les Frères Sachets, en latin, Saccitœ, Saccarii et Saccali; ils estaient regardez en Angleterre comme des religieux d’une nouvelle espèce, l’an 1 aôy ; ce qui fait voir que leur institution n’étoit pas encore fort ancienne * (1>. Les frères de la Pénitence ne fuyaient pas le monde, connue les solitaires de la primitive église; ils se faisaient une thébaïde dans les villes, et les te frères ermites de Saint- Augustin n, qui leur succédèrent à Paris, les imitèrent sur ce point.

Les Sachets mirent à profit les bonnes dispositions de saint Louis, qui avait déjà donné un asile aux Cordeliers et qui venait de faire bâtir la Sainte-Chapelle. Le pieux monarque, toujours enclin à favoriser ces sortes de fondations!21, leur octroya

(l) Histoire de la Ville de Paris, I, p. 33 1 . En citant Du Breul, Félibien oublie de reproduire le texte de Mathieu Paris: «Eo tempore (1267) novus ordo apparuit Londini, de quibusdam fralribus ignotis et non prævisis, qui, quia saccis incedebant induli , inde fralres saccilæ vocabanlur.» (Du Breul, éd. de 1612 , p. 4g.)

(î) Les motifs invoqués dons la charte témoignent des sentiments de religion et de piété filiale dont saint Louis était animé: rrNos, divini amoris intuitu pro salute anime noslre, nec non et pro remediis animarum inclyle recordationis Ludovici geniloris nostri et regine Blanche genitricis noslre, ac aliorum antecessorum nostrum »,etc. (Du Breul, éd. de 1612, p. 552. Félibien, Preuves , I, p. 206.) Les mêmes historiens reproduisent le texte entier de la charte de fondation; nous en citons seulement le passage suivant :

ff . . . . In perpeluum concessimus fratribus de

ordine Pœnitentiæ Jesu Christi domum quamdam ad inhabitandum , silam Parisius, in parrochia S. Andreæ de Arsiciis, cum ejus pertinentiis, ut in ea (si de volunlate etordinotione dilecti et fidelis nostri episcopi Parisiensis procederet, et presbyteri parrochialis Sancli Andreæ, neenon abbatis et conventus Sancli Germani de Pratis Parisius, consensus adesset), ecclesiam et cimiterium ædificare vellenl. Sed, ne forte in posterum, ex adventu et remanenlia diclorum fratrum, quantum ad oblationes, obvenlus et alia jura parrochialia , parrochialis presbyler assereret se esse gravatum, nos, in recompensationem prædictorum , de assensu presbyteri qui nunc est, eidem et successoribus suis in perpeluum concedimus sepluoginla solidos Parisienses, singulis annis, in præpositura nostra percipiendos, etc.

rrDatum Parisius, anno Domini 1261, mense novembre n

une charte datée du mois de novembre 1261 et portant concession d une maison , avec ses dépendances, située dans la paroisse de Saint-André-des-Ars, avec permission d’y établir une église et un cimetière, pourvu toutefois que 1 évêque de Paris, l'abbé et les religieux de Saint-Germain y consentissent.

Le curé de Saint-André-des-Ars avait quelque chose à perdre à cet arrangement: la maison cédée aux Sachets était habitée par des paroissiens qui contribuaient aux revenus curiaux ; à titre de dédommagement, le roi lit don au curé de Saint-André et à ses successeurs d’une somme annuelle de soixante-dix sous parisis, à prendre dans la prévôté de Paris, et payable moitié à Noël, moitié à la Saint-Jean.

A peine installés, les frères Sachets reconnurent que leur logis était insuffisant, et ils sollicitèrent de l’abbé de Saint-Germain , qui était alors Gérard de Mauléon, la concession d’une « placer ou terrain appartenant à Hugues du Châtelet, et d’une tuilerie contiguë à la maison que leur avait donnée saint Louis. Le bon roi fil encore les frais de cette nouvelle acquisition : il obtint de l’Abbaye qu elle lit la cession demandée et quelle renonçât aux cinquante sous de cens annuel, ainsi qu aux autres redevances dont le terrain et la tuilerie étaient grevés, moyennant le payement, par le trésor royal, d’une somme de cent livres parisis, représentant le capital de la rente que perdaient les religieux de Saint-Germain-des-Prés. Ce nouvel accord fut consenti, disent les lettres de Gérard de Mauléon , ad instantiam Domini Régis, et la place cédée est dite, ainsi que la tuilerie, être située au territoire de Laas, sila Parisius in Laas (1h

Cet établissement, auquel avaient concouru le roi, le curé de Saint-André-des- Ars et l’abbaye de Saint-Germain, 11e fut pas de longue durée. Les Sachets, ainsi que les Sachettes qui s’étaient logées non loin de là, dans la rue des Deux-Portes ou du Cimetière-Saint-André, n’étaient point, comme nous l'avons dit, un ordre régulièrement approuvé eu France; et, si le roi saint Louis avait honoré de sa protection ces religieux et ces religieuses d’origine italienne , ce n’était point une raison pour que son second successeur, Philippe le Bel, en mauvais termes avec la cour

1 Les lettres de Gérard de Mauléon ont éLé également imprimées par Du Breul et Félibien ( loc . cit. ). Les voici :

-■ IJniversis præsentes litleras inspectons, Gerardus, permissione divins Sancli Germani Parisius liumilis abbas et totus ejusdem loci convenais, salulem in Domino. Notum facimus qnod noshabuimus et recepimus, ab illustri Domino nostro Ludovico, centum libras paris, in pecunia numerata, convertendas in emptionem ad opus nostri monaslerii, pro recompensatione quinquaginla solidorum, quos

percipiebamus super quibusdam doinibus in platea sita Parisius in Laas juxta, domum fralrum Pœnitentium Domini nostri Jésus Gbristi, que luit Magistri Hugonis dicti de Caslelleto, clerici, et tegularia, sita juxta domum fralrum prediclorum, et pertinentiis ipsius tegularie, concessorum a nobis, ad instantiam Domini Regis, fratribus Pœnitentiæ Jesu Gbristi prædiclis : quittantes dictum Dominum Uegem pro dicta summa pecunie sic a nobis habita et recepla, etc. Datum anno Domini ia63, die lunepost Pcnlecosten. »

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